La deuxième affiche est l’œuvre des publicitaires de la marque de gel douche Axe, également notoire en France pour ses campagnes de pub où l'idée-force se résume ainsi : “Savonnez-vous au gel Axe et instantanément toutes les nymphos du quartier tomberont en pâmoison devant vos pores virilement purifiés”. En Allemagne, le message est du même acabit, mais avec des pubs encore plus nulles, et le dernier éclair surgi tout droit des cerveaux de ces talentueux publicitaires est une affiche qui nous dit “Plus t'es
propre, plus ça vire au gros
sale”. Haha. Pour les plus longs à la détente d'entre nous, la photo de la bimbo au regard lubrique et dont le maillot de bain vient juste d'exploser sous la pression de ses seins, lève les derniers doutes, histoire qu'on ne comprenne pas tout de travers et qu'on ne se mette pas en tête qu'ils voulaient nous dire que les gels douche Axe nous salissent à mesure qu'on les utilise ou quelque conclusion tout à fait plausible mais à côté de la plaque de ce genre. Les chefs de produit ont bien eu raison de tuer dans l'œuf toute ambiguïté possible, car il faut que l'argument soit clair comme l'eau du bain pour être plus percutant.
Bref, des blondes dénudées, de l'érotisme
cheap, et des messages publicitaires nuls et sans originalité. Rien que du normal pour le consommateur blasé de toutes ces niaiseries. Où veux-je donc en venir, vous demandez-vous, n'est-ce pas ? M'enfin, la réponse crève les yeux ! Vous ne voyez pas ? Alors, on reprend : du savon et une douche, une chambre d'hôtel, des draps propres et des fantasmes inavouables, le tout souligné par un message d'une extraordinaire platitude... Mais oui,
DSK, encore lui ! Toute la clé de l'énigme de la suite 2806 est révélée, sous nos yeux qui refusent d'admettre l'évidence, par deux pubs allemandes qui n'ont en apparence rien à voir l'une avec l'autre, et que l'on avait jugées un peu vite comme indignes de notre intérêt... De toute évidence, il y a un message caché, et de là à penser que ces affiches ont été diffusées à dessein par une société secrète judéo-maçonnique dont le but est de prouver au monde entier l'innocence de Dominique Strauss-Kahn, il n'y a qu'un pas que je franchis
hic et nunc. Le postulat est le suivant : l'ancien chef du FMI a tout simplement été victime de son gel douche et du cadre fantasmogène qu'est la chambre d'hôtel. La vérité s'impose d'elle-même, selon un scénario limpide : la femme de chambre entre dans la suite, passe un coup de plumeau par ci, un coup d'éponge par là et, geste fatal, change les parures de lit, qu'elle remplace par des draps
propres. À ce moment précis, ironie cruelle du destin, DSK sort de la salle de bains, une serviette autour de la taille. La soubrette sursaute, surprise par cette apparition inattendue certes, mais surtout, par ces mâles effluves qui lui parviennent instantanément : en effet, DSK s'était savonné au gel douche Axe “
Nicky Larson” (aux principes actifs d'écorce de gingembre, sève de bois-bandé, corne de rhinocéros et phéromones d'hyène en rut). L'espace d'un instant, l'homme qui sort de la douche n'est pas un sexagénaire ridé avec une serviette, mais un Apollon à la feuille de vigne, un éphèbe olympien en tunique de Nessos. Une lueur de désir illumine le regard de l'employée pendant une courte seconde. Cette lueur n'échappe pas à DSK, qui aperçoit au même moment la blancheur immaculée des draps et les plis parfaitement rectilignes laissés par la blanchisserie ; le parfum entêtant d'amidon et d'assouplissant Soupline à la lavande provençale embaume la pièce : immédiatement, comme les respectables citadins grassois dans
Le Parfum de Süskind, M. Strauss-Kahn devient l'esclave d'un fantasme très
sale qu'il ne peut maîtriser une seconde de plus, empoigne la malheureuse qui, elle, avait déjà repris ses esprits, mais trop tard. Le vieux satyre lui fait subir les derniers outrages, et vous connaissez la suite.
Voilà, en quelques jours à peine, grâce à un peu d'observation et de déduction, j'ai résolu l'enquête DSK ! J'hésite tout de même à envoyer un fax au FBI, car je ne suis pas sûr d'avoir envie que les avocats de Strauss-Kahn viennent fouiller dans ma vie et l'étaler au public si jamais mes conclusions n'ont pas l'heur de leur plaire. Je préfère rester un blogueur pépère dans l'ombre.
Sinon, pour finir avec cette campagne publicitaire Axe vraiment très originale, voici quelques exemples qui illustrent la réaction, dans l'ensemble plutôt favorable, du public berlinois.
Ici sur la Skalitzer Straße, à Kreuzberg. Des autocollants judicieusement placés, et un message ajouté au feutre bleu sous le slogan publicitaire (c'est difficile à voir) :
Gegen sexistische Kackscheiße, soit, “À bas la merde sexiste”. Pfff, quelle bande de rabat-joie ! Peut-être le public est-il plus réceptif à Friedrichshain ?
Sur cette affiche de la Petersburger Straße, à Friedrichshain, un abruti (ou plus probablement un gang de féministes castratrices déchaînées) a collé un autocollant disant, une fois de plus,
Sexistische Kackscheisse. Tsss, vraiment ils ne comprennent rien à rien ces gens.
La palme revient à cette troisième affiche, sous un abri-bus à l'angle des Warschauer et Mühlenstraße. Les abrutis en question se sont donné encore plus de mal pour exprimer leur désaccord puéril. La pouffe de l'affiche se voit désormais armée d'une hache, et elle dit maintenant :
Je sexistischer du bist, desto schmerzhafter wird's, soit en langage chrétien, “Plus tu es sexiste, plus ça fera mal”. Sur le flacon, le nom Axe est transformé en
Axt, qui veut dire tout bêtement “Hache”. Un mystérieux gribouillis semble faire office de signature des auteurs de cette customisation. Eh bien, force est de constater qu'Axe a vraiment remporté la bataille de l'opinion à Berlin... Bien joué les publicitaires !
(*) Vous me croirez si je vous dis que je l'ai faite involontairement celle-là ? Je m'en suis seulement rendu compte à la quatrième relecture. Je suis presque mûr pour bosser dans la pub en Allemagne on dirait !