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jeudi 8 décembre 2011

Il court, il court le tag

Elsa du Gâteau sous la cerise a eu la bonne idée de me décerner un «Kreativ Blogger Award». Ça fait déjà un moment qu’elle m’a fait ce gentil cadeau empoisonné mais, n’étant pas encore au fait de ces petites traditions de la blogosphère, je n’avais pas du tout pigé le truc, et j’ai donc fait le mort mis du temps à réagir en conséquence... Merci pour ta patience Elsa !



Oh la charmante attention que voilà. Néanmoins, comme toute distinction se mérite, il y a donc un prix à payer. En tant qu’heureux lauréat, je dois me conformer à un cahier des charges des plus précis.

1. Remercier la personne qui m’a tagué : MERCI ELSA ! Tu ne perds rien pour attendre, tu vas voir...

2. Mettre le logo de l’award sur mon blog : le re-voilà, si vous l’aviez loupé juste au-dessus. Il est tout rose et girly, donc trop cool. Les Chroniques Berliniquaises, bientôt sur HelloCotton ? Pas tout de suite quand même, hein... Sinon j’aime bien le «Kreativ» avec un K, qui, comme celui de Köpenick, fait nettement plus germanique.


3. Mettre un lien vers le blog du coupable de l’auteur du tag. Voilà : en fait c’est Elsa qui m’a tagué. Son blog s’intitule «Le Gâteau sous la cerise», bien que le lien soit avecunaccent.canalblog.com, car la vie est ainsi faite. Au fait je ne sais pas pourquoi c’est le cas. Une réponse, Elsa?

