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mardi 15 octobre 2013

WTF Berlin #1 - Les cheveux au vent

Il manquait à ce blog une rubrique «WTF Berlin». J’avoue m’être effrontément inspiré du Tumblr WTF Belleville. Ça fait belle lurette que je collectionne les photos de scènes de rues passablement dingues de cette capitale qui ne semble décidément pas avoir toute sa tête. À force de ne pas savoir qu’en faire, je me suis enfin décidé à les partager avec le reste de l’humanité.

Alors voilà. Sous vos applaudissements, je déclare solennellement la rubrique WTF Berlin ouverte.

Friedrichshain, le 2 août
Kreuzberg, le 23 août
Kreuzberg, le 27 août
Ça vous a plu ? Alors votez pour les Chroniques Berliniquaises aux Golden Blog Awards ! Et n’hésitez pas à revenir voter plusieurs fois si vous le voulez bien...

samedi 15 septembre 2012

Septembre : «Jeux de mains»

15 septembre, midi à Mimizan-Plage, et c’est à nouveau l’heure de La Photo du Mois. Le nouveau thème, choisi par Titem, est «Jeux de mains». Vaste programme, drôlement intéressant à première vue, mais qui hélas ne m’a pas vraiment porté chance : peu après l’annonce du thème, un petit accident de vélo dans les rues de Kreuzberg m’a privé de l’usage de ma main droite pendant une dizaine de jours.

vendredi 13 juillet 2012

Le psychøpåthe qui venåit du Nørd (“Alter Schwede!”)

Hello amis lecteurs. Pour ce 216ème billet de votre blog préféré, j’ai décidé de vous faire voyager un peu, et de vous emmener, une fois de plus, dans cette petite ville de province merdique nordique que vous connaissez bien, cette paisible bourgade, tranquille comme une vaste sapinière de l’immensité scandinave, comme une forêt sombre, sauvage, impénétrable, où le silence boisé n’est troublé que par le passage occasionnel d’un lemming, furtif et affairé, ou d’un élan solitaire à la démarche digne et nonchalante: la ville de Västerås, à qui je faisais l’honneur de consacrer le 5ème post des Chroniques Berliniquaises! J’entends déjà vos récriminations: oh non, pas ça! La vie est trop courte pour lire un article sur Västerås, alors deux, c’est beaucoup trop!

Une brève éclaircie illumine le vieux Västerås, sur les rives de la Svartå, un soir de juin 2012
Vous avez bien raison, ô fidèles d’entre les fidèles. Mais, vu que l’autre jour, un grand escogriffe surgi de nulle part a tenté d’y assassiner votre dévoué chroniqueur ainsi que les collègues qui l’accompagnaient (surtout les collègues en fait, mais en tant que témoin privilégié de cette petite mésaventure qui a failli tourner au drame, je m’arroge le droit de me faire mousser un peu), je me suis dit qu’il est de mon devoir de vous conter, en ce troisième vendredi 13 de l’année, ce récit peu banal qui montre parfaitement que souvent, l’imprévu et le danger surviennent au moment où l’on se croit le plus en sécurité. 

samedi 28 avril 2012

Tricolore

Attendre que le feu passe au vert en trois temps, par un jour de printemps (non, ce n’était pas aujourd’hui par 30°C...) sur la Karl-Marx-Allee, à Friedrichshain.

dimanche 15 avril 2012

Avril : “Berlin en travaux”

Je n’en reviens pas, mais alors pas du tout, de la vitesse à laquelle La Photo du Mois arrive chaque mois... nous sommes le 15 avril et il est midi pile à Jouy-en-Josas. L’Azimutée nous a choisi un thème que j’ai trouvé vraiment très sympa et qui m’a beaucoup inspiré : «En travaux».

Quelle aubaine ! Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée depuis 1990, est une ville perpétuellement en travaux. Pour y trouver des chantiers, pas besoin d’aller bien loin : il suffit de mettre le nez dehors, et tôt ou tard, et plutôt tôt que tard d’ailleurs, une clôture provisoire signalant une zone de travaux vous barrera le passage. Il me semble avoir lu ou entendu, dans quelque documentaire soporifique, qu’en 2000, près de la moitié des grues en service sur le continent européen s’élevait dans le ciel de la métropole prussienne. Ou était-ce peut-être le quart ? Je ne sais plus, mais la proportion était énorme et révélatrice. Une telle affirmation me semble tout à fait plausible en tout cas.

mardi 6 mars 2012

La Gazelle et les colonies

«Gazelle !»

