mardi 30 novembre 2010

Métro, Boulot, Expo, Restau, Kino, Disko, surtout pas Dodo

Trop dure la vie de blogueur. Ça va être un sacré défi de tenir le rythme sur la durée. Mais pour l'instant, on s'accroche et on fait de son mieux pour satisfaire un lectorat de plus en plus exigeant. Il faut dire que contrairement à environ 85% de la population berlinoise, j'ai un boulot à temps complet (et vive la semaine de 40 heures sans erretétés !) dans un secteur absolument pas funky ni créatif, je dois même porter régulièrement des costards, un vrai blasphème vestimentaire à l'est de Tiergarten, ce qui me vaut encore des regards lourds de menaces dans mon quartier... En dehors des heures de boulot et de blogging, et du peu de sport que je parviens encore à faire, il y a bien sûr le programme culturel berlinois, toujours aussi chargé. Lundi, il y a eu la soirée cinéma muet au Kino Babylon Mitte.

Mercredi, je suis allé voir l'expo Peter Lindbergh à la galerie C/O, cette superbe galerie d'art dédiée à la photographie qui va bientôt se faire expulser de ses locaux exceptionnels de l'Oranienburger Straße pour être remplacée par un hôtel de luxe bling-bling pour millionnaires vulgaires et m'as-tu-vu, genre Ray-Ban, Rolex, yacht Bolloré, t-shirt NYPD et compagnie. À vomir. Mais passons. Peter Lindbergh, savez-vous qui c'est ? Là ce serait sympa que vous répondiez par la négative, car pour moi c'était un illustre inconnu il y a encore une semaine. Eh oui, je suis nul, nul, nul en photographie. Je ne savais même pas qui était Annie Leibovitz avant l'expo qui lui a été consacrée dans cette même galerie l'année dernière. Il faut savoir reconnaître ses faiblesses dans la vie, et y faire face comme un homme.

Affiche à la station de U-Bahn Alexanderplatz

Peter Lindbergh donc. Aucun lien avec Charles, l'intrépide aviateur américain des années 1920 et 30 aux sombres penchants pro-fascistes, comme beaucoup à son époque au demeurant. Peter, lui, est fortuitement venu au monde dans une famille allemande en Pologne occupée par les nazis en 1944... fâcheuse coïncidence, mais il n'a pas eu voix au chapitre à l'époque, le futur célèbre photographe. (Notez au passage la grossière erreur du Wikipédia français qui dit sobrement "né en 1944 à Lissa, Allemagne", du même niveau que de dire "Strasbourg, Allemagne"...) On ne pourra donc pas retenir contre lui cette faute de goût pour ses débuts dans la vie. Bref, Peter Lindbergh, vous savez, ce photographe de génie. Il a fait toute cette impressionnante série de clichés de Berlin, en noir et blanc et tout ça. Avec Klara*, cette amie avec qui je visitais l'expo, nous étions d'avis qu'il suffit de vivre suffisamment longtemps à Berlin et d'avoir du matériel photographique suffisamment bon pour prendre des clichés de qualité comparable. Bref, la série sur Berlin nous a laissés froids comme un soir de fin novembre en Allemagne. Les Parisiens béats peuvent tomber dans le panneau, à la rigueur, mais avec les Berlinois blasés ça ne marche pas.

Nous avons été bien plus convaincus par les portraits et photos de célébrités, surtout des femmes, des femmes et des femmes, dans toutes sortes de situations, en couleur, en noir et blanc, en studio, en appartement, dans la rue avec des inconnus, dans la forêt, archi-posées, complètement naturelles et spontanées, habillées, déguisées ou dénudées, des photos de tournages de films, des gros plans sur des jambes, des genoux, des mains, des seins, des séries de portraits de ses muses : une bête de scène septuagénaire connue (ou pas) sous le nom d'Anouschka, quelques mannequins allemands, que bien sûr je ne connaissais pas, tels que Tatjana Patitz, Nadja Auermann et beaucoup d'autres dont les noms me passent à cette heure tardive. Certaines photos donnaient vaguement cette impression désagréable de "je photographie mes potes et j'expose car je suis célèbre", mais tout de même il y avait un bon paquet de portraits émouvants et indéniablement artistiques.

Ah, ai-je dit qu'on n'avait bien sûr pas le droit de photographier ? J'ai tout de même bravé l'interdit et pris quelques photos à la dérobée, au péril de ma vie. L'éclairage des salles était spécialement étudié pour faire en sorte qu'il soit impossible d'admirer une œuvre sans voir en même temps le reflet des autres portraits présentés alentour. Mais j'ai trouvé ces superpositions de photos assez intéressantes car d'une certaine manière elles déformaient notre regard sur la photo seule.


Milla Jovovich et cette autre femme blonde (qui est-ce, déjà ?)

Les silhouettes derrière sont un reflet...


Les deux mêmes photos après inversion de la perspective


Double reflet dans cette photo

La galerie C/O, c'est vraiment l'art façon Berlin. Ici, à l'étage, la série de portraits pris dans les rue de New-York s'affiche sur un terrain de basket-ball.



Et voilà, c'est tout ce que j'ai réussi à prendre ! Il faut dire que j'ai été fortement dissuadé de prendre plus de photos par mon amie Klara, qui n'était pas du tout d'humeur rebelle ce soir-là.

Après nous être repus de culture, nous nous sommes remis de nos émotions avec Thimo*, un ami de Klara, au restaurant français Nord-Sud, sur Auguststraße. Avec la corbeille de pain s'il vous plaît ! Vous en France, vous ne vous rendez pas compte de ce que ça fait d'avoir enfin droit à une corbeille de pain au restaurant à Berlin. La 1664, la bière Jenlain (qui même en France est difficile à trouver, mais cela s'explique car le chef est un Ch'ti, un vrai, de Valenciennes), le Beaujolais nouveau... et les prix berlinois : entrée, plat et dessert pour 7,50€ à l'heure du dîner ! Imbattable ! Et dire que c'est seulement la deuxième fois que j'y vais en deux ans ! Ah mais c'est que le choix ne manque pas ici, tout compte fait.


C'est fou comme ces petites choses nous manquent !

L'exposition Peter Lindbergh est à C/O jusqu'au 9 janvier. 10 € le billet pour environ deux heures de visite.

Le restaurant Nord-Sud est ouvert tous les jours sauf le dimanche, à Auguststraße 87, jusqu'à son inéluctable éviction par des méchants capitalistes blafards aux canines crochues et aux yeux injectés de sang, comme tout ce qu'il reste de bien à Berlin-Mitte.

Wouhou, quatre heures de sommeil avant le réveil ! Allez, au dodo !

*Les noms ont été changés

dimanche 28 novembre 2010

L'explosion de l'âme

Un samedi par mois, c'est soirée Soul Explosion à Berlin, en général dans le cadre boisé et verdoyant du Pavillon im Friedrichshain, tout près de chez moi. Mais ce samedi c'était au Festsaal Kreuzberg (une salle que j'associe plutôt aux tournois de poetry slam d'habitude), près de Kottbusser Tor, que les amateurs de musique soul se sont retrouvés et ont guinché toute la nuit au rythme des hits soul des années 60 à nos jours.

Ombres chinoises de fêtards "Soul" et soûls au Festsaal Kreuzberg





Je ne suis pas mécontent des photos que j'ai prises avec mon téléphone... Eh oui, n'allez pas vous figurer que je les ai volées sur Internet ; au contraire, il y a bel et bien du copyright Chroniques Berliniquaises sur toutes ces photos, prises derrière l'écran géant sur lequel les clips de la soirée étaient projetés. C'est le hasard qui m'a permis de me retrouver derrière cet écran (où il se passait bien des choses...) et de prendre ces clichés.



La nuit Soul Explosion, c'est l'occasion de se rappeler que Berlin n'est pas uniquement le paradis des mordus de musique électro. On peut ne pas être fan d'électro et y trouver son compte. Il paraît même qu'il y a des soirées salsa ! Avec Diana*, ma collègue espagnole, on va tâcher de vérifier ces rumeurs au plus vite.

