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vendredi 23 août 2013

Beauté de Berlin : Badekultur dans la Hauptstadt (suite)

L’été berlinois n’a pas encore dit son dernier mot. À l’approche du weekend, poursuivons notre petit tour d’horizon des dix spots de baignade où j’aime m’ébrouer et m’esbaudir au frais lorsque le soleil cogne dur sur la capitale teutonne.

 

5. Pour les amateurs de grandes plages de sable fin : le Kleiner Müggelsee


Encore une plage située à Köpenick, le district berlinois qui décroche la palme des nominations dans ce top 10. Mais la grande plage de sable blanc du Kleiner Müggelsee, une petite baie à l’extrémité orientale du Müggelsee, le plus grand lac de la Bundeshauptstadt, méritait bien une mention honorable.

Un air de grandes vacances le 20 juin 2013 au Kleiner Müggelsee

vendredi 16 août 2013

Beauté de Berlin: la Badekultur dans la Hauptstadt

« Du kommst aus Frankreich? Et tu viens d’où en France, si ce n’est pas indiscret ?
— Mais justement, c’est une question vachement indiscrète... Enfin bon, dans le fond ça ne me dérange outre mesure pas d’y répondre. Alors voilà : je viens de la Martinique.
La Martinique ? Kézako ?
— La Martinique. C’est une île française dans la Caraïbe. Tu vois un peu ?
Aaaach sooooooo, bien sûr ! La Caraïbe ! C’est l’une de ces anciennes colonies françaises tu veux dire ? Ein Überseedépartement ?
— Genau, mon bon Helmut. Dans le mille.
— Cool! Trop bien. Ça doit être trop beau chez toi. Et la plage, alors, ça te manque pas trop ? »
Baignade berlinoise au Kleiner Müggelsee (district de Köpenick), en juin 2013

jeudi 18 juillet 2013

Un mois à Berlin : juin 2013

Aïe bon Dieu Seigneur la Vierge Marie, juillet est déjà presque terminé et je n’ai toujours pas achevé mon billet sur les temps forts en images de mon mois de juin à Berlin. Alors pressons, zack zack.

3 juin - Au cinéma des Hackesche Höfe, à Mitte, c’est la première en Allemagne du film sénégalais La Pirogue. Le réalisateur, Moussa Touré, est dans la salle et répond aux questions d’un public avide de réponses sur ces jeunes prêts à tout risquer pour s’embarquer dans de frêles embarcations pour assouvir leurs rêves d’Europe. Aidé par son interprète et ami, le réalisateur livre aux spectateurs franco-allemands sa vision d’artiste, d’Africain et de citoyen du monde sur les problèmes soulevés par son film.

mercredi 3 juillet 2013

Un mois à Berlin : mai 2013

Le nombre riquiqui de commentaires à mon grand article signalant le come-back en fanfare des Chroniques Berliniquaises tend à prouver qu’il est plus facile de maintenir en vie un héros africain nonagénaire à l’article de la mort que de redonner vie à un blog fait de zéros et de uns après seulement 6 mois d’agonie... Mais qu’à cela ne tienne, je ne compte pas me laisser abattre pour si peu. Vos chroniques préférées reprendront d’ici peu la place qui leur revient de droit dans la blogosphère mondiale. N’est-ce pas ? Hein, n’est-ce pas ? Vous allez revenir, hein, dites, chères Vahinés ? Allez quoi siouplééééé. Bref, voici donc, après quelques mois d’absence, le retour de nos rétrospectives « Un mois à Berlin ». Je vous prépare mai et juin 2013 d’un coup, et laisse tomber tout l’automne et l’hiver... tant pis pour cette fois, mais ce n’est que partie remise ! J’espère que les puristes de la photographie parmi vous me pardonneront l’irruption de photos instagrammées dans la rubrique. Toutes vos protestations et vos fatwas contre ces applis pour hipsters sans talent sont les bienvenues.

1er mai - Le festival MyFest est de retour à Kreuzberg, avec la même mission que chaque année : bannir la violence des rues de ce quartier lassé de cette curieuse «tradition» d’émeutes de groupes extrémistes de gauche, qui ont gâché la fête du 1er mai pendant plus de vingt ans. Dans les rues, les mamas turques coiffés de fichus en satin côtoient la jeunesse berlinoise avide de beats et les étudiants Erasmousse en quête de frisson teuton, l’électro en plein air joue des coudes avec le reggae... On a beau dire que le Multikulti est mort, il suffit de passer quelques heures dans les rues voisines de Kottbusser Tor un premier mai pour se convaincre du contraire.

mercredi 15 août 2012

Août : «O mein Gott!»

