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mercredi 3 juillet 2013

Un mois à Berlin : mai 2013

Le nombre riquiqui de commentaires à mon grand article signalant le come-back en fanfare des Chroniques Berliniquaises tend à prouver qu’il est plus facile de maintenir en vie un héros africain nonagénaire à l’article de la mort que de redonner vie à un blog fait de zéros et de uns après seulement 6 mois d’agonie... Mais qu’à cela ne tienne, je ne compte pas me laisser abattre pour si peu. Vos chroniques préférées reprendront d’ici peu la place qui leur revient de droit dans la blogosphère mondiale. N’est-ce pas ? Hein, n’est-ce pas ? Vous allez revenir, hein, dites, chères Vahinés ? Allez quoi siouplééééé. Bref, voici donc, après quelques mois d’absence, le retour de nos rétrospectives « Un mois à Berlin ». Je vous prépare mai et juin 2013 d’un coup, et laisse tomber tout l’automne et l’hiver... tant pis pour cette fois, mais ce n’est que partie remise ! J’espère que les puristes de la photographie parmi vous me pardonneront l’irruption de photos instagrammées dans la rubrique. Toutes vos protestations et vos fatwas contre ces applis pour hipsters sans talent sont les bienvenues.

1er mai - Le festival MyFest est de retour à Kreuzberg, avec la même mission que chaque année : bannir la violence des rues de ce quartier lassé de cette curieuse «tradition» d’émeutes de groupes extrémistes de gauche, qui ont gâché la fête du 1er mai pendant plus de vingt ans. Dans les rues, les mamas turques coiffés de fichus en satin côtoient la jeunesse berlinoise avide de beats et les étudiants Erasmousse en quête de frisson teuton, l’électro en plein air joue des coudes avec le reggae... On a beau dire que le Multikulti est mort, il suffit de passer quelques heures dans les rues voisines de Kottbusser Tor un premier mai pour se convaincre du contraire.

lundi 4 juin 2012

Un mois à Berlin : Mai 2012

«En mai, fais ce qu’il te plaît», qu’y disaient. Si j’avais pu suivre ce conseil de bon sens, j’aurais passé bien plus de temps à Berlin en ce mois de mai ensoleillé. Ainsi, j’aurais pu mieux protéger mes fleurs des premières grandes chaleurs de l’année, et j’aurais eu plus de temps pour profiter de l’imbattable ambiance printanière dans la Hauptstadt. Hélas, comme on dit ici avec une pointe de lucidité résignée, das Leben ist kein Wunschkonzert!

1er mai – Un pont de quatre jours touche à sa fin. Quatre jours de soleil et de chaleur comme la métropole prussienne n’en a plus vu Spree depuis presqu’un an! Quatre jours de réjouissances en plein air, nuit et jour, un peu partout dans la ville. Quatre jour de bonheur, d’allégresse, d’insouciance. Quatre jours sans travailler, ou si peu. Quatre jours sans services de voirie aussi... Les pelouses du Volkspark Friedrichshain, vertes et grasses en cette saison, disparaissent sous des monticules de déchets à moitié carbonisés qui évoquent bien plus les banlieues de Lima que le centre d’une capitale d’Europe du Nord. Remarquez, cela ne dissuade pas les locaux de pique-niquer au milieu de ce bazar malodorant et insalubre. Tant que les rats ne viennent pas danser pas sur leur nappe à carreau, tout est in Ordnung, je suppose.

Et bien sûr, ça sent comme vous l'imaginez...
1er mai – On a beau avoir endigué la violence endémique des rivages de la Spree à coup de MyFest, on a beau avoir pris l’habitude de célébrer les droits des travailleurs, acquis de haute lutte, par un grand carnaval de musique électro plutôt bon enfant quoique sans grand rapport avec le schmilblick, les agences bancaires de certains quartiers berlinois, échaudées par les événements passés, ont conservé l’habitude de se barricader derrière des retranchements fortifiés pendant tout le weekend du 1er mai, comme ici sur la Frankfurter Allee, à Friedrichshain, un secteur autrefois très «chaud» à cette période de l’année. C’est qu’on n’est jamais trop prudent. Résultat, dans un pays où le paiement en liquide est la règle, le Friedrichshainien prudent se voit obligé de thésauriser des espèces dans les jours qui précèdent le 1er mai pour éviter de se retrouver à sec. Sinon, il ne lui reste plus qu’à se rendre au distributeur de billets le plus proche, dans la région de Hambourg je crois... Ou alors il reste le troc.

dimanche 27 mai 2012

Interro surprise !

C’était un samedi de mai comme un autre, au marché aux fruits et produits bio de Boxhagener Platz, au cœur de Friedrichshain. Bottes d’asperges par milliers et barquettes de fraises au quintal, à l’ombre des tilleuls et des hipsters en fleurs

"Erdbeeren- und Spargelzeit!" (C'est la saison des fraises et des asperges!)
Ah bon ? Ca alors, je n'avais pas du tout remarqué ! Boxhagener Platz, le 26 mai.
«Hallo, ich möchte bitte... Kir..., Kirch...sch..., euh, Kir...schen. Kirschen?»

mercredi 16 mai 2012

Myfest 2012 à Kreuzberg

J’ai accumulé un retard considérable sur l’actualité et sur mon planning de publications ces dernières semaines, ayant été retenu loin de mon blog pour plein de raisons indépendantes de ma volonté. Mais rassurez-vous, j’espère reprendre progressivement la tenue de ces pages.

