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dimanche 15 septembre 2013

Harry Potter et le portrait de la Bundeskanzlerin

Dans le monde enchanté des apprentis sorciers de Hogwarts (je n’arrive pas à me faire à «Poudlard»), des quidams perchés avec décontraction sur des balais volants fendent gaiement les airs, et les portraits magiques, en photo ou peints à l’huile, font un brin de causette à quiconque les observe d’assez près. Évidemment, grommeleront les moins fantaisistes d’entre nous, tout ceci est bien joli, mais ce n’est que de la fiction, et d’ailleurs cela le restera. Pas si sûr ! J. K. Rowling en a rêvé, et la CDU l’a fait. Certes, les balais supersoniques Made in Dschörmany ne sont pas encore prêts à quitter les lignes d’assemblage des usines Porsche, mais en revanche, les photos parlantes, c’est désormais une réalité de cette campagne électorale 2013 en Allemagne ! 

Et vous aussi, chers Lecteurs, vous pouvez désormais entendre la douce voix maternelle de la Chancelière vous susurrant à l’oreille son projet de prospérité économique et d’avenir radieux pour les ti n’enfants de la Teutonie de demain. Comment vous y prendre pour assister de visu à ce prodige surnaturel ? Pour ce faire, vous aurez besoin d’une affiche, d’un smartphone, et d’une carapace mentale blindée et/ou d’œillères pour ignorer les regards intrigués ou moqueurs des passants. C’est parti.

vendredi 30 août 2013

Élections au Bundestag : la guerre des “Plakate”

Plusil que trois semaines avant les élections législatives en Allemagne. Le suspense est à son comble. Qui l’emportera: Angie ou bien Frau Merkel? Ou alors peut-être tout simplement Angela Merkel? La CDU recueillera-t-elle 41 ou 42% des suffrages? Une petite pointe à 43% est-elle possible? À l’issue du scrutin, aura-t-on une grande coalition avec la SPD, ou alors une Große Koalition? Tous les paris sont ouverts. Les scénarios les plus fous sont envisageables. Les bookmakers sont extatiques. Youpi.

Comme c’est vendredi et qu’il fait beau, je vous fais, amis lecteurs, un petit billet un peu paresseux avec peu de mots et un maximum de photos sur la guerre des Wahlplakate qui fait rage dans les rues de Berlin, ou l’art de parodier les affiches électorales qui prolifèrent sur la voie publique. Il y a plusieurs angles d’approche.

lundi 25 juin 2012

Klotür & Kanzlerin : Burgeramt Frühstücksklub

Si vous, Berlineuses et Berlineux d’adoption (et aussi de pure souche teutonico-slavo-huguenote, bien sûr), avez le privilège d’habiter dans un quartier hype et branché de la capitale, un secteur trendy et belebt où la fête ne semble jamais s’arrêter, un de ces Szenebezirke réputés pour leur übergeile nightlife que le monde entier, engoncé dans son mode de vie bourgeois, empêtré dans son quotidien terne et sans relief, fossilisé dans ses nuits passées au chaud devant la télé, ne peut que nous envier, vous avez peut-être remarqué ce curieux phénomène de prolifération des «Burgerläden» dans votre environnement familier, qui croissent et se multiplient sur le pavé de la capitale au même rythme que les flaques de régurgitations laissées sur le trottoir par ces fêtards juvéniles ayant abusé de shots de Jägermeister lors de leurs nuits de bringue sur les rives de la Spree. Les «Burgerläden»: ainsi nomme-t-on, dans la métropole prussienne, ces friteries, grandes ou petites, spécialisées dans la préparation et la vente de sandwichs garnis à base de steak haché servi entre deux tranches de pain rond aux graines de sésame, et dont le nom habituel évoque fortement la deuxième ville de la Bundesrepublik Deutschland.