Pendant un quart de seconde, le mot résonne dans mes oreilles comme un écho lointain, un appel silencieux, un murmure assourdissant. Mais non, je ne rêve pas, quelqu’un m’a effectivement interpellé en disant «Gazelle !». Un autre quart de seconde passe, durant lequel mon cerveau ultra-rapide produit le raisonnement suivant :

1. Je ne suis pas sur une allée bruyante et parfumée du souk de Marrakech mais sur un trottoir enneigé et presque désert du Boxhagener Platz, par un triste après-midi d’hiver. Cet arôme qui flotte dans l’air, ce n’est pas du cumin ni du safran, mais les vapeurs épicées du Glühwein.
2. Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas le profil-type des touristes blondes à forte poitrine à qui cette gracieuse épithète est habituellement lancée par des vendeurs de narguilés en djellaba ou par d’aspirants Casanovas wesh-wesh adossés oisivement à un mur de la médina. Même affublé d’un lapin mort en guise de couvre-chef et engoncé dans un épais manteau, malgré la lumière déclinante, il n’est pas possible de me prendre pour une Anne-Camille en goguette en Musulmanie.
3. En fait, quand on y pense bien, l’inconnu a distinctement prononcé «gatselleuh», à l’allemande, bien comme il faut (ou pas) (enfin, je me comprends).

Bref, en un mot comme en cent, what the hell is going on?

samedi 3 mars 2012

Révélation au centre du monde

Au petit matin à Friedrichshain... Le ciel nous gratifie d’un temps typiquement berlinois : gris et venteux à souhait. Beurk. De noires corneilles et des pies insolentes croassent sur les branches dénudées d’un grand marronnier majestueux. Un faible crachin s’ajoute à l’équation météorologique du jour. Beurk et re-beurk. Un coup d’œil par la fenêtre suffit à me passer l’envie d’aller au bureau à vélo ce matin. Trente minutes à pédaler plein ouest, à m’escrimer contre ce satané vent de face, à éponger la bruine de mon visage ? Nein, danke. Je quitte mon appartement, descends quatre étages avec l’enthousiasme d’un Thésée s’engouffrant dans les enfers. Au rez-de-chaussée, j’évite ostensiblement le regard lourd de reproches de ma bicyclette qui m’attendait comme chaque matin.

Il fallait bien s’y attendre : mon fidèle destrier ne comptait pas s’avouer vaincu si facilement. C’est un battant, mon Holland-Rad, il n’est pas né de la dernière pluie. Et il a son côté possessif parfois. «Minute, papillon, me tance-t-il vertement en me barrant le passage. Qu’est-ce que tu fais ? Tu t’apprêtais à partir sans moi ?» Penaud, je sors mon joker : un abonnement deux zones au réseau de la BVG (dites “Béfaougué”), la RATP de la Hauptstadt.

jeudi 5 janvier 2012

Bref, je suis allé à l’ambassade

Votre mission, si vous l’acceptez, sera de vous présenter, muni des justificatifs stipulés en première page de notre note informative consultable en ligne, à l’ambassade de France en Allemagne, sise au numéro 5 de la fort adéquatement nommée Pariser Platz, jouxtant la Porte de Brandebourg à Berlin, avant la date butoir du vendredi 30 décembre 2011 à midi, afin de vous inscrire sur les listes électorales consulaires, et dans la foulée, au registre des Français établis hors de France, et être en mesure d’exercer votre droit de vote lors des scrutins nationaux de 2012.