15 août, midi pile, le soleil à son zénith darde ses rayons brûlants sur les fervents pèlerins de la Grotte de Massabielle. Et c’est l’heure de notre rendez-vous mensuel de La Photo du Mois! Le thème de ce mois d’«oû» (comme disent mes amis Ch’tis), proposé par Cynthia, ou plutôt, imposé à Cynthia par le reste de la communauté à l’issue d’une sanglante mutinerie virtuelle, un débat enragé comme on en a plus vu depuis l’affaire Dreyfus, est «Oh my God!».

Je m’efforce de sortir de ma pause estivale pas vraiment officielle et encore moins annoncée sur ces pages pour vous proposer une photo prise par une chaude après-midi de juillet au Badeschiff, la célèbre piscine turquoise qui surnage langoureusement sur les placides flots noirs de la Spree à proximité du grand parc de Treptow.

Le Badeschiff, souvenez-vous, je vous en parlais avec un enthousiasme débordant il y a quelques semaines seulement, après y avoir passé une folle et courte nuit d’été, sous les étoiles, seul sur le sable, les yeux dans l’eau, mon rêve était trop beau...

mercredi 18 juillet 2012

À la recherche du rayon vert (1)

Ach, de la pluie, de la pluie, et encore de la pluie. Les juillets berlinois se suivent et se ressemblent, n’est-ce pas? Quelle déveine. Mais tant pis, hein, on n’est pas fait en suc’, nous aut’ les Berlinois, alors ce ne sont pas vingt jours de déluge trois petites gouttes de rien du tout qui vont nous faire peur. Et puis, quand bien même le temps de ce mois de juillet est abominieusement exécrable dans la capitale teutonne, c’est l’été sur les Chroniques Berliniquaises. Qu’on se le dise!

J’ai décidé de lancer une série de billets en photos sur les couchers de soleil à travers le monde, car vous le valez bien. Je ne sais pas pourquoi, mais ces moments de la journée où l’astre du jour tombe vers l’horizon m’ont toujours fasciné. Résultat: ma collection de photos de crépuscules s’étoffe rapidement. Malheureusement, je n’ai toujours pas réussi à apercevoir, après des années de traque inlassable, l’insaisissable rayon vert, mais tant pis: le spectacle du soleil couchant me suffit amplement, et en revoyant mes photos prises tout plein de pays différents, je revis un peu ces voyages et ces beaux instants de lumineuse contemplation.

Alors, où admirer de magnifiques couchers de soleil cet été?

Certainement pas à Berlin ! Dommage, car quand le soleil daigne briller sur la Spree, il nous en met plein la vue.

Image prise sur l’Oberbaumbrücke, entre Friedrichshain et Kreuzberg, le 12 juin 2011 à 21h05. Quelques jours plus tôt, j’avais pris des clichés qui ressemblent à celui-ci, mais depuis un autre point d’observation, l’Elsenbrücke, plus en amont sur la Spree. Et je les avais publiés dans le 100ème billet des Chroniques Berliniquaises.

Bien sûr, les abonnés à la page Facebook reconnaîtront cette photo au premier coup d’œil! C’est l’une de mes favorites.

Berlin Friedrichshain, juin 2011
Où voir (ou pas) le rayon vert? Peut-être au pays du soleil de minuit, la Norvège? Ça dépend, mais disons que vous ne mettrez pas toutes les chances de votre côté en allant à la chasse au rayon vert pendant l’été boréal, dans les régions septentrionales où le soleil, dopé au Guronsan, refuse de se coucher durant des semaines... Logique imparable.

mardi 19 juin 2012

Beauté de Berlin : Full Sun Party au Badeschiff

«Allô?
– Salut Pierre, ça va toi?
– Ouais bien, et toi?
– Tranquille. Tu fais un truc ce soir après les matches de foot?
– Bah je pensais aller au Badeschiff, il y a un open-air qu’a l’air trop bien. C’est Aude qui m’en a parlé.
– Cool, ça a l’air sympa. J’aime bien le Badeschiff. Remarque, je n’y suis jamais allé en soirée. Ça doit être vraiment cool.
 – Ça te dit? J’irai avec Aude et Thibault et Machin et des potes, tout ça.
– Ouais pourquoi pas. On verra bien.»

Samedi 9 juin au Badeschiff. À 3 heures 19 du matin, la nuit de bringue ne fait que commencer. Mais déjà, une lueur de plus en plus nette et brillante grandit à l’horizon et dilue lentement le noir du ciel. Il n’y a plus de doute possible: l’aurore est bien là!