Un restaurant gastronomique à Friedrichshain
Ouvrons une petite parenthèse historique: Installez-vous confortablement dans votre fauteuil, fermez les yeux, et imaginez. Imaginez un peu que la ville libre et hanséatique de Hambourg (selon sa dénomination officielle), à l’issue de la deuxième Guerre mondiale, ait subi le même sort que Berlin: divisée par les Alliés en plusieurs secteurs d’occupation, avant d’être déchirée en son milieu par un Mur infranchissable et meurtrier, œuvre diabolique des socialo-communistes. Imaginez un Président Kennedy y professant, depuis le balcon de l’Hôtel de Ville de la grande cité portuaire, sa solidarité indéfectible avec la population emmurée par les Bolcheviques, et proclamant pour l’éternité “Ich bin ein Hamburger!”. Ah, comme c’eut été émouvant, sans pour autant perdre en solennité. Fermons la parenthèse historique, et revenons à nos «Burgerläden».

jeudi 26 mai 2011

Perspectives nouvelles sur l'affaire “Déhescat”

Si vous lisez ces lignes, c'est que vous utilisez internet et il y a de très fortes chances pour que soyez francophone. Et si vous avez accès à internet et aux médias francophones, alors vous savez quelle info spectaculaire a complètement retourné la planète financière, politique (française du moins) et médiatique (française là encore) il y a déjà dix jours, donc je vous en épargnerai un énième résumé.

Quand je vois un tel déchaînement, je suis content d'être à l'étranger

Je ne comptais pas écrire sur le sujet vu que tout le monde le fait si bien au point d'éclipser tout autre événement susceptible (j'ai failli écrire suceptible) de se produire en France, mais j'ai changé d'avis. Alors que je commentais la nouvelle avec des amis français ébranlés par la succession des révélations sordides, de détails graveleux et d'euphémismes transparents (comme les traces “d'ADN”), notre discussion a évolué vers une exploration méthodique des différents scénarios possibles du déroulement des événements qui se sont déroulés dans l'intimité de la suite 2806 du Sofitel de la 44ème rue, samedi dernier, et ont conduit Dominique Strauss-Kahn à être accusé d'agression sexuelle envers une femme de chambre, “qui travaille dur” et “craint Dieu”, et toutes ces mauvaises traductions de l'anglais qui fleurissent dans la presse réputée “de qualité” et me hérissent (qu'est-il arrivé aux mots “travailleuse” et “pieuse” ? je ne saurais vous le dire). Nous avons émis beaucoup d'hypothèses, et la conclusion est sans appel : devant tant de scénarios tous aussi plausibles les uns que les autres, bien plus crédibles qu'une improbable “relation consentie” entre la soubrette et le séducteur en voie de décrépitude, il est clair de Déhescat a été jeté un peu vite en pâture ou alors que les théoriciens du complot ont un peu trop travaillé du chapeau... La vérité, limpide, éblouissante, est peut-être à chercher dans les propositions qui suivent !

Voici nos différentes conclusions :

Les propositions 1 à 4 disculpent entièrement l'accusé, victime d'un tragique malentendu. Les hypothèses 5 à 9 n'innocentent pas DSK, car elles reconnaissent qu'il y a bien eu agression sexuelle avérée, mais elles plaident un motif noble qui justifie entièrement cet acte (si vous avez loupé un épisode, je vous rappelle que je suis un violeur compréhensif - donc la fin justifie le câlin en quelque sorte).

Hypothèse 1
Dominique Strauss-Kahn, chef du FMI, est préoccupé : il a demain un rendez-vous important avec Angela Merkel, où il va être question des malheurs de la zone euro, de plans de sauvetage, d'austérité et de risques déflationnistes. En sortant de sa douche, il tombe sur la femme de chambre, avec qui il veut éprouver la pertinence de ses arguments de maîtrise de l'inflation de la dette en zone euro. Hélas, la malheureuse le comprend mal et, comme Rachida Dati, entend un autre mot qui y ressemble beaucoup mais ne veut pas dire la même chose. Il faut dire que ce gros lourdaud de DSK ne dissipe pas le malentendu lorsqu'il laisse tomber sa serviette et tente de briser la glace par une partie de lutte gréco-romaine en tout bien tout honneur.

Verdict : Ça se tient, mais c'est tout de même tiré par les cheveux. En l'absence d'une bande vidéo, cela reste impossible à prouver.

