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dimanche 22 septembre 2013

Électorallemand vôtre : mes affiches « préférées » de la campagne 2013

Une affiche des Republikaner, parti
d'extrême droite xénophobe, le 12 septembre
Misère ! La campagne électorale est déjà pliée, et Angela la magicienne vient tout juste d’être triomphalement réélue. Bravo Angie ! C’est pas qu’on ne s’y attendait pas, mais tout de même, il n’était pas interdit d’envisager une surprise... Une conséquence importante de cette réélection, que je ne peux pas passer sous silence : le Burgeramt Frühstücksklub, mon restau de burgers préférés à Friedrichshain, ne sera pas obligé de changer la porte de ses toilettes. Et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle.

En revanche, la mauvaise nouvelle, c’est que la foire aux affiches douteuses dans les rues de Berlin touche à sa fin. Et ça, c’est bien dommage. On s’y était à habitué, voire attaché, à ces rectangles de carton coloré qui ont décoré les lampadaires pendant ces quatre ou cinq dernières semaines. Quelques unes me manqueront, c’est sûr. Alors, avant de tourner une fois pour toute la page de ces élections, revoyons une dernière fois ensemble les affiches les plus «réussies» de cette campagne électorale dans les rues de Berlin.

dimanche 15 septembre 2013

Harry Potter et le portrait de la Bundeskanzlerin

Dans le monde enchanté des apprentis sorciers de Hogwarts (je n’arrive pas à me faire à «Poudlard»), des quidams perchés avec décontraction sur des balais volants fendent gaiement les airs, et les portraits magiques, en photo ou peints à l’huile, font un brin de causette à quiconque les observe d’assez près. Évidemment, grommeleront les moins fantaisistes d’entre nous, tout ceci est bien joli, mais ce n’est que de la fiction, et d’ailleurs cela le restera. Pas si sûr ! J. K. Rowling en a rêvé, et la CDU l’a fait. Certes, les balais supersoniques Made in Dschörmany ne sont pas encore prêts à quitter les lignes d’assemblage des usines Porsche, mais en revanche, les photos parlantes, c’est désormais une réalité de cette campagne électorale 2013 en Allemagne ! 

Et vous aussi, chers Lecteurs, vous pouvez désormais entendre la douce voix maternelle de la Chancelière vous susurrant à l’oreille son projet de prospérité économique et d’avenir radieux pour les ti n’enfants de la Teutonie de demain. Comment vous y prendre pour assister de visu à ce prodige surnaturel ? Pour ce faire, vous aurez besoin d’une affiche, d’un smartphone, et d’une carapace mentale blindée et/ou d’œillères pour ignorer les regards intrigués ou moqueurs des passants. C’est parti.

vendredi 30 août 2013

Élections au Bundestag : la guerre des “Plakate”

Plusil que trois semaines avant les élections législatives en Allemagne. Le suspense est à son comble. Qui l’emportera: Angie ou bien Frau Merkel? Ou alors peut-être tout simplement Angela Merkel? La CDU recueillera-t-elle 41 ou 42% des suffrages? Une petite pointe à 43% est-elle possible? À l’issue du scrutin, aura-t-on une grande coalition avec la SPD, ou alors une Große Koalition? Tous les paris sont ouverts. Les scénarios les plus fous sont envisageables. Les bookmakers sont extatiques. Youpi.

Comme c’est vendredi et qu’il fait beau, je vous fais, amis lecteurs, un petit billet un peu paresseux avec peu de mots et un maximum de photos sur la guerre des Wahlplakate qui fait rage dans les rues de Berlin, ou l’art de parodier les affiches électorales qui prolifèrent sur la voie publique. Il y a plusieurs angles d’approche.

mercredi 3 juillet 2013

Un mois à Berlin : mai 2013

Le nombre riquiqui de commentaires à mon grand article signalant le come-back en fanfare des Chroniques Berliniquaises tend à prouver qu’il est plus facile de maintenir en vie un héros africain nonagénaire à l’article de la mort que de redonner vie à un blog fait de zéros et de uns après seulement 6 mois d’agonie... Mais qu’à cela ne tienne, je ne compte pas me laisser abattre pour si peu. Vos chroniques préférées reprendront d’ici peu la place qui leur revient de droit dans la blogosphère mondiale. N’est-ce pas ? Hein, n’est-ce pas ? Vous allez revenir, hein, dites, chères Vahinés ? Allez quoi siouplééééé. Bref, voici donc, après quelques mois d’absence, le retour de nos rétrospectives « Un mois à Berlin ». Je vous prépare mai et juin 2013 d’un coup, et laisse tomber tout l’automne et l’hiver... tant pis pour cette fois, mais ce n’est que partie remise ! J’espère que les puristes de la photographie parmi vous me pardonneront l’irruption de photos instagrammées dans la rubrique. Toutes vos protestations et vos fatwas contre ces applis pour hipsters sans talent sont les bienvenues.

1er mai - Le festival MyFest est de retour à Kreuzberg, avec la même mission que chaque année : bannir la violence des rues de ce quartier lassé de cette curieuse «tradition» d’émeutes de groupes extrémistes de gauche, qui ont gâché la fête du 1er mai pendant plus de vingt ans. Dans les rues, les mamas turques coiffés de fichus en satin côtoient la jeunesse berlinoise avide de beats et les étudiants Erasmousse en quête de frisson teuton, l’électro en plein air joue des coudes avec le reggae... On a beau dire que le Multikulti est mort, il suffit de passer quelques heures dans les rues voisines de Kottbusser Tor un premier mai pour se convaincre du contraire.

lundi 2 avril 2012

“Marocophobie” et vaine rimaillerie

Et pendant ce temps, dans la région d’Innsbruck, une capitale régionale autrichienne habituellement paisible, où seul le doux tintement des clochettes des vaches laitières et accessoirement le bruit de bottes battant le pavé trouble le sommeil des habitants, la campagne électorale en vue du prochain scrutin municipal fait rage, et les candidats ne font pas dans la dentelle :

August Penz : "Mon projet pour Innsbruck :
L'amour de la Patrie plutôt que les voleurs marocains"

Voici donc un petit slogan sympathique et décapant, tout en rimes, proposé par le candidat populiste de la FPÖ, un parti dirigé pendant près de trois décennies par un certain Jörg Haider avant que ce dernier n’en claque la porte pour fonder, en 2005, un mouvement concurrent, le BZÖ.

jeudi 8 mars 2012

Sales porcs phallocrates !