3h19 au Badeschiff.

vendredi 15 juin 2012

Juin : «Transparence»

15 juin, midi pile à Tarascon-sur-Ariège, revoici le moment de notre rendez-vous planétaire de la Photo du Mois. Le thème de juin, choisi par Carnets d’images, est «Transparence». Mais attention, pas n’importe comment hein, sinon ce serait trop simple: «Le but est de prendre une photo à travers un objet qui laisse passer la lumière, et de jouer avec la réfraction et la réflexion de la lumière», insiste le facétieux blogueur à qui on ne la fait pas.

lundi 4 juin 2012

Un mois à Berlin : Mai 2012

«En mai, fais ce qu’il te plaît», qu’y disaient. Si j’avais pu suivre ce conseil de bon sens, j’aurais passé bien plus de temps à Berlin en ce mois de mai ensoleillé. Ainsi, j’aurais pu mieux protéger mes fleurs des premières grandes chaleurs de l’année, et j’aurais eu plus de temps pour profiter de l’imbattable ambiance printanière dans la Hauptstadt. Hélas, comme on dit ici avec une pointe de lucidité résignée, das Leben ist kein Wunschkonzert!

1er mai – Un pont de quatre jours touche à sa fin. Quatre jours de soleil et de chaleur comme la métropole prussienne n’en a plus vu Spree depuis presqu’un an! Quatre jours de réjouissances en plein air, nuit et jour, un peu partout dans la ville. Quatre jour de bonheur, d’allégresse, d’insouciance. Quatre jours sans travailler, ou si peu. Quatre jours sans services de voirie aussi... Les pelouses du Volkspark Friedrichshain, vertes et grasses en cette saison, disparaissent sous des monticules de déchets à moitié carbonisés qui évoquent bien plus les banlieues de Lima que le centre d’une capitale d’Europe du Nord. Remarquez, cela ne dissuade pas les locaux de pique-niquer au milieu de ce bazar malodorant et insalubre. Tant que les rats ne viennent pas danser pas sur leur nappe à carreau, tout est in Ordnung, je suppose.

Et bien sûr, ça sent comme vous l'imaginez...
1er mai – On a beau avoir endigué la violence endémique des rivages de la Spree à coup de MyFest, on a beau avoir pris l’habitude de célébrer les droits des travailleurs, acquis de haute lutte, par un grand carnaval de musique électro plutôt bon enfant quoique sans grand rapport avec le schmilblick, les agences bancaires de certains quartiers berlinois, échaudées par les événements passés, ont conservé l’habitude de se barricader derrière des retranchements fortifiés pendant tout le weekend du 1er mai, comme ici sur la Frankfurter Allee, à Friedrichshain, un secteur autrefois très «chaud» à cette période de l’année. C’est qu’on n’est jamais trop prudent. Résultat, dans un pays où le paiement en liquide est la règle, le Friedrichshainien prudent se voit obligé de thésauriser des espèces dans les jours qui précèdent le 1er mai pour éviter de se retrouver à sec. Sinon, il ne lui reste plus qu’à se rendre au distributeur de billets le plus proche, dans la région de Hambourg je crois... Ou alors il reste le troc.

mardi 14 février 2012

Beauté de Brrrrlin : Plaisir inéglaglable

Vous avez un peu froid ? Sans doute un peu moins maintenant, certes, mais quand même, juste pour me faire plaisir on va faire semblant de croire que c’est encore la Sibérie dehors, histoire d’être gentils avec moi chers Lecteurs et Lectrices, allez quoi... en plus c’est la St-Valentin aujourd’hui, raison de plus d’être sympas... Bref, voici sans plus attendre une vingtaine de bonnes raisons de surkiffer l’hiver à Berlin. Si après ça vous n’êtes pas convertis aux vertus de l’âge de glace, je ne peux rien pour vous... 



Lever de soleil sur la Spree entre Friedrichshain et Kreuzberg


 0°C –– Parce que ces nuits qui n’en finissent plus, ces journées ridiculement courtes où il fait un temps à ne pas mettre un Martiniquais dehors, c’est l’excuse parfaite pour faire ma loque tout le weekend durant. Pourquoi diable franchirais-je le seuil de mon appartement douillet ? Pour avoir le loisir d’admirer la riche palette de gris dans le ciel ? Pour écouter le concert de toux et d’éternuements et attraper la Schweinegrippe à mon tour ? Pour déraper sur les trottoirs ? Pour bousiller mes semelles sur ces ridicules gravillons anti-glisse ? L’hiver, c’est le moment où je me fais volontiers casanier et profite à fond de mon petit chez-moi.