Ceci dit, ça reste une soirée normale finalement. Bien mais juste une bonne soirée. L'intérêt de ce post était surtout de vous montrer mes chouettes photos.


video


Avant la Soul Explosion de ce soir, nous avons tout de même eu droit à notre ration de musique électro, Berlin oblige, au "Multi-Layer Laden", toute petite boîte à Kottbusser Tor qui a la particularité d'être entièrement gratuite... Ah, l'autre particularité de ce lieu ultime de la coolitude kreuzbergoise, ce genre d'endroit où il n'y a même pas de videur à la porte, semble être ce délire permanent sur la série Batman des années 1960, avec des costumes kitsch en plastoc et les onomatopées visibles style BD. Je crois avoir reconnu les épisodes qu'on regardait dans l'émission "Sam'dynamite" avec Brenda il y a une vingtaine d'années. Mais c'est Berlin après tout : le kitsch moche vintage, c'est in baby. Oups ! 6h20. Allez, au dodo maintenant ! J'ai un programme des plus ambitieux pour ce dimanche. On verra bien ce que j'arriverai à en faire...


Batman au Multilayer Laden

Demain, ou plutôt aujourd'hui, j'aurai intérêt à bien me frotter sous la douche pour faire partir les marques des tampons. Ça fait désordre, et pas du tout corporate ces tampons de soirée qui dépassent des manches au bureau le lundi matin.




PS : Nous les fêtards berlinois sommes tout de même restés bien plus sages que le petit-fils de l'ancien premier ministre Édouard Balladur, qui, comme nous rapporte un grand journal national dans ce flash d'actualités absolument sensationnel, a un peu trop fait la fête et s'est fait bobo à la tête contre un pot à fleurs retors qui voulait en découdre... Tssssk, elle est belle la jeunesse ! Merci en tout cas à ce grand journal sérieux (ou pas) de publier ces infos retentissantes d'importance mondiale.

* Le nom a été changé

vendredi 26 novembre 2010

Allô Nostradamu - Est-ce la fin du monde ?

Le sieur Nostradamu*, pharmacien décédé retraité à Salon-de-Provence, poète et prophète à ses heures perdues, a accepté de répondre avec sa clairvoyance légendaire à nos questions pressantes sur les bouleversements angoissants qui chamboulent ce monde cruel où nous vivotons.

Chroniqueur Berliniquais
Bonsoir Monsieur Nostradamu. Il n'est pas d'usage, aux Chroniques Berliniquaises, de révéler l'identité complète des personnes qui contribuent à ce blog ou qui y sont mentionnées, afin de protéger leur vie privée. Voyez-vous un inconvénient à ce que nous poursuivions cet entretien en modifiant votre célèbre pseudonyme pour préserver votre anonymat ?

Nostradamu
Cecy ne me derange poinct, jeusne homme. "Pour vivre heureulx, vivons celez", comme prescript la sagesse populaire. Pour ma part, etant jà trespassé depuys moult annees, je n'ay aucunement le soucy de proteger ma vie privee. Et je devroys ajouxter que ma renommee n'est plus à faire, chez les vifs comme chez les morts, dans le monde entier, des Indes Occidentales aux Indes Orientales. Toutesfoys un paisible repos eternel m'est tout aussy delectable qu'à vous une vie de bon heur. Faictes doncques comme il vous sied.

CB
Merci Maître Nostradamu. Entrons sans plus tarder dans le vif du sujet. Maître, l'heure est grave. Du réchauffement climatique à la fermeture du Reichstag pour cause de menace terroriste, de l'année 2012 dans le calendrier maya à la dégradation des spermatozoïdes, les signes sont nombreux et ne trompent pas. La fin du monde est-elle en train d'arriver ? L'humanité court-elle à sa perte ?

ND
Il est fort certain, jeusne sieur Chroniqueur, que la fin du monde arrive. Chasque jour qui passe nous en va rapprochant. En faict, la fin du monde est au jour d'huy plus prez de nous que jamais auparavant, bien davantage qu'hier, si moins que demain.

CB
Quoi ? Mais c'est dramatique ce que vous nous dites là !! Vous êtes donc certain que nous allons tous mourir ??

ND
Oui, cher damoiseau, absolument certain. Vous mourrez tous un jour. C'est escript. Tout est voué à perir à une date certaine et desterminee. Mais permettez-moy de vous rasseurer : la mort, l'on s'y faict trez bien, à la longue. À dire vray, l'on n'a pas veritablement le choix.

CB
Quelle nouvelle déprimante ! Mais absolument sensationnelle ! Nous allons tous bientôt mourir ! J'ose à peine croire que ce sont les Chroniques Berliniquaises qui ont l'honneur de publier cette interview exclusive. Amis lecteurs, soyez forts ! Au moins vous faites partie des happy few qui sont informés. Monsieur Nostradamu, de tous les dangers menaçant l'humanité et la planète, et il y en a beaucoup, lequel est celui qui sera la cause principale de la fin du monde ? Une catastrophe écologique sans précédent d'origine humaine ? Une éruption simultanée (voire coordonnée) de la Montagne-Pelée à la Martinique, de l'Eyjafjöll islandais, du Pinatubo philippin et du Krakatoa en Indonésie ? Al-Qaida ? La montée des océans ? La disparition des abeilles ? L'Apocalypse de saint Jean ? Le mariage homo ? Le calendrier maya ? La guerre de l'eau ? L'éclatement de la bulle immobilière à Paris ? Dites-nous-en plus, je vous en conjure !

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Éruption de la Montagne-Pelée le 8 mai 1902
ND
Mais calmez-vous, que diantre ! Je ne comprens goutte à ce que vous jargonnez. Marty-Nique ? Œil-à-Feuille ? Hisse-Landais ? Pine à Tout-Beau ? Craque-à-Toit ? Inde au Nez-Scie ? Que sont doncques toutes ces choses ? Qui sont les sieurs Hommeau et Maillat dont vous parlez ? Des astrologues ? Et ce monseigneur Alcaillida, un medecin maure ? Votre propos est abscons, jeusne homme. La peur panique egare vos esprits. Pour estre capable comprendre, vous devez rester serein, sinon l'arbre vous empeschera de voir la forest. Le phenomene par lequel le monde prendra fin, c'est la fin du monde. Avant la fin du monde, le monde est monde. Aprez la fin du monde, le monde ne sera plus.

CB
Encore un scoop amis lecteurs ! L'apothicaire provençal extra-lucide vient de balayer du revers de la main nos craintes concernant la moitié des dangers qui pèsent sur l'avenir de l'humanité. Il semblerait que la principale menace soit d'ordre écologique - ou immobilier. Merci pour cette réponse rassurante malgré tout, vénérable Maître Nostradamu. Il est toujours bon de connaître les priorités, et de savoir où est le vrai danger. Vous confirmez que d'éventuelles bombes thermonucléaires nord-coréennes ne nous précipiteront pas collectivement dans l'abîme ?

http://m4ndril.com/blog/wp-content/champignon-atomique-hiroshima1178234320.jpg
Séoul, le 7 février 2011

ND
Quoy, que distes-vous ? Les Thermes aux Nues-Claires Corinthiennes ? Un establissement de bains et de plaisirs ? Voilà qui me paraist fort allechant et prometteur. Si quelqu'un me veult precipiter dedans cet abysme-là, je donne mon consentement pour y chëoir hic et nunc ! Ou devroys-je dire : je le donneroys aussitost si j'avoys comme vous l'heur d'estre encor vivant. Las ! Les Nues-Claires n'auront que faire de l'yvoire des os de mon schelette. Trois foys helas !

CB
C'est un vrai plaisir et un privilège inouï que de nous entretenir avec vous, M. Nostradamu. Nous buvons vos paroles. Vos propos remarquablement légers et pénétrants à la fois, en ces temps de graves inquiétudes, dissipent instantanément toutes les angoisses les plus tenaces. Peut-être est-ce le privilège des défunts que de prendre de la hauteur par rapport à nos petites tracasseries de vivants. Mais une autre question est sur toutes les lèvres : puisque la fin du monde est un événement certain et proche, quand aura-t-elle lieu ? En 2012 ? En 2100 ? Quand on aura 1020 ans, en l'an 3001 ?

