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vendredi 12 avril 2013

Dakar : du sable et des couleurs (et d’autres trucs aussi)

Amis Lecteurs, chères Vahinés, on vous ment, on vous trompe, on vous roule dans la farine. En ces temps où les révélations fracassantes et les désillusions profondes se succèdent, même votre blogueur préféré doit vous avouer qu'il vous a lui aussi caché la vérité. Le salaud, l'ordure.

L'heure est donc venue de faire tomber les masques : depuis octobre dernier, je tiens, en cachette de vous, furtivement, dupliciteusement, cahuzaquement, un deuxième blog. À la fin de l'été dernier, l'idée m'est venue de participer à la deuxième édition du concours Mondoblog, une plateforme de blogs francophones du monde entier, en forme de compétition, organisée et encadrée par Radio France Internationale, imitant ainsi Manon de Génération Berlin. Après quelques hésitations, j'ai donc ouvert et commencé à écrire un deuxième blog, que j'ai nommé, foudroyé par un rare éclair d'inspiration, « Ich bin ein Berlinoir » (ha, ha, ha). D'ailleurs, c'est un peu exagéré de dire que « j'écris » un deuxième blog, puisque jusqu'ici j'ai un peu triché (furtivement, dupliciteusement, etc., etc.) et me suis contenté de recycler paresseusement des billets déjà publiés dans les Chroniques Berliniquaises. Cela explique d'ailleurs pourquoi je n'ai même pas jugé nécessaire de vous parler de mon blog clandestin, que visitent jusqu'ici principalement les autres blogueurs du réseau Mondoblog.

mardi 10 mai 2011

L'Europe se déchaîne-gaine

Marine Le Pen veut repousser "humainement" les bateaux de
clandestins vers "les eaux internationales". On demande à voir.
L'Europe est en danger. L'Europe est assiégée. L'invasion a déjà commencé. Depuis le début de l'année, plus de 30.000 pauvres hères, Tunisiens, Libyens, Éthiopiens ou même des mères de famille allemandes (dans un remake européen épique et maritime de Jamais sans ma fille), ont entrepris avec succès la traversée périlleuse et illégale de vingt heures entre le tumulte des côtes nord-africaines et l'abondance des rivages européens les plus proches, à bord de frêles esquifs dangereusement surchargés, de modestes "radeaux de Lampéduse", sans gilet ni canot de sauvetage. Ladite traversée peut d'ailleurs durer bien plus que vingt heures, et tourne souvent au cauchemar. On ne saura jamais combien ont péri par le fond, mais les requins n'ont pas à se plaindre. Trente mille jeunes musulmans basanés qui débarquent, et la coupe est pleine dans nos pays blancs, vieux et vaguement "chrétiens". Trente mille indésirables viennent jusque dans nos bras, certes pas pour égorger nos fils et nos compagnes (pas encore...), mais du moins, parasiter nos sociétés prospères, se gaver de minima sociaux et importer la délinquance, la misère, les maladies, mais aussi "la charia" et ô combien d'autres plaies inconnues sous nos latitudes autrefois paisibles et civilisées. L'horreur. Certains l'ont déjà compris : "les Français ne se sentent plus chez eux", nous susurre notre ministre de l'Intérieur bien-aimé, l'homme qui a compris la détresse de ses compatriotes.

Mais tout n'est pas encore perdu: tels des Charles Martel du XXIème siècle, chevauchant fièrement leurs grands destriers blancs, les nobles chevaliers providentiels qui ont à cœur de sauver notre continent de l'invasion, le sieur Sarko et Don Berlusconi, ont déjà pris la première décision allant dans le bon sens: libérer l'Europe des entraves de la servitude, de ces accords de "Chaîne-Gaine" qui menaçaient de la livrer pieds et poings liés aux hordes furieuses d'islamistes pouilleux et hirsutes qui débarquent avec chaque marée.

Aéroport de Berlin-Tegel le vendredi 6 mai 2011.
"Passeport s'il vous plaît"
Et ce ne sont pas que de vaines paroles: ainsi, à mon arrivée de Madrid vendredi dernier, j'ai eu la surprise de me frotter à la maréchaussée teutonne, qui interrogeait chaque passager et exigeait qu'on lui montrât passeports et documents d'identité, comme au bon vieux temps des frontières et des visas, une époque que l'on croyait révolue. Le brigadier Schulz a insisté lourdement, à me demander trois fois si j'étais vraiment parti de Madrid ou si je ne m'étais pas envolé auparavant d'un pays plus lointain, plus méridional, plus suspect. J'ai tenu bon et Schulz m'a laissé passer, avec sur son visage une moue de lassitude. C'est que la tentation est forte, en Allemagne aussi, de jouer la fermeté sur la question épineuse des clandestins et des demandeurs d'asile, et rares sont ceux qui comptent laisser le monopole du populisme aux voisins latins. Alors dans ce contexte, chacun y va de son petit coup de hache perso dans l'édifice européen, pour mieux défaire le résultat de décennies de laborieuses avancées. Le message adressé aux envahisseurs est clair: tremblez, Maures, vous avez rencontré votre Poitiers, votre Las Navas de Tolosa, votre Lépante, et l'Europe ne reculera devant rien pour vous faire barrage comme en ces occasions salutaires où elle l'a fait dans le passé.

