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mardi 30 juillet 2013

Chronique Martiniquaise (8) : Le français ensoleillé de Martinique — Première partie

En Martinique, on parle le créole qui, comme chacun sait, est la langue maternelle d’une bonne partie de la population. Comparé à d’autres langues régionales de France comme le breton ou l’occitan, le kréyòl martiniquais se porte plutôt bien, n’ayant pas encore été expédié au purgatoire des langues moribondes par les coups de boutoir d’une République  vengeresse qui se veut centralisatrice et uniformisante et n’a eu de cesse de terroriser des générations entières d’écoliers afin d’éradiquer définitivement les «patois», dans une absurde bataille contre les cultures régionales.

Mais, bien entendu, les Martiniquais parlent aussi le français, langue de l’éducation, des médias, du commerce et de la République. Comme dans d’autres régions de France et dans les autres territoires de la Francophonie, le français parlé (et écrit) en Martinique compte un certain nombre de savoureux particularismes locaux que les autochtones emploient fréquemment, sans se douter un instant que ces régionalismes sont souvent inconnus au-delà des rivages ensoleillés de leur île. Jusqu’au jour funeste où l’étudiant martiniquais à Paris ou à Bordeaux demande le plus naturellement du monde un «sachet» ou une «timbale» à un commerçant, et ne reçoit pour toute réponse que des yeux de merlan frit (puis une «gentille» remarque sur son accent). Hein? Comment? On cause pas pareil? Eh bien non, pas tout à fait.

vendredi 9 novembre 2012

Petites phrases mythiques en politique allemande (1)

«Vous n’avez pas le monopole du cœur»
«Casse toi, pauv’ con!»
«Do you want me to go back to my plane and go back to France?»
«Qui vient sur la Grande Muraille conquiert la bravitude»
«Responsable mais pas coupable»

Si vous êtes français (une tare congénitale que je soupçonne d’être encore plus répandue, parmi les assidus de ces pages, que l’intolérance au lactose. Ou que les allergies aux acariens. Ou même l’herpès. Hum, euh, bon, oui voilà quoi. Bref, nous sommes plus ou moins entre froggies ici, c’est évident) il y a de fortes chances, chers amis grenouilles, que vous ayez immédiatement reconnu ces petites phrases que nous devons à des politiciens pris au dépourvu, des mots d’esprit improvisés qui ont gagné leur place dans la mémoire collective de la «Grande Nation», pour employer le vocable préféré et passablement agaçant de la presse allemande lorsqu’elle évoque notre illustre pays. Dans de nombreux cas, lesdites petites phrases à la spontanéité désarmante, ont carrément détrôné moult slogans et maintes formules soigneusement écrites et prononcées avec pompe et solennité lors de cérémonies officielles, et se sont immiscées à divers degrés dans le langage quotidien.

Eh bien voyez-vous, à ce petit jeu les politiciens allemands ne sont pas en reste, et eux aussi ont su, tour à tour, amuser la galerie à leurs dépens, ou alors semer le trouble et la consternation parmi leurs contemporains (ou leurs descendants) par des formules lapidaires qui ont frappé les esprits pour longtemps. Je me sens d’humeur à rédiger un billet façon «Karambolage» cette semaine. Alors voici donc, sans plus tarder, un court florilège des petites phrases restées dans la légende de la politique teutonne, avec un petit «p».

Frappons fort pour ouvrir comme il sied cette compilation de citations mémorables que nous ont légué les plus éminentes huiles teutonnes. Nous sommes en 1962, en république du Liberia, devant un parterre de dignitaires endimanchés, un bel aréopage ; le Président fédéral allemand d’alors, Heinrich Lübke, sur son pupitre perché, leur tint à peu près ce langage :

„Sehr geehrte Damen und Herren, liebe Neger!“  

« Chères Mesdames, chers Messieurs, chers Nègres »

jeudi 26 juillet 2012

Jeu des synonymes sur les neiges d’été

Chaleur écrasante sur la vaste étendue de sable de la «Beach 61» à Kreuzberg, une «plage» bien loin de la mer, divisée en petites parcelles rectangulaires où les athlètes, par dizaines, s’escriment et suent comme sur la poussière brûlante du Circus Maximus. Une partie de volley vient de s’achever. L’équipe d’en face a perdu la manche évidemment (car, sans fausse modestie, votre dévoué chroniqueur, un peu comme Parker Lewis, ne perd jamais). Une joueuse s’éclipse aux toilettes. Les cinq autres profitent de cette courte pause pour se désaltérer à l’eau minérale déjà tiédie par la touffeur estivale.

dimanche 27 mai 2012

Interro surprise !

C’était un samedi de mai comme un autre, au marché aux fruits et produits bio de Boxhagener Platz, au cœur de Friedrichshain. Bottes d’asperges par milliers et barquettes de fraises au quintal, à l’ombre des tilleuls et des hipsters en fleurs. 

"Erdbeeren- und Spargelzeit!" (C'est la saison des fraises et des asperges!)
Ah bon ? Ca alors, je n'avais pas du tout remarqué ! Boxhagener Platz, le 26 mai.
«Hallo, ich möchte bitte... Kir..., Kirch...sch..., euh, Kir...schen. Kirschen?»

jeudi 19 avril 2012

La langue du diable

«Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?» se désolait, avec une éloquence qui se fait rare à notre époque du langage SMS, un Don Diègue fort marri de ne pas avoir su infliger une bonne correction à son ancien ami Don Gomès qui l’avait gourmé et insulté. Euh, pardon, je reprends : Don Dièg’ était trooooo dég’ de la life paskil a pas pu marave sa gueule à se conar de Gonesse qui l’avait grave embrouiller. Cé mieux comme sa ?

Dans mon cas, l’outrage des ans ne se traduit pas encore par mon incapacité à tenir en respect les fâcheux et à rabattre leur caquet aux impudents, au contraire, mais plutôt par la perte indéniable de vivacité de mon cerveau, sa lenteur de plus en plus manifeste, qui l’empêche de mobiliser à temps le vocabulaire, les règles de grammaire et la prononciation à peu près convenable de la langue teutonne, et d’en faire bon usage avant que les mots ne sortent de ma bouched. Dès lors que je prononce plus de deux phrases en allemand, je me sens dans la peau d’un Jean-Claue Van Damme livré à lui-même devant les caméras, qui parle bien plus vite qu’il ne pense (et, tout comme JCVD, mon problème n’est pas que je parle trop vite, entendons-nous bien).

mercredi 21 mars 2012

Trouble de l’élocufion

«Meine Mitte?
– OK, deine.
– Seid ihr fertig da drüben? Dürfen wir mal spielen?
– Jaaa.
– Na los!»


(«Je défends le centre.
– OK.
– Vous êtes prêts là-bas ? On peut y aller ?
– Ouiiii.
– Alors c’est parti !»)

Boum. Pim-pam-poum. Vlan ! «J’ai !» Tap-tap. Bam et rebam ! Plopffffff...

jeudi 8 mars 2012

Sales porcs phallocrates !