ND
Baste ! Mais vous m'importunez, jeusne sot, à me rappeler ainsy sans cesse que vous vivez tandis que je suy desfunct ! Est-ce mocquerie ? Quelle oultrecuydance ! Ne vous a-t-on poinct enseigné le respect des aisnés ? Croyez-vous que cela me plaist, que je me resjouys de demeurer à l'estat de schelette jauni jusques à la fin des temps, alors que je fus si beau garçon, il y a cinq siecles à peyne ? Vous me narguez avec vos Nues-Claires grecques desvergondees, insolent ! Puisqu'il en est ainsy, je m'en vay querir meilleure compagnie. Peuchere le con !

CB
Non, Maître Nostradamu, restez, je vous en prie ! Pardonnez-moi mon manque de tact, j'ignorais complètement que c'était un sujet tabou à ce point ! S'il vous plaît, acceptez mes plus plates excuses et daignez nous éclairer quant à la date de la fin du monde. J'ai ouï-dire qu'une conjuration de partisans zélés de Sarkozy, Hérode des temps modernes, a pour but d'éliminer physiquement tous les individus mâles qui le surpassent en taille, en intelligence ou en classe, ainsi que de leur descendance (pour être sûr d'éliminer la lignée), en France puis dans le monde. Environ 98 % des hommes pourraient être victimes de ce génocide anti-eugénique insensé. Quel crédit accorder à ces folles rumeurs ?

ND
Vous m'ennuyez profondement avecque vos questions. Je ne sçay poinct qui est cet Herode moderne dont vous parlastes, mais suy certain que vous ferez partie des survivants espargnés par le massacre, car vous ne remplissez seurement aucuns criteres, sot comme vous estes ! La fin du monde surviendra bien assez tard, trop tard à mon goust, et cecy vous laissera encor amplement le temps de vous galamment esbaudir avecque les Nues-Claires friponnes. Je prens congé de vous. Adieu !

CB
Amis lecteurs, que d'émotions ! Dommage qu'il soit aussi soupe au lait, le sieur Nostradamu. À une minute près, il nous disait la date et les circonstances exactes de la fin du monde. Mais il faut toujours que ces célébrités se mettent à faire leur diva à un moment. Verdammt ! Enfin, malgré tout, nous sommes déjà moins bêtes aujourd'hui, grâce à lui.


* Le nom a été modifié

mercredi 24 novembre 2010

Das Kino comme au bon vieux temps

En cherchant suffisamment longtemps, on finit bien par trouver quelques rares domaines où Berlin parvient à peine à se hisser à la cheville de Paris. La gastronomie par exemple. Hé, les Allemands, si vous voulez voir votre gastronomie au patrimoine mondial de l'UNESCO au même titre que la fabrication des jouets en bois de Hrvatsko Zagorje, vous pouvez encore vous brosser ! Il n'est pas encore né le "Paul Bockühs" teuton qui déclenchera une explosion de plaisir à chaque bouchée, au moins comparable à l'explosion de joie chez l'enfant croate qui s'émerveille devant son joujou en bois trop beau. Bon, ça c'était pas si difficile à trouver, en fait. Euh, quoi d'autre sinon ? Les Vélibs, aaah les Vélibs... on a beau, en vrai Berlinois, posséder un voire deux vélos d'occasion avec de chouettes pneus "Schwalbe" prétendument "unplattbar" mais qui finissent quand même par crever, le Vélib, que l'on peut lâcher où bon nous semble et qui ne nous oblige pas à rester encombré d'un vélo le reste de la soirée si l'on en a plus besoin, c'est parfois drôlement pratique. On aimerait bien en avoir sous la main lorsque l'on se retrouve à attacher et à détacher son Fahrrad tous les 50 mètres tout en faisant la tournée des bars et des boîtes de Kottbusser Tor par une soirée pluvieuse et glaciale de novembre. Voici un pur produit du génie français qui fait cruellement défaut par ici ! Et qu'on ne vienne pas me parler des "DB Bikes", ces trucs rouges bizarroïdes que les trois quarts de la population locale regardent avec une suspicion mêlée de dédain, avec raison.

http://www.dickes-en.de/wp-content/uploads/2009/08/call_a_bike.jpg

Mais ce qui m'a le plus manqué de Paris, en arrivant à Berlin, c'est le cinéma. Bien sûr, le cinéma existe à Berlin comme ailleurs, et certaines salles de Kino sont très belles et ont une histoire riche, tragique et passionnante, à l'image de l'histoire récente de la ville. Mais quand on est habitué aux cinés parisiens absolument partout, aux petites salles et aux méga-multiplexes, qui montrent presque tous les films en VO, du petit film tibétain méconnu à la super-production au budget supérieur aux sommes prêtées par le FMI à l'Irlande, quand on s'est gavé de cartes UGC-Mk2 Illimité, il est douloureux d'atterrir dans un quasi-désert cinématographique où presque toutes les salles passent des films doublés en allemand, pour le plus grand bonheur d'un public paresseux et allergique aux sous-titres. Les rares cinémas qui montrent tout de même un peu de VO de temps en temps sont une toute petite minorité assiégée et menacée par les cohortes de George Clooney et de Gérard Depardieu qui s'expriment dans un allemand parfait avec une voix horripilante et méconnaissable. Et encore, même lorsque l'on a réussi à localiser les meilleurs cinémas qui passent les films en version originale, force est de reconnaître que ça nous fait une belle jambe lorsqu'il s'agit de voir ce pur chef d'œuvre israélo-moldave qui a failli remporter l'Ours d'or à la dernière Berlinale, en version originale roumano-yiddish sous-titrée en allemand... Héhé, dit comme ça, ça a l'air d'une blague mais j'exagère vraiment à peine puisque le lauréat 2010, Miel, est un film turc, et le lauréat 2009, La Teta asustada, un film péruvien partiellement en langue quechua. L'expérience le prouve, les sous-titres en allemand, ça devient vite pénible dès lors que l'on a vraiment besoin de les lire pour suivre le film. Bref, cinéphiles, passez votre chemin, sinon apprenez d'urgence l'allemand ou alors habituez-vous à la pénurie.

Ainsi, petit à petit, l'on fait son deuil du cinéma, et l'on se résigne à voir un film ou deux au maximum par mois sur grand écran. En cas de manque, il reste les DVD, et le reste de l'offre culturelle berlinoise surabondante pour compenser.

Mais de temps en temps, Berlin oblige, l'amateur de toiles fait des expériences qui ne peuvent se faire nulle part ailleurs, même à Paris. Ainsi, hier soir j'ai eu l'occasion de voir un film muet des années 1920 au Kino Babylon Mitte, à Rosa-Luxemburg-Platz. Cet établissement historique et résolument intello projette une ou deux fois par mois, dans sa plus grande salle, un film muet en noir et blanc, avec accompagnement live au piano et à l'orgue d'un musicien de la maison. Avant le film, on a droit à un petit speech d'un gars qui nous rappelle, en se bombant le torse, que ce cinéma existe depuis l'époque des films muets, et est le dernier établissement d'Europe disposant du matériel complet de l'époque, y compris un écran spécifique pour films muets (différent des écrans de films parlants, paraît-il, mais ne me demandez pas où est la différence). Mazette !



Le film, c'était Les Lois de l'hospitalité, ou Our Hospitality de Buster Keaton (1923). En VO bien sûr, et SANS sous-titres s'il vous plaît (oui, même les Allemands ne savent pas s'y prendre pour doubler les films muets). Une histoire d'honneur familial, de passions, de violence, d'amour impossible et de réconciliation, tout ceci en 75 minutes environ et bien sûr sans paroles. Le cinéma muet, c'est vraiment autre chose avec les mimiques exagérées des acteurs, les gestes saccadés, les gags "subtils" et désopilants à la manière des aventures de Tom & Jerry ou de Bip-Bip et Coyote, quelques scènes qui rappellent que les temps ont changé, heureusement (par exemple les femmes ultra-cruches ou les domestiques noirs au service du riche "missié" blanc), la bobine qui saute de temps en temps et en général dans les moments clés, mais aussi pas mal de prouesses techniques sur les décors, les trucages et les cascades à couper le souffle, que l'on n'attendait pas forcément à cette époque lointaine.