L’autre jour, alors que je prenais connaissance des dernières conneries infos vachement importantes publiées sur la page de discussion d’un forum de Français à Berlin dont je suis membre, voilà-t-il pas que je tombe sur un ce lien posté par un autre membre, claironnant sous les vivats de la foule en délire, le scoop suivant : «Allemagne : Une pasteure en couple avec une secrétaire d’État annonce sa grossesse [Munich And Co, Bild]». Comme si cela ne suffisait pas, une courte dépêche enfonce le clou, au cas où, comme moi, vous auriez naïvement cru à une faute de frappe multiple dans le titre :
“Eli Wolf, 46 ans, pasteure protestante à Francfort, et Marlis Bredehorst, 55 ans, secrétaire d'Etat à la Santé du Land de Rhénanie du Nord-Palatinat, du parti écologiste allemand (die Grüne), en couple depuis 1997, attendent un enfant, ont-elles annoncé à Bild. Et, expliquent-elles, cette annonce a été saluée par des félicitations jusqu'au sein de leur église. Sur Munich and Co [fr] et Bild [de].
À la vue de cette horreur contre-nature, mon sang n’a fait qu’un tour. Oui, chers gens, vous ne le saviez peut-être pas, mais j’ai, et j’assume, mon côté conservateur-tradi-old school. Je le cultive comme mon petit jardin secret, mon dark side rien qu’à moi. C’est comme ça, on ne se refait pas. Et j’ose même espérer que certains d’entre vous feront preuve d’un minimum de bon sens et partageront sans réserve mon avis : que deux femmes autour de la cinquantaine décident d’avoir un bébé ensemble, soit, parfait, très bien, rien à redire, il faut vivre avec son temps, et touça touça, mais alors oser écrire «une pasteure» !!! Aaaaarrrrrggghhhh ! Naaaaoooonnnn ! Pitié ! Assurément, implorai-je le Ciel avec la ferveur qui sied à l’intégriste aux abois, il existe un enfer pour châtier dans d’éternels tourments les coupables de péchés aussi ignobles contre la langue de Molière !

dimanche 4 décembre 2011

Récidive aggravée

Il y a quelques mois, alors que le cataclysme médiatique désigné par le pudique euphémisme d’«affaire DSK» venait tout juste de commencer, à l’époque où nous autres humbles mortels ordinaires apprîmes, abasourdis et écœurés, que le demi-dieu dont nous voulions faire notre prochain président avait un irrépressible penchant pour le troussage de soubrettes (ces petites garces insatiables) et d’autres faiblesses plus ou moins inavouables, j’avais trouvé un parallèle frappant avec ladite affaire et une campagne de pub pour les gels douche Axe, qui n’avait pas vraiment fait mouche auprès du public berlinois à qui elle s’adressait, malgré son approche innovante et décoiffante de la communication publicitaire : en effet, personne jusqu’ici ou presque n’avait songé à placarder des images photoshoppées de jeunes femmes presque nues par monts et par v[e]aux dans toute la ville pour vendre un quelconque produit. Un tel avant-gardisme avait été reçu plutôt négativement par la populace petite-bourgeoise et éminemment conservatrice.

Eh bien, à peine six mois plus tard, alors que l’Allemagne célèbre l’Avent et se prépare avec ferveur à l’arrivée de Noël, voici que les délinquants récidivent. Hier soir, sur la Petersburger Straße à Friedrichshain, j’ai vu ceci :

Axe Excite a le plaisir de vous annoncer la sortie mondiale de son "calendrier de l'Avent" porno chic (ou pas)

Axe repasse à l’offensive, avec en organisant dans les rues de la capitale un lâcher de blondasses lubriques qui se massent lascivement le périnée à l’aide de paquets cadeaux au contenu mystérieux, qui ne peut être qu’un sex-toy, aucun doute n’est possible là-dessus. Ledit sex-tox est montré dans son emballage cadeau, histoire que nous ne perdions pas de vue que c’est une campagne de pub de Noël, cette grande fête de l’érotisme et de la vulgarité pendant laquelle il est habituel d’offrir à ses amis des flacons de déodorant ou de gel douche.

Pour l’instant, le public berlinois ne semble pas encore avoir manifesté sa désapprobation avec la même force qu’au printemps dernier. S’il devait le faire, je vous «garderai posté» sans faillir, comme disent les Anglo-américains.

Je trouve ça fou que certains publicitaires se contentent de nous bombarder, campagne après campagne, de mêmes images de femmes lascives en petite tenue pour faire passer un «message» auquel personne ne croit. Pourtant, il est possible de vendre des déodorants Axe sans se complaire en permanence la médiocrité sexiste et dénuée de toute créativité. Il y a deux ans, à l’aéroport de Copenhague, j’ai photographié une affiche publicitaire pour un déodorant Axe, parce que j’avais trouvé l’affiche drôle et le message plutôt subtilement suggéré, même si la photo n’est pas d’une qualité esthétique à couper le souffle :



Malgré les reflets, on aperçoit un grand dadais blond (appelons-le Lars), le visage peint aux couleurs danoises. Hébété, les yeux écarquillés et inexpressifs, Lars semble encore secoué par l’aventure qui vient de lui arriver : de toute évidence, une Suédoise enragée l’a fougueusement embrassé et a irrémédiablement gâché son beau maquillage de supporter. Nous ne pouvons que compatir avec cette nouvelle victime du fameux «Axe Effect». Les publicitaires danois ont choisi l’humour plutôt que la vulgarité, la subtilité plutôt que la surenchère de peau dénudée. 

Un jour, peut-être, les pubs allemandes se rapprocheront de ce niveau. En attendant, il va falloir que j’apprenne à éviter du regard les panneaux publicitaires, cela vaudrait mieux.

vendredi 14 octobre 2011

Péril rouge : Quand l’extrême-gauche déraille

Pour ce billet, contrairement à mon expérience habituelle au bout de 139 articles, j’ai hésité entre une flopée de titres possibles, qui me paraissaient tous aussi bons les uns que les autres : «Berlin c’est littéralement de la bombe» (haha), «Berlin brûle-t-il ? Acte II» (pour mémoire, l’acte I, cest par ici), «La Terreur rouge», «Coup d’Hekla des énervés de gauche», «Berlin, ses bars, ses cocktails Molotov», «Lextrême-gauche a le feu sacré», etc, etc. Bref, il n’y avait que l’embarras du choix. Mais en fin de compte, j’ai choisi la sobriété, ne me sentant ni particulièrement «terrorisé», pour l’instant du moins, ni d’humeur à aller défier L’Équipe sur son terrain favori qu’est celui des jeux de mots pourris.

Engels, Marx et Lénine, «Conseillers de crise» de la
Deutsche Kommunistische Partei (en 2011).
Ciel ! Les Bolcheviks ont débarqué ! 
Le Péril rouge, ce n’est peut-être pas une formule très originale, mais cette expression un peu vieillotte pose d’emblée le sujet sans aucune ambiguïté, et a le mérite d’être également en phase avec l’actualité française, puisqu’elle fait écho aux dernières déclarations alarmistes de notre impayable Jean-François, qui devait être franchement à Copé de ses pompes, à agiter ainsi la peur des «Bolcheviks», ces épouvantails d’il y a 94 ans qui ont dû traumatiser son enfance, à force d’entendre les radotages de grand-papa qui pestait sans cesse, de sa voix éraillée, contre ces affreux satanistes bolcheviques lors des déjeuners dominicaux en famille, toussant dans son verre de vermouth. Non mais vraiment, hein. J’en dis que ses Meaux ont dépassé ses pensées... ou alors il était UMPeu soûl ? Mais passons.