Et comment que je veux m’inscrire ! Je signe des deux mains. La dernière fois que j’ai grossi le lot de ces fumistes d’abstentionnistes, et je m’en souviens très bien, c’était un certain 21 avril 2002 : vous avez vu le résultat. Oui, j’avoue, tout est de ma faute. Maintenant vous savez enfin ce qui s’est passé ce jour-là, vous connaissez le responsable de cette affreuse débâcle. J’avais beau avoir un alibi en béton armé (de très belles truites grouillant vigoureusement dans les eaux claires et vives du haut Allier et ne demandant qu’à mordre à l’hameçon) et aucune possibilité de voter par procuration à Paris en cette funeste journée de printemps, le remords me tourmente depuis cet inexcusable manquement à mes devoirs de citoyen même si la pêche fut bonne et la truite, délicieuse, a quelque peu apaisé ma conscience. J’aurais vraiment dû y réfléchir à deux fois avant d’accepter cette mystérieuse invitation à taquiner le poisson avec un groupe de sympathiques chrétiens fondamentalistes et de fanatiques des apéros saucisson-pinard ; si j’étais parano je dirais que c’était un coup monté des réseaux lepénistes. Alors cette fois-ci, il fallait mettre toutes les chances de mon côté, à commencer par ne pas compter sur une hypothétique ouverture de l’ambassade le samedi 31, car on n’est jamais trop prudent...

vendredi 4 novembre 2011

Beauté de Berlin : Herbstzauber

Oranienplatz, à Kreuzberg, le weekend dernier. Le nez au vent, humant ce parfum de feuilles de tilleul sèches qui embaume toute la ville, je chevauche mon fidèle Holland-Rad, en prenant tout mon temps, en m’attardant sur chaque coup de pédale, en savourant une sensation de bien-être ensoleillé. Je profite d’un de ces trop rares moments où je m’accorde le privilège de ne pas être pressé, de n’avoir aucune contrainte de temps, aucune activité urgente. À un carrefour, je m’arrête pour laisser passer les voitures. Mon regard tombe machinalement sur le cycliste qui attend en face. Un visage tout à fait familier se dé-floute alors. Ça alors, mais c’est ce sacré Olivier ! Décidément, je n’arrête pas de tomber nez à nez avec lui dans les rues. Un truc de dingue. Je lui fais signe, puis arrive à sa hauteur.

Partie de boules sur Oranienplatz un dimanche de la fin octobre.
Sans cigales ni pastis, mais l'ambiance y est pour de vrai : "Ach Karl-Heinz, tu tires ou tu pointes ?"

«Hey, salut mec ! Ça va ?
– Ben ouais, et toi ?
– Ouais, bien. Je suis peinard, je me promène, c’est cool.
– Cool.
– C’est quand même fou qu’on se croise comme ça dans la rue, tout le temps, aux quatre coins de Berlin, tu ne trouves pas ?
– Euuuuh, tu es sûr ? J’ai plutôt l’impression que je ne te connais pas.
– Heeeiiin ?! Quoi ? Qu’esss’ tu m’dis là ? Tu n’es pas Olivier ?
– Ah non, pas du tout.
– Ah ben mince alors ! Désolé hein : je t’ai pris pour quelqu’un d’autre. Mais toi tu me réponds tranquillement, comme ça, comme si on se connaissait.
– Bah oui, pourquoi pas. Tu me demandes si ça va, alors je te réponds que ça va. 
– Et en plus tu me réponds en français ! Avoue que cela ne va pas de soi, à Berlin !
– Eh ouais. C’est une drôle de coïncidence, mais je suis d’ici. Toi tu es d’où ?
– De la Martinique. D’ailleurs Olivier aussi est martiniquais. Tu lui ressembles vachement, dis donc. Mais toi tu es berlinois alors ?
– Oui, et en fait mon père est sénégalais. C’est pour ça que je parle français.
– Ah boooooon, mais tout s’explique ! C’est aussi pour ça que tu as une tête d’Antillais ! C’est quand même fou ce hasard.
– Oui, c’est marrant. Mais je ne m’appelle pas Olivier. Moi c’est Badou. Et toi ?
– Enchanté, Badou. Moi c’est [Jason-Isidore, le prénom que j’aurais toujours voulu porter].
– Mais moi de même, [Jason-Isidore] !
– Cool, eh bien bonne fin de journée, et peut-être à une prochaine fois Badou.
– À une prochaine, certainement !»


Un moment de tranquillité dominico-automnale entre tilleuls et platanes sur Leuschnerdamm, près d'Oranienplatz.