Le plus impressionnant, c'est que pendant toute la durée du film, un musicien alternait entre l'orgue et le piano (plus quelques instruments d'appoint, des cloches, etc), improvisant au gré des situations, accentuant la tension de certaines scènes de suspense avec des notes graves, soulignant la légèreté d'autres situations, modulant le rythme pour évoquer le tonnerre, les chutes, quelqu'un qui frappe à une porte, une surprise, un choc, etc. Vraiment doué le gars. Le mensuel anglophone Exberliner, première publication à laquelle je me suis abonné depuis l'époque de la prépa où l'on était obligé de prendre un abonnement à Time ou à Newsweek pour améliorer son anglais, a interviewé le pianiste dans son numéro de janvier :

Le pianiste du Kino Babylon Mitte


Alors, évidemment, oubliez le son dolby surround, mettez-y à la place l'acoustique traditionnelle d'une vieille salle conçue pour s'en passer. Laissez tomber les effets spéciaux qui décoiffent, la 3D et toutes ces choses. Mais le cinéma comme au temps des pionniers, c'est un vrai voyage dans le temps et à peu de frais (12€ dont 6€ pour le "concert" live).

Ici, une scène du film, l'épique voyage en train du jeune McKay vers sa ville natale, où il se jette dans la gueule du loup. La musique était très différente au Babylon Mitte, l'ambiance live, c'est incomparable, et le pianiste assurait vraiment.


Prochain objectif : les projections de Metropolis et de Nosferatu le Vampire.

mardi 23 novembre 2010

Ayé, la neige est là

Juste un court message à caractère purement informatif : ça y est, en ce 23 novembre, la neige a fait son apparition à Berlin, enfin plutôt pour l'instant sous forme de Schneeregen, c'est-à-dire de neige fondue. Mais cela devrait vite virer à la vraie neige dès cette nuit. Pour mon troisième hiver à Berlin qui débute, la tendance semble claire : la neige arrive en novembre chaque année. Et bien sûr, fidèle à la tradition, et reniant une fois de plus un de mes principes pré-berlinois, j'ai dû me farcir 40 minutes à vélo pour rentrer chez moi par ce temps. Nous réveillerons-nous sous un épais manteau blanc ? Réponse demain matin (pas forcément sur ce blog car je ne compte pas tenir une chronique météo). L'hiver sera-t-il froid ? Réponse très bientôt sur ce blog, de la bouche d'un expert.

lundi 22 novembre 2010

Pub pour la concurrence

Le divorce annoncé de Tony Parker et d'Eva Longoria a déjà fait chauffer bien des forums de discussion sur internet. En général, je ne me passionne pas beaucoup pour les frasques des pipoles, mais mon attention sur ce scoop a été attirée par un article sur un de mes blogs préférés, tenu par une Française à Berlin. Une concurrente directe donc. Je crois que jusqu'ici cette information fracassante ne me serait toujours pas parvenue si je ne lisais pas le blog "Berlin-Berlin" de Caroline, et pourtant ce n'est même pas un blog de ragots.

Ainsi, malgré notre positionnement absolument identique qui nous place en situation de concurrence frontale, je vais tout de même créer ici un lien vers son analyse psychologique assez drôle de la personnalité de ce cher Tipi au cœur brisé, vue bien sûr sous un angle typiquement franco-allemand. J'espère que je n'enfreins pas ainsi une quelconque règle du code de bonne conduite du web 2.0, mais j'aurais bien du mal à voir laquelle. D'ailleurs ce faisant je me tire plutôt une balle dans le pied et je m'empêche de plagier son article et son style pour bien longtemps, hélas.

vendredi 19 novembre 2010

La Loi du ventre

Le repas gastronomique français fait désormais partie du patrimoine mondial de l'humanité selon l'UNESCO. Plus précisément, du patrimoine "immatériel" de l'humanité.

Cocorico !

On pourrait d'ailleurs ajouter : Meuuuh ! Coin-coin ! Croooâ-croooâ ! Cuicui ! Groint-groint ! Et tous les cris des animaux qui sont à la base d'une recette ou d'une autre qui constitue ce patrimoine que le monde entier nous envie, la bave aux lèvres, le regard famélique.

Il était temps ! Ces messieurs de l'UNESCO ont dû décider un beau jour de venir s'encanailler un weekend à Berlin, et au bout de leur troisième Currywurst, de leur quatrième kebab et après quelques shots de Jägermeister et après s'être fait renverser de la bière Berliner Kindl sur leurs costumes Ermenegildo Zegna en pleine rue vers 11 heures du matin, ils se sont rendu compte qu'en France, on mange mieux et en y mettant bien plus de manières que dans le reste du monde (comme par exemple, à Berlin) !

Bref, on a découvert l'eau chaude.

Par curiosité, je suis allé jeter un coup d'œil sur cette liste du patrimoine immatériel de l'humanité, et voir de quoi il en retourne. On y voit de fort belles choses :

La technique des cloisons étanches des jonques chinoises,
L’art du pain d’épices en Croatie du Nord,
La diète méditerranéenne (ah, tiens donc),
La fauconnerie,
Le festival de lutte à l’huile de Kırkpınar, en Turquie
Le carnaval d’Alost, en Belgique,
Le savoir-faire de la dentelle au point d’Alençon,
Les tours humaines d'Espagne (il s'agit sûrement des castells en Catalogne)
La calligraphie chinoise,
La fabrication traditionnelle de jouets en bois pour enfants à Hrvatsko Zagorje, en Croatie
Le Flamenco,
Le Tango,
Le Maloya de la Réunion,
L’isopolyphonie populaire albanaise.
Etc.

Ils ont l'air moche les jouets en bois de Hrvatsko Zagorje

Cette impressionnant inventaire à la Prévert continue, sur des pages et des pages, répertoriant des traditions culturelles de tous ordres, des plus obscures aux plus universelles. Tout de suite, vue sous cet angle, cette éminente distinction perd quelque peu de son aura ! Ces messieurs de l'UNESCO devraient donc de toute urgence revoir leur copie, affiner les catégories et admettre le repas gastronomique français à la place qui lui revient de droit, à savoir au sommet du patrimoine, euh... gastronomique, de l'humanité.

mercredi 17 novembre 2010

Charlie

La Syrie, c'est fini :-(
C'est un bien beau pays.
Je m'y suis fait plein d'amis,
Et me suis mis à la poésie.

Malheureusement, il faudra encore attendre avant  d'avoir un article tout en vers dans votre Chronique préférée, les amis. Je voudrais clore le chapitre Liban et Syrie en repensant à tous mes nouveaux amis dans cette région fascinante :

Anna* l'expat danoise à Beyrouth,
Ali le guide bénévole et providentiel à Tripoli,
Khaled, Fater et Mohamed, les trois mousquetaires de Lattaquié,
Adnan le futur prof d'arabe bavard d'Alep,
Moayad mon meilleur pote à Hama,
Sophie* la Française la plus cool de Homs, de Palmyre et au-delà,
Hasan le serveur kurde à Damas,
Deux gentlemen voyageurs londoniens, James et Gareth,

Et surtout, surtout, Charlie.

Charlie, c'est mon meilleur ami syrien entre tous, en tout cas le plus fidèle, ou le plus collant, si vous voulez. C'est le meilleur ami de tous, d'ailleurs, à l'intérieur des frontières de la République arabe syrienne. Charlie est absolument partout. Où que vous soyez, il est tout près et veille sur vous. Parfois avec son père Charlot. Toute la Syrie est une immense terrain où l'on joue à trouver Charlie.