Crédibilité : 10%

Hypothèse 2
Selon Rafik, Dominique Strauss-Kahn attendait une call-girl sado-maso pour un petit moment de détente avant son vol transatlantique, et quand il a vu la maid, il a cru que c’était celle qu'il attendait… Empoignant la jeune femme, il a pensé que les débattements de la malheureuse faisaient partie du jeu, et qu’après il pourrait obtenir satisfaction. Et quand il s’est rendu compte que c’était pas la compagne de jeu qu’il attendait, il s’est enfui sans demander son reste !

Verdict : Classique et regrettable malentendu digne des meilleurs comédies de boulevard où l'on se tape sur les cuisses. Il ne manque plus que les applaudissements enregistrés. Une pièce à succès est déjà en cours de préparation avec Georges Beller dans le rôle de DSK, Danièle Évenou en Anne Sinclair, et Pépita de Pyramide alias Nafissatou Diallo mi-soubrette, mi-call girl. Ça va envoyer du lourd !

Crédibilité : un bon 75% et une pluie de royalties à venir pour l'ancien chef du FMI, de quoi le remplumer quelque peu après les frais de justice qui l'attendent.

Hypothèse 3
Ce qui s’est passé doit être proche du quiproquo ou de l’accident domestique, a rétorqué Mohammed, sûr de lui, et qui de surcroît y connaît un rayon en us et coutumes guinéens :

La jeune Nafissatou entre dans la chambre. Prise d’une fatigue soudaine elle décide de s’étendre par terre pour se reposer (pratique courante dans la savane de son pays natal). Sur ce, DSK sort de sa douche. L’homme âgé et encore humide de sa toilette, surpris par le spectacle de la jeune nymphe étendue à terre, trébuche alors même que celle-ci bâillait aux corneilles (sans mettre sa main devant sa bouche, comme d’usage par chez elle). C’est alors que la M. Strauss-Kahn, dans sa chute, et toujours sous l’emprise de son viagra de la veille ayant servi à honorer son épouse (qui est bien entendu l'amour de sa vie et la seule et unique femme qui ait jamais partagé sa couche) se retrouve accidentellement à se voir prodiguer une fellation.

Quod erat demonstrandum !

Verdict : Je ne vois pas comment la justice pourrait condamner un innocent, victime malencontreuse d’un accident qui pourrait arriver à tout le monde…

Crédibilité : 50%

Hypothèse 4
Une tragique histoire de savonnette...
 


Crédibilité : 60%


Hypothèse 5
Rafik nous propose une analyse psychologique de Dominique Strauss-Kahn :

En fait, DSK nous a fait une “Zidane” !

Finale de la coupe du monde, quelques minutes avant d’être Champion du Monde vs. Début de la campagne présidentielle, quelques mois avant d’être élu Président de la République française (oui, Rafik y croyait vraiment, la déception est donc immense).

Un coup de boule pour l’un, un coup de chybre pour l’autre ! Il s'agissait de deux idoles au sommet de leur gloire ayant soudain quelque part choisi de casser le mythe qu'ils représentaient. C’est évident, non ?

Crédibilité : 30% tout de même.

Hypothèse 6
À mon tour de proposer une théorie :

DSK sort de la douche et trouve dans sa suite une jeune femme, noire et belle, prise de violentes convulsions sur le sol : il reconnaît immédiatement les spasmes de l'épilepsie. La malheureuse ne respire plus et s'asphyxie. Le héros tente le bouche à bouche mais en vain, la belle ne respire toujours pas et semble avoir la langue coincée au fond de la gorge, le risque encouru par tout épileptique. DSK, secouriste peu expérimenté, tente alors de lui dégager les voies respiratoires avec le seul objet non contondant qu'il a sous la main, son membre. Chaque seconde compte, alors il y va sans hésiter un instant. Le stratagème fonctionne mais la miraculée reprend alors conscience avec un chybre de sexagénaire au fond du pharynx : elle prend donc peur et accuse son sauveur d'être un violeur, ce qui est compréhensible mais hautement navrant.

Verdict : DSK est la victime de son héroïsme naïf. Quelle cruelle ironie ! Pas besoin d'aller plus loin pour expliquer la présence “d'ADN”...

Crédibilité : 60% et une belle médaille du mérite en perspective, pour avoir ainsi sauvé une mère de famille.