Ainsi, je me suis éloigné d’«Olivier» («Papa, Afrikanisch», tiens voilà qui me rappelle quelque chose, héhé) et été quitte pour une drôle de rencontre, un moment de cinéma. Cette petite anecdote n’a pas grand’chose à voir avec mon propos, mais elle n’aurait certainement pas eu lieu si je ne m’étais pas mis en tête de me balader dans Kreuzberg juste pour le plaisir d’admirer les feuillages moribonds dans la ville. Et quelle superbe agonie. Il est tout simplement magnifique, cet automne cuvée 2011. Et contrairement à ce que je disais il y a quelques semaines, il dure, dure, et dure encore. Pas de pluie ni de vent pour dépouiller brutalement les arbres de leurs ardentes frondaisons, et il ne fait même pas trop froid. Résultat : on se régale du spectacle depuis quelques semaines. 


Une sieste sur un tapis de feuilles au Volkspark Friedrichshain.
Dormez tranquilles, les amoureux : Médor veille sur votre sommeil.

N’ayant pas de don pour la peinture et ne pouvant pas tirer autrement profit de cette infinie palette de couleurs, qui varie chaque jour, et même à chaque heure en fonction de la position du soleil, je me suis fait «chasseur d’automne» : donnez-moi une heure de liberté et je pars en vadrouille, écarquillant les yeux pour ne rien louper de tous les petits spectacles du quotidien. Je mitraille sans relâche ces scènes banales fabuleusement embellies par la magie de l’automne. Ce n’est pas une exagération ni une formule creuse que de parler de «magie» :  pour que des rues aussi hideuses que la Köpenicker Straße ou la Gitschiner Straße, ces oppressantes artères de béton gris dans le Kreuzberg moche, deviennent plaisantes à regarder, c’est qu’il y a vraiment de la sorcellerie à l’œuvre. C’est ça, la puissance de l’Herbstzauber.

Sous les tilleuls de la Köpenicker Straße

Toujours la Köpenicker Straße, près du Spindler & Klatt. On dirait que la brique rouge porte une fourrure.

«Hallo! Hé! Psssst!
– Hein, qu’est-ce qui se passe ? Je ne vois personne.
– Hallo! Hier! Der Baum! [Bonjour ! Ici ! L’arbre !]
– L’arbre ? Un arbre me parle maintenant ? Je suis devenu maboul à ce point ?
– Nee, nee, guck oben im Baum! Halloooo! [Mais non, regarde en haut, dans l’arbre. Saluuuut !]
– Salut. Ça boume ?
– Super. Tu peux me prendre en photo ?
– Mais bien sûr ! Un instant... voilà c’est fait.
– Danke.
– Tout le plaisir est pour moi. Bonne journée alors.
– Tschüß!»


Tarzan aus Marzahn


Dans un petit parc de Friedrichshain près de la Bänschstraße, un énergumène au visage peint en noir, perché dans un superbe marronnier, m’interpelle. Et pourquoi ça ne m’étonne même pas ? Décidément, quand on se fait chasseur d’automne à Berlin, on en voit de toutes les couleurs, au propre comme au figuré... Au passage, c’est sympathique un marronnier qui attend la fin octobre pour perdre ses feuilles pendant le vrai automne, plutôt que de virer couleur rouille dès la fin juillet...

Bain de soleil d'automne sur la Bänschstraße

Dans la quiétude solitaire de Ritterstraße, au cœur du Kreuzberg que l’on oublie trop souvent : le Kreuzberg sans bars et sans attraits, où les barres d’immeubles se succèdent. Une statue de saint-Untel m’interpelle presque aussi bruyamment que le Tarzan aus Marzahn de la Bänschstraße. D’abord, on est dans un quartier à forte population turque, et une église surprend dans ce paysage. Et surtout, le tapis de feuilles mortes aux pieds de l’apôtre décuple prodigieusement la solitude et l’austérité du lieu.



Ma cour d’immeuble ! Le marronnier est complètement dénudé depuis bien longtemps déjà, mais heureusement il reste le la vigne vierge ! Le seul moment où je peux profiter de ce spectacle, c’est le matin avant de partir au boulot : Le soir, quand je rentre, il fait déjà nuit depuis bien longtemps...