En attendant le prochain article de fond où je bouffe du boche relate avec ma finesse habituelle les cocasseries de mon quotidien teuton, voici quelques photos de mon 1er mai à Kreuzberg où, comme l’an dernier, un festival de rue a été organisé afin de marginaliser les émeutiers face à l’afflux de fêtards. Du bon son plutôt que de la baston, des basses plutôt que de la casse. L’opération a remporté un énorme succès, même si les journaux ont déploré quelques Krawalle sporadiques, résiduels même, en dépit de l’ambiance généralement mélomane et détendue. Comment dit-on la musique adoucit les mœurs en allemand ? Quelque chose avec «techno», j’en suis sûr.

jeudi 3 mai 2012

Un mois à Berlin : Avril 2012

Les mois passent, et je partage avec vous, toujours avec le même entrain, mes petites anecdotes et mes sautes d’humeur. Je continue à arpenter les rues de Berlin, l’appareil photo en bandoulière, toujours aux aguets, je m’étonne d’un rien et mitraille la douce folie de mon quotidien avec un gai abandon. Et c’est précisément là que le bas blesse, oui, le bas en laine de verre, planté de clous vers l’intérieur, il fait bobo : des photos, j’en prends des dizaines, les dizaines deviennent des centaines, et je n’ai pas jamais le temps de leur consacrer un billet. Puis elles restent là, oubliées dans un dossier intitulé «Photos Friedrichshain 23 mars 2011» ou encore «Scènes de rue rigolotes», abandonnées, négligées, à ramasser tristement de la poussière virtuelle. Pour corriger cet état de fait, voici la série «Un mois à Berlin». J’ai publié certaines de ces photos sur la page Facebook des Chroniques Berliniquaises, mais elles sont pour la plupart inédites !

samedi 14 avril 2012

Le débourrement

J’ai enrichi mon vocabulaire aujourd’hui. Mon vocabulaire français, hein, entendons-nous bien. Saviez-vous, ô illustres lecteurs au savoir encyclopédique, que nous sommes actuellement en plein «débourrement» ? Au cas où quelques uns l’ignoraient encore, ce terme désigne, dans notre belle langue aux accents d’une élégance et d’un raffinement que le monde entier nous envie, cette période de l’année où, sur les branches mornes et dénudées des arbres et buissons sortis de leur hibernation, grossissent délicats boutons, poignent frêles bourgeons, jaillissent vertes pousses et pâles rejetons, éclosent tendres feuilles et odorantes floraisons.

Le débourrement à ma fenêtre, le 2 avril 2010
Il semblerait bien que cette notion n’ait pas d’équivalent exact dans les autres langues, puisque la page Wikipédia sur le débourrement n’existe que dans notre langue, illustrant de manière particulièrement frappante, si besoin était, de la supériorité du génie français. Molière : 1 ; Shakespeare, Goethe, Cervantes, Dante, Pouchkine, Ibsen et tous les autres : zéro. Et toc !

dimanche 5 juin 2011

Beauté de Berlin : la Spree couleur de feu

La sécheresse assoiffe cruellement notre belle France, et l'Allemagne sa voisine, alanguie de chaleur, vient de connaître son printemps le plus sec et le plus ensoleillé depuis le début des relevés à la fin du XIXème siècle. Le citadin berlinois, pour peu qu'il prenne bien soin de ses plantes sur le balcon (deux jours d'inattention et c'est le carnage !) et dès lors qu'il s'acquitte d'une pensée compatissante pour les pauvres agriculteurs qui souffrent, il n'a pas à se plaindre de ce beau début d'été, sec et muy caliente.

Si l'on me demande quelle période de l'année je préfère à Berlin, je réponds sans hésiter : le mois de juin bien sûr ! Au bureau, rares sont ceux qui ont vraiment la tête au travail. Les heures de la journée s'égrènent dans une torpeur ensoleillée qui n'a rien à envier à la douceur de vivre méditerranéenne ; et après s'être gorgé l'épiderme d'ultra-violets, l'on se réfugie volontiers à l'ombre des tilleuls qui nous aspergent délicatement de leur mystérieuse sève gluante, presque comme les brumisateurs des terrasses parisiennes, mais en version 100% naturelle cette fois. Et en parlant des heures de la journée, comme elles sont nombreuses ! Les noctambules qui dansent “jusqu'à l'aube” voient arriver cette dernière dès 3h30 du matin, ce qui tout de même rend la performance un tantinet moins impressionnante. Le soir, c'est le moment d'admirer les plus beaux couchers de soleil de l'année sur la Spree, puisqu'il finit sa course, à cette période, dans l'axe du fleuve, du moins si on l'observe depuis les quartiers en amont du centre (comme Kreuzberg, Friedrichshain ou Treptow). Les rougeoiements de la Spree sont le prélude à l'interminable crépuscule estival, qui s'étire et se prolonge à n'en plus finir, bleu et clair, tantôt tiède et indolent, tantôt bien plus frais et indéniablement “nordique”. Malheur à l'imprudent qui s'est laissé duper par la chaleur diurne et s'est risqué à sortir sans sa veste pour la soirée!