S’il est un pays qui a un vrai problème d’extrême-gauche, ce serait plutôt l’Allemagne, qui a subi cette semaine une énième recrudescence d’actes de vandalisme et d’attaques incendiaires revendiquées par des groupuscules extrémistes, une spécialité de la maison. Étrangement, la nouvelle est passée quasiment inaperçue dans les médias français, donc pour ceux et celles d’entre vous qui ne seraient pas au courant, je résume en quelques mots : lundi, une explosion a endommagé l’infrastructure de la ligne à grande vitesse Berlin-Hambourg et provoqué des retards considérables. Une formation jusqu’ici inconnue, se faisant appeler «Hekla», comme un volcan islandais du même nom (un choix des plus judicieux, quand on se souvient de l’incroyable boxon causé par l’Eyjafjallajökull l’an dernier) a alors immédiatement revendiqué l’attaque et exigé dans la foulée le retrait des troupes allemandes d’Afghanistan, la libération du soldat américain Bradley Manning, ce jeune héros de Wikileaks embastillé par l’armée américaine, la fin des guerres, la semaine des quatre jeudis, cent balles et un Mars. Depuis cet Hekla de colère, ce ne sont pas moins de 17 engins explosifs qui ont été retrouvés par la police cette semaine, à la gare centrale de Berlin ou à proximité immédiate des rails des lignes de S-Bahn un peu partout dans la ville, avant ou après détonation, semant ainsi la confusion sur les lignes ferroviaires berlinoises qui commençaient à peine à se remettre de deux ans de chaos et d’incidents en chaîne, et à regagner la confiance des usagers.

Il n’y a pas lieu de céder à la panique : la bande à Baader n’est pas de retour parmi nous, mais je trouve nos sympathiques Genossen, d’habitude doux comme des agneaux, particulièrement virulents cette année. Il y a eu l’épidémie de voitures incendiées à Berlin-Ouest en août, des attaques jamais revendiquées mais «peut-être proches des mouvements de gauche» selon la police. Il y a eu le sabotage incendiaire, et clairement revendiqué, à la gare d’Ostkreuz (une gare importante à Friedrichshain) en mai, qui a mis le S-Bahn KO pendant deux jours et privé des milliers d’habitants du quartier, y compris votre dévoué chroniqueur, de téléphone et d’internet durant cette même période, des câbles optiques ayant également été endommagés... Il y a eu les menaces proférées en début d’année, pour protester contre la hausse des loyers ou «venger» les expulsé de la communauté «Liebig 14», dont on attend encore la mise à exécution. Et la liste continue...
La contribution communiste aux
50 ans du mur a fait des vagues

Si encore ces actions déplorables n’étaient que le fait d’une poignée d’illuminés mal lavés ou de groupuscules isolés, ce ne serait pas si grave. Mais ce n’est malheureusement pas le cas : l’idéologie délétère de cette extrême-gauche «décomplexée» contamine lentement mais sûrement certains médias et partis politiques, à la faveur des multiples rebondissements de la crise financière mondiale, et du temps qui passe, efface lentement la mémoire des crimes de la Stasi et les douleurs de l’oppression, et remet l’Ostalgie de plus en plus au goût du jour. Le 13 août dernier, à l’occasion de la commémoration de l’édification du Mur de Berlin, le journal marxiste et fier de l’être Junge Welt avait publié une édition spéciale où il «remerciait» en couverture les politiciens de la RDA pour «28 ans de paix en Europe, 28 ans sans soupes populaires ni SDF, 28 ans sans hedge-funds, 28 ans d’éducation pour tous et de Freikörperkultur», qui ont donc été rendus possibles par... autant d’années de division physique de la capitale allemande par cette «barrière de protection anti-fasciste», et par l’assassinat de 136 fugitifs, dont beaucoup d’enfants. Ah bah c’est sûr que laisser mourir des enfants dans la Spree en restant les bras croisés, cela en vaut bien la peine s’il est question de défendre le sacro-saint FKK, car enfin, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, c’est bien connu... Qui a dit que le révisionisme était forcément une tare qui affectait les sympathisants de l’extrême droite ? L’indignation a atteint des sommets à l’échelle nationale. Mais deux mois après, qu’en est-il ? Fichtre rien. Junge Welt continue de paraître quotidiennement à vingt mille exemplaires, et le monde ne s’est pas arrêté de tourner.

Camarade Latschoum, la Rouge
à la veste en skai
Le jour de la commémoration, le parti politique Die Linke (j’en parlais de manière un peu moins critique l’an dernier), qui a passé les 10 dernières années à prendre part à la coalition «rouge-rouge» qui gouvernait l’État de Berlin, s’est lui aussi retrouvé au centre d’une polémique hallucinante, certains de ses membres qui participaient à une convention publique ce 13 août ayant refusé de prendre part à une minute de silence à la mémoire des victimes de cette répression criminelle et aveugle. Même pas à la mémoire des enfants. La controverse a duré des semaines avant de retomber, mais à ma connaissance, les petits Robespierre Ossis, droits dans leurs bottes et experts en pas de l’oie, n’ont toujours pas été exclus de ce parti, qui a ainsi démontré son manque d’attachement à la démocratie allemande et à des principes qui ne devraient pas être négociables une seule seconde. Gesine Lötzsch, présidente du Parti et seule figure politique allemande qui peut articuler son nom en plein milieu d’un éternuement (un privilège que beaucoup lui envient), a tenté maladroitement de minimiser l’incident en récitant le point de doctrine de Die Linke, le parti héritier de la SED est-allemande, sur cette question gênante : «Le Mur était une conséquence, certes tragique, mais inévitable, de la guerre froide, donc de la 2ème Guerre mondiale». Et le reste n’est qu’inutiles palabres de réactionnaires et de calomnies des suppôts du capitalisme. Comme les masques tombent. Il suffit juste de gratter un peu et le mince vernis de respectabilité démocratique de Die Linke s’effrite encore plus vite que les façades des Stalinbauten de la Karl-Marx-Allee. Et comme de juste, quelques semaines plus tard, un mémorial du Mur de Berlin était vandalisé par des inconnus à Pankow. Mais puisque l’exemple vient d’en haut, d’un parti qui participe au gouvernement de plusieurs régions allemandes et d’un quotidien bien établi, alors il n’y a rien d’étonnant à ce que des jeunes désœuvrés prennent le taureau par les cornes et s’attaquent aux monuments à la mémoire des victimes et aux symboles de la réunification.

Sur une note plus humoristique, pendant la toute dernière campagne électorale, j’ai repéré des affiches de Die Linke qui, telles qu’elles étaient situées, laissaient suggérer que le Parti a vraiment du mal à se détacher du passé de certains de ses membres à la tête de la RDA. Pur hasard ou message subliminal laissé par les colleurs d’affiches ? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais la sagesse martiniquaise a une réponse toute faite à ce genre de question : Ich tig pa ka fèt san zong. (Traduction fournie sur demande).

