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vendredi 17 décembre 2010

Funérailles à l'andalouse

Attention, ce post va commencer par une pensée très profonde. Préparez-vous.

Dans la vie, il nous arrive parfois de traverser des épreuves difficiles (vous étiez prévenus). Au nombre desquelles, enterrer ses parents. J'en profite pour avoir une pensée particulière pour quelques amies chères... Aux dernières nouvelles, mes parents vont très bien, ne vous inquiétez pas [Touche du bois]. J'espère que les vôtres aussi [Touche du bois]. On ne peut malheureusement pas en dire autant de la jeune, belle et célèbre chanteuse de flamenco, Estrella Morente, si célèbre qu'elle a même sa page Wikipédia en français.


Estrella Morente

Quoi, vous ne la connaissiez pas ? Tssss... Allez, je vous fais une confidence, mais gardez-la pour vous : jusqu'à ce mercredi, moi non plus. Pourtant, j'aurais dû, et vous aussi, car c'est elle qui a prêté sa voix à Penélope Cruz pour ses chansons dans le film Volver de Pedro Almodóvar, que nous avons tous vu et adoré en 2008, non, en 2006, il y a quatre ans déjà ! Donc je m'apprête à semer la consternation parmi vous. Dans l'extrait qui suit, et qui nous a tous émus aux larmes, ce n'est pas Penélope qui chante, mais bien Estrella Morente, une chanteuse de 25 ans à l'époque et déjà étoile montante du flamenco.




Eh bien cette semaine, l'Espagne, Grenade et Estrella ont pleuré la disparition du grandissime cantaor andalou Enrique Morente, à la célébrité planétaire, qui n'était autre que le père de cette dernière, et que bien sûr je ne connaissais pas du tout puisqu'il n'a jamais chanté dans aucune BO de film d'Almodóvar. Quoi qu'il en soit, Estrella, 30 ans maintenant, au lieu de se cantonner dans un rôle d'orpheline prostrée et inconsolable, ne s'est pas contentée de pleurer de la mort de son père : elle l'a aussi chantée, ce mercredi, en live, devant les caméras et les centaines de personnes présentes aux funérailles.




Cet extrait passait en boucle sur les chaînes de télé espagnoles hier. Il me laisse admiratif mais aussi quelque peu dubitatif, car c'est assez inhabituel. Elle est admirable cette jeune femme, qui, malgré sa douleur, trouve la force de chanter avec une telle puissance en hommage à son père. Je comprends moins les olés et les applaudissements du public comme à la corrida, la grandiose théâtralité de l'événement... Il serait malvenu de mettre en doute la sincérité de cette manifestation et des sentiments exprimés, mais tout ceci, vu avec mes yeux de non-Andalou, me laisse immensément perplexe, malgré des années d'étude de la langue et de la civilisation espagnoles. Mais si on fait abstraction de ce côté "show de la mort", l'émotion véhiculée par ce chant me touche aussi, et même moi qui ne connaissais pas Enrique Morente, je me surprends à ressentir de la tristesse en écoutant le cante à la voix cassée de sa fille. Ouf, je n'ai pas encore complètement un cœur de pierre même après trois hivers à Berlin !

Only in Spain, tout de même, serait-on tenté de dire.

Allez, finie la parenthèse espagnole. Je suis rentré à Berlin ce soir... vive la neige !

mercredi 15 décembre 2010

El Costo de la Vida

J'ai un air de merengue dans la tête. Un "Ohrwurm" comme disent les Allemands : une chanson qui me trotte dans la tête, m'obsède et ne veut pas s'en aller. Cet air, c'est El Costo de la vida, de l'immense chanteur dominicain Juan Luis Guerra, célèbre dans toute la Caraïbe, l'Amérique latine et sûrement bien au-delà. Je m'abstiendrai de faire des commentaires si certains d'entre vous ne connaissent pas, promis.




Si j'ai cet air festif en tête, ce n'est pas à cause des soirées salsa à la Kulturbrauerei que je me suis promis de tester avec mes collègues, et auxquelles je ne suis toujours pas allé. C'est à cause de l'expérience que je viens de vivre au Mesón Madrid Jabugo I. J'y suis retourné ce soir sur les coups de 23h (après l'avoir découvert un soir par hasard cet été), affamé et vaguement inquiet d'y trouver porte close. Alléluia, c'est l'Espagne après tout, et même un soir de semaine, par une froide nuit de décembre, dans un quartier pas particulièrement vivant de Madrid, on entre au restaurant à 23h et le deuxième service vient à peine de commencer. Je me suis senti bête d'avoir été inquiet. ¡Viva España! Le Mesón Jabugo est un restaurant assez connu dans le quartier de Tetuán, qui sert des spécialités de charcuterie espagnole. Il pourrait tirer son nom du jamón de Jabugo, un des grands jambons ibériques, chers comme des grands vins, mais je n'en sais trop rien en fait. Au menu, rien que des choses super saines : chorizo frit dit "jabuguito", solomillo (une sorte d'escalope de porc vraiment bonne), œufs au plat, frites, un poivron, frit bien entendu, et 20 centilitres d'huile d'olive au fond de l'assiette. Et bam ! 5.000 calories dans ta face ! Ah, avec un verre de Rioja por favor. Après un tel festin hautement diététique, me sentant satisfait mais un peu lourd, j'ai décidé de commander un dessert.

– Nous avons du flan, du pudding, de la crème brûlée, du gâteau au chocolat, du pain perdu caramélisé, de la tarte au caramel, du gâteau de patate douce, des enclumes au sucre glace et la spécialité de la maison : des galettes d'argile caramélisées avec un coulis de cerises.
– Vous auriez quelque chose de, euh... léger ? À base de fruits par exemple ?
– Ah non désolé.
– C'est bien dommage.
– Si vous insistez, on peut vous donner une pomme ou une poire.
– Parfait, une pomme s'il vous plaît !




J'ai donc reçu ma pomme, bien servie, bien présentée. Puis, étant enfin prêt à m'en aller : la cuenta por favor. Et là, c'est le drame.




4,75 € la pomme !!! Priceless, comme dirait monsieur Mastercard. Le prix de deux döner kebab, ou d'un brunch dans certains établissements de Kreuzberg ! Et dire qu'en Syrie je payais 0,50 € pour un kilo de mandarines fraîches...

– D'où vient la pomme ?
– Elles sont produites dans la région.
– Ah OK.
– Elle était bonne, hein ?
– Oh oui, très bonne. Mais assez chère aussi non ?
Ay, sí señor.

Jambons de Jabugo

Alors voilà, comme l'a si bien chanté Juan Luis, ou comme il aurait pu le chanter en de telles circonstances :

El costo de la vida sube otra vez
El [euro] que baja, ya ni se ve
Y las [manzanas] no se pueden comer
Ni una libra de arroz, ni una cuarta de café
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