J'ai tant de choses à raconter sur ce blog que je suis sûr que beaucoup de projets d'articles resteront en l'état, mais pour mon 100ème billet aux Chroniques (oui, le 100ème !), faisons une pause pleine de beauté et de sérénité. Mes lectrices les plus attentives auront fini par comprendre que j'adore passer mes soirées à admirer le coucher du soleil, et il n'y a pas à dire, à Berlin je suis gâté. Et lorsque la Spree resplendit et reflète la chaude lumière du couchant, je suis loin d'être le seul qui interrompe sa course à vélo pour s'imprégner du spectacle et en prendre quelques photos souvenirs. Je suis en retard, comme toujours, mais mes amis attendront bien cinq minutes de plus...

Samedi 28 mai à 20h20 - Vu de la Spree depuis l'Elsenbrücke entre les quartiers est-berlinois de Friedrichshain et Treptow. L'étrange sculpture que l'on voit s'appelle Molecule Man, et les trous font peut-être partie de l'oeuvre, mais servent surtout à ce que la sculpture monumentale résiste au vent !

Samedi 28 mai à 20h22 - Croisière crépusculaire et tentative de zoom sur le Molecule Man. Bon c'est plutôt loupé.

Le mercredi 1er juin à 21h12 - Un peu en aval, sur l'Oberbaumbrücke, entre Kreuzberg (ouest) et Friedrichshain (est)

Au même moment, avec un zoom un peu plus puissant

jeudi 19 mai 2011

Klotür & Sport - Schwalbe

Chères Lectrices à la peau de vahinés tahitiennes et à la chevelure ondoyante dans la brise printanière, je suis tout penaud car je vous délaisse. N'allez surtout pas croire que votre dévoué chroniqueur n'a plus rien d'intéressant à vous raconter ; ce serait vraiment faire erreur car j'ai plusieurs articles en préparation. Mais il se trouve qu'en ce moment, malgré tous mes efforts, je rencontre toutes sortes de difficultés qui m'empêchent de me plonger suffisamment dans mes billets et de les terminer. Voyez, pas plus tard qu'hier, alors que j'étais sur le point de finir un super article, mon petit neveu a vomi sur mon clavier et mon chien a mangé mon ordinateur portable ! Eh oui, das Leben ist kein Ponyhof comme on dit ici. La traduction littérale serait “La vie n'est pas un poney club”, une expression mystérieuse qui dénigre gratuitement les poneys clubs, puisqu'elle signifie que dans la vie, il y a toujours des obstacles à surmonter. Eh bien aller insinuer que faire une balade à dos de poney est toujours une sinécure, je trouve cela franchement désobligeant envers les cavaliers du dimanche et les nombreuses victimes d'accident de poney qui, en plus d'être traumatisées à vie, peuvent se sentir incomprises et injustement stigmatisées par ce dicton dénué de subtilité. Mais passons.

Pour vous faire patienter en ces temps de disette bloguistique et rendre un hommage tardif au printemps, je vous présente en un billet rapide l'un de mes bars préférés, qui brille par ses Klo-Türen fort bien soignées, le bar Schwalbe (“Hirondelle”), à Prenzlauer Berg, à deux pas du Klub der Republik. Contrairement à ce que ce nom pourrait suggérer, il s'agit d'une Fußballkneipe, un bar de footeux et de passionnés de Kicker (le baby-foot), et non pas un repaire de mordus d'ornithologie. Situé sur la très accueillante Stargarder Straße, le bar s'ouvre largement sur le trottoir en une terrasse chaleureuse et conviviale, qui vraiment est ouverte presque toute l'année sauf de décembre à février. À l'intérieur, de nombreux écrans géants permettent de ne rien perdre des défaites matchs du 1. FC Köln en Bundesliga, car Die Schwalbe est avant tout un bar de supporters de Cologne, un îlot de Rhénanie en terre prussienne où l'on trouve même de la kölsch pour se désaltérer (et se consoler après les matchs du FC Köln). Au sous-sol, pas moins de trois tables de baby-foot permettent de faire des tournois de Kicker avec ses amis. Les mardis et les samedis (lorsqu'il n'y a pas de match), c'est la maison qui offre les parties.

Et les toilettes alors ? Puisque là réside l'intérêt de la série, je vous le rappelle. Ma foi, très réussis, ces petits symboles sur les portes. On est dans l'ambiance foot. La première fois que je suis allé à Schwalbe, un jour de l'été 2009, il m'a suffi de voir la Klotür pour être certain que j'y reviendrais maintes fois. Schwalbe restera ce lieu unique où j'ai appris un “sport”, une langue et un dialecte.