L’autre jour, alors que je prenais connaissance des dernières conneries infos vachement importantes publiées sur la page de discussion d’un forum de Français à Berlin dont je suis membre, voilà-t-il pas que je tombe sur un ce lien posté par un autre membre, claironnant sous les vivats de la foule en délire, le scoop suivant : «Allemagne : Une pasteure en couple avec une secrétaire d’État annonce sa grossesse [Munich And Co, Bild]». Comme si cela ne suffisait pas, une courte dépêche enfonce le clou, au cas où, comme moi, vous auriez naïvement cru à une faute de frappe multiple dans le titre :
“Eli Wolf, 46 ans, pasteure protestante à Francfort, et Marlis Bredehorst, 55 ans, secrétaire d'Etat à la Santé du Land de Rhénanie du Nord-Palatinat, du parti écologiste allemand (die Grüne), en couple depuis 1997, attendent un enfant, ont-elles annoncé à Bild. Et, expliquent-elles, cette annonce a été saluée par des félicitations jusqu'au sein de leur église. Sur Munich and Co [fr] et Bild [de].”
À la vue de cette horreur contre-nature, mon sang n’a fait qu’un tour. Oui, chers gens, vous ne le saviez peut-être pas, mais j’ai, et j’assume, mon côté conservateur-tradi-old school. Je le cultive comme mon petit jardin secret, mon dark side rien qu’à moi. C’est comme ça, on ne se refait pas. Et j’ose même espérer que certains d’entre vous feront preuve d’un minimum de bon sens et partageront sans réserve mon avis : que deux femmes autour de la cinquantaine décident d’avoir un bébé ensemble, soit, parfait, très bien, rien à redire, il faut vivre avec son temps, et touça touça, mais alors oser écrire «une pasteure» !!! Aaaaarrrrrggghhhh ! Naaaaoooonnnn ! Pitié ! Assurément, implorai-je le Ciel avec la ferveur qui sied à l’intégriste aux abois, il existe un enfer pour châtier dans d’éternels tourments les coupables de péchés aussi ignobles contre la langue de Molière !

mardi 6 mars 2012

La Gazelle et les colonies

«Gazelle !»

Pendant un quart de seconde, le mot résonne dans mes oreilles comme un écho lointain, un appel silencieux, un murmure assourdissant. Mais non, je ne rêve pas, quelqu’un m’a effectivement interpellé en disant «Gazelle !». Un autre quart de seconde passe, durant lequel mon cerveau ultra-rapide produit le raisonnement suivant :

1. Je ne suis pas sur une allée bruyante et parfumée du souk de Marrakech mais sur un trottoir enneigé et presque désert du Boxhagener Platz, par un triste après-midi d’hiver. Cet arôme qui flotte dans l’air, ce n’est pas du cumin ni du safran, mais les vapeurs épicées du Glühwein.
2. Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas le profil-type des touristes blondes à forte poitrine à qui cette gracieuse épithète est habituellement lancée par des vendeurs de narguilés en djellaba ou par d’aspirants Casanovas wesh-wesh adossés oisivement à un mur de la médina. Même affublé d’un lapin mort en guise de couvre-chef et engoncé dans un épais manteau, malgré la lumière déclinante, il n’est pas possible de me prendre pour une Anne-Camille en goguette en Musulmanie.
3. En fait, quand on y pense bien, l’inconnu a distinctement prononcé «gatselleuh», à l’allemande, bien comme il faut (ou pas) (enfin, je me comprends).

Bref, en un mot comme en cent, what the hell is going on?

jeudi 19 janvier 2012

Die große Engueulade

Les lecteurs et lectrices les moins distraits (ou, pour verser dans la dernière polémique en vogue sur notre belle langue et ses règles de grammaire indigestes, je pourrais dire avec un brin de malice : «les lecteurs et lectrices les moins distraites») de ces pages auront appris au moins une chose sur moi au fil des billets et des anecdotes personnelles : je suis, pour parler franchement et sans détours, un mec foncièrement gentil.

Le premier portrait de votre dévoué chroniqueur
sur ces pages !
Voyez plutôt : j’évite presque toujours de dénigrer gratuitement les gens. Sauf parfois pour casser du Boche chambrer innocemment les Allemands, bien entendu, mais avec eux c’est pas pareil, et puis qui aime bien châtie bien. 

J’ai donné le bras au moins quatre fois dans ma vie à des mamies au cheveu clairsemé, chancelant sur leurs frêles jambes zébrées de varices zinzolines, pour les aider à traverser la rue, faisant signe aux grosses cylindrées de s’arrêter, d’un mouvement assuré et autoritaire de l’autre bras. C’était avant la généralisation du déambulateur : depuis, aider les nona-génaires à traverser la rue a énormément perdu de son glamour. On n’arrête pas le progrès [soupir].

mercredi 24 août 2011

Le pays le moins drôle du monde :-(

L’Allemagne, ce n’était déjà pas un pays franchement riant. Alors quand son plus grand humoriste s’éteint, elle reprend sa place de pays le moins drôle du monde. Quelle coïncidence, j’en parlais il y a seulement quelques jours, loin de me douter que la fin était si proche... une prémonition?

L’un de mes sketches préférés, car c’est l’un des premiers dont j’ai pu saisir l’humour, à l’époque où mon niveau de langue ne me permettait guère mieux...



Adieu Herr Loriot, et merci de m’avoir fait rire dans votre langue, que j’ai trouvée belle et drôle grâce à vous.


mardi 9 août 2011

Cours de langue et de sexe

Chic alors! Demain, j’ai à nouveau cours d’allemand! J’ai vraiment hâte. Certes, après trois ans à Berlin, j’ai déjà atteint un bien meilleur niveau que celui de la leçon illustrée ci-dessous, ganz natürlich, mais la pédagogie est essentiellement la même. Pour moi cette semaine, ce sera donc une nouvelle session de verbes à préfixes séparables ou inséparables, enseignés en position des petites cuillères, de loin la mieux adaptée pour assimiler les règles de conjugaison et de syntaxe les plus retorses. Pour enrichir votre vocabulaire, pensez «Missionnaire», et pour maîtriser vos déclinaisons sais faillir et l’art de bien manier le datif et le génitaltif, faites confiance à la main experte de votre «professeure» diplômée...



Le comédien et dessinateur allemand Loriot (le vieux monsieur qui explique les règles de grammaire) n’a rien de français, malgré son nom d’artiste qui pourrait le laisser croire. Bien au contraire, cet aristocrate prussien pur jus, né Bernhard Victor Christoph-Carl von Bülow, à Brandebourg-sur-la-Havel près de Berlin, pendant la république de Weimar, appartient à la plus vieille noblesse allemande, qui heureusement, ne produit pas que des barons Guttenberg... J’ai découvert ce facétieux vieillard il y a deux ans, lorsque le Musée du Film de Potsdamer Platz organisait une grande rétrospective pour fêter dignement les 85 ans de celui qui, par ces dessins et ses sketches absurdes et désopilants, fait rire aux larmes toute la République depuis un bon demi-siècle. Et moi, je constatais qu’il existait des Allemands drôles, une révélation dont je lui suis infiniment reconnaissant jusqu’à ce jour.

Danke, Herr Loriot.

