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mardi 30 juillet 2013

Chronique Martiniquaise (8) : Le français ensoleillé de Martinique — Première partie

En Martinique, on parle le créole qui, comme chacun sait, est la langue maternelle d’une bonne partie de la population. Comparé à d’autres langues régionales de France comme le breton ou l’occitan, le kréyòl martiniquais se porte plutôt bien, n’ayant pas encore été expédié au purgatoire des langues moribondes par les coups de boutoir d’une République  vengeresse qui se veut centralisatrice et uniformisante et n’a eu de cesse de terroriser des générations entières d’écoliers afin d’éradiquer définitivement les «patois», dans une absurde bataille contre les cultures régionales.

Mais, bien entendu, les Martiniquais parlent aussi le français, langue de l’éducation, des médias, du commerce et de la République. Comme dans d’autres régions de France et dans les autres territoires de la Francophonie, le français parlé (et écrit) en Martinique compte un certain nombre de savoureux particularismes locaux que les autochtones emploient fréquemment, sans se douter un instant que ces régionalismes sont souvent inconnus au-delà des rivages ensoleillés de leur île. Jusqu’au jour funeste où l’étudiant martiniquais à Paris ou à Bordeaux demande le plus naturellement du monde un «sachet» ou une «timbale» à un commerçant, et ne reçoit pour toute réponse que des yeux de merlan frit (puis une «gentille» remarque sur son accent). Hein? Comment? On cause pas pareil? Eh bien non, pas tout à fait.

samedi 29 décembre 2012

L’austérité en Europe expliquée à un gamin de 7 ans

«S’il vous plaît, Madame la Conseillère, dessine-moi... la politique d’austérité dans les pays du Sud de la zone Euro.
— Chanzelière. Che zuis la Chanzelière, mon petit... euh... Ach, z’est quoi ton nom, déchà ?
— Jean-Gonzague, Madame la Chansonnière.
— Chanzelière, Schan-Gonzack, che suis Chan-ze-liè-reu. Mais tu peux m’appeler Tata Angela, si tu feux.
— D’accord Madame Tata Engueula. De toute façon  j’ai rien compris à ton histoire de Gentillière. Alors c’est bon, tu veux bien me dessiner l’austérité en Europe, hein ? Allez s’il vous plaît !
— Mais buisque z’est zi chentiment demandé, afec blaisir mon petit Schan-Gonzack.
— Youpi ! T’es super gentille Madame Tata Engueula !
— Mais oui, z’est frai que che zuis très chentille. Z’est exactement ce que dit Papandréou à chaque fois que che lui lâche un ou teux milliards. Mais remarque, ch’ai une meilleure idée. Au lieu de te faire un dessin, che t’expliquerai comment marche l’austérité de manière toute zimple. Avec des billes. Un cheu de billes. Ça te fa comme ça, Schan-Gonzack ?
— Des billes ? Trop cool ! T’es trop forte Madame Tata Engueula !»

Et la Chansonnière Tata Engueula, de sa besace en skaï assortie à son sobre tailleur lilas, extrait une petite boîte cylindrique, gaiement colorée et harmonieusement proportionnée. Pédagogue hors pair, elle débuta alors son exposé, simple, concis, ludique et parfaitement accessible à un élève de cours élémentaire. Car il n’est jamais trop tôt pour endoctriner éveiller le citoyen européen qui sommeille en chacun de nos petites têtes blondes.

mercredi 8 septembre 2010

Lost in Google-Traduction

Cet été, j'ai décidé de faire original pour mes vacances et de partir pour Belgrade, une ville dont j'avais entendu très peu de choses, mais le peu  d'échos que j'avais reçus étaient positifs : ville sympa où l'on sort beaucoup, et où la fête ne s'arrête pour ainsi dire jamais. Et puis l'attrait d'une destination peu connue et à l'écart des circuits touristiques avait son importance.

J'ai longtemps hésité entre le train et l'avion. Encore trois semaines avant mon départ, je n'étais toujours pas fixé. Histoire de me décider, je regarde les billets sur internet. Hélas ! impossible d'acheter en ligne un billet pour une destination au-delà de Budapest ! J'essaye TGV-Europe.com, le site de la CFF suisse, le site des l'ÖBB autrichienne, le site de la Deutsche Bahn, le site d'Interrail... mais personne ne peut me renseigner sur le prix. En fait, je finis par comprendre que dans ces pays de l'Est, il est impossible d'acheter les billets de train sur internet ; le saviez-vous ?