Pour aller tout droit dans «Le Mur», suivez Die Linke (Hallesches Ufer, août 2011)

Pour renouer avec la Stasi, faites un grand virage à Gauche (Hedemannstraße, août 2011)
Quant à nos énervés de l’Hekla, pour revenir à eux, ils ont rejeté en bloc les accusations de terrorisme en se fendant d’un communiqué où ils disent en substance ceci : «Méééé-euh ! C’est même pas vrai qu’on est des terrorisses puisqu’on s’attaque pas aux gens. Nous on est des gentils pacifisses non-violents, alors arrêtez de nous embêtéééé-euh». Un argumentaire aussi convainquant que les sophismes de Frau Lötchoum plus haut. En attendant, on dirait qu’ils n’ont pas laissé traîner de cocktails Molotov sur les voies ferrées ce vendredi. Pourtant, aucune de leurs revendications n’a été satisfaite : l’armée allemande continue de pourfendre des Infidèles en Afghanistan, le soldat Manning croupit toujours dans les geôles américaines, et un vendredi a succédé à un jeudi. C’est vraiment bête ça : pendant un moment, on avait vraiment cru qu’ils avaient une bonne chance de faire plier la Défense américaine, comme ça, à eux tout seuls, en persécutant des banlieusards berlinois avec des bidons d’essence. Mais peut-être une âme charitable leur a-t-elle payé la rançon de cent balles et un mars, et cela a dû leur suffire, au moins pour cette fois. En attendant, je suis bien content de me déplacer principalement à vélo, même dans le froid qui s’installe déjà : mon Holland-Rad est peut-être plus facile à voler qu’une Audi ou qu’une rame de S-Bahn, mais il reste le seul moyen de locomotion qui ne fasse pas encore les frais du juste courroux des gentils terroristes pacifistes non violents d’extrême gauche.

vendredi 2 septembre 2011

Une bonne dose de haine dans ce monde de bisounours !

Chic ! Youpi ! Hourra ! La saison des élections a enfin commencé à Berlin ! Le 18 septembre, la ville-État élira son maire, qui porte le titre officiel éminemment belgophile de «Bourgmestre-gouverneur» du Land fédéré. Sans métendre sur les détails rébarbatifs, et Dieu sait quil y en a, Allemagne oblige, j’en viens à l’essentiel : quel bonheur, ces milliers daffiches toutes pourrites qui ont fleuri par monts et par vaux ces dernières semaines, le long des rues, des trottoirs et des canaux, sur tous les réverbères et autres supports verticaux idoines que compte la cité prussienne. Aïe, mes yeux! Ouille, mes aïeux! Fidèles à eux-mêmes, les Teutons nont pas fait dans la dentelle cette année. Certes, on peut s’émouvoir de l’absence des postérieurs à tatouages rebelles ou des décolletés obscènes de quinquagénaires ménopausées qui avaient tant fait jaser lors des législatives de 2009 et agréablement pimenté des débats sinon plutôt raplaplas, quoiqu’aux dépens de la crédibilité de la gent féminine en politique. Cependant, il faut bien que les communicants se renouvellent de temps en temps, sinon gare. Et après tout, bien que les affiches millésime 2011 semblent s’être assagies et évoquent moins une campagne publicitaire de Hot Vidéo Spécial Femmes Mûres qu’à l’accoutumée, ne vous mettez pas martel en tête: il y a tout de même du gros niveau cette année.

"Nous sommes le Peuple!" s'époumonne bruyamment la
Nationaldemokratische Partei Deutschlands
Pour ce tout premier billet consacré aux élections (et selon toute vraisemblance, le tout dernier aussi), je voudrais vous guider à travers mes affiches favorites dans la campagne actuelle : celles des partis de l’extrême-droite, populiste, natio-naliste, humoristique et xénophobe. Avec les partis extrémistes, nous sommes en permanence invités à prendre part à un voyage vers un monde de peur et de dangers imaginaires, et ça tombe bien : j’aime bien les voyages, même quand ça fait un peu peur.

À quoi reconnaît-on les affiches des partis du rejet de l’Autre en Allemagne ? Par leur exaltation de l’idéal aryen ? Par leur glorification de la Volksgemeinschaft spoliée de son Lebensraum ? Par leur surenchère de croix gammées ? Par leur rhétorique viscéralement antisémite ? Vous n’y êtes pas du tout. Tout ceci est interdit et passible de poursuites. Verboten und Grundgesetzwidrig (anticonstitutionnel). Les groupuscules qui tombent dans ce piège facile sont promptement dissous et interdits d’activité, leurs membres mis à l’index et couverts d’opprobre, parfois condamnés à de lourdes amendes. De nombreux partis et associations en ont fait les frais ces dernières décennies, et de nombreux forums internet continuent de se faire pincer: c’est donc une pente très glissante que peu se risquent à aborder ouvertement. Elle semble absente des campagnes de communication dans les rues de Berlin.

Au-dessus de la Friedrichstrasse comme ailleurs,
les affiches de la NPD atteignent la stratosphère 
En fait, il y a un moyen très simple de repérer et d’identifier les affiches d’extrême-droite : il suffit de lever les yeux et le bras droit vers le ciel. Les affiches les plus haut perchées sur les lampadaires sont presque toujours celles des partis nationalistes. La raison à cette préférence pour les hauteurs, à plusieurs coudées au-dessus des miasmes de la populace impure et contaminée par les agents étrangers, est, à mon humble avis, que ces affiches sont régulièrement vandalisées ou carrément décrochées de leur piédestal par les anti-fascistes. Comme elles sont accrochées haut, cela complique d’autant la tâche aux empêcheurs de haïr en rond. Une autre interprétation plausible est que plus les idées d’un parti volent bas, plus ses affiches sont suspendues haut dans le firmament, comme pour compenser et créer une illusion de supériorité à peu de frais. Une fois que vous avez pris le bon pli de regarder en permanence ce qui se passe à cinq mètres au-dessus du sol, et que vous maîtrisez l’art d’arpenter le pavé le nez en l’air tout en évitant les crottes sur le trottoir (précaution facultative mais vivement recommandée), vous êtes fin prêts pour débuter l’exploration méthodique.

Tout à droite de l’échiquier politique, trois partis nationalistes se tirent la bourre et flattent les plus bas instincts des électeurs de la capitale, au nombre desquels votre dévoué chroniqueur n’est pas peu fier de se compter. Dernier venu dans le paysage, le parti Die Freiheit («La Liberté») a été fondé fin 2010 par un politicaillon est-berlinois en mal de reconnaissance, s’inspirant des percées électorales des populistes européens et du succès commercial de l’opus xénophobe de Thilo Sarrazin paru à la même époque, comme je vous le disais déjà récemment. Le nom même du parti reflète cette émulation, puisqu’il évoque sans faux-semblants le Partij voor Vrijheid de l’épouvantail peroxydé Geert Wilders, son modèle néerlandais. Pour sa toute première échéance électorale, d’aucuns espéraient une campagne choc, une surenchère de provocations et de slogans haineux et dérangeants afin d’exister dans cet environnement bien encombré. Hélas, entre les discours timorés du parti et le visuel très pauvre des affiches, qui nous assomment plus d’ennui que de peur, l’électeur xénophobe qui sommeille en chacun de nous reste sur sa faim. Je prédis à Herr Stadtkewitz une défaite cuisante le 18 septembre. Ça lui apprendra à manquer d’audace et à être si peu photogénique. Bouh le gros naze même pas beau.