Charlie vous souhaite la bienvenue à l'aéroport de Damas


Charlie vous scrute du regard à l'arrière d'une Hyundai
et sur depuis une façade d'immeuble lambda




Charlie et Charlot dans une galerie commerciale
  
Le jeu devient vite franchement ennuyeux car en fait on n'a aucun mal à trouver Charlie. Il est partout ! Charlie le poing levé façon "¡Viva la revolución! ¡No pasarán!", Charlie portant des Ray-Ban (tiens, tiens, ça rappelle quelqu'un), Charlie l'air grave et visionnaire, Charlie souriant sur un arrière-plan en forme de cœur, Charlie en écusson brodé sur les uniformes des garde-frontière... C'est l'indigestion de Charlie. Et de Charlot, car, bien qu'il ait cassé sa pipe il y a maintenant dix ans, le vieux Charlot n'a pas évacué un mètre carré de surface d'affichage ! Le concept vraiment intéressant et nettement plus corsé serait plutôt de ne pas trouver Charlie où que l'on dirige son regard. C'est quasiment impossible. Même dans le désert, il surgit au détour d'un temple en ruine, sur une affiche couleur ocre censée se fondre dans le paysage. Charlie vous observe. Charlie vous poursuit. Vous pressez le pas, vous n'osez plus regarder autour de vous, vous sentez son souffle sur votre nuque, vous êtes traqués, vous êtes faits. La tête vous tourne. Vous accélérez mais il vous rattrape. Nooooooon ! Vous vous réveillez en sueur, le cœur palpitant, dans votre auberge de jeunesse miteuse. C'était un cauchemar.

Les seuls endroits publics où on peut échapper un temps à son omniprésence obsédante, ce sont les mosquées et les églises... Ouuuuuffff, ça fait du bien !


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Le muezzin appelle à la prière à la mosquée omeyyade
de Damas


Charlie a une belle épouse. Asma est élégante, intelligente, glamour, raffinée, résolument moderne. Elle était banquière à Londres avant d'épouser Charlie. Mais d'elle, on ne voit jamais le portrait. Toujours Charlie et Charlot. Il y a quelque chose de pourri en République arabe syrienne.


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Les Syriens aiment et respectent Charlie. Ainsi, Moayad m'a par exemple dit : "Notre président nous demande de ne pas fumer dans les espaces fermés, alors j'évite de le faire."  J'ai trouvé ce raisonnement assez surprenant. Néanmoins, si la cote d'amour de Charlie se mesure à l'aune du nombre de Syriens qui ne fument pas dans des lieux clos, alors en réalité Charlie n'est pas si aimé que ça...

Sinon, absolument rien à voir, mais puisque je finis avec la série sur la Syrie et le Liban, une dernière petite chose amusante.

Au Liban, si vous voulez faire de la pub pour des friandises, il faut absolument montrer des gens qui ont l'air heureux, souriant, et surtout, qui se sont étalé la moitié de leur part de gâteau sur la figure, tellement c'est bon ! Ces pubs étaient absolument partout, mais principalement sur les routes, donc pas faciles à photographier, vu la conduite sportive des chauffeurs libanais. La preuve en images :




Je n'ai rien vu de tel en Syrie. Les pubs pour les gâteaux étaient on ne peut plus normales, et le fait de voir de temps en temps un visage bien proportionné qui n'appartenait ni à Charlie, ni à Charlot, avait des vertus thérapeutiques.


Charlot et la croqueuse de gâteau

* Noms modifiés

samedi 13 novembre 2010

On a testé : Le Thé chez les Bédouins de Palmyre

Le lieu : les ruines de l'antique Palmyre, dans le désert, à trois heures de route au nord-est de Damas.

Vendredi, c'était la grosse journée. Après une bonne et longue soirée à Hama avec Moayad, mon nouveau meilleur pote syrien pour la vie, et une courte nuit à l'hôtel Cairo, j'ai dû décoller le matin à 6 heures en sautant le petit-déjeuner pour attraper le premier bus pour Palmyre, connue des Arabes sous le nom de Tadmor, l'un des hauts lieux du patrimoine culturel syrien. C'est que des bus pour Palmyre, il n'y en a pas beaucoup depuis Hama, et de plus au vu de la quantité fabuleuse de choses à voir, je devais y arriver le plus tôt possible et y retrouver une certaine "Sophie la Cool", une Française installée depuis peu en Syrie et qu'un ami commun m'a "présentée" par e-mail. Le hasard fait qu'elle avait également prévu de visiter Palmyre précisément ce vendredi-là, et on avait donc prévu de s'y retrouver de bonne heure. Dans le bus, je m'offre évidemment trois heures de sieste inconfortable et cahotante, mais bien appréciable malgré tout.

À l'arrivée à la Tadmor moderne (un vague village attrape-touriste sans intérêt), c'est l'agression : le soleil du désert attaque sans merci mes pupilles ensommeillées. La poussière, la chaleur, le bruit, la cohue des chauffeurs de taxi et autres bonimenteurs de tout poil qui m'assaillent alors que je sais à peine où j'ai débarqué, que je dois trouver un lieu sûr pour y laisser mon gros sac à dos, et retrouver Sophie la Cool en un lieu indéfini dans les ruines. Mais je reprends mes esprits et une heure plus tard, allégé de 15 kilos de bagages, je retrouve Sophie et son pote anglais James dans les ruines du Temple de Bel, un des nombreux sites historiques de Palmyre.

Le Temple de Bel
 Sophie et James sont dans les ruines depuis l'aube car tous les guides touristiques conseillent vivement l'expérience d'un lever du soleil à Palmyre. Ils ont donc déjà presque tout vu, mais ça ne les dérange pas de revoir les ruines avec moi, preuve s'il en est que Sophie la Cool mérite bien son surnom. Effectivement, les ruines de Palmyre, capitale de la mythique reine Zénobie, sont à couper le souffle. Vivement les photos. On marche, on voit des temples, des colonnes, on escalade des tours, on marche encore, on en prend plein la vue... le soleil du désert chauffe de plus en plus, et nous partageons et rationnons nos maigres provisions de backpackers (Sophie et James eux aussi ont sauté le petit-déjeuner pour arriver très tôt sur les ruines) : quelques mandarines, un peu d'eau. Par conséquent, lorsqu'un bédouin surgit devant nous et nous invite à venir prendre le thé chez lui, nous sommes ravis et acceptons avec plaisir.




En chemin, nous lui demandons "Addayish?" et "Bikam?" pour savoir combien cela nous coûtera. Mais il répond à chaque fois d'un geste qui semble dire que c'est gratuit. Rien de vraiment étonnant : nous avons déjà tous reçu ce genre d'invitation à plusieurs reprises et l'hospitalité syrienne semble ne pas connaître de limites. Notre hôte nous reçoit chez lui, une pièce carrée de 4 mètres sur 4, tout en béton, avec des tapis sur le sol et des matelas disposés le long des murs pour s'asseoir. Il y a un autre homme dans la pièce. La télé est allumée et des enfants la regardent. Une belle femme bédouine maquillée au henné nous apporte le thé et nous le sert en silence, tête baissée, puis s'en va dans un froissement de tissus. Le thé est bon, sucré, chaud et rafraîchissant à la fois. Des nuées de mouches s'abattent sur nous et sur nos verres de thé. Nous partageons avec nos hôtes, et avec les mouches, le peu que nous avons. Les hommes refusent tout, mais les enfants et les mouches acceptent avec plaisir nos mandarines et les bonbons de Sophie et en redemandent. Nous échangeons quelques politesses dans un arabe très limité ("Votre petite fille est très jolie") et parvenons à comprendre combien d'enfants a chaque heureux papa. Mais nous restons surtout silencieux, à nous regarder et à nous sourire poliment. Monsieur Bédouin nous ressert du thé dans nos verres, où les mouches avaient fait la fiesta. Tant pis, il faut bien faire travailler son système immunitaire de temps en temps. La femme bédouine revient, toujours aussi silencieuse, cette fois avec des choses à vendre. Surtout des keffiehs pour hommes. Mais j'en ai déjà un autour du cou et n'ai pas l'intention d'acheter. Sophie et James non plus. Nous restons en silence quelques minutes et nous levons pour partir lorsque cela nous semble possible de le faire poliment.