Sinon, les amies, rien à voir mais j'ai de bien tristes nouvelles à vous annoncer sur le front de la gentrification. Le mythique Bar 25, dont je vous parlais il y a quelques mois, n'a pas rouvert ses portes en ce printemps 2011 : il semblerait qu'après des années de fausses alertes, cette fois ait été la bonne, hélas. “Ils” ont eu sa peau, ces salauds. Dire que tous ceux qui se sont installés à Berlin au cours des 6 derniers mois ne sauront jamais ce qu'était Bar 25, c'est d'une tristesse à vous donner le cafard pour tout l'été... Adieu cirque, adieu balançoire suspendue précairement au-dessus de la Spree, adieu pizzas pas très bonnes mais ô combien nourrissantes pendant un marathon d'électro dans la fraîcheur d'une courte nuit d'été berlinoise. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, ce weekend,  Mediaspree s'apprête à faire une nouvelle victime emblématique, qui fermera également ses portes pour toujours : la boîte légendaire Maria am Ostbahnhof jouera son chant du cygne vendredi et samedi soir avant de laisser la place à de chouettes immeubles de bureaux comme à Paris et à Londres. 

So ist Berlin!

Quelques photos pour finir avant, on l'espère, des billets plus approfondis :

Le logo des supporters du 1. FC Köln à Berlin

La cave de Schwalbe et ses trois baby-foot

La terrasse de Schwalbe, un soir de février... le footeux n'est pas frileux.

Questions pour un Champion, avec de la bière et du foot

samedi 23 avril 2011

Noël Germanique, Pâques Hanséatique


Mes amis et ceux qui suivent assidûment blog savent que, contrairement à mon habitude, je n'ai pas fêté Noël en famille en Martinique cette année. Je comptais me rattraper à Pâques, et j'avais même déjà prévu d'écrire un billet intitulé "Noël Germanique, Pâques en Martinique", avec une superbe rime riche en "nique" à la clé. Si c'est pas être visionnaire ça... Eh bien c'est complètement loupé, les hydres féroces des Ressources Humaines en ayant décidé autrement, malgré mes supplications et mes menaces de faire une grève de la faim. Plutôt que de deux semaines de vacances aux Antilles, je dois donc me contenter d'un long et beau weekend de Pâques pas trop loin de Berlin. Je m'en suis allé faire une escapade touristique dans une cité hanséatique au bord de la mer Baltique, et fais en conséquence des rimes nettement moins poétiques... Comme toujours, je suis parti en compagnie de mes amis "Erasmus" de Berlin : quatre jours, quatre comparses, quatre nationalités, quatre langues maternelles. Et ce matin, alors que nous petit-déjeunions en terrasse sous un soleil printanier encore frisquet, j'ai appris que "le facteur est passé par là", lorsqu'on parle d'enfants à la paternité douteuse, se dit :

En Espagne : "Se lo ha hecho con el fontanero", ou encore "Elle s'est tapé le plombier".

En Hollande : "Het moet wel van de melkboer zijn", soit en langage chrétien "Ça doit être un coup du laitier".

En Amérique du Nord : rien du tout. Il n'y a pas d'expression standard ou de profession associée directement au cocufiage et à la filiation incertaine chez nos amis américains ou canadiens anglophones. Quel manque d'imagination, quelle déception !

Tout de même, c'est beau la diversité des langues et des cultures. D'ailleurs si quelqu'un veut éclairer ma lanterne et me révéler comment ça se dit en allemand, je suis preneur.

Voici quelques photos de cette mystérieuse cité maritime où nous sommes allés respirer l'air du large. Si vous êtes hyper fortiches, vous devinerez peut-être où c'est. Ce n'est pas forcément évident, car ces grandes villes portuaires du Nord se ressemblent beaucoup plus qu'on ne le pense... Joyeuses Pâques à tous et à très bientôt pour de vrais billets un peu moins paresseux !






mardi 19 avril 2011

Mayday Teasing

Ah le printemps berlinois ! À quoi ressemblerait notre misérable existence sur cette morne plaine sableuse, sans ce puissant souffle de renouveau qui, en l'espace d'un mois à peine, secoue la ville hors de sa longue torpeur frileuse et transforme les êtres furtifs, livides et racornis que nous étions encore début mars (oui, livides, même moi) en lézards oisifs à l'humeur badine, qui se dénudent sans pudeur, se gorgent d'ultraviolets en terrasse, et sourient à la vie, le teint ragaillardi, l'épiderme repu de mélanine et de coenzyme Q10 ? (C'était le défi de la semaine, placer le mot "coenzyme" dans un billet. Je m'en tire honorablement.)

De retour à Berlin après dix jours d'absence, je trouve ma ville verte, feuillue et fleurie, les oiseaux gazouillent amoureusement, les écureuils folâtrent, les eaux glauques de la Spree scintillent sous les rayons d'un franc soleil, le fumet gras des Bratwurst grillées enveloppe subtilement les parcs et chatouille les narines du flâneur nonchalant, les mini-jupes s'affichent en pagaille... non là je rêve : la Berlinoise en mini-jupe, cet accessoire machiste et avilissant conçu pour faire de la femme un objet sexuel ? On aura plus vite fait de lui faire adopter la burqa. Mais passons. Le printemps est arrivé avec rage et il en était temps.