"Notre culture dominante - L'intégration est une dette importée"
OK, on en prend bonne note. Mais encore?
"Un métro sûr - Pour vous permettre de bien rentrer chez vous."
Mazette, ça décoiffe !

Un peu plus ancienne dans le milieu, et déjà nettement plus aguerrie aux méthodes de provocation et aux discours de haine et de rejet sans ambages, la Bürgerbewegung pro Deutschland («Mouvement des Burgers pros en Allemagne»), fondée à Cologne en 2005, est désormais reconnaissable entre tous par son logo représentant une mosquée barrée depuis l’époque où elle n’était qu’un petit parti régional qui s’appelait Pro Köln. Enfin, comme vous verrez plus bas, on n’est plus très sûr qu’il s’agisse vraiment d’une mosquée... Étant donné que les thèmes abordés sont absolument classiques et sans aucune originalité («non aux immigrés, non à la délinquance, et d’ailleurs il y a une corrélation indiscutable entre les deux, n’est-ce pas»), ce qui compte c’est de mettre le paquet sur la forme pour rendre audible un message sans cesse rebattu et plus vraiment nouveau.

Sur la prestigieuse avenue Unter den Linden, le mouvement des Burgers nous appelle
à aller "voter pour les thèses de Thilo". Thilo? Mais qui est ce Thilo? 
Les Burgers ont la trouille: "Capitale de la peur? Pas avec nous!"
Oui, j'ai peur qu'on me vole mon vélo. Faisez quequ'chose messieurs les Burgers !
À part ça, des idées contre le chômage? Non? Quelle surprise!
Thilo Sarrazin a beau ne pas porter les musulmans dans son coeur, il a protesté énergiquement lorsque le parti d'extrême droite a eu l'outrecuidance de rendre hommage à son best-seller xénophobe. Sacré Thilo! Pourtant, rien ne disait qu'il s'agissait de lui! Néanmoins, le Mouvement des Burgers Apeurés n'a pas eu d'autre choix que de modifier à l'arrache ses affiches. "Votez pour des thèses censurées", c'est intéressant... Mein Kampf aussi est "censuré" en Allemagne.
Alors, mosquée ou pas mosquée? J'ai l'impression funeste que le Mouvement des
Burgers veut démolir  l'Oberbaumbrücke! Au secours!
Pour finir, mon affiche préférée du Mouvement des Burgers, sur la Landsberger Allee.
"Nos femmes sont libres!" Messieurs les Burgers, "nos" femmes vous remercient!
Et sinon, des propositions pour l'éducation? Toujours pas? Quel dommage...

Vainqueur incontesté de cette guerre des mots et des images sur les rives de la Spree, la Nationaldemokratische Partei Deutschlands, doyenne de l’extrême-droite allemande et grande recycleuse de nazis (les vrais hein, pas les «néos») dès sa création en RFA en 1964, n’est pas étrangère aux stratégies de provocation si outrancières qu’elles suscitent immédiatement le malaise et lui attirent des déluges de critiques qu’elle exploite sans vergogne. Lorsque l’exaspération atteint son paroxysme, il se trouve toujours un groupe de parlementaires qui proposent de faire interdire la NPD, bien que toutes les tentatives antérieures se soient systématiquement soldées par autant d’échecs. Ces fiascos ne font, malheureusement, que renforcer le parti, conforté dans son image de paria muselé par l’establishment. Cela ne vous rappelle rien? Délibérément choquants et ouvertement racistes, les slogans ont une tonalité agressive: il n’y est question que de «punir» les ennemis désignés (politiciens, pédophiles et criminels) et d’«expulser» les indésirables: les étrangers, les criminels (qui vont de pair) et la monnaie unique. C’est d’une simplicité enfantine. On attend encore les propositions de la NPD pour l’éducation, pour l’emploi, pour l’urbanisme, pour la culture... et quelque chose me dit qu’on risque d’attendre longtemps! En attendant, sur ses thèmes favoris, le parti néo-nazi a multiplié les attaques.

Première salve: Udo Voigt, le président du Parti nationaliste, est photographié en rebelle sur sa moto, blouson en cuir sur le dos, exsudant la virilité et la testostérone. “Gas geben!” nous dit-il, une expression gentillette et inoffensive qui se traduit normalement par «Accélérons», et qui a déjà été utilisée dans des campagnes publicitaires tout à fait différentes. L’ennui, c’est que dans la bouche des héritiers du nazisme, il est difficile de ne pas adopter une lecture plus littérale de ce «à plein gaz». Il n’en fallait donc pas plus pour susciter une nouvelle polémique. Personne n’est dupe de l’innocence feinte par le parti et quant à ses intentions, mais il est impossible de prouver quoi que ce soit sur ce cas précis. La NPD a su, une fois de plus, s’attirer les critiques pour mieux se poser en victime. La technique est sacrément bien rodée.

"Gas geben", en pleine Friedrichstrasse
Quelques aimables vociférations de la NPD sur le thème «Tous en taule!» Cela se passe de commentaires.

"Une GIFLE pour les grands pontes de la politique!" à Hallesches Tor

"Défendez-vous!" exhorte la boxeuse teutonne à casquette.
L'affiche vandalisée dit sobrement Deutsche KINDER braucht das Land,
"Notre pays a besoin d'enfants allemands"...

La SÉCURITÉ par le DROIT et L'ORDRE (nouveau?)
"PEINE MAXIMALE pour les pédophiles!"
Je suppose que cela n'est applicable que si la victime est un "enfant allemand", bien entendu...


"SANCTIONNEZ les saloperies des politiciens!"


Il est faux de dire que la NPD ne propose rien en matière économique. Elle a fait des propositions solides, audacieuses et novatrices pour soutenir la croissance allemande, et en voici les plus hardies:

"Notre TRAVAIL, notre ARGENT - Quittons l'Euro!"
"Oui au TRAVAIL, non à la PAUVRETÉ"
Fallait y penser!
Mais la NPD ne serait que l’ombre d’elle-même si elle ne ne réservait pas ses attaques les plus cinglantes contre les «étrangers», qu’elle définit à sa manière, selon le critère racial cher aux national-socialistes: est étranger qui n’est pas de «sang» allemand, quand bien même il serait né allemand ou aurait acquis la nationalité. Une telle définition exclut automatiquement près de la moitié de la Nationalmannschaft. Trêve de blabla, passons aux images.