jeudi 2 février 2012

Jeudi, un ami qui vous veut du bien

Il y a quelques trucs que j’aime bien avec l’hiver berlinois. D’abord, tout le monde adooooore s’en plaindre. C’est tout simplement obligatoire : il fait froid, il fait moche, il fait moche et froid. Donc on se plaint. Quand il ne fait pas si froid que ça, eh bien c’est précisément cela le problème : il ne fait pas froid, donc ce n’est pas normal, donc tout le monde se plaint de plus belle de ne pas avoir un «vrai» hiver (et moi aussi, pour le coup). Et puis il fait nuit tôt, c’est glauque. Donc on se plaint. Puis, soudain, il fait re-froid, et la chute des températures déclenche mathématiquement un accroissement de l’intensité des lamentations  : aïe, aïe, aïe, qu’est-ce que ça caille, ouille, ouille, ouille, on se pèle les c... euh..., les cubitus, on se pèle les cubitus «sich die Ellenbogenbeine abschälen»c’est une vieille expression brandebourgeoise, vous ne saviez pas ? Pour ceux qui me croient pas et qui rigolent, c’est pas plus crétin que «il gèle à pierre fendre» comme dicton, d’abord. Bon. Hum, hum. Pardon, j’ai perdu le fil. Où en étais-je déjà ?

vendredi 21 octobre 2011

Beauté de Berlin : Les scintillements de Köpenick

Comme les saisons se hâtent, dans ces contrées septentrionales ! Mais où vont-elles si vite ? En Martinique aussi, nous avons des saisons, mais elles sont nettement moins tranchées, et la transition entre l’une et la suivante s’étale tranquillement sur 3 à 6 mois. Point n’est besoin de se presser : les choses évoluent lentement, sans brusquerie, au rythme antillais. Il y a la saison sèche (le «Carême») et la saison humide, qu’on appelle «hivernage» aux Antilles, et qui, pour pluvieuse qu’elle soit, reste nettement plus chaude et plus sèche que le plus chaud et sec des étés allemands. Il y a la saison des juteuses mandarines, la saison des savoureux melons sucrés, la saison des quénettes à grosse graine et la saison des mangues charnues. La saison des glycérias en fleurs, autour du Carnaval, et la saison où les flamboyants flamboient de leurs couleurs ardentes, en «été» (un terme qui n’a pas vraiment de sens chez nous), plus exactement au début de l’hivernage. D’ailleurs, tant qu’on y est, il y a la saison du Carnaval et la saison du «non-Carnaval». Et toutes ces périodes commencent en douceur et s’achèvent progressivement, se chevauchent allègrement (même le Carnaval et le non-Carnaval, c’est dire), et laissent à l’îlien le temps de s’habituer à la nouvelle condition végétale et atmosphérique, sans traumatisme aucun.

Ici, à Berlin, point de tout ceci. En quelques jours à peine, on bascule de l’été à l’Altweibersommer, qui cède brutalement sa place à l’automne, froid et venteux. Il faut s’y faire, et en profiter à fond, jusqu’à la toute dernière minute de soleil, et surtout, de douceur relativement estivale. Début octobre, alors qu’il était encore possible de flâner sans risquer de contracter une pneumonie, j’ai profité des dernières belles et chaudes journées du Goldener Oktober pour enfourcher mon vaillant Holland-Rad et partir à la découverte du quartier est-berlinois de Köpenick. Il est même possible que quelques gouttes de sueur aient perlé sur mon front, mais je n’en suis plus trop certain... trois semaines après les faits, la seule pensée d’avoir chaud en-dehors d’un sauna semble déjà complètement inconcevable. Mais reprenons. Ici Köpenick, disions nous.

Vue de la Dahme et du «Fischerkietz» (le village des pêcheurs) depuis les jardins du Château de Köpenick.

En amont du centre de Berlin, en remontant la Spree plein est sur 12 km en partant de Friedrichshain (ou dix-huit kilomètres depuis le Reichstag, ah, les distances à Berlin), on atteint la ville de Köpenick, rétrogradée au rang de simple quartier de la capitale prussienne en 1920 par la loi d’extension de Berlin. Pourtant, Köpenick la slave, en tant que centre urbain, est plus ancienne et se targue d’une bien plus longue histoire que le village allemand en aval, qui allait la concurrencer, la supplanter et finalement l’absorber après un millénaire de bon voisinage. Un village fondé par la mystérieuse tribu slave des «Sprévanes» ou «Sprewanen», au confluent de ces rivières qu’on appelle aujourd’hui la Spree et la Dahme, a été attesté dans des chroniques officielles sous le nom de Copnic vers la fin des années 1100 et quelque, plusieurs décennies avant la fondation de Berlin, et s’appelait encore officiellement «Cöpenick» avec un C jusqu’en 1931, année où l’on opta pour une nouvelle orthographe. Non mais c’est vrai quoi, avec un K, Köpenick, c’est incomparablement plus chic, plus typique, plus germanique.