Loriot, son légendaire canapé vert, et sa complice en espiègleries, la regrettée Evelyn Hamann

dimanche 31 juillet 2011

Das große Kompliment – ou pas

Bäckerin: “Hallöchen.”
Ich: “Hallo, ich möchte bitte ein Weltmeisterbrötchen und ein Kürbiskernbrötchen.”
Bäckerin: “Das war aber sehr schön gesagt!”
Ich: “Echt? Danke!”
Bäckerin: “Bitteschön.”

Weltmeisterbrötchen et Kurbiskernbrötchen
Traduction de ce petit dialogue, au bénéfice de mes Lectrices qui luttent encore avec la langue de Goethe, malgré leur QI que je sais phénoménal.

La Boulangère: «Bonjour.»
Moi: «Bonjour, je voudrais s’il vous plaît un Weltmeisterbrötchen et un Kürbiskernbrötchen.»
La Boulangère: «Mais c’était très bien prononcé tout ça!»
Moi: «Vraiment? Merci alors.»
La Boulangère: «Mais je vous en prie.»

Et un service avec le sourire, en prime.

YES!!! Trois ans, il a fallu trois ans pour que ce moment béni arrive. Entre-temps, que d’échecs et de moments de solitude et de découragement, de moqueries sadiques et de malentendus débiles. Et il est vrai que la tâche n’est pas aisée à la boulangerie, les redoutables Bäckerinnen étant d’expérience les commerçantes les plus enclines à se gausser méchamment de ma chancelante diction. Il faut dire que, vu les noms tordus qu’elles donnent en général à leur marchandise, il y a de quoi suer à grosses gouttes avant de se risquer à prononcer ces vocables torturés qui s’écrivent toujours en quatorze lettres minimum. Et là, ne voilà-t-il pas que je me présente tranquillement, complètement enrhubé à cause de ce temps pourri qui sévit sans trêve depuis des semaines, et je me fais encenser...


Affreuses contrefaçons de bière - l'Allemand est formel:
en Belgique, on ne boit que du jus de houblon.
En fait, c’est un précepte tout particulier auquel obéit la confrérie des Boulangers Teutons: «À ton pain un nom à coucher dehors tu donneras, et le client français impitoyablement tu humilieras», une règle d’or que respectent scrupuleusement des générations de Bäcker. Le commandement est tout aussi imprescriptible que le fameux «Édit de Pureté de la race bière», ce Reinheitsgebot avec lequel les Allemands nous rebattent copieusement les oreilles depuis 1516 et qui a gravé dans le marbre les règles invariables de la brasserie germanique. Pour les Teutons, en-dehors du Reinheitsgebot, point de salut. Ainsi, la bière belge, par exemple, ne mérite même pas ce nom, car elle contient des trucs interdits comme, juste Ciel... du blé ou du sucre, ou de la levure ajoutée. Bah! La petite histoire continue ainsi: un an après la promulgation de ce fameux Édit de pureté de la race, un “indignado” du nom de Martin Luther, courroucé contre la bière de contrebande et contre la mauvaise gouvernance (pour causer moderne) dans l’Église catholique, lançait la Réforme protestante. Un petit détail méconnu de ce grand chamboulement politico-religieux est que le fourbe hérétique, emporté dans son zèle, est allé rajouter en douce une ligne à la prière de Notre Père dans la nouvelle version traduite par ses soins dans la langue du peuple. La manœuvre fut fort subtile, et personne n’y a vu que du feu pendant un long moment. Ainsi, depuis près d’un demi-millénaire, les Allemands protestants prient ainsi:


«Notre Père, qui es aux Cieux
[...]
Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Et aux papistes, donne-leur des pains dans la gueule,
[...]
Amen.»

Les boulangers prussiens ont donc toujours été en première ligne pour démoraliser les ouailles papistes subversives, et en particulier parmi celles-ci, les blogueurs français. Voilà tout le contexte historique et culturel de l’histoire. Fin de la petite digression historique.

Sitôt rentré, je suis allé mander mon voisin Marco (*) pour lui conter, triomphal, l’heureuse nouvelle qui me transportait véritablement d’allégresse.

«Elle ne t’a pas dit “très bien prononcé”, elle a dit “très joliment prononcé”! rétorque-t-il d’un ton neutre, l’air de dire cut the crap, man.
– Comment ça?
– Oui, très joli, très mignon, elle a trouvé que ton accent français est très süß, normal quoi.
– Non, tu rigoles?
– Tu crois vraiment que la boulangère t’a félicité pour ta prononciation correcte de Weltmeisterbrötchen? Non mais n’importe quoi. Tu fumes un peu, non?
– Mais, mais... [trémolos] elle a dit... elle a dit... sehr schön, c’est pas rien!
– Attends, redis Weltmeisterbrötchen et Kürbiskernbrötchen pour voir?
– Ich möchte bitte ein Weltmeisterbrötchen und ein Kürbiskernbrötchen.
– LOL! Non, t’inquiète, t’es encore très mauvais.
– Cette langue de marde, diantrefoutre!!!»

Bon, au moins j’y aurai cru pendant une petite heure...

(*) Prénom modifié

jeudi 12 mai 2011

Tu t'intégreras dans la douleur - Première partie


Ah, les joies inénarrables de l'expatriation ! On se frotte à une nouvelle culture, on chamboule ses certitudes sur le monde, on apprend à douter de ce qui tenait autrefois de l'évidence même, on s'émerveille de toutes ces différences qui rendent la moindre visite à la boulangerie aussi palpitante qu'un tour de Space Mountain. Tout ceci ne se fait pas sans quelques mésaventures désopilantes, typiques de l'Ausländer qui trébuche maintes fois et se heurte, parfois douloureusement, aux us et coutumes de son pays d'adoption dont il avait sous-estimé la singularité. Voici quelques exemples types issus de la checklist des Bourdes Classiques du Français débarqué en Allemagne :

– Vous vous êtes trompés sur la manière de laisser le pourboire - Check


Coupe du monde de foot 2010 vue à Tiergarten
– Vous vous êtes pointés chez Real ou Kaisers le premier jour avec une carte Visa et bien entendu, et au moment de passer à la caisse, vous n'avez pas pu payer vos courses ("EC-Karte, c'est coâ ça?"), alors qu'une énorme file d'attente, rappelant des images de Kiev en 1988 que vous avez vues dans Envoyé Spécial, s'impatiente derrière vous. Seule technique pour sauver la face : fuir en abandonnant toutes vos provisions sur le tapis, et bien sûr dribbler le vigile à la porte - Check

– Vous avez commandé "une autre bière s'il vous plaît" (ein anderes Bier bitte) et avez reçu pour toute réponse un "Et alors laquelle ?" souligné par un regard perplexe disant clairement "ach, ces étrangers" de la part d'un serveur à qui on ne la fait pas - Check.

– Vous avez fini par comprendre, au bout de la quatorzième fois, qu'il faut dire "encore une bière s'il vous plaît" (noch eins bitte) pour doubler sereinement votre commande, éviter le malentendu ci-dessus, et vous épargner un haussement d'épaules méprisant, car si vous demandez une autre bière, l'Allemand, qui prend tout au pied de la lettre, croit que vous voulez vraiment une autre bière, pardi - Check.


– Vous avez voulu faire la bise à une demoiselle qui, gênée par cette intrusion hostile dans son Lebensraum, a eu un mouvement de recul de la tête, tout en vous tendant ostensiblement la main pour une poignée virile. Check.