"1er Mai : Jour de la colère"
Ça c'est pour les lourdauds qui
n'avaient toujours pas compris
La rage, c'est aussi le sentiment qui monte dans les rues de mon quartier de Friedrichshain, acquises aux idées politiques les plus marquées à gauche. Car, qui dit printemps dit aussi 1er mai. Et, alors que dans le reste du monde civilisé, le jour de la Fête du Travail est synonyme de défilés ennuyeux, de revendications politiques confuses et à peine audibles, d'innocents brins de muguet et surtout, de ponts et de viaducs, et en Allemagne, de grandes fêtes populaires où l'on tanzt in den Mai (on célèbre mai en dansant) à Berlin, c'est un tout autre rituel qui s'est imposé depuis la fin des années 1980, et qui depuis, s'est exporté vers les autres grandes villes allemandes. Depuis ce jour de 1987 où une énième manifestation d'extrême gauche a engendré une énième émeute, Berlin célèbre fraternellement la castagne, la violence et l'agression. C'est plutôt sympathique non ? Chaque année, avec les bourgeons d'avril et les jours qui rallongent, une tension sourde monte perceptiblement autour de nous. Les murs de Friedrichshain se couvrent de slogans avant-gardistes et novateurs : "Pour la lutte des classes", "Solidarité", "Révolution", "Contre la répression", etc. Nous y sommes : hier j'ai repéré un grand nombre d'affiches appelant à la manifestation annuelle. Les termes employés, les couleurs utilisées, les illustrations affichées ne laissent guère de doute quant aux intentions des divers groupuscules et obscurs collectifs qui ont lancé cette campagne coordonnée. Le message est clair : nous autres les citadins, ne sommes certes pas conviés à un aimable pique-nique en bord de canal où l'on débattra poliment du projet socialiste sur une nappe à carreaux ; il est question d'en découdre. Contre la police, cela ne fait pas de doute. Et contre les opposants qui relèveront le gant, comme par exemple les néo-nazis qui, certaines années, répondent jovialement à l'invitation et ramènent leurs crânes huilés et leurs bottes cloutées histoire de pimenter l'événement. Vous pensez bien, l'on commencerait à s'ennuyer si le rituel se répétait à l'identique année après année.

"Contre la guerre et le militarisme" - "Révolution sociale mondiale"
Moi je suis contre les émeutes dans ma ville, mais pour la guerre et le militarisme, voyez-vous.

Les médias fourbissent leurs armes et ont déjà commencé à republier leurs séries annuelles sur "les mafias d'extrême-gauche", et nombre de journaux spéculent sur une journée de manifestations qui devraient être encore plus violentes que les années précédentes, puisque, après les évacuations de plusieurs squats de Friedrichshain dont le fameux Liebig 14, les "groupes autonomes" crient vengeance. L'année dernière, la police avait eu une idée lumineuse et organisé "MyFest", un festival en plein air, afin de détendre l'atmosphère, susurrant en quelque sorte "faites l'amour, pas la guerre" à l'oreille des Berlinois en colère, ce qui ne manquait pas de sel. Cette année, d'après Berliner Morgenpost, les Linksextreme, agacés par ce lâche subterfuge, ont déjà prévenu que leur juste courroux s'abattra sur les fêtards insouciants, puisque se faisant ces derniers se rendent complices des forces de la gentrification et doivent supporter les fâcheuses conséquences de leurs actes. Le sophisme est imparable.

"Pour la solidarité et la lutte des classes. Contre la répression et le bla-bla des extrémistes".
Ha ! L'extrémisme, c'est les autres ! en quelque sorte. Ce sont des Sartre en puissance ces galopins.

Rendez-vous pris pour le dimanche 1er mai à 18 heures donc. Les amis, si je suis d'humeur suicidaire ce jour-là, je me rendrai à Kottbusser Tor, à Kreuzberg pour voir de plus près les manifs, témoigner ma solidarité envers les squatteurs expulsés et mon opposition aux forces du capitalisme prédateur et déshumanisant. Mais il est plus probable que, pusillanime comme à mon habitude, je m'en aille profiter d'une belle journée de printemps à ramasser les fraises à la ferme, loin de la ville et de sa jeunesse un peu trop turbulente.

Demonstration: "Revolutionaerer 1. Mai"
Femmes saoudiennes dans une rue commerçante de Djeddah.
Non, attendez, j'ai comme un doute là, tout d'un coup.

mercredi 13 avril 2011

Flâneries parisiennes : le retour de la suite

Le Chroniqueur Berliniquais passe-t-il trop de temps à Paris ? Cette question est tout à fait légitime et je comprends l'exaspération croissante des fidèles lecteurs devant cette invasion parisienne dans les pages de leur blog berlinois préféré, qui est en train de devenir un énième catalogue de photos des rues de Paris. Cela ne devrait pas durer trop longtemps.