Les reflets du Château de Köpenick, construit sur une petite île en 1558, modifié en 1677 dans un style baroque (curieusement je lui trouve un aspect bien plus «moderne»), et rénové en 2004, scintillent sur la Dahme.
Il y a bien longtemps (j’imagine, car après tout j’y étais pas) que Köpenick a perdu son caractère slave, et est devenue teutonne bon teint. Néanmoins, loin de s’être dissoute dans l’anonymat de la capitale prussienne, elle conserve son identité à part, et il faut un certain effort pour se rappeler qu’on est encore à Berlin plutôt que dans quelque paisible village pittoresque en bordure de rivière, où vivotaient encore des pêcheurs il y a un siècle. Tant de végétation, tant d’eau, c’est un régal pour l’insulaire que je suis. Un dimanche ensoleillé à Köpenick, c’est déjà un début de vacances loin de la ville.

Le crépuscule du dimanche 2 octobre près du centre de Köpenick, à la confluence de la Dahme et de la Spree

La Spree rougeoie sous le ciel d’octobre

En plus de la Spree et de la Dahme, une autre vaste étendue d’eau baigne la région et lui donne encore plus d’attrait : le Müggelsee, grosse bassine ovale de 4 kilomètres sur 3, est le plus grand des lacs de Berlin. Il est principalement entouré de pinèdes, de modestes collines et de quelques petites plages ombragées. La Spree s’y déverse à l’est et en ressort à l’ouest, un peu comme le Rhône avec le lac Léman mais à une échelle bien plus réduite. Ses eaux bleues, tièdes et peu profondes (8 mètres de profondeur maximale !), scintillent généreusement pendant les journées d’été et se prêtent à la baignade et aux activités nautiques durant une bonne partie de l’année.

Le Müggelsee scintille à Friedrichshagen, un hameau proche de Köpenick, sous le soleil d’octobre.
Le fan de Harry Potter que je suis a été fort marri d’apprendre que le Müggelsee n’a absolument rien à voir avec les Muggles (en allemand, die Muggel), même si je n’aurais pas forcément osé parier une fortune là-dessus. Le «Lac des Moldus», voilà un nom qui enverrait du lourd. Mais non. Le mot «Müggel», avec un Ü, qui donne leur nom au lac, aux collines, au village de Müggelheim juste à côté, etc, a une obscure étymologie slave avec laquelle je n’ai aucune envie de vous barber là tout de suite... une prochaine fois peut-être ?

Un généreux soleil illumine le lac en des reflets éblouissants. C’était il y a 19 jours seulement...

L’inconvénient de la baignade au Müggelsee, du fait de sa faible profondeur, c’est qu’il faut patauger sur une longue distance pour enfin parvenir au grand bain où l’on peut nager librement au-dessus de la vase. Inversement, après le bain, une longue marche s’impose avec l’eau à mi-mollet pour regagner la berge sableuse. Du coup, pendant que vous vous évertuez à photographier les reflets du soleil sur le lac, un baigneur naturiste peut surgir dans votre champ sans crier gare et promener nonchalamment sa nudité devant votre objectif pendant de longues minutes, sans complexe ni pudeur. Ici, à l’Est, le nudiste est roi, et c’est pas forcément joli-joli. Âmes sensibles s’abstenir donc. Mais pour voir le lac à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, disons qu’il n’y a absolument aucun risque qu’un monstre façon Loch Ness, ou quelque autre abominable créature chthonienne, ne se tapisse dans 8 mètres de profondeur et vienne terroriser les baigneurs tous nus, voire mordre à l’hameçon... C’était le défi du mois, placer le mot «chthonien» dans un billet. Je m’en sors plutôt bien non ? C’est d’ailleurs un bien joli mot à remettre au plus vite au goût du jour. Je m’y attellerai ASAP.

Pinède dans les Landes ou banlieue boisée de Berlin ?
Un petit lotissement entre Schöneweide et Köpenick

Se baigner, avec ou sans vêtements, se balader à vélo, admirer le château, s’émerveiller des scintillements de la Spree et du Müggelsee... Que faire de plus à Köpenick ? Ce ne sont pas les possibilités qui manquent. Les mélomanes (ou pas) peuvent assister aux méga-concerts en plein air de la Kindl-Bühne Wuhlheide en été ; les footeux préféreront tenter l’expérience d’un match de la 1. FC Union, LE club de foot de Berlin-Est, qui évolue habituellement en deuxième Bundesliga et affronte parfois le Hertha BSC de l’ouest lors de derbys épiques. À ce qu’il paraît, voir l’Union jouer à domicile est une expérience à vivre absolument. Mais de telles activités se prévoient longtemps à l’avance. Lorsque l’on improvise un dimanche à Köpenick, il faut voir plus petit. On peut, par exemple, s’amuser à repérer les innombrables statues d’artistes est-allemands qui décorent les pelouses un peu partout et s’amusent à surprendre le promeneur au détour d’un sentier. 
    