Je suis pour que l'on fasse respecter les lois des pays européens et que l'on ne laisse pas entrer ainsi qui veut comme dans un moulin (essayez d'immigrer au Canada pour voir), même ces tragiques héros qui risquent tout pour voguer précairement vers d'arides cailloux méditerranéens, poussés par la misère abjecte et attirés par un fabuleux mirage. Mais les gesticulations démagogiques de certains politiciens, et ce sabordage éhonté des plus beaux symboles de l'unité européenne sur le dos que quelques milliers de désespérés, c'est un gâchis sensationnel qui, on l'espère, ne laissera pas trop de traces à long terme.

Tout de même, quand on y pense bien, on peut se rappeler que trente mille personnes, cela représente trois semaines d'accroissement démographique de l'UE (hors immigration), ou cinq semaines d'augmentation naturelle de la population française. C'est aussi le nombre de Martiniquais qui ont péri le même jour en l'espace de quelques minutes, un jeudi 8 mai 1902, lors de l'éruption de la Montagne Pelée. Un vrai cataclysme pour une toute petite île pauvre, grande comme un huitième de la Corse, mais à l'échelle de l'Europe, qui décidément ne se grandit pas à mesure que les rebondissements se succèdent lors du Printemps arabe, cet afflux inhabituel d'immigrés clandestins devrait pouvoir être géré dans la concertation, de façon pérenne et dans le respect de "valeurs" méconnaissables à force d'être piétinées, plutôt que par les vociférations démagogiques et le recours à des expédients foireux, même à court terme.

Fichier:Grandes invasions Empire romain-fr.svg
Europe, Vème siècle ap. J-C. Un contrôle insuffisant aux frontières, une politique laxiste en matière d'immigration, et le résultat est sans appel : l'Empire romain en a perdu son identité nationale, et même plus. Notons que des rives de la Tunisie actuelle débarquaient les "Vandales". Si c'est pas un signe, ça...

vendredi 29 avril 2011

L’Empereur Bokassa, le Duc de Cambridge et le Comte du Cocotier

Je vais être franc avec vous, chères lectrices que je sais toutes jeunes, jolies, mais aussi intelligentes n’est-ce pas, comme un croustillant mélange d’Emma Watson, de Kate Middleton et de Marie Curie : cette semaine, je me suis superficiellement intéressé au Royal Wedding. J’ai parcouru distraitement quelques articles publiés dans mes journaux favoris, qui en général s’adressent à un public qui se veut intelligent : The Guardian, Der Spiegel et Le Monde.

L'obscur archipel néo-zélandais de Niue honore le couple princier...
en attribuant à William et à Kate leur juste valeur respective.
Certains desdits articles étaient franchement “pipole” et faisaient languir le lecteur décérébré sur des questions brûlantes comme “Quel créateur signera la robe de mariée?” ou “Quel sera le menu du banquet royal ?”. Ceux-là, je les ai évités comme si leur simple lecture pouvait m’affliger immédiatement d’une maladie cérébrale dégénérative incurable (d’une certaine manière, ça doit être le cas). D’autres éditoriaux étaient farouchement anti-monarchistes, et leurs accents résolument robespierresques exhortaient le lecteur, à défaut de pouvoir faire tomber d’un coup sec et tranchant toutes ces têtes couronnées, à se désintéresser de ces niaiseries anachroniques et dispendieuses. Je les ai lus avec intérêt, même si je ne partage pas forcément la virulence de leur propos. La troisième catégorie d’articles, mes préférés, était entièrement factuelle, et informait d’un ton neutre l’humble populace grouillante que parmi les invités à la cérémonie, parmi la crème de la crème de ces êtres supérieurs que vous et moi n’égalerons jamais, figurent des individus aussi fréquentables qu’un ancien tortionnaire bahreïni devenu ambassadeur, ou le roi Mswati III du Swaziland, despote absolu et sanguinaire d’une nation croupissant dans une abjecte pauvreté, séropositive à 30% et qui jouit d’une espérance de vie d’une quarantaine d’années, une miséricorde tant la vie doit être affreuse dans ce petit royaume montagnard. J’aurais voulu vous dire, me hissant sur un haut piédestal de supériorité intellectuelle, que j’ai entièrement snobé l’événement, que la famille royale britannique est tellement insignifiante, “so irrelevant”, qu’elle n’est même pas digne de mon mépris, mais non, ce serait un mensonge.