Soziale Sicherheit statt Multikulti!
"La sécurité sociale plutôt que le multiculturalisme!"
"Bon retour au bercail et bon vent!" Une invitation au voyage, vous disais-je!
Une autre invitation au voyage: "Rentrez chez vous!"
Et pour finir en beauté, voici, de très loin, mon affiche préférée de la NPD, et de toutes celles-ci dessus. Je l’ai aperçue dimanche dernier à Treptower Park, en un exemplaire unique que je n’ai revu nulle part, et j’en suis restée bouche bée! Ça donne quoi quand les néo-nazis insultent les étrangers ou les citoyens allemands d’origine étrangère en faisant des rimes? Eh bien cela donne une perle collector du genre:

Si Ali
Commet un délit:
On l’renvoie au pays
Sans chichis!”

Magnifique! La version allemande est d’ailleurs nettement plus jolie. Avec un tel talent, on est presque attristé de savoir que ces partis extrémistes récolteront à peine 3 ou 4% des voix. Leurs membres devraient peut-être laisser tomber la politique et se lancer dans des carrières d’«humoristes», à la Eric Zemmour? Ce n’est qu’une idée, bien sûr.

Vous avez dit raciste ? Mais jamais de la vie, voyons !
La bien-pensance, y'en a ras l'bol !

dimanche 7 août 2011

À bonne bière point d’enseigne

Les noctambules impénitentes que vous êtes, chères Lectrices, n’ont pas manqué de remarquer, ces derniers mois, qu’il y a de la nouveauté en matière de choix de bières dans vos bars préférés. En effet, depuis 2009, une nouvelle venue made in Berlin s’est discrètement ajoutée à la longue liste des quelques 5.000 bières produites outre-Rhin (vu de France hein), dans le pays aux 1.300 brasseries. Des chiffres qui donnent un peu le tournis, même à jeun. La petite dernière, à la distribution initialement confidentielle, est maintenant difficile à louper dans les frigos de vos Spätis favoris (l’équivalent berlinois de «l’Arabe du coin» parisien) et aux comptoirs des bars qui se veulent «alternatifs» dans les quartiers qui ont fait de la surenchère de non-conformisme, apparent ou authentique, un art, comme Friedrichshain, Kreuzberg ou Neukölln.

Das Bier servie à Boxhagener Straße, à Friedrichshain
Je vous parle bien sûr de l’énigmatique bière fort justement nommée «Bier», en toute simplicité. Une bouteille brune toute bête à la forme on ne peut plus classique, une étiquette blanche où figure, pour seul texte, «BIER – 0,33L», une autre étiquette, toute simple et noire, qui nous dit: «Le goût se passe de nom», et bien sûr l’indispensable mention «Brassée selon les règles de Pureté de la race» en-dehors desquelles, point de salut. Bref, vous l’aurez compris, la bière berlinoise Bier se positionne dans l’anti-marketing et en fait tout un foin.

Un petit tour sur le site BierBier.org le confirme. Les deux brasseurs installés dans la Hauptstadt, Stephan et Johannes, proclament sans ambages leurs nobles objectifs, bombant fièrement leur torse de justiciers houblonnés: 
“L’objectif de ce projet est d’agir contre la pollution visuelle à laquelle les citadins sont soumis en permanence dans leur environnement urbain. Les villes dans lesquelles nous vivons nous bombardent de publicité [...]. Notre réponse: nous nous concentrons sur l’essentiel: le contenu. Et pour cette raison, notre produit na ni nom, ni logo.” 
À bonne Bier, point de nom
Voilà, tout est dit. En fait, en commandant une Bier au bar, vous ne vous contentez pas de siroter un breuvage à l’agréable goût de houblon dans le but de vous soûler bêtement la gueule, mais vous faites aussi un geste politique fort: vous rejoignez passivement le club sélect des casseurs de pub. Rassurez-vous, cela ne vous oblige pas à renoncer à vos vêtements de marque préférés ou à jeter votre iPhone 4 aux orties, car chacun a une personnalité complexe et nul nest tenu de devenir un taliban de lanti-pub juste pour avoir goûté une fois à la Bier. En tout cas, joindre l’utile à l’agréable a rarement été aussi facile.

Dailleurs, quand on y pense, ces étiquettes toutes blanches entièrement dénuées de logo attirent énormément le regard de l’ivrogne potentiel au milieu des bouteilles bariolées qui disparaissent sous le poids du marketing au comptoir du bar. Par conséquent, l’absence volontaire de nom de marque et de toute forme de réclame sur les bouteilles est en fait une forme redoutablement efficace de «publicité sur le lieu de vente» (pour parler comme un marketeur chevronné), par simple effet de différentiation. Votre dévoué chroniqueur, tout penaud de l’avouer, tombe systématiquement dans le panneau, victime de ce coup de marketing perfide, et un peu de l’effet de nouveauté tout de même. Quelle sournoiserie !

Cela dit, faux derches ou pas, nos deux pourfendeurs de «la pollution visuelle» n’ont pas entièrement tort. Un petit tour à la grande station de U-Bahn dAlexanderplatz, en ce moment même, illustre à merveille la justesse de leur propos sur l’invasion de la publicité, pour la bière très précisément. Le phénomène n’a rien de nouveau, mais là on atteint des sommets. Sur tous les murs de la station, sur les quais de la ligne U5 et de la U8, trois grandes marques de bière sont passées à l’offensive et soumettent le passager assoiffé à un matraquage plutôt lourdingue. La Berliner Pilsner lui vante à l’envi son côté «Prenzlauer Berg Rafraîchissant»,  comprenne qui pourra; la Berliner Kindl, quant à elle, réitère sa promesse de désaltérer le voyageur au «Goût de Berlin», ce qui, quand on y pense, n’est pas forcément une perspective si alléchante que ça... Enfin, la tchèque Pilsner Urquell, ne voulant pas être en reste, exalte fièrement ses origines. Dans le fond, oui, ce n’est pas plus mal que la bière «Bier» ne vienne pas rajouter sa partition perso à cette cacophonie !


Berliner Pilsner: la bière des gens cools qui jouent du tambourin et de la guitare en regardant l'horizon
Berliner Kindl, la bière des gens qui s'éclatent à la Porte de Brandebourg, et qui apprécient le fameux
"Goût de Berlin", bientôt classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Et le pigeon, il symbolise le gogo qui croit à ce baratin?

Revenons à Herr Schmidt, notre voyageur qui attend son métro: s’il veut débarrasser son champ visuel de ces affiches alcoolisées, il lui faut aller vers le milieu du quai. Là, hourra! Pas de bouteille en vue, juste une pub pour des clopes et une autre qui lui rappelle de se munir de préservatifs pour forniquer dans les fourrés de l’été berlinois...


J’ai envie de dire: «La pub allemande, das ist nicht mein Bier». C’est ainsi qu’on dit «ce n’est pas ma tasse de thé» dans la langue de Goethe, surtout quand ledit Goethe a un verre ou dix dans le nez...

Buvez (avec modération), fumez (attention, ça tue), forniquez prudemment... Vive l'été de la pub!

mercredi 1 juin 2011

Une chambre d’hôtel - Un lit - Du gel douche... Eurêka !