– Vous avez fait une bise sonore pile dans l'oreille d'une autre demoiselle qui, elle, voulait vous étreindre d'un "hug" chaleureux à l'américaine. Caramba, encore loupé ! Après quoi, la bise, vous avez laissé tomber - Check.

– Vous avez organisé une soirée vins-fromages chez vous et, comble de l'horreur, n'avez pas pensé à prévoir en quantité suffisante le seul ingrédient vraiment important, la clé de voûte pour une collation réussie en Germanie, et dont l'absence peut tout gâcher: de la bière - Tchèque. Non, pardon, Check (ha, ha). Manon raconte très bien ce fiasco typique ici.


Friedrichshain, décembre 2010 : une pile de neige =
un support idéal pour graffiti
– Vous comblez les lacunes de votre vocabulaire gruyèresque en enrichissant la langue de Goethe de toutes sortes de néologismes futés mais qui tombent à plat. "On ne dit pas retroaktiv, on dit rückwirkend enfin" - Check.

– Vous comblez les lacunes de votre vocabulaire en germanisant sans vergogne des termes français et en espérant, priant tous les saints du paradis, que ça passera. Et bien sûr ça ne passe jamais. Au club de badminton : Mein Freund da möchte eine Rackette leihen (mon pote voudrait louer une "Rackette"). Réponse moqueuse: Aha, ein Rakete leihen. Naja mal sehen... ("Ah bon, louer un missile ? Eh ben on va voir ça..."). Vous finissez par perdre vos illusions: parler l'allemand, vous n'y arriverez pas sans apprendre des milliers de mots barbares par cœur - Check.

– Vous êtes régulièrement humilié en public à cause des déficiences de votre prononciation de vache espagnole, et êtes persuadé que vous auriez moins de problèmes si certains y mettaient un peu moins de mauvaise volonté: Hörnchen (croissant)? Non. Hündchen (petit chien)? Non. Ach sooooo, HÜHNCHEN! (du poulet). Oui du poulet, diantrefoutre, je parlais de fricassée de poulet, pas de fricassée de croissant ni de fricassée de chiot. Si ce n'est pas de la persécution, ça - Check.

– Double check si votre boulangère, cette perverse, refuse de vous servir tant que vous n'avez pas prononcé intelligiblement le mot Sonnenblumenbrötchen en imitant à la perfection son accent turc, et s'amuse, un rictus sadique sur les lèvres, des contorsions de votre mâchoire, de la veine qui palpite sur votre tempe et des gouttes de sueur qui perlent sur votre front - Checkcheck.

– Vous persistez à tout comprendre de travers : on vous invite à un tournoi de tennis, vous acceptez avec joie tout en vous enquérant prudemment du niveau de jeu des participants, sur quoi l'on vous répond poliment que vous étiez convié à venir regarder les matchs, pas jouer hein, non mais oh l'aut' là - Check.
 

– Malgré tout, vous vous obstinez à baragouiner l'allemand et mettez un point d'honneur à massacrer la langue de Goethe en toute circonstance, car vous êtes un local désormais. Petit à petit, vous êtes passés de l'époque où des larmes de gratitude vous venaient aux yeux dès que l'on daignait vous adresser la parole en anglais par charité envers vous, au stade advanced où à chaque fois qu'un Allemand vous parle en anglais, vous le vivez comme un échec cuisant. L'anglais, c'est pour les touristes - Check.

– Vous avez réappris à envisager votre corps comme une chose normale et naturelle, à vous débarrasser de cette encombrante pudeur latine, et si une accorte demoiselle évoque sans ambages le Durchfall (la diarrhée) qui a pourri son weekend, ou qui vous dit, comme si elle commentait le bulletin météo, Die Russen kommen (l'Armée Rouge arrive...), ce n'est pas sale, c'est la nature - Check.

– D'ailleurs, vous avez appris à ne pas montrer trop d'étonnement si les septuagénaires qui bronzent à côté de vous au Volkspark ou au Langer See par une chaude journée d'été sont nus comme au jour de leur naissance, exhibant nonchalamment bourrelets, varices, membres chenus, épidermes flasques et ridés... et tout le reste, à l'action bienfaisante du soleil estival - Check.

– Vous avez aussi appris à ne plus glousser comme une collégienne à la seule mention du KitKat Club, et avez même promis à votre amie Anja qu'un jour vous testerez ce lieu de perdition avec elle - Check.

– Vous avez pris l'habitude de faire des retraits de 100€ minimum au distributeur de billets, car même la sacro-sainte EC-Karte n'est pas du tout une alliée fiable - Check.

Friedrichshain, août 2010 : mon balcon, mon Éden.
– À force de recevoir des courriers de plus en plus menaçants du GEZ, vous avez fini par craquer et avez tout avoué, tel un maquisard acculé jetant l'éponge face à la cruelle opiniâtreté de la Gestapo : oui, vous possédez un ordinateur, oui, une radio aussi, jawohl, Herr Obersturmbannführer, vous allez la payer cette satanée redevance audiovisuelle (un vrai Allemand n'a que faire de ces vains ultimatums, reste flegmatique face aux missives apocalyptiques du GEZ et ne paye jamais sa redevance) - Check.

– Vous vous êtes habitués à répéter votre nom, à l'épeler à la vitesse de l'éclair en utilisant des lettres comme "tsé", "yott", "ha", "faou", et à vous accommoder de toutes les manières possibles d'écorcher votre patronyme sans le prendre comme une attaque personnelle - Check

– Double check si on vous a déjà répondu, philosophe : "De toute façon, ce ne serait pas drôle si tout le monde s'appelait Müller" - Checkcheck.

– Vous avez dit un jour "janz jut" pour faire cool, mais votre pitoyable tentative de parler le dialecte berlinois avec un énorme accent français vous a plutôt attiré des petits rires étouffés et des regards compatissants, voire un "so süß" assassin qui vous a guéri à jamais de toute velléité de vous mettre au berlinerisch - Check.

– Vous avez multiplié les compromissions, renié vos principes, vendu votre âme - Check.

– Vous rechutez, encore et encore, répétez vos erreurs, et les humiliations vont croissant à mesure que vous vous dites que depuis le temps, vous pourriez faire mieux - Check.

En somme, vous avez surmonté bien plus de difficultés que ce à quoi vous vous attendiez, et même si vous êtes loin de maîtriser parfaitement la langue, vous savez désormais vous débrouiller dans toutes les situations ou presque, vous comprenez les codes culturels, vous pouvez improviser et déduire la bonne attitude à avoir dans une situation nouvelle grâce à votre expérience du pays et de sa culture. Bref, vous êtes intégré. Alors prenez garde, ami étranger ! C'est au moment où vous commencez à vous sentir à l'aise, à vous reposer sur vos lauriers, au moment où vous vous accordez le droit de baisser la garde, c'est à ce moment-là que vous vous exposez aux pièges les plus redoutables d'entre tous ceux qui vous guettent et dans lesquels vous êtes tombés à pieds joints jusqu'ici...