D’ailleurs, grâce à ce mariage et à l’indécent battage médiatique qu’on nous a infligé, j’ai pu avoir un débat intéressant avec un ami espagnol et enfin comprendre à peu près pourquoi et comment diable on peut être monarchiste au XXIème siècle. La réponse est courte et limpide : les monarchies sont attachées à leurs rois comme des symboles de la nation, et le fait que ces personnes ne soient pas élues par le peuple semble aussi normal que le fait de ne pas avoir à voter tous les cinq ans pour désigner un nouveau drapeau ou un nouvel hymne national, puisqu’il s’agit tout simplement d’un symbole, quoique de chair et d’os. Raisonnement impeccable s’il en est. Je n’ai rien trouvé à redire. Très bien, chers Espagnols, Britanniques, Bénéluxiens et Scandinaves, si cela vous convient si bien, alors vous m’en voyez fort aise, et ce n’est pas moi qui tenterai de vous convertir aux vertus de la République à la sauce Sarko, qui fait plutôt figure de repoussoir chez les plus clairvoyants d’entre vous, et ce à juste titre.

Fort-de-France, le 19 avril
Dès lors, que m’inspire cet événement d’une importance au mieux très moyenne, à propos duquel je me suis laborieusement évertué à finir trois paragraphes toute la semaine, en vain jusqu’ici ? Pas grand-chose, à part une réaction à cet article du Guardian qui détaille et analyse la pluie de titres de noblesse qui s’abat sur les tourtereaux comme une giboulée printanière, like rain on your wedding day comme l’a d’ailleurs ironiquement chanté Alanis Morrissette : la Reine, pimpante et élégamment chapeautée, a fait son petit-fils William et sa belle-petite-fille Kate, en guise de cadeau de mariage, 
Duc et Duchesse de Cambridge, Comte et Comtesse de Strathearn et Baron et Baronne Carrickfergus
Elle s’est arrêtée là de justesse, alors qu’elle aurait très bien pu les honorer du titre de Docteur et Doctoresse en Droit à l’université de Bayreuth, si tel était son bon vouloir, et ce sans même qu’ils ne se donnent la peine de plagier une thèse, mais il est vrai que ce dernier titre s’est quelque peu galvaudé par les temps qui courent... L’implication logique de tout ceci, c’est que William, qui depuis sa sortie triomphale du noble utérus de feu sa mère, porte le titre de “Prince William of Wales”, gagne aujourd'hui trois lignes sur sa carte de visite, tandis que son épouse Catherine entre dans la Family en recevant les distinctions qui jusqu’ici lui avaient cruellement manqué. On comprend aisément, si on veut bien respecter de vieilles traditions, que l’épouse du deuxième prétendant au trône d’Angleterre mérite mieux qu’un simple « Madame », ce terme banal qui convient mieux à une vulgaire bouchère de banlieue. Du coup, dans le cas de Kate M., ces titres rutilants sont mérités dans la mesure où, pour les recevoir, elle ne s’est pas simplement contentée de naître : elle a tout de même dû pécho le fils de Lady Di, un exploit peu commun qui en soi n’est pas à la portée de la première fille de millionnaire et étudiante en histoire de lart venue. Elle devient officiellement une altesse royale mais ne reçoit surtout pas le titre de princesse, alors attention à ne pas vous tromper dans le protocole hein, bande de gueux et de gueuses. Etc, etc, etc.

Madrid, le 27 avril. El País Semanal fait ses choux gras des noces de
"Guillermo y Catalina"
Fi, vous dis-je, fi ! Outre le fait que ce soit la grande classe d’offrir un duché, un comté et une baronnie comme cadeau de noces, bien plus la classe qu'un bon de 50€ sur Printemps à Deux ou une parure de lit achetée en deux clics chez 1001Listes.fr, à quoi riment-ils, tous ces titres, vains et dans le fond assez ridicules ? Guillermo y Catalina, comme les nomme joliment la presse espagnole, deviennent Ducs de Cambridge pour de faux. La ville de Cambridge garde son maire et sa structure démocratique, merci pour elle, et il n’est pas question d’y réintroduire la taille, la gabelle, les corvées et le droit de cuissage, Dieu soit loué. Alors, quid de toutes ces distinctions ? Si jamais, en un jour béni, nous autres manants étions brièvement élevés du caniveau où nous sommes vautrés, et amenés à rencontrer William Windsor, devrons-nous lui faire trois révérences de plus, une au duc, une au comte et une au baron ? Si jamais Catherine Middleton Windsor devait un jour débarquer dans notre salon pour des leçons d’élocution comme Helena Bonham Carter alias l’épouse de George VI dans The King’s Speech, devrons-nous lui faire trois fois plus de baisemains ? Devons-nous les respecter trois fois plus ? Ou peut-être notre respect et nos salamalecs ne doivent pas être augmentés de manière arithmétique, mais plutôt logarithmique, pour respecter la hiérarchie des différents titres conférés, en vertu du Théorème d’Henry VIII ?