Rouge, jaune et vert, sur la Prinzenstraße, encore dans le Kreuzberg-«ghetto». Mais dites donc, vert, jaune et rouge, ne sont-ce pas les couleurs du Sénégal ? Et moi je rencontre comme ça des germano-sénégalais juste avant... Ce n’est pas une coïncidence, c’est l’Herbstzauber, vous dis-je.

Le Sénégal s'invite à la Prinzenstraße

Une scène de jeu au Volkspark Friedrichshain, au milieu des graffitis qui appelle à donner la chasse aux «yuppies». Moi je préfère me faire chasseur de chouettes clichés d’automne, ne vous déplaise, messieurs les énervés de gauche. 



C’est bien la première fois que je m’arrête pour admirer la beauté du spectacle de la Gitschiner Straße, dans le ghetto kreuzbergeois. Et sûrement la dernière aussi.



Moritzplatz, à la frontière entre le Kreuzberg sympa pour les sorties, et le Kreuzberg de l’envers du décor. Au loin, le Fernsehturm nous prend par surprise et s’invite dans le panorama.


Retour dans des secteurs un peu moins inhabituels. À Schlesisches Tor, quartier festif de Kreuzberg, un promeneur solitaire longe un petit square planté de tilleuls.



Sur le May-Ayim-Ufer, le long de la Spree, cette scène peut vous faire prendre conscience de l’énorme inconvénient auquel nous devons faire face en cette saison : quand les trottoirs sont jonchés de feuilles mortes, chaque pas sur ce tapis jaune et brun au doux parfum peut être fatal... j’en ai déjà fait l’amère expérience, car il est impossible de maintenir une vigilance constante devant ce danger invisible. Une vraie plaie.

Terroriste à quatre pattes

Finissons notre promenade automnale friedrichshaino-kreuzbergeoise sur les bords du Landwehrkanal, une voie d’eau romantique et ombragée qui traverse Kreuzberg d’est en ouest, un centre névralgique de la dolce vita à la berlinoise. À cet endroit, le canal s’élargit en un bassin appelé Urbanhafen, idéal pour glandouiller en toute saison, avec ses arbres, ses cygnes, ses bateaux et ses pelouses en pente douce. 


Je suis d’accord avec vous, ça fait beaucoup de billets «Beauté de Berlin» en ce moment, mais vous ne trouvez pas que la ville est tout simplement magnifique depuis quelques semaines ? Ce n’est pas très souvent le cas, alors profitons-en à fond !

lundi 20 juin 2011

La Zoélette est dans la place !

Au hasard de vos déambulations dans Berlin, alors que vous négociez votre parcours au milieu des milliers de cyclistes qui filent en trombe sur le pavé irrégulier de la Bundeshauptstadt, vous allez peut-être croiser un bien étrange attelage, plus singulier encore que les nombreux ORNIs (objets roulants non identifiés) et autres déjantés du cyclo-tuning qui paradent anarchiquement dans nos rues, un attelage disais-je, constitué d’une bicyclette aménagée de manière à accueillir un passager à l’avant qui peut fait semblant de pédaler (c’est un “tandem Pino” pour les spécialistes, et je sais que mes lectrices y connaissent un rayon en matière de vélo), d’une carriole bébé à l’arrière, et d’une douzaine de sacs qui dépassent de tous les côtés. Je les ai filmés sur la Karl-Marx-Allee, tout en pédalant devant eux, et je dois avouer que je ne suis pas mécontent de mes acrobaties sur ce coup. Quand on est intégré à Berlin, on ne fait plus qu’un avec son vélo, c’est la symbiose parfaite. Prochaine étape : faire la sieste sur ma fidèle monture. Mais reprenons plutôt le cours de notre histoire. 