Une statue dont j’ai oublié de noter le nom
  
Ingeborg Hunziger, Vater mit Kind, 1958

Theo Balden, Geschwister («Frère et sœur»), 1974

Très joli et très rigolo tout ceci. Une fois que l’on s’est bien fatigué à vélo, que l’on a bien sué à la plage, assez barboté au milieu des nudistes, et que l’on s’est suffisamment extasié devant la fine fleur de la sculpture est-allemande, l’on peut se remettre de ses émotions en s’offrant un verre de Federweißer bien mérité, la version allemande du «vin bourru», blanc, sucré et trouble, à consommer bien frais pendant les vendanges.

Un verre de Federweißer à la terrasse du Schlosscafé (Café du Château)
Et voilà ! Vous avez passé un merveilleux dimanche de début d’automne à Köpenick ! Signe du destin, deux jours plus tôt, je rentrais à Berlin après quelques jours d’absence, et j’ai eu la chance d’admirer et d’immortaliser un coucher de soleil sur le Müggelsee depuis mon hublot. Sur la photo, on voit très bien la Dahme, qui serpente à travers la largeur de l’image, et s’élargit vers la gauche (en fait, le sud) pour donner le Langer See de Grünau, connu entre autres pour ses régates d’aviron. À droite (vers le nord), vous reconnaissez la grande bassine du Großer Müggelsee, et pouvez même voir la Spree qui s’en écoule vers l’arrière-plan (l’ouest) et part à la rencontre de la Dahme.

Spree et Dahme, Langer See et Müggelsee, le 30 septembre 2011

Et, trois jours plus tard, finie la récré ! Comme ça, brutalement, sans transition. Ce qui est bien à Berlin, c’est qu’on sait qu’une fois que l’été est terminé, il est vraiment fini pour de bon. Il n’y aura pas de supplément. Il est donc déjà temps de ranger les tenues estivales, de ressortir les manteaux et les pulls épais, de remettre de l’imperméabilisant sur ses chaussures, et, si on est un con-sommateur un peu débile, de commencer à faire provision de Lebkuchen et de calendriers de l’Avent.

La dernière journée de soleil et de douceur de l’année, c’était le 4 octobre.
Il va falloir patienter jusqu’en 2012 pour la prochaine !


dimanche 5 juin 2011

Beauté de Berlin : la Spree couleur de feu

La sécheresse assoiffe cruellement notre belle France, et l'Allemagne sa voisine, alanguie de chaleur, vient de connaître son printemps le plus sec et le plus ensoleillé depuis le début des relevés à la fin du XIXème siècle. Le citadin berlinois, pour peu qu'il prenne bien soin de ses plantes sur le balcon (deux jours d'inattention et c'est le carnage !) et dès lors qu'il s'acquitte d'une pensée compatissante pour les pauvres agriculteurs qui souffrent, il n'a pas à se plaindre de ce beau début d'été, sec et muy caliente.

Si l'on me demande quelle période de l'année je préfère à Berlin, je réponds sans hésiter : le mois de juin bien sûr ! Au bureau, rares sont ceux qui ont vraiment la tête au travail. Les heures de la journée s'égrènent dans une torpeur ensoleillée qui n'a rien à envier à la douceur de vivre méditerranéenne ; et après s'être gorgé l'épiderme d'ultra-violets, l'on se réfugie volontiers à l'ombre des tilleuls qui nous aspergent délicatement de leur mystérieuse sève gluante, presque comme les brumisateurs des terrasses parisiennes, mais en version 100% naturelle cette fois. Et en parlant des heures de la journée, comme elles sont nombreuses ! Les noctambules qui dansent “jusqu'à l'aube” voient arriver cette dernière dès 3h30 du matin, ce qui tout de même rend la performance un tantinet moins impressionnante. Le soir, c'est le moment d'admirer les plus beaux couchers de soleil de l'année sur la Spree, puisqu'il finit sa course, à cette période, dans l'axe du fleuve, du moins si on l'observe depuis les quartiers en amont du centre (comme Kreuzberg, Friedrichshain ou Treptow). Les rougeoiements de la Spree sont le prélude à l'interminable crépuscule estival, qui s'étire et se prolonge à n'en plus finir, bleu et clair, tantôt tiède et indolent, tantôt bien plus frais et indéniablement “nordique”. Malheur à l'imprudent qui s'est laissé duper par la chaleur diurne et s'est risqué à sortir sans sa veste pour la soirée!