Mais en ce moment, c'est comme ça : je passe pas mal de temps en France, parfois pour le plaisir, parfois du fait de contraintes professionnelles, et je ne vais pas m'en plaindre. Après tout, Paris a du bon. Et, c'est moi ou notre bonne vieille ville-musée est en train de devenir cool ? Par un beau weekend printano-estival, les hordes de promeneurs, qu'ils soient touristes, Parisiens ou visiteurs divers, ont repris leurs droits dans les rues de la capitale. Désolé, j'ai beau tourner des ébauches de phrases dans tous les sens, mais je crois qu'il faisait trop chaud pour être vraiment être inspiré pour l'écriture.



Allez, notre capitale est belle sous le soleil du printemps, lorsqu'on y déambule sans but précis, en compagnie de ses amis de toujours. On papote, on parle de rien et de tout, on s'arrête pour observer ensemble un détail étonnant, et le Chroniqueur en vient même à se demander si son confort berlinois, son appart spacieux et pas cher, son balcon ensoleillé et son Kiez alternatif valent vraiment la peine de vivre toujours loin des meilleurs et des plus chers.

Paris est une des grandes capitales du street art, même s'il est est moins omniprésent et tapageur qu'à Berlin. Ici, dans les rues du Quartier Latin, près de la Contrescarpe.


Et là, au Quai de Valmy :


Les feuillages fleuris des marronniers, quelques moments de repos au bord de l'eau. C'est autre chose qu'une baignade au Schlachtensee, mais ça détend tout autant, surtout lorsque les bonnes personnes sont à côté.








Mais après avoir salivé d'envie pour la trente-douzième fois devant les annonces pour des clapiers à lapins et placards à balais à des prix que je ne pourrai jamais me permettre trônant dans les vitrines d'agences immobilières, après une suée dominicale dans la ligne 13 du métro, en pleine vacances de Pâques, je me dis que mon petit chez-moi, mon balcon fleuri et mon vélo sont encore une beau lot de consolation. Les amis sont à Paris, je sais encore où les trouver, en cas de forte poussée de nostalgie. Merci pour le chouette weekend avec vous les amis !



dimanche 3 avril 2011

Beauté de Berlin : Monsieur Marx et les Fleurs du printemps

Dimanche 3 avril, l'hiver est déjà bien loin. Une belle et chaude journée dominicale donne à la ville un avant-goût d'été. Mais la végétation est là pour nous le rappeler : calmez vos ardeurs, bonnes gens de Berlin, inutile d'être trop pressés, le printemps vient juste de commencer. D'ailleurs, si les terrains de beach-volley ont ouvert, leur sable est encore bien froid pour nos orteils délicats. Sur la Strausberger Platz, un rond-point à l'architecture directement inspirée des merveilles de Leningrad, le buste de Karl Marx veille patiemment sur un parterre quelque peu anarchique de crocus fraîchement éclos au milieu d'une pelouse décrépite. Et ça tombe bien : de Marx à l'anarchisme, il n'y a qu'un pas, que nous franchissons hic et nunc, car un beau dimanche quasi-estival ne se prête pas au mieux à une analyse politique approfondie.

Pour les non-Berlinois, la Strausberger Platz est située sur la, je vous le donne en mille... Karl-Marx-Allee ! CQFD.

Au fait, le blog Notes of Berlin a aimé ma photo "Go Frühling" et l'a publiée aujourd'hui. Cool !

vendredi 1 avril 2011

Humour dans les rues : Go Frühling !

Quand on déambule dans les rues de Berlin, il faut toujours garder l'œil bien ouvert et observer attentivement l'environnement urbain. D'une part, cette bonne habitude s'avère être une précaution tout à fait élémentaire pour éviter de souiller ses chaussures vintage au contact d'une quelconque saleté d'origine canine, et d'autre part, le promeneur alerte, contrairement au flâneur étourdi, ne passe pas à côté des nombreuses perles humoristiques, qui égayent le morne paysage citadin qui l'entoure, sans les remarquer et s'en amuser.

Ainsi, dans les rues de Friedrichshain, le piéton averti n'aura pas manqué de remarquer un tout petit carré de verdure au milieu de la grisaille ambiante. Avec l'arrivée du printemps, c'est toute une ville qui retient son souffle et en guette avidement les signes annonciateurs, qui se font de plus en plus nombreux. Pas assez nombreux au goût des Berlinois les plus impatients : non contents de voir pousser la ciboulette, et d'admirer la lente éclosion des jonquilles et le bourgeonnement des tilleuls, les "Autonomen" de la Kreutziger Straße, habitués à l'action, ont comme à l'accoutumée pris le taureau par les cornes et décidé de donner un coup de pouce au printemps qui lambine un peu trop à leur goût. Ils n'y sont pas allés par quatre chemins : un carré de pelouse, probablement dérobé à un parc des environs, au risque tout à fait assumé de déshabiller Pierre pour habiller Paul, et bien entendu un message pour renforcer l'effet comique. La pancarte dit "Go Frühling! Mehr Grün" - Allez le printemps ! Plus de vert ! Le tout ne fait que renforcer la laideur et l'impression de désolation stérile qui se dégage de ce rectangle de terre nue.