La suite au prochain numéro.

samedi 23 avril 2011

Noël Germanique, Pâques Hanséatique


Mes amis et ceux qui suivent assidûment blog savent que, contrairement à mon habitude, je n'ai pas fêté Noël en famille en Martinique cette année. Je comptais me rattraper à Pâques, et j'avais même déjà prévu d'écrire un billet intitulé "Noël Germanique, Pâques en Martinique", avec une superbe rime riche en "nique" à la clé. Si c'est pas être visionnaire ça... Eh bien c'est complètement loupé, les hydres féroces des Ressources Humaines en ayant décidé autrement, malgré mes supplications et mes menaces de faire une grève de la faim. Plutôt que de deux semaines de vacances aux Antilles, je dois donc me contenter d'un long et beau weekend de Pâques pas trop loin de Berlin. Je m'en suis allé faire une escapade touristique dans une cité hanséatique au bord de la mer Baltique, et fais en conséquence des rimes nettement moins poétiques... Comme toujours, je suis parti en compagnie de mes amis "Erasmus" de Berlin : quatre jours, quatre comparses, quatre nationalités, quatre langues maternelles. Et ce matin, alors que nous petit-déjeunions en terrasse sous un soleil printanier encore frisquet, j'ai appris que "le facteur est passé par là", lorsqu'on parle d'enfants à la paternité douteuse, se dit :

En Espagne : "Se lo ha hecho con el fontanero", ou encore "Elle s'est tapé le plombier".

En Hollande : "Het moet wel van de melkboer zijn", soit en langage chrétien "Ça doit être un coup du laitier".

En Amérique du Nord : rien du tout. Il n'y a pas d'expression standard ou de profession associée directement au cocufiage et à la filiation incertaine chez nos amis américains ou canadiens anglophones. Quel manque d'imagination, quelle déception !

Tout de même, c'est beau la diversité des langues et des cultures. D'ailleurs si quelqu'un veut éclairer ma lanterne et me révéler comment ça se dit en allemand, je suis preneur.

Voici quelques photos de cette mystérieuse cité maritime où nous sommes allés respirer l'air du large. Si vous êtes hyper fortiches, vous devinerez peut-être où c'est. Ce n'est pas forcément évident, car ces grandes villes portuaires du Nord se ressemblent beaucoup plus qu'on ne le pense... Joyeuses Pâques à tous et à très bientôt pour de vrais billets un peu moins paresseux !






mercredi 2 mars 2011

On a testé : Ski low-cost et humour gras en Tchéquie

Le printemps arrive ! Ma vaillante ciboulette, dont je ne suis pas peu fier, a survécu à la grosse offensive hivernale de ces dernières semaines, une agression météorologique qui pourtant n'était pas loin d'égaler en traîtrise et en cruauté l'opération Barbarossa de 1941. De frêles tiges vert tendre sont donc les vainqueurs incontestés de cette confrontation épique face aux forces mortifères du gel, malgré ma décision de les laisser faire face à leur destin, dehors, par -10°C voire moins. Je n'ai pas eu à regretter d'avoir laissé la jardinière à l'extérieur. Comme aiment à dire les Allemands, was uns nicht umbringt, macht uns stärker, un dicton aux étranges accents proto-fascistoïdes selon moi (et qui d'ailleurs est le résultat de la déformation d'une citation de Nietzsche, ceci explique cela), que l'on peut traduire par "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". Mais passons, ma ciboulette meurtrie et rabougrie est donc plus forte. Mais bel et bien victorieuse, et c'est toute la ville qui se met lentement au diapason : les jours se sont considérablement allongés, le soleil règne sans partage dans un ciel d'un bleu pur, la glace grinçante, qui avait vite très vite repris ses droits sur la Spree et les canaux, disparaît du paysage, et vers midi, oui, on ose à peine le dire, on se le chuchote furtivement, il fait une douceur quasiment printanière, c'est-à-dire environ 4°C si on se penche par la fenêtre juste au-dessus du radiateur.

Et comment mieux dire adieu à l'hiver qu'en allant le titiller, le narguer une dernière fois, sur les terres où il s'est retranché et fait encore régner sa terreur blanche ? Il ne faut pas laisser mourir le tyran déchu qui nous a maltraités sans le moquer une dernière fois, mais prudemment, car il inspire encore la crainte et a peut-être quelque ultime pouvoir de nuisance, le despote retors. C'est donc chose faite depuis ce weekend, une fois de plus avec mes inséparables collègues. Malheureusement, nous n'avons pas pu partir avec la tribu "Erasmus" au complet cette fois-ci, Steven le Sino-Canadien étant retenu dans un pays (encore calme) du Golfe et Diana l'Espagnole recevant la visite de ses parents à Berlin. Les absents ont été remplacés par des Français, ce qui présentait toutefois au moins deux avantages : moins de complications en cas de contrôle d'identité (mais il n'y en a pas eu, malheureusement, cela n'aurait pas été déplaisant de se voir réclamer nos "Moultipass" par une fliquette tchèque façon Milla Jovovich dans Le Cinquième Élément), et, pour une fois, la possibilité de bavarder et de plaisanter dans notre langue maternelle pendant deux jours entiers ! C'est donc entre Français que nous sommes partis défier la poudreuse, ou ce qu'il en reste, et cette fois, non pas dans la lointaine Autriche, mais en République Tchèque toute proche. Le trajet deux fois plus court depuis Berlin était en définitive un argument sacrément persuasif.

Direction : le massif de Krkonoše, les "Monts des Géants", une région reculée, à cheval sur la frontière polonaise, entre la ville tchèque de Liberec et Jelenia Góra en Pologne (ça c'est pour que vous puissiez situer la région sur une carte sans difficulté). Nous sommes au cœur du Sudetenland, ces confins montagneux autrefois germanophones qu'Hitler a arrachés à la Tchécoslovaquie d'alors, rapprochant inéluctablement l'Europe de la guerre. Aujourd'hui, ces montagnes sont pacifiées, tchèques bon teint comme la Staropramen, et les très nombreux visiteurs allemands, envahisseurs voyants, n'ont aucune intention belliqueuse. Quant au nom des "Monts des Géants", il tient de l'hyperbole assumée sans complexe, vu qu'il désigne quelques collines culminant à 1300 mètres d'altitude, soit moins que les Vosges ou que la Montagne Pelée. Ceux qui s'attendent à l'Himalaya risquent d'être déçus.



L'arrivée à la station de Rokytnice nad Jizerou, deuxième plus grande station de sports d'hiver du pays, a été bien plus compliquée que prévu : nous nous sommes retrouvés à un col fermé, le fameux Bílý Potok, à seulement 10 km du but. Cette déconvenue nous a forcé à faire un détour de près de deux heures sur des routes de montagne sinueuses et enneigées, anéantissant l'argument ultra-vendeur de la proximité géographique depuis Berlin et nos espoirs de coucher pas trop tardif.