4. Dévoiler 7 choses sur moi : je suppose que le jeu est bien plus marrant si ce sont 7 choses que je n’ai pas encore révélées dans le blog. Attention, ça va envoyer du gros lourd. C’est parti pour le grand déballage. Envoyez le générique de Confessions Intimes.
i. Juste avant ma naissance, ma mère m’a fait l’un des plus beaux cadeaux qui soient, en rentrant en Martinique exprès pour que je vienne au monde au pays de nos racines plutôt que dans la contrée étrangère où vivaient mes parents à l’époque. Et accessoirement, pour se rapprocher de la familia, mais bon ça ne compte pas. Je ne lui serai jamais assez reconnaissant de m’avoir ainsi permis d’avoir «né à Fort-de-France (972)» indiqué sur tous mes papiers d’identité, qui m’accompagneront tout au long de ma vie, et de m’avoir accordé le privilège de compléter chaque formulaire avec la mention «Geboren in Martinique (Frankreich)». Quelle délectation. Rien que pour ça je kiffe d’avoir de la paperasse administrative à remplir, et je pense toujours avec émotion à la bonne intuition de ma môman. D’où l’importance fondamentale de ne pas se rater sur son lieu de naissance pour bien démarrer dans la vie. 
ii. En Martinique, certaines personnes (une infime minorité, mais ça existe) pratiquent dans les forêts reculées une forme de sorcellerie traditionnelle afro-caribéenne qu’on appelle «quimbois», un peu comme le vaudou haïtien. Un jour, alors que je randonnais avec trois amis sur les flancs du volcan, nous nous écartâmes quelque peu du chemin pour profiter du panorama, mais aperçûmes et dérangeâmes, dans une clairière proche, une congrégation de séanciers et quimboiseurs en pleine cérémonie de sacrifices de poulets, de mutilations et plein de joyeusetés pas jolies à voir. Furieux et hostiles, ils firent mine de venir nous choper. Nous prîmes nos jambes à notre cou et nous enfuîmes à toute vitesse, sans demander notre reste.
iii. Je préfèrerais de très loin nager dans la rade d’Oslo, et d’ailleurs je l’ai déjà fait deux fois, plutôt que dans le port de Fort-de-France (d’ailleurs je ne l’ai jamais fait et ce n’est pas à l’ordre du jour, oh que non). 
iv. Une fois, alors qu’une journée on ne peut plus normale touchait à sa fin, j’ai été pris en otage par un bandit manchot armé d’un truc ressemblant à s’y méprendre à un revolver, dans un magasin de téléphones mobiles à Paris, juste à l’heure de la fermeture. Il y avait le bandit, un vendeur, et moi. Ce face-à-face-à-face infernal a duré une «petite» heure, donc ce n’était pas un fait divers absolument exceptionnel, mais en ressenti, c’était plutôt une grosse demi-journée d’angoisse effroyable à la merci d’un type masqué, agressif et manifestement déséquilibré. Vachement flippant. J’ai vraiment cru que c’était la fin des haricots pour mes carottes cuites. Le souvenir de cet incident a perturbé mes nuits pendant plusieurs mois.
Un de mes romans cultes
v. Tiens, à propos de nuits, quand j’étais un tout pitit pitit garçon, pour trouver le sommeil lors des chaudes nuits antillaises, au lieu de compter les moutons, je calculais dans ma pitite tête les puissances successives de 2, comme dans 21 = 2, 2² = 4, 2³ = 8, 24 = 16, etc. Du coup, je connais par cœur, encore à ce jour, les puissances de 2 jusqu’à 216 = 65.536. Tout allait bien jusqu’au jour où j’ai été horrifié par ce passage de The Curious Incident of the Dog in the Night-Time, un très bon roman de l’auteur britannique Mark Haddon, où le héros, un ado autiste surdoué, raconte qu’il fait la même chose pour se calmer lorsqu’il est très nerveux, car cette petite gymnastique cérébrale l’apaise. Le bad. La bonne nouvelle c’est que pendant ma prise d’otage ou mes autres moments de méga-flippe (comme par exemple après avoir affronté la circulation dans les rues de Beyrouth), à aucun moment il ne m’est venu à l’idée de faire du calcul mental pour me calmer. Donc tout va bien, je suis cooooomplètement normal. 
vi. L’autre jour, à la Sankt-Hedwig Kathedrale de Berlin, la vierge Marie m’a parlé. Dans un français irréprochable, du reste. J’en suis absolument convaincu, et rien de ce que vous pouvez en dire ne me fera changer d’avis. Ça n’a pas fait de moi une Bernadette Soubirous des temps modernes ni un intégriste prosélyte, mais ça a fait énormément de bien, à moi ainsi qu’à certaines personnes de mon entourage. Je m’en tape complètement si vous me croyez cinglé ; ain’t got nothing to prove.
vii. Such a weirdo’s life. Malheureusement, je suis aussi un gros mytho, un fieffé menteur, un fabulateur de première. Du coup, une des affirmations de cette liste est inventée de toutes pièces. Vous pouvez essayer de deviner laquelle, mais je ne vous promets pas que je vous donnerai la solution. On sait jamais, il y a peut-être un(e) psy parmi vous... Et quand bien même je vous le promettrais, rien ne dit que je tiendrai parole, puisque je mens comme un arracheur de dents.
5. Et pour finir, je dois nommer 7 blogs que j’aime, et qui du coup se retrouvent perfidement tagués de la même façon (sorry guys). Tiens v’là aut’ chose. Vont-ils relever le défi ? Vont-ils seulement s’apercevoir qu’ils sont tagués ? Allez je me lance, on verra ce que ça donnera. Alors, à qui vais-je refiler la patate chaude, mmh ??
a/ Alain, l’auteur de Montpellier Croix d’Argent, pour ses commentaires rigolos dans ces pages céans et pour ses magnifiques photos ensoleillées du midi et de la Grande Bleue, qui nous changent bien de la grisaille du nord de l’Allemagne. Tiens, attends voir que je sois rentré en Martinique, toi.
b/ Manon de Génération Berlin, pour ses aventures désopilante de Franco-berlinoise hype de Kreuzkölln.
c/ Loïc des Carnets de Seattle, pour son courageux combat contre la maladie, les réflexions qu’il m’inspire, et son regard toujours drôle et pertinent sur son quotidien aux States, pardon, aux États, et la vie et tout ça.
d/ La Miss Pauline, pour ses lectures, ses réflexions sur la vie à Berlin et pour sa relation malsaine avec Til Schweiger.
e/ Caroline, pour tout plein de raisons et parce que j’aimerais bien qu’elle raconte 7 trucs sur elle à la communauté.
f/ E., auteur des Histoires Deux..., parce que c’est cool d’avoir une lectrice au Qatar, parce qu’elle raconte des choses intelligentes et amusantes aussi (apparemment ce n’est pas la matière qui manque quand on vit là-bas), et parce qu’elle a déjà répondu à un tag donc a priori elle n’est pas allergique au principe... Désolé !
g/ Nat, parce qu’une fille qui aime Berlin, la Bière et le Rock ’n Roll aura forcément des trucs rigolos à nous raconter, surtout au retour d’un long voyage aux Antipodes.
g bis/ JvH, la maman en série de Viaggiodinozze et accessoirement ma voisine de Kiez, allez... accouche ! Ouuuuuh la bonne blague toute pourrite !
Ceux et celles qui ont envie de jouer, feel free. Voilà, j’ai répondu... finalement c’était plus rigolo que ce que je craignais comme jeu. À vos claviers.