Panorama de Palmyre (juste une petite partie du site)
 Mais là, tout bascule. Le nombre d'enfants double sous nos yeux et ils réclament tous bruyamment quelque chose. Les adultes, qui jusque là avaient rabroué les enfants lorsqu'ils devenaient trop insistants, se joignent à eux. Monsieur Bédouin m'empoigne le bras et attrape ma montre, faisant signe que je devais la donner. Un enfant bédouin étonnamment polyglotte observe la scène et dit "regalo" ou encore "cadeau" en espagnol. J'essaye d'éviter de protester trop énergiquement car j'ai encore un peu de respect pour notre hôte, mais une montre Adidas, vieille certes, c'est cher payé pour deux verres de thé dans lesquels les mouches ont dansé la samba ! Monsieur Bédouin insiste, et demande cette fois : "Bakchiche". Je lui donne 50 livres syriennes (1 dollar). James en fait de même, et nous partons tous les trois. Monsieur Bédouin nous suit sur quelques mètres et demande un stylo, comme les enfants berbères dans l'Atlas marocain. Mais il finit par laisser tomber. Malheureusement, les enfants persévèrent. Le petit doué en langues continue avec ses "Regalo, give fifty, one dollar" et nous harcèle pendant deux heures ! Je n'exagère pas. Quand on cherche à l'amadouer avec une orange, ce petit malfrat réclame toutes nos oranges, au lieu d'une seule. Il n'y a rien à faire. C'est la guerre d'usure. Mais heureusement, au bout de deux très longues heures, cette petite crapule trouve d'autres touristes à aller persécuter. Nous achetons la tranquillité pour le prix d'une orange. Si jeune et déjà si doué en techniques d'extorsion et de racket, il ira loin ce petit ! Ils auraient mieux fait de nous le vendre, leur thé, nous aurions payé de bonne grâce et tout se serait bien passé.

Sophie, James, et au milieu, la pire calamité bédouine qui soit

video
Sophie la Cool joue de la musique bédouine.
Tant qu'ils sont occupés à jouer de la musique,
les enfants ne peuvent pas nous racketter...

Nous continuons la visite de Palmyre, abrutis de fatigue, de chaleur, de faim, d'énervement. Le site est superbe mais je n'en garderai pas forcément un bon souvenir. Heureusement, il reste toujours les bons moments partagés avec Sophie la Cool et James. À la nuit tombée, la visite est finie. Revenus au village de Tadmor, nous avons enfin pu manger un bon chawarma et boire des boissons fraîches à la terrasse de l'hôtel qui a gardé nos sacs. Nous sommes épuisés et à bout de nerfs. Un rien suffit à nous faire rire. Marie et James veulent continuer plus loin vers l'est dans le désert et atteindre Deir-ez-Zour sur l'Euphrate. Je voudrais bien rester avec eux, mais Damas m'appelle. C'est dans la direction opposée. Je verrai sa majesté l'Euphrate une autre fois, inch'Allah. Nous nous séparons avec des promesses de rester en contact. La dernière épreuve m'attend lorsque je dois trouver le bon bus et payer le juste prix dans la "gare routière". Il semble vraiment que tous les escrocs de Syrie se soient donné rendez-vous à Palmyre-Tadmor. Quel choc par rapport au reste du pays ! Mais je m'en sors, me retrouve dans le bon bus pour Damas, avec un billet payé au tarif normal. Je laisse derrière moi Palmyre et ses margoulins sans regrets, mais je quitte mes nouveaux amis avec tristesse.

À moi Damas !

Palmyre : On a testé et on a aimé malgré tout.
Le thé chez les Bédouins : On a testé... et on a détesté !

vendredi 12 novembre 2010

On a testé : Le Barbier de Syrie

Le lieu : Hama, à deux heures de bus au sud d'Alep.

Hier, après une journée et deux soirées de pur bonheur à Alep (ou presque, car tout de même après une journée d'intense exploration, la ville d'Alep a très peu de bars à offrir à ses visiteurs pour les rafraîchir convenablement et les récompenser de leurs efforts, heureusement elle compense très largement par la qualité des restaurants), j'ai quitté la ville à contrecœur histoire de m'obliger à voir le reste de la Syrie, que diable. Rechignant à m'infliger les six heures de bus pour aller directement à Palmyre, j'ai fait une halte à Hama, une ville agréable et bien située, sur les rives de l'antique fleuve Oronte, et tout naturellement, vieille de plus de trois millénaires conformément à l'article 1 du cahier des charges de l'urbanisme syrien. Hama, c'est petit, vert, tranquille, frais, ombragé et bien plaisant. Mais une fois qu'on a vu les sept célèbres norias antiques sur le "fleuve" (qui doit être moitié moins large que le Landwehrkanal ou que le Canal Saint-Martin, et encore) et les tronçons d'aqueducs romains qui en partent, la mosquée An-Nouri et la maison ottomane Azm, on a à peu près tout vu, en deux heures à peine !

Les norias et la mosquée An-Nouri

La nuit était tombée, et j'aurais volontiers continué tout de suite vers Palmyre si je n'avais pas déjà pris une chambre d'hôtel à Hama, et surtout, si je n'avais pas la perspective d'une soirée avec mon nouveau meilleur pote syrien à la vie à la mort rencontré sept heures plus tôt dans le bus. Après l'expérience de Lattaquié, je n'avais pas envie de décommander ! Alors que, désœuvré et quelque peu mélancolique, je me dirigeais vers un cybercafé pour faire avancer Les Chroniques Berliniquaises, un groupe de jeunes Syriens m'interpelle et l'un d'eux m'attrape par le bras (tout à fait normal, on est très tactile dans ces contrées) en me disant : "Marhaba Monsieur, une coupe de cheveux ?" en me montrant le salon Five Stars juste devant. Je réponds non par habitude et aussi par orgueil. Non mais de quel droit ? J'ai les cheveux si dégueu ? Merci pour le compliment ! Et je plante là cette bande de sales gosses. Mais après deux minutes je me dis que j'ai justement trois heures de désœuvrement devant moi et que ce sera probablement la même qualité de travail que chez mes coiffeurs turcs pas sympas de Neukölln, et sûrement pour bien moins cher... Alors je ravale ma fierté et je reviens devant Sale Gosse. "C'est combien ?" "Cent cinquante livres". Environ trois dollars US. Marché conclu.

J'entre dans le salon, accueilli par une nuée d'employés, selon la règle classique suivante : là où en Europe il y a une seule personne pour effectuer une tâche donnée, en Syrie elles sont trois ou quatre. Bien en évidence sur un mur, trône un portrait du président El-Assad, et dessous, un écriteau en forme de panneau rond et de cigarette barrée de rouge. On pourrait penser qu'il s'agit d'une interdiction de fumer, mais étant donné que le patron et un garçon coiffeur fumaient tranquillement, on pouvait peut-être en conclure que l'interdiction ne concerne que les clients assez retors pour fumer tout en se faisant coiffer... Ou il s'agissait tout simplement d'une belle illustration de deux autres règles syriennes de base, d'un coup d'un seul. Primo : dès qu'un Syrien a une main de libre, il l'occupe avec une cigarette. Secundo : le règlement, quel règlement ?