Juchés sur leur inhabituel véhicule, trois intrépides voyageurs roulent à vive allure malgré les kilos de lest. Ils ont les mollets saillants des sportifs accomplis, le teint bronzé des routards aguerris, le visage souriant de ces veinards qui ont pris de longues vacances pour profiter de la vie. Anne-Sophie, Julien et la petite Zoélie sont une jeune famille originaire de la petite ville de Marvejols, dans le Gévaudan. Zoélie n’a que deux ans, m’ont-ils dit; Anne-Sophie et Julien, «cinquante-cinq ans à eux deux», à en croire leur blog, La Zoélette. Ils en sont partis le 5 mars dernier de la Lozère, pour un périple de six mois à travers l'Europe, qui les a emmenés à travers l’Italie, la Slovénie, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne. Ils ont vu du pays, rencontré une foultitude de gens, planté leur tente où ils le pouvaient, eu bien froid au début de leur voyage, eu chaud sur les routes ensoleillées de Pologne, appris plein de mots barbares en hongrois et en slovaque, et se sont plus ou moins incrustés à un mariage polonais. Après avoir vu Auschwitz, puis la mer Baltique et Gdańsk, les voilà qui reviennent lentement vers la France, mais, arrivés à Berlin où je les ai interceptés, il leur reste encore bien plus de 2000 km à pédaler avant qu'ils ne regagnent leurs pénates, d’autant plus qu’ils veulent faire un détour par l’autre capitale du vélo, Amsterdam.

La famille d'aventuriers attend au feu rouge, sur fond d'architecture "DDR" à Strausberger Platz.
La petite Zoélie n'a pas voulu montrer sa frimousse à la caméra.

Je n’ai pas grand chose de plus à dire sur nos aventuriers. J’étais en train de me hâter pour ne pas arriver trop en retard au beach-volley, malgré le temps fort peu clément de ce dimanche, et j’ai décidé de prendre malgré tout quelques minutes pour faire la connaissance de ces voyageurs peu banals. Eux cherchaient un “office du tourisme”, et j’étais bien incapable de leur dire où ils pourraient trouver ça... je les ai dirigés vers Unter den Linden, peut-être y a-t-il quelque chose là-bas ? Un petit film sur la Karl-Marx-Allee, que j’ai bien vite arrêté à cause des rafales de vent qui me déséquilibraient, deux photos à Strausberger Platz, dont décidément il est souvent question dans ce blog, de trop brèves présentations, quelques encouragements, et nous nous quittions déjà. Du coup, je suis arrivé encore plus en retard, mais cela en a valu la peine.

C’était une brève rencontre, mais un de ces courts moments qui nous donnent cette impression qu’on a bien fait de mettre le nez dehors et d’affronter le monde aujourd'hui, un de ces instants qui, en quelques minutes, nous donnent la certitude que nous n’avons pas perdu notre journée.

Bonne chance et bon vent à nos trois explorateurs !

Le Fernsehturm s'invite toujours dans mes photos ! Je ne sais pas comment il fait mais il est toujours là.

vendredi 27 mai 2011

Humour dans les rues : ABCDEF...

Vu samedi dernier sur la Karl-Marx-Allee, au niveau de Strausberger Platz, un Nord-Américain (du moins si l'on se fie à son accent lorsqu'il parlait à ses potes) à vélo avec un t-shirt rigolo. En général je désapprouve les grossièretés gratuites, mais quand elles sont amenées avec un peu d'humour, ça passe. J'ai moi-même pris la photo en suivant à vélo derrière. La maîtrise de l'art ancestral du vélo sans les mains sur du pavé, ça aussi ça fait partie du B-A-BA de l'intégration des étrangers à Berlin, parfois dans la douleur, littéralement...

vendredi 3 décembre 2010

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit l'Allemagne...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit l'Allemagne,
Je partirai. Vois-tu, mon gentil chef m'attend.
J'irai par le M10, j'irai par le U-Bahn ;
Je ne puis demeurer dans mon lit plus longtemps.

Je marcherai, sans me vautrer sur la chaussée,
Sans rien voir au-dehors que la neige et la nuit
Seul, le pas lourd, emmitouflé, frigorifié,
Sur la couche poudreuse qui étouffe les bruits.

Je ne regarderai ni les punks qui se droguent,
Ni ces marchés au loin, chaleureux et rieurs,
Et quand je rentrerai, je mettrai sur mon blog.
Des photos de l'hiver, d'un Berlin sans couleur.