Mais découvrir Rokytnice valait bien ce menu contretemps. Le domaine skiable de la station porte un nom sibyllin, Horní Domky, que nous avons traduit librement par "Horny Donkey", ou encore L'Âne en Rut, ce qui, avouons-le, est autrement plus décalé que "Les Portes du Soleil" ou "Espace Killy". Ce curieux vocable est fièrement placardé dans toute la station, souvent accompagné de l'image d'un vieillard barbu espiègle, une sorte de Gandalf du Seigneur des Anneaux, mais lubrique et confusément inquiétant, si l'on en croit le texte qui l'accompagne. Mais Rokytnice est pourtant une station familiale, et propose aux skieurs pas moins de dix pistes, dont cinq bleues et deux noires, toutes sur le versant sud de la montagne, en plein soleil. Deux télésièges acheminent les amateurs de glisse vers les sommets vertigineux du massif : les risques de perdre vos amis pendant la journée sont donc assez faibles. Les sites web alléchaient le chaland en annonçant un enneigement de 80 cm, mais il fallait comprendre : 75 cm de glace recouverts de 5 cm de neige. Cependant, les pistes étaient malgré tout très agréables à descendre, ensoleillées, et procuraient de bonnes sensations. Une caractéristique amusante des télésièges, c'est qu'ils étaient acheminés par des câbles qui les faisaient passer parfois juste au-dessus des chalets ou au ras des pâquerettes (ou plutôt des edelweiss).


Sur place, à Rokytnice, les employés tchèques des hôtels, restaurants et autres, parlent bien plus volontiers l'allemand que l'anglais. Une fois de plus, la langue de Goethe nous a ouvert beaucoup de portes. Toutefois, ce court séjour dans ce beau pays nous a donné l'envie de nous initier à la langue locale. Les employées (toutes des employées) de l'hôtel Harrachovka nous ont enseigné de bonne grâce les quelques rudiments les moins hermétiques de leur langue, comme Ahoj pour "Salut", Dobrý den pour "Bonjour", ou encore, très important, Vy máte krásné modré oči pour dire "Vous avez de beaux yeux", très utile dans pour amorcer une conversation avec une Tchèque. Mais le mot du weekend, c'était incontestablement "Merci", qui se dit en tchèque Děkuji, et se prononce approximativement "Dékouille" (pour rester poli). Amis étrangers, ayez le bon réflexe : pour marquer des points auprès de vos interlocuteurs tchèques, n'hésitez pas ponctuer la conversation avec "des couilles", et entendez-vous répondre Prosim par des Tchèques conquis(es) ! Par exemple, une conversation dans un sabir anglo-germano-tchèque avec la réceptionniste de votre hôtel, qui n'est autre que la petite sœur d'Eva Herzigová :


– Ahoj !
– Ahoj !
– On voudrait aller à L'Âne en Rut, si on a bien compris, c'est bien le meilleur domaine de la région n'est-ce pas ?
– C'est clair.
– Quel est le meilleur chemin ?
– Eh bien vous tournez à droite en sortant de l'hôtel, continuez tout droit jusqu'au croisement, là vous tournerez à gauche en direction de Vrchlabí et de Špindlerův Mlýn, vous traversez le centre de Rokytnice en suivant la route principale. Vous trouverez un grand panneau qui indique l'entrée de L'Âne en Rut, avec un vieillard lubrique.
– Super le renseignement. Des couilles !
– Prosim !
– Et au fait, c'est quoi les horaires d'ouverture du sauna ?
– De huit heures à vingt heures.
– Des couilles.
– Prosim !



Pour résumer en quelques bullet-points, pour les nombreux cadres dynamiques parmi mes lecteurs, quels sont les avantages et inconvénients du ski en République Tchèque ? Commençons par les inconvénients :

  • La langue : si vous ne parlez ni tchèque, ni allemand, vous allez au-devant de quelques difficultés.
  • La petite taille des stations et des domaines skiables : pour un weekend, c'est parfait, mais pour une semaine de ski, vous deviendriez chèvre à force de parcourir les dix mêmes pistes de Rokytnice. La plus grande station du pays, Špindlerův Mlýn, offre quinze pistes, ce qui est à peine mieux.
  • La longue attente aux télésièges, modernes mais de capacité insuffisante. Ce sont des télésièges à quatre places. Le jour où ils en mettrons six, voire huit comme en Autriche, on piaffera moins d'impatience aux remontées et on pourra parcourir encore plus souvent les dix petites pistes.
  • La monnaie : argh, mais qu'attendent-ils pour passer à l'euro comme tout le monde ? Si les Slovaques l'ont fait, pourquoi pas les Tchèques ?
  • Ah oui, nous avons aussi loué du matériel de qualité inégale...

La "Bernard Pivo" est une bière tchèque très prisée des connaisseurs
et des fortiches en dictée !

Je ne vois pas d'autres inconvénients. Le reste, ce ne sont que des avantages :

  • Le coût très bas de l'hôtel, des restaurants, des prestations en général. La location des skis et chaussures ne coûtait que 10€ par jour (la qualité suivait le prix, malheureusement) ! Au restaurant, on mange une truite ou une entrecôte pour 7€ !
  • Les pistes au soleil, et suffisamment enneigées, malgré la basse altitude.
  • Des paysages "habités", avec des villages, des arbres, des oiseaux, car c'est la moyenne montagne.
  • Une vraie vie de "village" dans les stations de ski.
  • De jolies skieuses qui semblent toutes être de proches parentes d'Eva Herzigová ou d'Adriana Karembeu.
  • Les quatre heures de route depuis Berlin, pour peu qu'on prenne le bon chemin.
  • La bonne bière tchèque.
  • À ce qu'on nous a dit, les pistes sont aussi ouvertes le soir, en semaine. Le weekend, elles ferment à 16h.

Le ski en République Tchèque : on a testé et on a aimé.

Bonus : le restaurant ("Restaurace" en idiome local) tchèque et sa décoration inimitable.



mardi 15 février 2011

Big Brozzer in Dschermany

Tiens, je racontais l'autre jour mon escapade au ski, tout en bas au sud de l'Allemagne, et une toute petite anecdote gentillette m'est revenu à la mémoire. Dans le billet en question, j'ai brièvement parlé de mes compagnons de voyage comme mes "collègues Erasmus professionnels de Berlin", eh bien il s'est trouvé que ce joli mélange de nationalités et de cultures nous a procuré un petit moment d'angoisse sur les routes allemandes.

Quatre heures après notre départ de la capitale, et après autant de temps de trajet à tombeau entr'ouvert sur l'Autobahn, cap plein sud-ouest, nous arrivâmes en Bavière, patrie de Sissi, de Joseph "Benedikt" Ratzinger, de Bertholt Brecht et beaucoup d'autres. La Bavière, c'est 20% de l'Allemagne réunifiée, et l'antithèse de Berlin : l'opulence bourgeoise contre la précarité urbaine, les traditions rurales conservatrices contre l'avant-garde culturelle paupérisée, les puissants industriels contre les dilettantes intellectuels, les montagnes alpines contre les mornes plaines brandebourgeoises, les Lederhosen contre les jeans moulants de chez American Apparel, les valeurs familiales catholiques contre la décadence permissive du Berghain et du KitKatClub.