Tant pis pour la contradiction. L'inutilité même du geste le rend presque poétique à mes yeux. Des adultes (j'en suis sûr) ont décidé de s'emparer d'un carré de pelouse, de le laisser à cet endroit, et de l'orner d'une petite pancarte qu'ils ont préparée avec application. Un peu de poésie au milieu des mauvaises nouvelles de ce début de printemps, cela ne se refuse pas. Allez le printemps, plus de vert !



mardi 29 mars 2011

Flâneries printanières à Paris


Aéroport de Roissy Charles de Gaulle : la Patrie accueille à bras ouverts ses enfants prodigues. "Bienvenue en France !" L'émigré de retour, pour une visite forcément trop brève, écrase furtivement une larme d'émotion sur sa joue, laisse passer les derniers passagers débarqués de son avion en provenance de l'étranger, afin de baiser le sol parfumé de son beau Pays à l'abri de leurs regards. Le patriotisme trop démonstratif en public, il vaut mieux laisser ça pour la coupe du monde de foot (avant le premier match des Bleus en tout cas...). Même les acariens de la moquette du terminal 2F m'ont paru particulièrement affectueux et fraternels. Quoi qu'il en soit, ils ne m'ont refilé aucune maladie ou allergie, et je leur en sais gré.



Gare RER "Aéroport de Roissy-Charles de Gaulle 2 TGV". On se sent tellement vite chez soi à Paris. Un inconnu m'accoste dans le RER, insinue que je suis son "cousin" et s'enquiert de savoir si j'ai une cigarette. Dans quelle autre ville au monde, moins de quinze minutes après avoir débarqué, rencontrerais-je ainsi un proche parent manifestement perdu de vue, qui voudrait me confisquer mes cigarettes afin de m'empêcher de fumer ? En l'occurrence, ce cousin bienfaiteur en a été pour ses frais, puisque je ne fume pas.

Dans le métro : je me rappelle encore les pubs que j'entendais à la radio, à Paris, vers 1999-2000 : "Wall Street Institute, c'est 6 centres à Paris, Wall Street Institute, 0-800-300-000". Depuis cette époque lointaine où je n'avais même pas d'adresse e-mail, le nombre d'antennes de l'Institut de la Rue du Mur a augmenté de manière phénoménale, au point d'être sur le point de dépasser le nombre de McDo dans la ville, semble-t-il à vue de nez. Quant aux affiches publicitaires pour Wall Street Institute dans le métro, elles sont devenues aussi omniprésentes que les musiciens roms et font désormais partie du paysage. Pourtant, malgré une telle prolifération, mes amis étrangers continuent de soutenir qu'ils ont du mal à communiquer en anglais avec les Français qu'ils rencontrent. Comment est-ce possible si tout Paris apprend le "Wall Street English" ? Soit mes amis mentent, soit il y a encore du pain sur la planche. Au passage, je me suis toujours demandé comment ils font, au Wall Street Institute, pour se targuer de "97% de Succès, Résultats Garantis Par Contrat", avec leur manie agaçante de mettre des majuscules partout, à l'américaine. Est-ce à dire que les 3% qui échouent, une constante invariable depuis que le monde est monde est que le Wall Street Institute en fait partie, avaient prévu leur échec par contrat eux aussi ?

Le printemps est déjà là, au boulevard Arago, le 5 mars. Trois semaines plus tard, Berlin attend toujours ses premières fleurs... Mais elles ne devraient plus tarder !



Un bref instant de quiétude est toujours bon à prendre, à la rue du Prévôt. On arrive à s'imaginer que l'on est transporté dans le Paris du temps des Fermiers Généraux, si l'on parvient à faire abstraction de l'incessant vacarme motorisé de la rue de Rivoli juste dans notre dos.



Juste à la sortie du métro Saint-Paul : un gentil buraliste nous informe par avance, en pesant ses mots, qu'il ne faut pas le confondre avec l'office du tourisme. C'est sûr que tous ces touristes qui demandent leur chemin, c'est insupportable. Ah les Parigots grincheux ! Ils valent parfois leur pesant de berliner Schnauze. Cette inclinaison à envoyer naturellement balader les gens doit être un trait de caractère inné aux rejetons des capitales, développé après des siècles de sélection darwinienne dans l'univers impitoyable et inhumain des grandes villes.



Comme je disais plus haut, j'ai fait cette promenade printanière début mars. À l'époque, il était tout à fait normal de s'extasier devant la moindre fleur. Ici, la rue Charlemagne. En fait je viens tout juste d'apercevoir le même type de buisson en fleurs à côté de la gare d'Ostbahnhof. Il y a aussi trois crocus et deux narcisses qui se battent en duel au Volkspark Friedrichshain. Ça arrive, ça arrive !



Métro Les Gobelins. Je n'en peux PLUS de ces bouches de métro inutiles où l'on ne peut entrer que si on s'est préalablement "muni de billets" ! Il semblerait que, depuis que je ne vis plus à Paris et n'ai plus de Pass Navigo, je tombe en permanence sur ses entrées de station qui ne servent à rien, et où je me fais refouler plus sûrement qu'à la porte du Berghain. Quand la RATP se décidera-t-elle enfin à installer des automates à tous les accès des stations du métro ?