samedi 15 janvier 2011

La Coupe du monde du populisme



Sami Khedira, Jérôme Boateng, Mesut Özil, Bastian "Schweini" :
Hourra ! Voici enfin l'Allemagne Black-Blanc-Beur-Turc
Qu'on se le dise, l'Allemagne a bien changé. Elle a résolument tourné la page des années noires du milieu du XXème siècle, a organisé la coupe du monde de foot la plus "ouf" de l'histoire de la FIFA (d'après un panel mondialement représentatif de lecteurs assidus de Bild et de 11 Freunde), et regarde avec confiance vers un avenir radieux où les gens s'aiment, rient et dansent à la ronde, pieds nus dans les prés, des couronnes de fleurs dans les cheveux. Les Allemands ont fait leur examen de conscience, ont réfléchi à leurs crimes du passé, et se sont livrés tout récemment, avec un zèle exemplaire, à une vague d'arrestations, de procès et de condamnations de frêles nonagénaires qui ont commis les pires atrocités il y a environ 70 ans de cela, et ensuite ont pu couler des jours paisibles pendant plus d'un demi-siècle dans la plus grande impunité, au vu et au su de tous. Ces derniers affreux d'un autre âge, qui n'ont pas eu le bon goût de trépasser pendant toutes ces décennies de bonheur amnésique, sont devenus des symboles un tantinet encombrants d'une époque révolue, et expient enfin leurs fautes et celles de feu leurs compagnons tortionnaires. Ha ! C'est bien fait pour leur sale gueule. Z'avaient qu'à être plus futés et passer l'arme à gauche dignement et surtout discrètement, avant que le vent ne tourne, comme par exemple ce monsieur, mais aussi beaucoup d'autres avant lui. Mais qu'à cela ne tienne, l'Allemand moderne est ouvert d'esprit, instruit, artiste dans l'âme, pas nationaliste pour un sou, gentiment amateur de foot, sympa et to-lé-rant, alors s'il vous plaît soyez sympas (comme lui) et arrêtez de lui balancer à la figure les mêmes stéréotypes éculés et autres vieilles histoires avec lesquelles il n'a strictement rien à voir. Il a beau avoir beaucoup d'humour (presque autant que nous) et de sens de l'auto-dérision, au bout de la quarante-douzième fois ça commence à lui taper sur les nerfs. On le comprend, mais l'ennui c'est qu'on ne s'en lasse jamais, de ces vieilles histoires, c'est plus fort que nous... Et puis d'abord, comment tenir un blog digne de ce nom sans une bonne dose de clichés éculés, hein ? Je vous le demande.


Mais l'Allemagne aime aussi être première en tout. La première en exportations. La première en industrie. La première en puissantes cylindrées qui polluent. La première en écologie aussi, d'ailleurs. (La première en contradictions peut-être ?) La première au foot. La première au foot féminin. La première en Formule 1. La première à l'Eurovision. La première en musique ringarde inécoutable. La première en musique électro hyper tendance. La première en nombre de brasseries. La première en mangeage de saucisses. La première en philosophie. La première en télé-lobotomie. La première en examen de conscience nationale. La première en Chutes de Murs. La première en réunifications pacifiques. La première en punks piercés. La première en coupes "mullet". La première en dénatalité et en vieillissement démographique. Si elle ne peut pas être première mondiale, l'Allemagne se contentera volontiers de la première place européenne. Si elle ne peut pas être la première en Europe, alors c'est une tragédie : la nation est en péril. Il faut y absolument remédier et [re]devenir premier au plus vite. L'Allemand est le premier de la classe ou n'est pas. J'exagère à peine et je trouve ça plutôt attendrissant dans le fond. À chacun ses petites manies après tout. En Martinique, en France et ailleurs, nous avons bien nos lubies.