J'ai tant de choses à raconter sur ce blog que je suis sûr que beaucoup de projets d'articles resteront en l'état, mais pour mon 100ème billet aux Chroniques (oui, le 100ème !), faisons une pause pleine de beauté et de sérénité. Mes lectrices les plus attentives auront fini par comprendre que j'adore passer mes soirées à admirer le coucher du soleil, et il n'y a pas à dire, à Berlin je suis gâté. Et lorsque la Spree resplendit et reflète la chaude lumière du couchant, je suis loin d'être le seul qui interrompe sa course à vélo pour s'imprégner du spectacle et en prendre quelques photos souvenirs. Je suis en retard, comme toujours, mais mes amis attendront bien cinq minutes de plus...

Samedi 28 mai à 20h20 - Vu de la Spree depuis l'Elsenbrücke entre les quartiers est-berlinois de Friedrichshain et Treptow. L'étrange sculpture que l'on voit s'appelle Molecule Man, et les trous font peut-être partie de l'oeuvre, mais servent surtout à ce que la sculpture monumentale résiste au vent !

Samedi 28 mai à 20h22 - Croisière crépusculaire et tentative de zoom sur le Molecule Man. Bon c'est plutôt loupé.

Le mercredi 1er juin à 21h12 - Un peu en aval, sur l'Oberbaumbrücke, entre Kreuzberg (ouest) et Friedrichshain (est)

Au même moment, avec un zoom un peu plus puissant

jeudi 6 janvier 2011

Bataille sur les rives de la Spree

Je vais encore faire un emprunt à la rhétorique néoconservatrice Bushienne (ou, pour les poètes parmi vous, au générique de Dragon Ball Z chanté par Ariane), mais la ville de Berlin est l'un des champs de bataille cruciaux dans la lutte millénaire du Bien contre les forces du Mal. Les habitants de la métropole prussienne, de souche comme d'adoption, le savent bien et le vivent au quotidien, et pas qu'en simples spectateurs : le Mal absolu, c'est la gentrification (ou en français, l'embourgeoisement) rampante des quartiers ouvriers ou populaires ou de mixité sociale, l'éviction progressive des petites gens aux revenus modestes de secteurs entiers de la ville, en raison d'une combinaison de facteurs économiques et sociaux complexes, à la racine desquels se trouve presque toujours l'argent, le pognon, das Gelddie Kohle, et donc bien sûr les méchants Kapitalistes gras et lippus qui occupent leur temps libre, affalés sur des monticules de pièces d'or, à fumer des cigares et à caresser avidement leur hideux chat persan blanc sur les genoux.

Street-Art anti gentrification à la Theaterkapelle, à Friedrichshain

Le Bien, vous l'aurez compris, c'est tout ce qui s'y oppose, activement ou passivement. Des boîtes underground aux petits bars cosy au mobilier usé et dépareillé, des squats politico-artistiques aux döner kebab où tous les agents du Bien se retrouvent régulièrement, des Berlinois ordinaires qui ne conçoivent comment les Parisiens, d'habitude si prompts à la manif et à l'émeute, peuvent accepter sans sourciller de payer 10€ pour une bière ou 1000€ pour louer un placard à balais en guise de logement, où le sol vibre à chaque métro qui passe, aux "créatifs" tendance et fauchés pour qui "travailler" consiste principalement à traîner leur savates au café toute la journée. En bref, le Bien, c'est l'essence même de Berlin, ce côté "arm aber sexy", qui préfère puer des aisselles dans le métro à 7h30 du matin plutôt que de puer le fric. D'ailleurs, si on permute astucieusement les lettres de l'expression "Le Bien", on obtient "Beelin", ce qui ne saurait être une simple coïncidence.

"N'ayez crainte, c'est seulement la gentrification",
nous dit-on d'un ton rassurant sur la Boxhagener Straße

Paris, Londres, New-York, Munich et tant autres ont perdu la guerre et sont passées à l'ennemi depuis des lustres. Alors, à Berlin, dernier bastion du Bien, il n'y a pas de neutralité possible, pas de demi-mesure, pas de compromis. Vous êtes pour ou contre, gentil ou méchant, pauvre (ou à la rigueur pauvre-friendly) ou le dernier des salauds, un de ces vendus qui ne raisonnent qu'en termes de coûts-bénéfices et qui ne verraient pas d'un mauvais œil la transformation de Berlin en une capitale proprette et stérile, un énième paradis chic pour jeunes (et moins jeunes) cadres dynamiques arrivés tout droit de Bavière, du Bade-Wurtemberg ou de Minneapolis, avec leurs épouses parfaites et leurs enfants blonds et surdoués.