Un ciel bas et gris, une ligne de tram, un grand boulevard froid et venteux, des entrepôts, du béton à perte de vue, de grandes barres d'immeubles broyeuses d'âmes. Friedrichshain ? Non. Reinickendorf ? Sûrement pas. Marzahn ? Non plus : le boulevard Masséna, juste à la sortie du métro Porte d'Ivry. Quand on arrive de Berlin, on apprécie différemment la laideur urbaine.



Un parc interdit aux chiens ! Pauvres bêtes. Le peuple canin de Paris devrait se révolter afin de gagner les mêmes libertés que ses homologues berlinois...



Un instant de répit à la Cité de Trévise. Il y a encore des recoins où l'on goûte un peu de solitude comme dans les rues calmes de Berlin.



Pont Marie. Dis, Wowi, ça te dirait pas de faire construire d'aussi chouettes ponts à Berlin, par exemple au-dessus du Landwehrkanal ou autour de la Museumsinsel ? Tu pourrais inclure cette proposition dans ton programme électoral, et qui sait, peut-être aurais-tu une chance face à Renate Künast lors du scrutin en septembre. Ne viens pas pleurer quand tu ne seras pas réélu...



Expo Christian Dior au Bon Marché. Cet établissement porte l'un des noms les plus ironiques et mensongers de l'histoire de l'humanité, ex æquo avec la République Populaire Démocratique de Corée (du Nord s'entend). Mais bien que je n'aime guère les magasins, le shopping et encore moins le lèche-vitrines, je me suis laissé aller à lorgner longuement les produits de luxe que je ne suis pas près de m'offrir. À la recherche d'un cadeau pour un mariage, j'ai admiré pendant de longues minutes, avec la ferveur d'un fétichiste, des chaussures à talons de hauteurs vertigineuses et de prix stratosphériques. Si les mêmes existaient pour hommes, Sarkozy pourrait les porter et regarder Michael Jordan droit dans les yeux. J'ai lu quelque part que les chaussures à talons aiguilles sont les corsets du XXIème siècle ; la comparaison est loin d'être exagérée quand on prête l'oreille aux souffrances de certaines lorsqu'elles chaussent leurs voluptueuses échasses. Mais que ne feraient ces dames pour être belles !

Au moment où je prenais cette photo (et beaucoup d'autres au Bon Marché), au début du mois, la maison Dior était dans la tourmente, John Galliano était démasqué comme réincarnation d'Hitler, des vidéos de cette improbable interview de Françoise Dior se répandaient sur le net pour enfoncer le clou et convaincre les derniers incrédules avec l'argument ultime ("chez Dior, c'est tous des nazis, la preuve"), et le Tribunal Correctionnel de Paris était donc prestement désigné comme le lieu où se tiendra le prochain procès de Nuremberg, le 12 mai prochain. Gageons que le félon à l'œil torve sera condamné à une peine symbolique et que de tristes sires de l'UMP lui dérouleront aussitôt le tapis rouge pour défendre la "liberté d'expression" et grappiller encore quelques voix pétainistes à peu de frais (simplement en piétinant la justice, en fait) comme ils ont fait avec Zemmour. Mais mon petit doigt me dit que non : l'antisémitisme de grand-papa, c'est vraiment très grave et ça ne fait plus gagner de voix. Quel loser ce Galliano ! Il aurait pu faire une mauvaise blague sur "les noirs et les Arabes" par exemple, et tout serait vite rentré dans l'ordre. En plus il se serait fait plein de nouveaux copains et aurait été promu héraut de la liberté d'expression contre le poison de la "bien-pensance". Bouh le nul. Allez, poubelle. Pour revenir à la robe, plus précisément une "robe de tulle de soie, printemps-été 2004" (oui, j'ai pris des notes), la question qui me taraudait était : c'est joli, mais combien de fois ces robes sont-elles portées ? J'avoue, je n'y entends pas grand chose à la haute couture.

À propos de mode, GQ France, avec Jean Rochefort en couverture, nous interpelle, se demande sur les panneaux d'affichage si nous sommes "si mal sapés" et promet "la vérité sur le style français". Cher Monsieur GQ, j'ignorais que les Français étaient mal habillés et je ne sais pas ce que tu entends par là, car je n'ai pas succombé à ton titre racoleur, ni acheté ton numéro. Cependant, quand tu auras fini de t'occuper des Franchouillards mal fagotés, pourras-tu te pencher sur le chevet des Allemands et de leurs habitudes vestimentaires qui font mal aux yeux ? Il y a vraiment une urgence humanitaire.

Les Berlinois doivent attendre jusqu'à la mi-mai avant de voir arriver les premières fraises de Werder sur les étals. Partant de ce constat, je n'ai pas pu résister à l'appel des premières garriguettes de l'année, à 21,90€ le kilo à la rue St-Antoine ! Une jolie fortune, mais ces fraises précoces ont tenu leurs promesses.

J'espère ne pas vous avoir ennuyé avec ces banalités, mais lorsqu'on revient à Paris après y avoir vécu près de dix ans, chaque petite chose, chaque instant, est pratiquement une madeleine de Proust !
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