Après une longue recherche, je me rends à l'évidence : la seule solution est d'appeler les sociétés ferroviaires locales. Je tente d'abord ma chance avec la "SCNF hongroise" pour connaître le prix du billet, mais personne ne répond... Ma dernière planche de salut est donc la SNCF serbe. Je compose le numéro indiqué sur leur site pour les ventes internationales. Là, à ma grande surprise, je dois affronter un répondeur en serbe, où bien sûr je ne comprends rien, mais j'écoute attentivement, au cas où. Et à la toute dernière phrase, j'entends "operater" et "null", et je compose donc le zéro pour parler à un opérateur, en espérant avoir pigé le truc.

Une Opératrice, en serbe : "SNCF serbe, bonjour. Bravo, vous avez franchi le premier obstacle, mais vous ne perdez rien pour attendre." (traduction approximative)
Moi : "Hello! Do you speak English?"
Opératrice : "No"

Et elle raccroche, tout simplement.

Là je suis très surpris. Je me demande si c'est de l'impolitesse, un rejet de tout ce qui est anglo-saxon à cause du Kosovo et des bombardements de l'OTAN, ou juste une telle impossibilité de communiquer en anglais qu'elle était limitée à "no" et à raccrocher. Sans me laisser démonter, je retente ma chance en me disant qu'à tous les coups les effectifs pléthoriques de la SNCF serbe me permettront de tomber cette fois sur un interlocuteur dévoué, diligent, et parfaitement bilingue.

Re-répondeur, re-"operater", re-"null"

La Même Opératrice : "SNCFovitch Srbija bonjourovka"
Moi : "Hello! Do you speak English? Sprechen Sie deutsch?"
Opératrice : "No, no, no!"

Et elle raccroche.

L'espace d'une seconde, humilié et vaincu, je me dis qu'il est hors de question que j'aille mettre les pieds dans un pays de relous pareils. Puis, j'ai un éclair de génie : Google Traductions ! Bon l'ennui c'est que le serbe s'écrit en alphabet cyrillique, mais quitte à faire des approximations, autant traduire mes questions en croate, qui s'écrit en alphabet latin, bien plus facile à lire.

Re-répondeur, re-"operater", re-"null".

La Même Opératrice (en fait il y a une seule opératrice dans ce pays) : "SNCFovitch Srbija bonjourovka"
Moi : "Dobar dan, ja bih rezervirati karte vlakom od Budimpešte do Beograda. Koliko to košta?" (Bonjour, je voudrais un billet de train de Budapest à Belgrade. Combien ça coûte ?)
Opératrice : "Можемо само да продајемо карте возом од Београда до Будимпеште, а не обрнуто. Кошта петнаест евра. У ствари, ви знате да разговарате као кретен? Ја стварно уживати говорим супер брзе Српски, знајући да ви не разумете! Ха! Ха! Ха! Ха! Ха!!!! Гнарк, гнарк гнарк!! Муахахахахахахаxааааaaaа!!"

Ah bah ouais, Google Translate ne fait pas la traduction simultanée des réponses orales en serbe. Dommage hein.

Moi : "Moment! Moment! Traduktor, traduktor..." "Polako molim, teško je razumjeti" (lentement s'il vous plaît, c'est difficile à comprendre)
Elle : "Тешко, тешко, тешко!" (dur, dur, dur !)

Je vous épargne la suite ; au bout de cinq minutes d'un dialogue d'anthologie où je lui demandais d'épeler ses réponses lettre par lettre, j'ai fini par avoir la certitude qu'un Budapest-Belgrade en train le 24 août coûte 15€ pour sept heures de voyage... une broutille quoi !

Tout ceci pour finalement opter pour l'avion, car en fin de compte c'est trop la galère ces trains : je n'allais quand même pas filer mon numéro de carte bleue à une Serbe inconnue au téléphone ! Et puis sept heures de train, ajoutées à la durée du voyage pour arriver à Budapest depuis ma métropole d'Europe du nord, c'est sacrément long.

Mais cette expérience m'a permis de comprendre qu'une fois sur place je pourrai sûrement me faire une ou plusieurs escapade(s) dans la région pour un tarif imbattable ! Et puis cette petite mise en bouche facilitée par Google Traductions m'a donné hâte de me frotter à cette culture inconnue !

Pas de photo pour cette fois, à part cette capture d'écran du site international des "Serbian Railways", qui laissait pourtant largement croire à la possibilité de s'en sortir avec moins de difficulté...

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