La frontière germano-autrichienne au domaine de Steinplatte
Notre puissant véhicule, une Mégane, si mes souvenirs sont bons, avait grand besoin de ravitaillement après cette longue traversée des chaussées givrées de la moitié nord du pays, et nous aussi avions besoin de refaire le plein de Pringles avant la non moins longue traversée de la Bavière, du nord au sud, qui nous attendait. Nous nous arrêtâmes donc à une station-service, nous dégourdîmes les jambes, nous acquittâmes du scandaleux tarif de 0,70€ pour avoir le droit d'utiliser les toilettes, et décidâmes de ne pas nous éterniser en ce lieu sinistre afin d'arriver au plus vite à notre destination alpine. Las ! Nous eûmes à peine le temps de parcourir quelques dizaines de mètres à la recherche de la sortie, et tombâmes en arrêt devant une voiture de police. Une fliquette bavaroise, qui semblait insensible au froid, fit un signe autoritaire du bras (inspiré de Nuremberg tout proche, serait-on tenté d'insinuer, mais restons au-dessus de ce genre de persiflages gratuits) et nous intima l'ordre de stationner immédiatement. Nous obtempérâmes docilement. La fliquette arriva à la hauteur du conducteur, qui se vit contraint d'abaisser sa vitre et de laisser entrer une brise polaire et des injonctions données sur un ton tout aussi glacial :

"Guten Abend, bitte Ihren Führerschein, die Ausweise und die Papiere des Autos." Pham, au volant, et qui parle trois mots d'allemand bien tassés (si on compte Bier, et son pluriel Biere comme deux mots distincts), devina la nature de la requête et présenta illico sa carte d'identité française, son permis de conduire canadien et les papiers du véhicule loué en Allemagne. Pour couronner le tout, il est né au Vietnam. Premier froncement de sourcils de la fliquette, qui sentit qu'elle avait affaire à de bons clients : "Pleess, giff me your ID, all off you", dans un anglais qui rappelait étrangement les intonations des méchants dans les films sur la dernière guerre. Les choses se corsaient. Froissements de doudounes et d'écharpes, cliquetis de boutons, dézippements de fermetures éclair, soupirs d'agacement. Enfin, nous lui présentâmes nos papiers : une autre carte d'identité française (dont le propriétaire est martiniquais), une carte d'identité espagnole, et un permis de conduire américain. Son propriétaire, Steven, est né à Hong-Kong de parents chinois, ce qui alourdissait notre dossier déjà gratiné. Dans tout ce ramassis de suspects, un seul individu parlait à peu près l'allemand, votre serviteur.

Fliquette : Where do you liff?
Nous : In Berlin.
Fliquette : All off you?
Nous : Yes.
Fliquette, [à Steven] : It's not gut wiz ze drifing licence. You're not from Europe. Do you haff your passport?
Steven : No, sorry, I left it at home, in Berlin.
Fliquette : Not gut. Do you wörk in Dschörmany?
Steven : Yes, we all work together in Berlin.
Fliquette : Ach so. Yes, you wörk togezzer, or?
Nous tous [acquiesçant avec conviction, espérant l'attendrir] : Yes, yes! In Berlin!
Fliquette [à Steven] : So you haff a wörk pörmit?
Steven : Yes, but I left that at home too, sorry.
Fliquette : Not gut at all. No passport, no wörk pörmit, no Aufenthaltsbescheinigung?
Steven : No, it's all at home. I didn't think I should take that with me today.

Sur ce, elle nous quitte et va rejoindre son collègue resté dans la voiture de police, non sans avoir laissé échapper un soupir lourd de sous-entendus et nous avoir adressé un regard qui semblait vouloir dire : "Vous êtes faits mes loulous, vous pouvez faire une croix sur votre petit weekend au ski, ou du moins vous allez d'abord nous accompagner au commissariat de Nuremberg pour raconter vos histoires". Nous observons anxieusement les policiers : dans leur véhicule, ils passent nos papiers sous toutes sortes de lecteurs optiques, scanners et autres bijoux technologiques portatifs qui illuminent leurs visages de faisceaux stroboscopiques verts et bleus. Ils ont les moyens de faire parler nos pièces d'identité et sont en mesure de leur tirer les vers de leurs nez plastifiés. Le collègue de la Fliquette revient vers nous.

Flicouille : Hello, ze US drifing lizenz does not wörk. What is your name? Steven Wong, or? Ze spelling is gut?
Steven : Yes, that's correctly spelled.
Flicouille : Ze system cannot findt you. Zere is a problem... I don't haff a glue how to check your idendidy.

Il nous adresse un sourire inquiet et attend qu'on se décide à avouer, implorants : "Oui, monsieur l'agent, nous sommes des clandestins de la mafia asiato-hispano-martiniquaise, et nos papiers ne sont pas en règle ! Allez-y, coffrez-nous !" Bref, nous commençons à flipper pour de bon dans la voiture, et Flicouille s'impatiente...

Steven [ayant un éclair de génie] : Oh yeah! Well I have a US driving licence, but I'm Canadian! You have to look into the Canadian data maybe?
Flicouille : You're a Canadian, echt? Wizz a US drifing lizenz? Ach, you people are fery konfusing!


Sur ce, Flicouille repart, clopin-clopant, vers son véhicule de police suréquipé en technologie dernier cri. Les scanners scannent, les buzzers buzzent, les machines à transmission de données bourdonnent, crépitent, s'excitent. Bingo ! Flicouille revient vers nous, guilleret : "Tout est en ortre, on a retroufé toutes fos données. Voilà fos papiers, fos permis de contuire, et la carte crise du féhicule. Zoyez prutents sur la route !" Et s'en retourne retrouver Fliquette dans leur voiture de James Bond.

Nous ne demandons pas notre reste et repartons vers la montagne, le moteur de notre Mégane vrombissant gaiement sur l'Autobahn, dont le parcours était déjà de plus en plus vallonné. Plus de policiers, plus de soirée au commissariat à Nuremberg, rien que la liberté, la neige, et devant nous, les montagnes et le ski.


Tout de même, c'est assez fou qu'ils aient pu retrouver si vite toutes les données relatives à quatre personnes de pays différents, à partir de papiers incomplets. Il y a quelque part dans le monde des super-ordinateurs qui savent tout, absolument tout sur nous, si on leur donne un simple permis de conduire. Depuis, je ne mets que des chaussettes propres le matin, au cas où... Quant on pense que les Allemands ont fait tout un fromage (ou plutôt, toute une choucroute ?) contre Google Street View, c'en est confondant de naïveté !

samedi 13 novembre 2010

On a testé : Le Thé chez les Bédouins de Palmyre

Le lieu : les ruines de l'antique Palmyre, dans le désert, à trois heures de route au nord-est de Damas.

Vendredi, c'était la grosse journée. Après une bonne et longue soirée à Hama avec Moayad, mon nouveau meilleur pote syrien pour la vie, et une courte nuit à l'hôtel Cairo, j'ai dû décoller le matin à 6 heures en sautant le petit-déjeuner pour attraper le premier bus pour Palmyre, connue des Arabes sous le nom de Tadmor, l'un des hauts lieux du patrimoine culturel syrien. C'est que des bus pour Palmyre, il n'y en a pas beaucoup depuis Hama, et de plus au vu de la quantité fabuleuse de choses à voir, je devais y arriver le plus tôt possible et y retrouver une certaine "Sophie la Cool", une Française installée depuis peu en Syrie et qu'un ami commun m'a "présentée" par e-mail. Le hasard fait qu'elle avait également prévu de visiter Palmyre précisément ce vendredi-là, et on avait donc prévu de s'y retrouver de bonne heure. Dans le bus, je m'offre évidemment trois heures de sieste inconfortable et cahotante, mais bien appréciable malgré tout.