La bataille des rives de la Spree : l'idée c'est d'empêcher le bétonnage
des quais, la destruction des bars et boîtes branchés au fil de l'eau
et la poursuite du projet "MediaSpree", bête noire de tout Berlinois
qui se veut "cool"

Tout comme la bataille de Berlin d'avril 1945, la lutte du Bien contre le Mal se jour quartier par quartier, rue par rue, immeuble par immeuble. Chaque camp remporte des victoires, même si celles du Mal semblent être bien plus nombreuses, plus durables, plus décisives. Derniers coups durs en date pour les forces du Bien : la fermeture annoncée pour mars 2011 de la galerie C/O sur Oranienburger Straße, celle de l'expo Peter Lindbergh, et, à l'époque où je n'écrivais pas de blog mais avait une vie tout de même, celles de Richard Avedon, Annie Leibovitz et beaucoup d'autres, qui laissera la place, dans les locaux du vieux Postfuhramt, à un hôtel de luxe. Ou encore l'évacuation traumatisante du squat "Brunnen 183" à Mitte à l'automne 2009. Sans parler des petites victoires des suppôts des ténèbres, moins spectaculaires mais toujours aussi démoralisantes, comme par exemple la hausse des loyers et la précarité permanente de la situation de beaucoup de lieux de vie et de culture, au nombre desquels le Kunsthaus Tacheles ou le café SO36 à Kreuzberg, voire la fermeture de l'ancienne vidéothèque préférée de votre chroniqueur, la regrettée FilmKunst délicieusement désuète où l'on pouvait aussi prendre son café, qui a dû quitter ses locaux de la Revaler Straße à Friedrichshain l'été dernier à cause de la hausse vertigineuse du bail locatif.

Deux penseurs dans le vent : Carlos Marx et Fred Engels
Les  forces du Mal ont subi quelques revers, tels le sauvetage in extremis de la boîte électro Icon à Prenzlauer Berg, qui était sous le coup d'un arrêté municipal de fermeture pour cause de nuisances sonores. Mais cela reste encore trop maigre comme succès. Les forces du Bien organisent donc la riposte de manière plus systématique, comme elles le peuvent. Que faire contre l'augmentation incontrôlée des loyers, dans une ville peuplée essentiellement de locataires ? Hedonist International, groupe d'action qui s'est inspiré de Jeudi Noir à Paris, a un élément de réponse auquel personne n'avait pensé jusqu'ici : saboter les visites d'appartements en s'y présentant en grand groupe, et protester, nus. La technique n'a pas encore démontré son efficacité mais au moins la presse s'est enfin penchée sur ce problème trop longtemps ignoré. Ah, on me dit qu'elle l'avait déjà fait. Euh... eh bien l'avenir nous dira si cette méthode donnera un quelconque résultat.

D'autres bataillons des forces du Bien envisagent d'adopter en 2011 une stratégie beaucoup plus radicale que jamais : recourir à la violence et s'en prendre aux complices du Mal que sont les millions de touristes qui visitent Berlin ! L'idée est "d'attaquer les hôtels, les bus et les visiteurs, d'incendier des voitures", pour que l'industrie touristique périclite et cesse de contribuer à cet afflux massif de richesses vers la capitale fédérale, qui reste néanmoins exsangue et surendettée. En voilà une idée lumineuse : ruiner l'économie de la ville pour mettre fin à son insoutenable embourgeoisement. Il est vrai que le taux de chômage de 12,8% peut paraître élevé aux outsiders, mais c'est en fait une très nette amélioration pour Berlin par rapport à ces dix dernières années. Il est donc grand temps de casser cette dynamique et faire en sorte que tous ces fichus ex-chômeurs retrouvent au plus vite le chemin des allocs. Car dans "pauvre mais sexy", il y a "pauvre", nom d'une pipe !

Messieurs les anarchistes, je suis de tout cœur avec vous mais pourriez-vous éviter de lancer des pierres sur mes amis quand ils viendront me voir à Berlin cette année ? Ce serait vachement sympa de votre part... Vous dites ? "La cause" ? "Pas d'exception" ? OK, si vous le dites, alors tant pis pour mes amis...

Leftist riots are common in Berlin on May Day. Photo: DPA

Leftists called upon to attack tourism

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