J'ai l'honneur d'être pris en charge par le patron lui-même, qui s'attaque à ma tignasse aux ciseaux, tout en fumant nonchalamment sa cigarette et en buvant sa petite tasse de café turc. Un garçon du salon me sert un thé. Sympa le service ! Le patron et la moitié de ses employés et des clients me faisaient la conversation dans le galimatias anglo-franco-arabe auquel je me suis habitué, et je me disais que j'avais là la matière pour un nouvel article que je pourrais intituler "Le Barbier de Syrie", car ça sonne bien. Juste à ce moment-là, on m'étale de la mousse à raser sur les joues avec une brosse en blaireau. Mince alors, c'est vraiment un barbier en fait ! À ce moment précis, une brève discussion a lieu entre le patron et le garçon qui prend le relais. Je comprends que je vais devoir payer un supplément, ce qui ne m'étonne guère. Après un rasage tellement intensif que 30 heures plus tard, à l'heure où j'écris, mes poils n'ont toujours pas osé reparaître sur mes joues, on me décape la peau meurtrie et enflammée avec une espèce de gommage abrasif, puis on rince, puis, hop, une couche d'argile blanche ou je ne sais quoi sur tout le visage. La clientèle exclusivement masculine du salon a droit au même traitement de choc. Top virilité ce salon qui fait coiffeur-barbier-esthéticienne. Mais c'est une expérience, après tout. Les voyages, c'est bien à ça que ça sert. Heureusement, l'épilation des jambes à la cire n'était pas incluse dans le forfait. Ensuite, on rince à nouveau, on parfume, on me plaque les cheveux vers l'arrière avec du gel, on me demande de payer la somme faramineuse de 250 livres syriennes, soit 5 dollars, et je suis fin prêt. D'une certaine façon, ils ont réussi à me sculpter une vraie tête d'Arabe. Je suis le nouveau lover syrien, coiffé, rasé, récuré, parfumé, gélifié, un tombeur qui va être lâché dans les rues dans un instant pour briser les cœurs de la gent féminine de Hama.

Hélas, comme chaque soir, les frères, les cousins et les oncles ont bien veillé sur leurs sœurs, leurs nièces et leurs cousines, et le lover est rentré bredouille. Mais j'ai passé comme prévu une très bonne soirée avec Moayad, mon nouveau meilleur ami syrien à la vie à la mort forever, et ses amis qui ne parlent pas anglais.

Le Barbier de Syrie : on a testé et on a aimé.

Nouveaux potes à Hama

mercredi 10 novembre 2010

L'Axe du Mal

Alors ça y est, me voilà en Syrie. Et force est de constater que George W. Bush avait tout à fait raison : ici, c'est vraiment l'Axe du Mal. Ou plutôt, comme m'a fait remarquer une lectrice, pas vraiment l'Axe du Mal, mais pour utiliser la terminologie exacte employée par les néo-conservateurs de l'ère Bush, ''Beyond the Axis of Evil''. La nuance est réelle, quoique ténue...

Un pays foncièrement mauvais, donc, où les gens ont le front bas et le regard fuyant. Enfin, pas tout à fait, mais je suis presque sûr d'avoir aperçu au moins un Syrien au regard suspect depuis lundi. Enfin, je crois bien. Euh, je ne sais plus vraiment. Et puis à plusieurs reprises des militants syriens qui haïssent profondément l'Occident, la Liberté et la Démocratie ont presque tenté de me kidnapper en voiture. J'en ai réchappé de peu à chaque fois. Mais entrons un peu plus dans les détails de ces aventures en terre hostile.

Lundi soir, je suis arrivé à Lattaquié depuis Tripoli. Nous voyagions à cinq depuis le Liban, dans une petite voiture de fabrication chinoise, de la marque Chery, ou "shiri" en prononciation locale. J'étais bien sûr installé au milieu de la banquette arrière, écrasé entre deux gros Syriens. Mais c'est la moindre des choses, après tout c'est l'Axe du Mal. Mes compagnons de voyage, obèses mais au grand cœur, m'ont payé le café à chaque pause que nous faisions. Une fois que nous avons passé la frontière, j'ai eu droit à plusieurs "Welcome to Syria" de leur part. Tout ceci cachait sûrement quelque chose. Dès notre arrivée à Lattaquié, sur la côte, l'un d'entre eux s'est assuré de me trouver un taxi qui me ferait payer le bon prix pour m'emmener à mon hôtel. En l'occurence, mon hôtel n'existait plus, ou alors le chauffeur n'a pas réussi à le trouver. Lorsque j'en ai eu assez, je lui ai demandé de me déposer devant le premier hôtel que j'ai vu. Dans cet établissement très bon marché et si basique que j'ai failli refuser la chambre, j'ai été immédiatement adopté, après une autre série de "Welcome to Syria", par un groupe de trois jeunes dans la vingtaine : Fater, un pensionnaire à long terme, jeune chirurgien cardiologue de son état, Mohammed, le fils du patron, étudiant en "mécatronique" (sûrement un truc qui sert à fabriquer des bombes) et son cousin Khaled, étudiant en droit qui prépare le TOEFL. Après une petite promenade à pied dans les rues de la ville et notamment le long de la côte, ils m'ont emmené en voiture, moi qui n'avais rien demandé, pour une longue virée à la plage puis dans les restaurants bon marché et sympathiques de la ville. Ils ont absolument tout payé et refusaient que je participe de quelque manière que ce soit. C'est difficile à comprendre, mais j'étais leur "invité", leur "ami" et c'est donc ainsi. Il était hors de question que je paye quoi que ce soit. Je me suis senti quelque peu submergé par tant d'hospitalité. Plus tard, rentré à l'hôtel, les Syriens n'ont pas arrêté de me servir gratuitement des breuvages suspects : de l'eau, du café, du thé. Du café très fort, même à minuit. Et de la bière sans alcool. J'étais sur mes gardes et ai bien fait attention, mais non les boissons n'étaient pas empoisonnées.

Les trois mousquetaires de Lattaquié au château de Saladin

Mais ça ne s'est pas arrêté là. Lorsqu'ils ont compris que mon intention était de visiter "al Qala'at Salaheddine", le Château de Saladin, l'une des attractions de la région dans l'arrière pays de Lattaquié, ils m'ont tout de suite promis qu'ils m'y emmèneraient le lendemain. Le lendemain à l'heure dite, ils étaient à nouveau là tous les trois. Fater avait décidé pour l'occasion que le CHU de Lattaquié pourrait bien se passer de son chirurgien cardiologue ce mardi-là, car il ne voulait surtout pas manquer mon kidnapping. Mais en fait non, il n'y a pas eu de rapt. Ils m'ont emmené au château comme prévu, ils ont encore une fois de plus refusé que je paye mon billet d'entrée, ce qui était vraiment trop car mon billet coûtait cinq fois le prix du leur (30 livres syriennes pour eux, 150 pour moi, c'est-à-dire trois dollars US)... Mais il n'y avait pas moyen de leur faire entendre raison. Nous avons donc visité le château, qui est impressionnant. Sur place, nous avons rencontré un touriste anglais solitaire. Tout de suite, les Syriens ont compris qu'ils pourraient lui faciliter les choses en l'emmenant à la gare à 15 heures pour qu'il prenne son train pour Alep. Branle-bas de combat, hop, on repart avec l'Anglais, on l'emmène à l'hôtel pour un thé, on partage avec lui nos mandarines et nos gâteaux, les Syriens nous offrent des paquets de tisane locale pour l'occasion, puis tout le monde se retrouve à la gare. Nos amis Syriens ont géré les formalités assez compliquées pour l'achat des billets de train (que nous avons cette fois payés nous mêmes, enfin). Dans la gare, des gens me voyant avec mon sac à dos disaient "Welcome to Syria". Après une quantité assez incompréhensible de démarches, où les passeports étaient même nécessaires, nous avons obtenu nos billets de train. Sans eux, nous n'y serions probablement pas parvenus. Après avoir fait tant pour nous, les Syriens nous ont accompagnés sur le quai pour nous dire au revoir. En fait, en Syrie, il y a une culture de l'hospitalité qui dépasse tout ce qu'on imagine. J'ai maintenant trois amis à Lattaquié, ce qui est plutôt cool. J'espère bien y revenir un jour.