Hinterhof, 7h30. Le vélo, on laisse tomber cette semaine...


Balkon, 7h10. Je crois que ma menthe et ma lavande sont fichues...



Vue sur Friedrichshain, 7h10.
Je ne donne pas cher du romarin et du thym non plus, à vrai dire.


7h45. Ah zut alors. Moi qui avais tellement envie de prendre mon petit déj
sur le balcon ce matin !


Les collègues hollandais font une bataille de boules de neige
("sneeuwballengevecht") à la pause déjeuner.
Au bureau ! Ils sont fous ces Hollandais.





Le fauteuil abandonné de la Kreutzigerstraße

AVANT :

Ça c'était dimanche soir je crois
  


APRÈS :

Et là, jeudi soir.


La Spree est en train de geler, le Landwehrkanal et Wannsee le sont déjà. Vive la saison du patin à glace grandeur nature !

mercredi 24 novembre 2010

Das Kino comme au bon vieux temps

En cherchant suffisamment longtemps, on finit bien par trouver quelques rares domaines où Berlin parvient à peine à se hisser à la cheville de Paris. La gastronomie par exemple. Hé, les Allemands, si vous voulez voir votre gastronomie au patrimoine mondial de l'UNESCO au même titre que la fabrication des jouets en bois de Hrvatsko Zagorje, vous pouvez encore vous brosser ! Il n'est pas encore né le "Paul Bockühs" teuton qui déclenchera une explosion de plaisir à chaque bouchée, au moins comparable à l'explosion de joie chez l'enfant croate qui s'émerveille devant son joujou en bois trop beau. Bon, ça c'était pas si difficile à trouver, en fait. Euh, quoi d'autre sinon ? Les Vélibs, aaah les Vélibs... on a beau, en vrai Berlinois, posséder un voire deux vélos d'occasion avec de chouettes pneus "Schwalbe" prétendument "unplattbar" mais qui finissent quand même par crever, le Vélib, que l'on peut lâcher où bon nous semble et qui ne nous oblige pas à rester encombré d'un vélo le reste de la soirée si l'on en a plus besoin, c'est parfois drôlement pratique. On aimerait bien en avoir sous la main lorsque l'on se retrouve à attacher et à détacher son Fahrrad tous les 50 mètres tout en faisant la tournée des bars et des boîtes de Kottbusser Tor par une soirée pluvieuse et glaciale de novembre. Voici un pur produit du génie français qui fait cruellement défaut par ici ! Et qu'on ne vienne pas me parler des "DB Bikes", ces trucs rouges bizarroïdes que les trois quarts de la population locale regardent avec une suspicion mêlée de dédain, avec raison.

http://www.dickes-en.de/wp-content/uploads/2009/08/call_a_bike.jpg

Mais ce qui m'a le plus manqué de Paris, en arrivant à Berlin, c'est le cinéma. Bien sûr, le cinéma existe à Berlin comme ailleurs, et certaines salles de Kino sont très belles et ont une histoire riche, tragique et passionnante, à l'image de l'histoire récente de la ville. Mais quand on est habitué aux cinés parisiens absolument partout, aux petites salles et aux méga-multiplexes, qui montrent presque tous les films en VO, du petit film tibétain méconnu à la super-production au budget supérieur aux sommes prêtées par le FMI à l'Irlande, quand on s'est gavé de cartes UGC-Mk2 Illimité, il est douloureux d'atterrir dans un quasi-désert cinématographique où presque toutes les salles passent des films doublés en allemand, pour le plus grand bonheur d'un public paresseux et allergique aux sous-titres. Les rares cinémas qui montrent tout de même un peu de VO de temps en temps sont une toute petite minorité assiégée et menacée par les cohortes de George Clooney et de Gérard Depardieu qui s'expriment dans un allemand parfait avec une voix horripilante et méconnaissable. Et encore, même lorsque l'on a réussi à localiser les meilleurs cinémas qui passent les films en version originale, force est de reconnaître que ça nous fait une belle jambe lorsqu'il s'agit de voir ce pur chef d'œuvre israélo-moldave qui a failli remporter l'Ours d'or à la dernière Berlinale, en version originale roumano-yiddish sous-titrée en allemand... Héhé, dit comme ça, ça a l'air d'une blague mais j'exagère vraiment à peine puisque le lauréat 2010, Miel, est un film turc, et le lauréat 2009, La Teta asustada, un film péruvien partiellement en langue quechua. L'expérience le prouve, les sous-titres en allemand, ça devient vite pénible dès lors que l'on a vraiment besoin de les lire pour suivre le film. Bref, cinéphiles, passez votre chemin, sinon apprenez d'urgence l'allemand ou alors habituez-vous à la pénurie.