À l'arrivée à la Tadmor moderne (un vague village attrape-touriste sans intérêt), c'est l'agression : le soleil du désert attaque sans merci mes pupilles ensommeillées. La poussière, la chaleur, le bruit, la cohue des chauffeurs de taxi et autres bonimenteurs de tout poil qui m'assaillent alors que je sais à peine où j'ai débarqué, que je dois trouver un lieu sûr pour y laisser mon gros sac à dos, et retrouver Sophie la Cool en un lieu indéfini dans les ruines. Mais je reprends mes esprits et une heure plus tard, allégé de 15 kilos de bagages, je retrouve Sophie et son pote anglais James dans les ruines du Temple de Bel, un des nombreux sites historiques de Palmyre.

Le Temple de Bel
 Sophie et James sont dans les ruines depuis l'aube car tous les guides touristiques conseillent vivement l'expérience d'un lever du soleil à Palmyre. Ils ont donc déjà presque tout vu, mais ça ne les dérange pas de revoir les ruines avec moi, preuve s'il en est que Sophie la Cool mérite bien son surnom. Effectivement, les ruines de Palmyre, capitale de la mythique reine Zénobie, sont à couper le souffle. Vivement les photos. On marche, on voit des temples, des colonnes, on escalade des tours, on marche encore, on en prend plein la vue... le soleil du désert chauffe de plus en plus, et nous partageons et rationnons nos maigres provisions de backpackers (Sophie et James eux aussi ont sauté le petit-déjeuner pour arriver très tôt sur les ruines) : quelques mandarines, un peu d'eau. Par conséquent, lorsqu'un bédouin surgit devant nous et nous invite à venir prendre le thé chez lui, nous sommes ravis et acceptons avec plaisir.




En chemin, nous lui demandons "Addayish?" et "Bikam?" pour savoir combien cela nous coûtera. Mais il répond à chaque fois d'un geste qui semble dire que c'est gratuit. Rien de vraiment étonnant : nous avons déjà tous reçu ce genre d'invitation à plusieurs reprises et l'hospitalité syrienne semble ne pas connaître de limites. Notre hôte nous reçoit chez lui, une pièce carrée de 4 mètres sur 4, tout en béton, avec des tapis sur le sol et des matelas disposés le long des murs pour s'asseoir. Il y a un autre homme dans la pièce. La télé est allumée et des enfants la regardent. Une belle femme bédouine maquillée au henné nous apporte le thé et nous le sert en silence, tête baissée, puis s'en va dans un froissement de tissus. Le thé est bon, sucré, chaud et rafraîchissant à la fois. Des nuées de mouches s'abattent sur nous et sur nos verres de thé. Nous partageons avec nos hôtes, et avec les mouches, le peu que nous avons. Les hommes refusent tout, mais les enfants et les mouches acceptent avec plaisir nos mandarines et les bonbons de Sophie et en redemandent. Nous échangeons quelques politesses dans un arabe très limité ("Votre petite fille est très jolie") et parvenons à comprendre combien d'enfants a chaque heureux papa. Mais nous restons surtout silencieux, à nous regarder et à nous sourire poliment. Monsieur Bédouin nous ressert du thé dans nos verres, où les mouches avaient fait la fiesta. Tant pis, il faut bien faire travailler son système immunitaire de temps en temps. La femme bédouine revient, toujours aussi silencieuse, cette fois avec des choses à vendre. Surtout des keffiehs pour hommes. Mais j'en ai déjà un autour du cou et n'ai pas l'intention d'acheter. Sophie et James non plus. Nous restons en silence quelques minutes et nous levons pour partir lorsque cela nous semble possible de le faire poliment.

Panorama de Palmyre (juste une petite partie du site)
 Mais là, tout bascule. Le nombre d'enfants double sous nos yeux et ils réclament tous bruyamment quelque chose. Les adultes, qui jusque là avaient rabroué les enfants lorsqu'ils devenaient trop insistants, se joignent à eux. Monsieur Bédouin m'empoigne le bras et attrape ma montre, faisant signe que je devais la donner. Un enfant bédouin étonnamment polyglotte observe la scène et dit "regalo" ou encore "cadeau" en espagnol. J'essaye d'éviter de protester trop énergiquement car j'ai encore un peu de respect pour notre hôte, mais une montre Adidas, vieille certes, c'est cher payé pour deux verres de thé dans lesquels les mouches ont dansé la samba ! Monsieur Bédouin insiste, et demande cette fois : "Bakchiche". Je lui donne 50 livres syriennes (1 dollar). James en fait de même, et nous partons tous les trois. Monsieur Bédouin nous suit sur quelques mètres et demande un stylo, comme les enfants berbères dans l'Atlas marocain. Mais il finit par laisser tomber. Malheureusement, les enfants persévèrent. Le petit doué en langues continue avec ses "Regalo, give fifty, one dollar" et nous harcèle pendant deux heures ! Je n'exagère pas. Quand on cherche à l'amadouer avec une orange, ce petit malfrat réclame toutes nos oranges, au lieu d'une seule. Il n'y a rien à faire. C'est la guerre d'usure. Mais heureusement, au bout de deux très longues heures, cette petite crapule trouve d'autres touristes à aller persécuter. Nous achetons la tranquillité pour le prix d'une orange. Si jeune et déjà si doué en techniques d'extorsion et de racket, il ira loin ce petit ! Ils auraient mieux fait de nous le vendre, leur thé, nous aurions payé de bonne grâce et tout se serait bien passé.

Sophie, James, et au milieu, la pire calamité bédouine qui soit

Sophie la Cool joue de la musique bédouine.
Tant qu'ils sont occupés à jouer de la musique,
les enfants ne peuvent pas nous racketter...

Nous continuons la visite de Palmyre, abrutis de fatigue, de chaleur, de faim, d'énervement. Le site est superbe mais je n'en garderai pas forcément un bon souvenir. Heureusement, il reste toujours les bons moments partagés avec Sophie la Cool et James. À la nuit tombée, la visite est finie. Revenus au village de Tadmor, nous avons enfin pu manger un bon chawarma et boire des boissons fraîches à la terrasse de l'hôtel qui a gardé nos sacs. Nous sommes épuisés et à bout de nerfs. Un rien suffit à nous faire rire. Marie et James veulent continuer plus loin vers l'est dans le désert et atteindre Deir-ez-Zour sur l'Euphrate. Je voudrais bien rester avec eux, mais Damas m'appelle. C'est dans la direction opposée. Je verrai sa majesté l'Euphrate une autre fois, inch'Allah. Nous nous séparons avec des promesses de rester en contact. La dernière épreuve m'attend lorsque je dois trouver le bon bus et payer le juste prix dans la "gare routière". Il semble vraiment que tous les escrocs de Syrie se soient donné rendez-vous à Palmyre-Tadmor. Quel choc par rapport au reste du pays ! Mais je m'en sors, me retrouve dans le bon bus pour Damas, avec un billet payé au tarif normal. Je laisse derrière moi Palmyre et ses margoulins sans regrets, mais je quitte mes nouveaux amis avec tristesse.

À moi Damas !

Palmyre : On a testé et on a aimé malgré tout.
Le thé chez les Bédouins : On a testé... et on a détesté !
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