Contrairement à la France aux longues traditions centralisatrices, et qui a inscrit la notion d’égalité dans sa devise il y a déjà fort longtemps, en Allemagne, le nombre de jours fériés varie considérablement d’une région à l’autre: en général, les Länder catholiques du sud et de l’ouest du pays sont les plus favorisés de ce point de vue, la Bavière détenant le record national de 13 jours fériés par an, suivie de la Sarre et du Bade-Württemberg avec 12 jours chacun, tandis que les États majoritairement protestants du centre et de l’est du pays, 10 ou 11 jours (eh ben la voilà, la preuve irréfutable que Dieu préfère les Catholiques). Quant aux habitants des régions sacrilèges et autres villes-États sataniques que sont Berlin, Hambourg, Brême ou le Schleswig-Holstein, ils doivent se contenter du minimum absolu de 9 petits jours fériés par an – en plus d’une éternité de tourments infernaux dans l’au-delà.
À titre de comparaison, en France, il y a onze jours fériés à l’échelle nationale, fêtes civiles ou religieuses, auxquels s’ajoutent quelques rares fêtes locales, comme la Saint-Éloi dans le Nord, la Saint-Étienne en Alsace (le lendemain de Noël), ou en Martinique, Mardi-Gras, Mercredi des Cendres, Vendredi Saint et le «22 mé» où l’on commémore l’abolition de l’esclavage dépi an tan nanni nannan (ou en fait depuis 1983) : soit tout de même un total de quinze belles journées de fête ou de recueillement par an au soleil des Antilles. Et pourquoi pas après tout : au moins, toutes ces fêtes religieuses ont encore un sens chez nous. Le fait que la France ait réussi à se ranger in extremis du côté des vainqueurs des deux guerres mondiales n’est pas pour rien dans cette remarquable inégalité entre les deux rives du Rhin. Loin de moi l’idée de déplorer la défaite allemande de 1945, bien au contraire, mais chaque année, je me désole du manque de bonne volonté de nos amis Teutons, qui pourraient faire du 8 mai un jour férié et nous accorder un jour de congé de plus s’associer au reste de l’humanité dans une digne commémoration de la fin de la barbarie nazie. Je peux toujours courir.
Cette semaine, le contraste entre Berlin l’impie et le reste du pays se fait cruellement sentir : lundi, comme chaque 31 octobre, c’était la fête de la Réforme, et toutes les régions historiquement protestantes, qui correspondent en fait aux cinq Länder de l’ex-RDA qui encerclent Berlin, commémorent un geste symbolique de protestation de Martin Luther contre les abus de l’Église catholique. Tout l’est de l’Allemagne était en vacances, sauf nous vaillants Berlinois bien sûr. Et aujourd’hui, 1er novembre, c’est la Toussaint, jour férié dans cinq États catholiques allemands, les plus grands et les plus peuplés, comme la Bavière et la Rhénanie et tout le toutim. Bref, il n’y a pas grand monde pour faire tourner l’économie allemande cette semaine, à part nous aut’ pauv’ Berlinois exploités par le grand Kapital.
Et pour finir avec les fêtes traditionnelles de cette fin octobre / début novembre, vendredi dernier, j’ai eu l’occasion d’assister à un festival traditionnel qui a encore moins de chances de donner lieu à un jour férié en Allemagne que le 8 mai : la fête indienne de Divali. Quasiment un an jour pour jour après ma visite de l’exposition Vodou à l’Ethnologisches Museum, je remettais les pieds dans le même édifice du quartier très excentré de Dahlem pour un festival organisé par la communauté indienne de Berlin.
| Une jeune participante exécute une danse traditionnelle. Dommage, la vidéo n'est pas passée. |
Divali ou Diwali ou Divâlî ou Dîpâvalî, ou plus exactement दीपावली, est, à ce que j’ai appris, l’une des fêtes religieuses les plus importantes en Inde, célébrée tant par les hindous que par les sikhs. Le nom sanskrit de cette fête signifie «fête des Lumières» ou «fête des Lampes», et ces festivités coïncident, dans certaines communautés hindoues, avec le Nouvel An, encore que tout le monde ne semble pas être de cet avis dans les divers courants hindouistes car sinon ce serait bien trop simple. Après tout, avec 33 millions de divinités dans le panthéon hindou, ce n’est pas si étonnant que les ouailles n’aient pas pu s’entendre sur un calendrier unifié. Tu parles d’une cacophonie... Pour le reste, je ne saurais trop vous conseiller de vous adresser à mon pote Wicky Pedia qui sait tout sur tout.
Aux grands mots les grands remèdes : je commence à mettre des vidéos sur YouTube pour pouvoir les intégrer à mon blog... L’ennui c’est qu’il faut vraiment être patient.
Aux grands mots les grands remèdes : je commence à mettre des vidéos sur YouTube pour pouvoir les intégrer à mon blog... L’ennui c’est qu’il faut vraiment être patient.
Au menu des festivités à l’Ethnologisches Museum : des spectacles de danse indienne, mais alors vraiment beaucoup de danse dans une ambiance Bollywood, puis un vrai dîner indien à l’œil offert par l’ambassade.
| Une autre magnifique chorégraphie dont je n'arrive à télécharger qu'un tout petit bout de film... |
Certaines danses étaient d’une beauté et d’une exécution à couper le souffle, mais pas toutes, loin s’en faut : de nombreux enfants et adolescents sont aussi montés sur scène et se sont trémoussés piteusement devant un public indulgent. Mais en matière de danses sérieuses, nous avons tout de même été gâtés. Hélas, mes meilleures vidéos sont trop lourdes et ne passent pas sur le blog... Il faudra que j’essaie autre chose.
La fête n’aurait pas été authentique sans un petit autel
Voilà, c’était ma fête de Divali vendredi dernier au Musée Ethnologique de Dahlem. Vraiment, quoi qu’en disent Sarrazin et les autres, elle est plus belle la vie en Multi-Kulti, vous ne trouvez pas ?