Ainsi, petit à petit, l'on fait son deuil du cinéma, et l'on se résigne à voir un film ou deux au maximum par mois sur grand écran. En cas de manque, il reste les DVD, et le reste de l'offre culturelle berlinoise surabondante pour compenser.

Mais de temps en temps, Berlin oblige, l'amateur de toiles fait des expériences qui ne peuvent se faire nulle part ailleurs, même à Paris. Ainsi, hier soir j'ai eu l'occasion de voir un film muet des années 1920 au Kino Babylon Mitte, à Rosa-Luxemburg-Platz. Cet établissement historique et résolument intello projette une ou deux fois par mois, dans sa plus grande salle, un film muet en noir et blanc, avec accompagnement live au piano et à l'orgue d'un musicien de la maison. Avant le film, on a droit à un petit speech d'un gars qui nous rappelle, en se bombant le torse, que ce cinéma existe depuis l'époque des films muets, et est le dernier établissement d'Europe disposant du matériel complet de l'époque, y compris un écran spécifique pour films muets (différent des écrans de films parlants, paraît-il, mais ne me demandez pas où est la différence). Mazette !



Le film, c'était Les Lois de l'hospitalité, ou Our Hospitality de Buster Keaton (1923). En VO bien sûr, et SANS sous-titres s'il vous plaît (oui, même les Allemands ne savent pas s'y prendre pour doubler les films muets). Une histoire d'honneur familial, de passions, de violence, d'amour impossible et de réconciliation, tout ceci en 75 minutes environ et bien sûr sans paroles. Le cinéma muet, c'est vraiment autre chose avec les mimiques exagérées des acteurs, les gestes saccadés, les gags "subtils" et désopilants à la manière des aventures de Tom & Jerry ou de Bip-Bip et Coyote, quelques scènes qui rappellent que les temps ont changé, heureusement (par exemple les femmes ultra-cruches ou les domestiques noirs au service du riche "missié" blanc), la bobine qui saute de temps en temps et en général dans les moments clés, mais aussi pas mal de prouesses techniques sur les décors, les trucages et les cascades à couper le souffle, que l'on n'attendait pas forcément à cette époque lointaine.

Le plus impressionnant, c'est que pendant toute la durée du film, un musicien alternait entre l'orgue et le piano (plus quelques instruments d'appoint, des cloches, etc), improvisant au gré des situations, accentuant la tension de certaines scènes de suspense avec des notes graves, soulignant la légèreté d'autres situations, modulant le rythme pour évoquer le tonnerre, les chutes, quelqu'un qui frappe à une porte, une surprise, un choc, etc. Vraiment doué le gars. Le mensuel anglophone Exberliner, première publication à laquelle je me suis abonné depuis l'époque de la prépa où l'on était obligé de prendre un abonnement à Time ou à Newsweek pour améliorer son anglais, a interviewé le pianiste dans son numéro de janvier :

Le pianiste du Kino Babylon Mitte


Alors, évidemment, oubliez le son dolby surround, mettez-y à la place l'acoustique traditionnelle d'une vieille salle conçue pour s'en passer. Laissez tomber les effets spéciaux qui décoiffent, la 3D et toutes ces choses. Mais le cinéma comme au temps des pionniers, c'est un vrai voyage dans le temps et à peu de frais (12€ dont 6€ pour le "concert" live).

Ici, une scène du film, l'épique voyage en train du jeune McKay vers sa ville natale, où il se jette dans la gueule du loup. La musique était très différente au Babylon Mitte, l'ambiance live, c'est incomparable, et le pianiste assurait vraiment.


Prochain objectif : les projections de Metropolis et de Nosferatu le Vampire.
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