Son Excellence, le Président à Vie,
Maréchal, Docteur El-Hajji, Idi Amin Dada,
Conquérant de l'Empire Britannique,
Roi d'Écosse, etc, etc.
En somme, cet empilement de distinctions et de titres est aussi débile que dans le cas de ces potentats africains qui se décernaient à eux-mêmes des titres ronflants, ces Colonels usurpateurs, Généraux d’opérette, Maréchaux autoproclamés, ces Derniers Rois d’Écosse d’imposture. Mouammar Kadhafi n’était un simple capitaine ? Et hop, promu par lui-même au grade de colonel, il a tout de suite acquis de la stature. Idi Amin Dada se sentait-il quelque peu à l’étroit dans son uniforme de major-général ? Qu’à cela ne tienne, un costume de Maréchal fort seyant, taillé sur mesure et par ses propres soins lui permit aussitôt d’y coudre toutes les décorations qu’il s’est lui-même attribué. Et Bokassa Ier, empereur de Centrafrique ? Ah, Bokassa...

Oui, c’est tout de même moins crevant de collectionner ainsi les titres que de travailler pour les mériter. À ce petit jeu, même les faux docteurs qui semblent abonder dans la classe politique allemande (pas si classe que ça justement, puisqu'après l'élégant baron von Googleberg, c'est au tour de Silvana Koch-Mehrin d'être démasquée) font figure de laborieux crétins et de vertueux imbéciles qui n’ont rien compris à l’art d'acquérir du prestiiiige en cinq minutes chrono.

Maintenant que j’ai pigé le truc pour se hisser définitivement au-dessus de la masse fétide des mortels, je ne vais pas me priver. Pécho le prince Harry étant relativement improbable, un anoblissement par la Reine d’Angleterre semble peu envisageable. En plus il paraît que c’est vraiment un gros boulet ce Harry. Au lieu d'abandonner au premier contretemps, je passe donc au plan B : me faire adouber par une Reine, n’importe laquelle. Cela tombe bien, j’en connais une : ma propre mère bien sûr, qui pour moi vaut toutes les Reines de ce monde. Je suis allé mander ma génitrice :

Oui, ma mère ressemble un peu à
Galadriel, dans Le Seigneur des Anneaux
« Dis, Maman, j'en ai marre d'être un loser et un moins que rien. Tu voudrais bien me décerner quelques chouettes titres de noblesse histoire que ma pitoyable existence commence enfin à ressembler à quelque chose et que je puisse chopper plein de minettes ?
– OK mon fils, aujourd’hui, je te fais Baron du Balcon de la Maison, Comte du Cocotier au Fond du Jardin, Chevalier de la Chaise-Cassée dans le Garage, et Grand Chambellan de ta Chambre d'Ado.
– Wouaouh, rien que ça ! Ça pète ! Mais dis, tant qu'on y est, un titre académique me dépannerait bien, là tout de suite...
– Je te décerne ce diplôme de Docteur ès Techniques du Lavage de Vaisselle et t'attribue cette chaire de Professeur Émérite en Repassage de Chemises à Manchettes à l'université de la Buandery.
– Chanmé de ouf !
– Tu conserveras ces titres jusqu'à la prochaine lune. Tâche d'en faire bon usage !
– Merci M'man, tu es vraiment la meilleure ! Bisou ! »

Voilà, c'est chose faite depuis aujourd'hui : j'ai trop la classe et je suis l'égal de toutes ces têtes couronnées. Me voilà un homme neuf, que dis-je, un homme tout court, un gentilhomme. OK, je vous laisse, mon Eurostar vient d'entrer en gare de Saint-Pancras, et je dois vite filer à la réception du mariage de ces chers Will et Katie. J'espère qu'ils vont apprécier le coffret arts de la table de chez Christofle que je le leur ai trouvé chez Lafayette Mariage. Il m'a coûté un bras.

Oh là, l'ami, mon cher Duc, ravi de vous revoir ! Que vous avez bonne mine.
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