Fort bien, tout cela est très intéressant, mais quel rapport avec le schmilblick, demanderez-vous ?

Eh bien, tout, en fait. Car depuis quelques années, il y a un domaine où l'Allemagne s'est laissé distancer par ses voisins européens, et cela ne pouvait plus durer. Depuis un certain temps, disons au hasard, depuis un certain 11 septembre 2001 (Gloups ! Bientôt dix ans ! Ça promet les violons et les commémorations en septembre...), une vague de populisme, de xénophobie, et plus particulièrement, de peur et de rejet de l'islam déferle sur l'Europe, des polders hollandais aux vallées suisses. Le racisme a toujours existé, dans tous les pays et toutes les cultures, évidemment. Mais la grande nouveauté de la décennie, en Europe et d'ailleurs aux États-Unis, c'est la réappropriation des plus bas instincts de la population, l'exploitation des peurs par des politiciens ambitieux et en mal d'idées pour résoudre les vrais problèmes, et la montée en puissance de partis politiques d'un nouveau genre d'extrême droite. Bon, vous êtes au courant. Des Pays-Bas à l'Italie, de la France au Danemark, de la Flandre à la Hongrie, la montée des partis de la peur, de la haine et du rejet se poursuit semble difficile à contenir.

Vestes brunes et brassards intimidants : "gardes" du parti Jobbik en Hongrie.
Non, ce n'est pas un cliché datant de 1941.

Jusqu'ici, l'Allemagne était relativement épargnée. Non pas que les Allemands soient devenus meilleurs et moins racistes que tous les autres, loin s'en faut. Mais l'extrême droite, traditionnellement néo-nazie, est toujours restée ultra-minoritaire à l'échelle nationale (dans la sphère publique s'entend, je ne suis pas allé sonder les cœurs et les âmes), ne parvenant à s'implanter que de manière très locale dans les régions les plus déshéritées de l'ancienne RDA. Les franges extrémistes, souvent violentes, se sont d'ailleurs souvent illustrées par des attaques sanglantes de triste mémoire. Le néo-nazisme n'est donc pas mort, mais il est out, ridiculisé en permanence (un traitement encore moins enviable que la "diabolisation" dont se plaignent hypocritement les dirigeants du FN par exemple), bien plus ringard que la musique traditionnelle bavaroise. Il est impossible d'être pris au sérieux dès lors que l'on exprime publiquement des sympathies pro-fascistes. Une sorte de consensus social et politique l'avait ainsi voulu : un nazi heureux est un nazi caché. Or jusqu'à récemment, il était presque impossible en Allemagne d'être un honnête homme d'extrême-droite sans être immédiatement associé au néo-nazisme et sans être mis dans le même panier que les cinglés nostalgiques du IIIème Reich, ce qui équivaut à une disqualification immédiate de tout ce qu'on a à dire. C'est tout de même fâcheux ces amalgames faciles, ne trouvez-vous pas ?


Cette situation est en train de changer. Ces derniers mois, la parole xénophobe s'est banalisée avec une rapidité qui ne saurait étonner que ceux qui oublient que l'Allemagne est la patrie de Michael Schumacher. Tout a commencé, comme il se doit au pays des poètes et des penseurs, par un livre. Thilo Sarrazin, franc-tireur revêche du parti social-démocrate, et équivalent berlinois de feu Georges Frêche (la gouaille du midi en moins, le côté sec et cassant prussien en plus), a fait des découvertes intéressantes sur les musulmans et sur les juifs et décidé de publier ses élucubrations dans Deutschland schafft sich ab ("L'Allemagne court à sa perte"). Comme vous le savez, l'on y apprend que les juifs ont un "gêne juif", et que les musulmans turcs et arabes sont incompatibles avec la société allemande, ne sont bons qu'à gérer des supérettes de quartier, sont responsables de l'abrutissement général de la population teutonne à l'intelligence supérieure, et vont bientôt supplanter la race aryenne de bonne souche germanique grâce à leur fécondité prolifique ("comme les Albanais ont conquis le Kosovo", prophétise-t-il, des trémolos dans la voix) et du fait de leur fâcheuse manie de sacrifier des enfants allemands blonds dans les mosquées pour des rites sataniques. La plupart des politiciens ont pris leurs distances avec ces propos, y compris le très respecté Bundespräsident qui s'y est brûlé les doigts, mais il s'est passé quelque chose de fondamentalement nouveau : Thilo Sarrazin n'a pas été immédiatement discrédité par les stigmates tabous du néo-nazisme, il a ouvert un débat qui semble-t-il, couvait depuis longtemps. Quelques figures de la CDU et surtout de la CSU bavaroise (parti dont la principale contribution à l'humanité est d'avoir recyclé un grand nombre de dignitaires nazis après la guerre) se sont gaiement engouffrées dans la brèche. L'occasion était trop belle pour pouvoir enfin dire tout haut ce qu'ils marmonnaient dans leur barbe depuis si longtemps, et l'Allemagne a commencé à rattraper à pas de géant le retard qu'elle avait accumulé par rapport à ses voisins européens en matière de xénophobie et de populisme. 