Le moins que lon puisse dire, c'est que les pubs allemandes sont loin dêtre les meilleures qui soient. Humour douteux, messages archi-usés, photos peu convaincantes, clichés sexistes ou autres, sans parler de quelques perles qui surgissent parfois, comme ici où lon vante des gâteaux Schoko-Vanille avec la photo d'un beau bébé noir, non pas en 1954 mais il y a tout juste deux mois... Beurk. Pour mémoire, je vous donnais deux exemples il y a quelques mois, ici et . Et voilà que depuis quelques semaines, deux campagnes publicitaires qui n'ont absolument rien à voir lune avec lautre se télescopent curieusement sur les murs de Berlin (*). Les deux exploitent sans le moindre état dâme un corps de femme pour vendre des produits sans lien particulier avec lérotisme de l'accroche visuelle, ce qui en soi na rien de remarquable. Des gonzesses dans des poses suggestives pour vendre tout et nimporte quoi, ce nest certes pas la nouveauté de lannée. La coïncidence devient intéressante car les deux slogans publicitaires usent exactement de la même antithèse olé-olé : le message acquiert toute sa force (ou pas) dans le choc sémantique titanesque entre les mots schmutzig, cest-à-dire “sale” et sauber (“propre”).

Voyez plutôt avec la première campagne. Le site HRS, portail de réservation de chambres dhôtel, nous assène avec aplomb , dans des campagnes daffichage ambitieuses dans les grandes gares et les halls daéroports : “cest dans les lits les plus propres quon assouvit les fantasmes les plus sales (crades)”. Mais oui mais oui, ça cest le génie publicitaire allemand dans toute sa splendeur : une blonde (la présentatrice Sonya Kraus, potiche de service dans les versions allemandes de La Roue de la Fortune et de Fort Boyard, eh ouais !), un œil lascif presque bovin, un décolleté affolant, une robe de satin, un talon-aiguille en arrière-plan, un jeu de mots foireux, et le tour est joué ! Vous tenez votre campagne de pub. Allez, encore quelques cours de langue et je pourrai moi aussi monter mon agence, le boulot nest pas sorcier.

La deuxième affiche est l’œuvre des publicitaires de la marque de gel douche Axe, également notoire en France pour ses campagnes de pub où l'idée-force se résume ainsi : “Savonnez-vous au gel Axe et instantanément toutes les nymphos du quartier tomberont en pâmoison devant vos pores virilement purifiés”. En Allemagne, le message est du même acabit, mais avec des pubs encore plus nulles, et le dernier éclair surgi tout droit des cerveaux de ces talentueux publicitaires est une affiche qui nous dit “Plus t'es propre, plus ça vire au gros sale”. Haha. Pour les plus longs à la détente d'entre nous, la photo de la bimbo au regard lubrique et dont le maillot de bain vient juste d'exploser sous la pression de ses seins, lève les derniers doutes, histoire qu'on ne comprenne pas tout de travers et qu'on ne se mette pas en tête qu'ils voulaient nous dire que les gels douche Axe nous salissent à mesure qu'on les utilise ou quelque conclusion tout à fait plausible mais à côté de la plaque de ce genre. Les chefs de produit ont bien eu raison de tuer dans l'œuf  toute ambiguïté possible, car il faut que l'argument soit clair comme l'eau du bain pour être plus percutant.

Bref, des blondes dénudées, de l'érotisme cheap, et des messages publicitaires nuls et sans originalité. Rien que du normal pour le consommateur blasé de toutes ces niaiseries. Où veux-je donc en venir, vous demandez-vous, n'est-ce pas ? M'enfin, la réponse crève les yeux ! Vous ne voyez pas ? Alors, on reprend : du savon et une douche, une chambre d'hôtel, des draps propres et des fantasmes inavouables, le tout souligné par un message d'une extraordinaire platitude... Mais oui, DSK, encore lui ! Toute la clé de l'énigme de la suite 2806 est révélée, sous nos yeux qui refusent d'admettre l'évidence, par deux pubs allemandes qui n'ont en apparence rien à voir l'une avec l'autre, et que l'on avait jugées un peu vite comme indignes de notre intérêt... De toute évidence, il y a un message caché, et de là à penser que ces affiches ont été diffusées à dessein par une société secrète judéo-maçonnique dont le but est de prouver au monde entier l'innocence de Dominique Strauss-Kahn, il n'y a qu'un pas que je franchis hic et nunc. Le postulat est le suivant : l'ancien chef du FMI a tout simplement été victime de son gel douche et du cadre  fantasmogène qu'est la chambre d'hôtel. La vérité s'impose d'elle-même, selon un scénario limpide :  la femme de chambre entre dans la suite, passe un coup de plumeau par ci, un coup d'éponge par là et, geste fatal, change les parures de lit, qu'elle remplace par des draps propres. À ce moment précis, ironie cruelle du destin, DSK sort de la salle de bains, une serviette autour de la taille. La soubrette sursaute, surprise par cette apparition inattendue certes, mais surtout, par ces mâles effluves qui lui parviennent instantanément : en effet, DSK s'était savonné au gel douche Axe “Nicky Larson” (aux principes actifs d'écorce de gingembre, sève de bois-bandé, corne de rhinocéros et phéromones d'hyène en rut). L'espace d'un instant, l'homme qui sort de la douche n'est pas un sexagénaire ridé avec une serviette, mais un Apollon à la feuille de vigne, un éphèbe olympien en tunique de Nessos. Une lueur de désir illumine le regard de l'employée pendant une courte seconde. Cette lueur n'échappe pas à DSK, qui aperçoit  au même moment la blancheur immaculée des draps et les plis parfaitement rectilignes laissés par la blanchisserie ; le parfum entêtant d'amidon et d'assouplissant Soupline à la lavande provençale embaume la pièce : immédiatement, comme les respectables citadins grassois dans Le Parfum de Süskind, M. Strauss-Kahn devient l'esclave d'un fantasme très sale qu'il ne peut maîtriser une seconde de plus, empoigne la malheureuse qui, elle, avait déjà repris ses esprits, mais trop tard. Le vieux satyre lui fait subir les derniers outrages, et vous connaissez la suite.

Voilà, en quelques jours à peine, grâce à un peu d'observation et de déduction, j'ai résolu l'enquête DSK ! J'hésite tout de même à envoyer un fax au FBI, car je ne suis pas sûr d'avoir envie que les avocats de Strauss-Kahn viennent fouiller dans ma vie et l'étaler au public si jamais mes conclusions n'ont pas l'heur de leur plaire. Je préfère rester un blogueur pépère dans l'ombre.

Sinon, pour finir avec cette campagne publicitaire Axe vraiment très originale, voici quelques exemples qui illustrent la réaction, dans l'ensemble plutôt favorable, du public berlinois.

Ici sur la Skalitzer Straße, à Kreuzberg. Des autocollants judicieusement placés, et un message ajouté au feutre bleu sous le slogan publicitaire (c'est difficile à voir) : Gegen sexistische Kackscheiße, soit, “À bas la merde sexiste”. Pfff, quelle bande de rabat-joie ! Peut-être le public est-il plus réceptif à Friedrichshain ?