J'ai pris le train jusqu'à Alep avec ce touriste anglais. Je ne compte plus le nombre de fois qu'on nous a dit "Welcome to Syria". Alors que je prenais des photos à l'arrière du train, j'ai été rejoint par un groupe de jeunes qui voulaient juste me voir et parler avec moi. Pas énormément car leur anglais et leur français étaient aussi limités que mon arabe. En tout cas, il savaient dire "Welcome to Syria". Ils m'ont aussi demandé mon âge. Quand je leur ai répondu tis'a wa 'achrîne, ou encore vingt-neuf, ils ont ouvert de grands yeux et se sont exclamés, avec consternation : Old! Very old! Eux, ils avaient entre 18 et 20 ans, m'ont-ils dit. Je ne me suis pas laissé faire. Grâce à L'Arabe pour les nuls, je leur ai répondu tac au tac, ou presque : Ana rajul, antum awlâd. "Moi, homme ; vous, enfants". Bien cassés, les sales gosses ! Non mais !

Amis syriens dans le train vers Alep
Voilà, au bout de deux jours dans ce pays incroyable surtout par ses habitants, je m'y sens vraiment bien. J'ai envie de sourire à chaque personne que je vois. Selon les expatriés que j'ai rencontrés, au bout de quelques mois, on finit par se lasser d'entendre "Welcome to Syria" quinze fois par jour. Mais en tout cas ça doit être plus difficile de se lasser de la gentillesse des Syriens.

Voilà comment sont les gens dans ce pays du prétendu Axe du Mal. Merci George W. Bush pour ce qualificatif très approprié, c'est largement mérité.

lundi 8 novembre 2010

Bons souvenirs du Liban

Chers amis,

Alors que je passe ce qui va surement etre ma derniere nuit au Liban, et que je galere avec un clavier QWERTY arabe, une version de Windows obsolete et une connexion poussive dans un "cybercafe" glauque de Tripoli (le Tripoli libanais bien sur, dans le nord du pays), je voudrais tout de meme m'assurer que je ne laisse pas une impression trompeuse. J'ai passe beaucoup de bons moments dans ce pays et fait des experiences tres interessantes

Quelques exemples :

Une longue promenade hier sur la Corniche (route littorale) de Beyrouth, avec un autre passage au fameux cafe Al-Rawda, un endroit merveilleux et ombrage juste devant de la mer, que j'ai trouve par hasard pendant mon premier jour a Beyrouth, ou les familles libanaises viennent se rafraichir, jouer aux dominos, aux cartes, fumer le narguile sous les arbres, et ou mon amie Anna* m'a rejoint pour un delicieux dejeuner libanais. Nous avons ensuite continue notre promenade en admirant au passage les Pigeon's Rocks, joli promontoire rocheux naturel ou nous avons admire le coucher du soleil que j'avais loupe le premier jour. Et nous avons termine sur de delicieux gateaux accompagnes de the sur la terrasse luxueuse de l'hotel Movenpick. Une experience typiquement beyroutie, en quelque sorte : la mer, la dolce vita, le luxe. Le soir, Ane etait trop fatiguee pour sortir et devait se menager pour le marathon de Beyrouth, auquel elle devait participer ce matin. Mais j'avais envie de profiter de mon tout premier samedi soir a Beyrouth. Je suis donc sorti tout seul dans l'impressionnante rue Gouraud et les rues adjacentes du quartier jeune et fetard de Gemmayzeh. Cela en valait la peine. Bar sur bar, restaurant sur restaurant, boite sur boite. Des jupes plus courtes qu'a Londres, des talons plus hauts qu'a Milan, une foule scintillante de noctambules dechaines, des embouteillages monstres, des voitures immatriculees a Dubai ou au Koweit (on m'a explique que les riches princes du Golfe envoient leurs chauffeurs-esclaves originaires du sous-continent indien sur les dangereuses routes du desert avec la voiture tandis que eux, ils prennent tranquillement l'avion....).

Les fameux Pigeons' Rocks, ou Raouché
Juste après le coucher du soleil, depuis la terrasse du Mövenpick

Bref, vous avez compris, Beyrouth c'est vraiment la capitale de la fete. Etonnamment, Berlin et Belgrade le sont aussi. Alors soit les grandes villes ayant une histoire recente particulierement traumatisante se transforment en capitales de l'hedonisme une fois la paix revenue, soit les capitales dont le nom commence par "Be" sont predisposees a etre des hauts lieux de la fete. Reste a voir comment ca se passe a Berne...

Le fameux hôtel Holiday Inn détruit pendant la guerre

Pour la petite histoire je ne suis pas alle dans un de ces bars ultra-branches car j'etais seul et je ne savais pas comment aborder ces groupes de fetards satisfaits. Mais dans une rue adjacente, la fort justement nommee Rue du Liban, j'ai trouve un bar de rugby completement desert mais encore ouvert, le bar "Scrum". Je suis donc entre, ai commande une biere Almaza et ai sympathise avec le jeune patron du bar en parlant de choses et d'autres. Ouf, mon samedi soir a Beyrouth etait sauve, je ne l'ai pas passe tout seul :-)

Beyrouth et ses contradictions...

Oui, le charme "traditionnel" de Beyrouth se perd, lentement mais sûrement


Aujourd'hui, je suis a Tripoli (Trablous, en arabe), ou j'ai prevu de faire escale avant de continuer vers la Syrie a partir de demain. Tripoli, ca rime avec joli. Mais c'est une pure coincidence sans rapport avec la realite, helas. Arrive a la gare routiere en provenance de Beyrouth, je me suis fait arnaquer une fois de plus par un chauffeur de taxi, qui a profite de mon absence totale de reperes. Ici au Liban un moment de baisse de vigilance, ca ne pardonne pas et ca se paye cher (5 euros). Je me suis trouve une auberge familiale tres sympathique, tenu par des gens qui parlent un bon francais, l'hotel El-Koura. Ensuite je suis sorti explorer la ville. Alors que j'etais debout sur la place Sahat Et-Tall, au coeur de la vieille ville, desoriente avec mon fidele Lonely Planet, a me demander par quel bout commencer et a avoir un debut de regret de m'etre fourre ici, un inconnu m'aborde et me dit en anglais : "Eh toi le touriste perdu, laisse ton livre et laisse-moi te montrer la ville !" Je crois que cette rencontre a eu lieu vers 14 heures, juste avant la troisieme priere du jour a la mosquee. Ce monsieur m'a fait visiter toute la ville, m'a paye une crepe a la boulangerie tenue par une de ses amies, m'a offert un Pepsi, m'a montre tous les recoins des souks de la ville, m'a mis en garde contre les differentes arnaques possibles et imaginables dans sa ville qu'il adore, m'a guide jusqu'a la mer (a 3 km du centre), m'a raconte des anecdotes sur la ville et beaucoup de ses immeubles, monuments, souks, caravanserails, etc, m'a negocie un voyage pour la Syrie pour demain, m'a explique plein de bonnes astuces pour visiter les villes arabes (par exemple : il y a toujours des toilettes dans les mosquees) et on s'est quitte vers 18 heures. Il ne voulait pas d'argent, juste passer un moment agreable et montrer a un visiteur etranger sa ville, qui serait belle si les nombreux batiments historiques etaient un minimum entretenus. En tout cas, la ville que je trouvais pauvre, bruyante et laide aujourd'hui a 14 heures me semble maintenant beaucoup plus interessante. Tant de gentillesse, ca compense d'un coup toutes les arnaques dont j'ai ete victime depuis mon arrivee ici.


Tripoli : l'horloge de la place Et-Tall

Des gens très pauvres habitent les immeubles historiques abandonnés
(ici, le Caravansérail d'El-Mina) du vieux Tripoli

Et une derniere chose, pour mes lecteurs antillais : ici au Liban, je vous disais deja qu'ils ont des bananes. Eh bien ils ont aussi des mangues et des papayes (j'ai vu les arbres mais pas les fruits). Les fruits que j'ai goutes ici : des mandarines et des pommes-cannelle aussi bonnes qu'en Martinique. Mmmmh !

Ouf, j'ai reussi a me mettre a jour dans mes articles. La encore, je mettrai les photos (et les accents) des que possible !
On a trouvé le créateur de l'Univers ! Il réside à Tripoli...

* Le nom a ete modifie
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