Des enquêtes ont montré que la majorité du public approuvait les propos du trublion Sarrazin, et que 18% des électeurs voteraient pour lui ou pour un parti qui défend ses idées, ce qui n'est pas le cas de son parti actuel, la SPD de centre-gauche, qui d'ailleurs semble avoir renoncé à l'exclure. Un parti défendant les idées de M. Sarrazin et se nourrissant des peurs du peuple sans être souillé par la boue nazie : voilà donc ce qui manquait au paysage politique allemand. Les ambitieux et les opportunistes ne se sont pas fait prier, et c'est maintenant chose faite : depuis début janvier, l'Allemagne a enfin son parti politique ouvertement islamophobe, Die Freiheit ou "La Liberté". Je parle bien sûr d'un parti qui se veut "fréquentable", et surtout pas néo-nazi. Ce parti a été créé sans grande fanfare, en semi-clandestinité, et son fondateur, René Stadtkewitz, est un bureaucrate berlinois inconnu, peu charismatique et souffrant d'un complexe d'infériorité (cocktail détonnant s'il en est), mais qui se prédit un grand avenir, dans son combat pour la "liberté d'expression", contre la "bien-pensance", le "politiquement correct", et bien sûr contre l'islam, notre ennemi à tous. Il a déjà commencé à soigner son réseau, et a fait ami-ami avec Geert Wilders, l'épouvantail hollandais à la chevelure de Marilyn Monroe, qu'il a invité à Berlin à l'automne pour une conférence controversée tenue à huis clos et devant des invités triés sur le volet.


René Stadtkewitz dans son bureau.

L'Integrationsdebatte de l'automne dernier, ce "débat" cathartique sur l' "intégration" qui a déchaîné les passions et libéré la parole trop longtemps corsetée par l'anti-nazisme primaire, s'est beaucoup calmé, et pour l'instant l'opinion ne semble pas prête à en remettre une couche. Certes, cette salutaire mise à l'index des millions de musulmans d'Allemagne a laissé des traces : depuis quelques mois, les mosquées de Berlin (les mêmes où l'on utilise du sang d'enfants allemands) sont la cible d'attaques incendiaires répétées et à motifs clairement xénophobes. La presse fait son boulot et relate ces faits, mais personne n'y prête guère attention. Pensez-vous, il y a des choses bien plus importantes dans l'actualité, comme par exemple Heidi, un opossum fraîchement acquis par le zoo de Leipzig, la nouvelle coqueluche des médias, trop mimi avec son strabisme, mais regardez comme elle est craquante, ooooohhh.

L'incendie du racisme est donc éteint, mais les braises sont encore chaudes, et n'attendent qu'un tout petit souffle pour que le feu reparte de plus belle. L'avenir nous dira comment évoluera le parti Die Freiheit, mais souhaitons-lui bonne chance pour réussir à insuffler l'air mauvais de haine et de peur qui jusqu'ici manquait cruellement au débat politique allemand.

Avis aux nations européennes : l'Allemagne vient de se qualifier pour la Coupe du monde du populisme. Elle est pour l'instant un outsider dans cette compétition qu'elle a rejointe avec une bonne décennie de retard. Mais n'oubliez pas deux choses : tout d'abord, elle aime être première en tout, et parvient souvent à le devenir quand elle s'en donne vraiment la peine. Et surtout, elle jouit d'une incontestable légitimité historique en la matière (oh le vilain cliché !).
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