Sur cette affiche de la Petersburger Straße, à Friedrichshain, un abruti (ou plus probablement un gang de féministes castratrices déchaînées) a collé un autocollant disant, une fois de plus, Sexistische Kackscheisse. Tsss, vraiment ils ne comprennent rien à rien ces gens.



La palme revient à cette troisième affiche, sous un abri-bus à l'angle des Warschauer et Mühlenstraße. Les abrutis en question se sont donné encore plus de mal pour exprimer leur désaccord puéril. La pouffe de l'affiche se voit désormais armée d'une hache, et elle dit maintenant : Je sexistischer du bist, desto schmerzhafter wird's, soit en langage chrétien, “Plus tu es sexiste, plus ça fera mal”. Sur le flacon, le nom Axe est transformé en Axt, qui veut dire tout bêtement “Hache”. Un mystérieux gribouillis semble faire office de signature des auteurs de cette customisation. Eh bien, force est de constater qu'Axe a vraiment remporté la bataille de l'opinion à Berlin... Bien joué les publicitaires !




(*) Vous me croirez si je vous dis que je l'ai faite involontairement celle-là ? Je m'en suis seulement rendu compte à la quatrième relecture. Je suis presque mûr pour bosser dans la pub en Allemagne on dirait !

mardi 19 avril 2011

Mayday Teasing

Ah le printemps berlinois ! À quoi ressemblerait notre misérable existence sur cette morne plaine sableuse, sans ce puissant souffle de renouveau qui, en l'espace d'un mois à peine, secoue la ville hors de sa longue torpeur frileuse et transforme les êtres furtifs, livides et racornis que nous étions encore début mars (oui, livides, même moi) en lézards oisifs à l'humeur badine, qui se dénudent sans pudeur, se gorgent d'ultraviolets en terrasse, et sourient à la vie, le teint ragaillardi, l'épiderme repu de mélanine et de coenzyme Q10 ? (C'était le défi de la semaine, placer le mot "coenzyme" dans un billet. Je m'en tire honorablement.)

De retour à Berlin après dix jours d'absence, je trouve ma ville verte, feuillue et fleurie, les oiseaux gazouillent amoureusement, les écureuils folâtrent, les eaux glauques de la Spree scintillent sous les rayons d'un franc soleil, le fumet gras des Bratwurst grillées enveloppe subtilement les parcs et chatouille les narines du flâneur nonchalant, les mini-jupes s'affichent en pagaille... non là je rêve : la Berlinoise en mini-jupe, cet accessoire machiste et avilissant conçu pour faire de la femme un objet sexuel ? On aura plus vite fait de lui faire adopter la burqa. Mais passons. Le printemps est arrivé avec rage et il en était temps.

"1er Mai : Jour de la colère"
Ça c'est pour les lourdauds qui
n'avaient toujours pas compris
La rage, c'est aussi le sentiment qui monte dans les rues de mon quartier de Friedrichshain, acquises aux idées politiques les plus marquées à gauche. Car, qui dit printemps dit aussi 1er mai. Et, alors que dans le reste du monde civilisé, le jour de la Fête du Travail est synonyme de défilés ennuyeux, de revendications politiques confuses et à peine audibles, d'innocents brins de muguet et surtout, de ponts et de viaducs, et en Allemagne, de grandes fêtes populaires où l'on tanzt in den Mai (on célèbre mai en dansant) à Berlin, c'est un tout autre rituel qui s'est imposé depuis la fin des années 1980, et qui depuis, s'est exporté vers les autres grandes villes allemandes. Depuis ce jour de 1987 où une énième manifestation d'extrême gauche a engendré une énième émeute, Berlin célèbre fraternellement la castagne, la violence et l'agression. C'est plutôt sympathique non ? Chaque année, avec les bourgeons d'avril et les jours qui rallongent, une tension sourde monte perceptiblement autour de nous. Les murs de Friedrichshain se couvrent de slogans avant-gardistes et novateurs : "Pour la lutte des classes", "Solidarité", "Révolution", "Contre la répression", etc. Nous y sommes : hier j'ai repéré un grand nombre d'affiches appelant à la manifestation annuelle. Les termes employés, les couleurs utilisées, les illustrations affichées ne laissent guère de doute quant aux intentions des divers groupuscules et obscurs collectifs qui ont lancé cette campagne coordonnée. Le message est clair : nous autres les citadins, ne sommes certes pas conviés à un aimable pique-nique en bord de canal où l'on débattra poliment du projet socialiste sur une nappe à carreaux ; il est question d'en découdre. Contre la police, cela ne fait pas de doute. Et contre les opposants qui relèveront le gant, comme par exemple les néo-nazis qui, certaines années, répondent jovialement à l'invitation et ramènent leurs crânes huilés et leurs bottes cloutées histoire de pimenter l'événement. Vous pensez bien, l'on commencerait à s'ennuyer si le rituel se répétait à l'identique année après année.

"Contre la guerre et le militarisme" - "Révolution sociale mondiale"
Moi je suis contre les émeutes dans ma ville, mais pour la guerre et le militarisme, voyez-vous.

Les médias fourbissent leurs armes et ont déjà commencé à republier leurs séries annuelles sur "les mafias d'extrême-gauche", et nombre de journaux spéculent sur une journée de manifestations qui devraient être encore plus violentes que les années précédentes, puisque, après les évacuations de plusieurs squats de Friedrichshain dont le fameux Liebig 14, les "groupes autonomes" crient vengeance. L'année dernière, la police avait eu une idée lumineuse et organisé "MyFest", un festival en plein air, afin de détendre l'atmosphère, susurrant en quelque sorte "faites l'amour, pas la guerre" à l'oreille des Berlinois en colère, ce qui ne manquait pas de sel. Cette année, d'après Berliner Morgenpost, les Linksextreme, agacés par ce lâche subterfuge, ont déjà prévenu que leur juste courroux s'abattra sur les fêtards insouciants, puisque se faisant ces derniers se rendent complices des forces de la gentrification et doivent supporter les fâcheuses conséquences de leurs actes. Le sophisme est imparable.

"Pour la solidarité et la lutte des classes. Contre la répression et le bla-bla des extrémistes".
Ha ! L'extrémisme, c'est les autres ! en quelque sorte. Ce sont des Sartre en puissance ces galopins.

Rendez-vous pris pour le dimanche 1er mai à 18 heures donc. Les amis, si je suis d'humeur suicidaire ce jour-là, je me rendrai à Kottbusser Tor, à Kreuzberg pour voir de plus près les manifs, témoigner ma solidarité envers les squatteurs expulsés et mon opposition aux forces du capitalisme prédateur et déshumanisant. Mais il est plus probable que, pusillanime comme à mon habitude, je m'en aille profiter d'une belle journée de printemps à ramasser les fraises à la ferme, loin de la ville et de sa jeunesse un peu trop turbulente.

Demonstration: "Revolutionaerer 1. Mai"
Femmes saoudiennes dans une rue commerçante de Djeddah.
Non, attendez, j'ai comme un doute là, tout d'un coup.
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