Hypothèse 7
Je ne vais rien modifier à la prose haute en couleurs employée par Ben, en espérant que vous l'apprécierez autant que moi : 

Voyant à plusieurs centaines de kilomètres la stratégie UMP avec la prégnancy soudaine de Carlita, et ne pouvant combattre le capital sympathie qui suit chaque naissance en France, surtout quand il s'agit d'une naissance WASP qui vient contrebalancer les millions d'enfants qu'expulsent les te-cha non blondes en France, DSK décide de take la femme de ménage, de se retrouver à Rikers, de claquer son suicide, et d'être disculpé after à titre posthume... ce qui permet au parti socialiste de gagner haut la main 2012, bénéficiant d'un effet style affaire Dreyfus!

Laaaaaaaaaaaaaaaaaa Cé-Ku-Ef-De

Verdict : Merci Ben.

Crédibilité : pas moins de 95%

Hypothèse 8
C'est la perspective de sa rencontre avec Angela Merkel, prévue le lendemain de “l'incident”, qui a déclenché un pétage de plombs sans précédent chez DSK. À partir de là, deux interprétations sont possibles: soit Dominique Strauss-Kahn a tenté ce geste désespéré pour être assuré de ne plus jamais rencontrer la chancelière de sa vie, soit DSK fantasmait secrètement sur Frau Merkel et son opulente poitrine, et savait pertinemment les risques qu'il lui faisait courir à chaque fois qu'il se retrouvait en sa mammaire compagnie. En ce samedi, au Sofitel, alors que ses fantasmes atteignaient des sommets jusqu'ici inconnus, il a tout simplement de deux maux choisi le moindre : assouvir immédiatement ses pulsions sur la malheureuse femme de chambre plutôt que de pogner (je rentre d'une projection de film québécois) sauvagement la plantureuse chancelière et de plonger le monde dans une crise diplomatique d'ampleur inégalée depuis l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo en 1914 !

Crédibilité : 85%

Hypothèse 9
DSK a été recruté par le Fight Club. Sa mission dans le cadre du project mayhem est, au lieu de fabriquer de vulgaires bombes avec du savon (une pratique quelque peu discréditée depuis 2001, même pour les desseins les plus nobles), d'interpréter l'injonction fuck the system de la manière la plus littérale possible, par le viol. Et quoi de plus emblématique de ce système capitaliste pourri qu'une immigrée guinéenne travaillant dans un hôtel de luxe new-yorkais ? Je vous le demande. C'était vraiment la cible parfaite.

Crédibilité : 99%. Malheureusement pour DSK, il ne pourra jamais se défendre en invoquant cet argument, sinon il enfreindrait les règles 1 et 2 du Fight Club. Tout comme son camarade Georges Tron d'ailleurs.

Bref, pour que la vérité se fasse jour, la police de l'État de New-York n'a pas intérêt à bâcler l'enquête car il y a tout simplement 9 chances sur 10 que DSK soit innocent ou tout du moins bénéficie de circonstances fortement atténuantes !

PS : Je suis de retour sur le blog, de manière un peu plus régulière, je l'espère.

mercredi 30 mars 2011

Les mensonges de l'industrie du nucléaire enfin mis à nu


Dresde aussi est anti-nucléaire
Et si nous parlions nucléaire ? Aïe. En voilà un sujet épineux, explosif même, de ce côté-ci du Rhin. Pour faire simple, dans un débat qui ne devrait pas l'être, le nucléaire, les Allemands n'aiment pas et n'en veulent pas, un point c'est tout. Tant pis si cela implique de recourir massivement aux énergies fossiles. Tant pis si l'arrêt soudain des centrales fait courir au pays le risque de coupures d'électricité massives. Tant pis si l'Allemagne est cernée de puissances nucléarisées jusqu'à la moelle, et qu'en cas de nouvelle catastrophe dans un pays proche, les chances que le nuage radioactif s'arrête aux frontières et épargne miraculeusement l'Allemagne, comme cela a été le cas en France avec Tchernobyl bien entendu, sont quasi-nulles. Toute une nation a une réaction épidermique qui se résume en trois mots omniprésents : Atomkraft? Nein Danke!

La question est extrêmement sérieuse, et des carrières politiques sont en train de se construire, ou de se briser, sous nos yeux ébahis. La CDU d'Angela Merkel enchaîne les revers électoraux dans tous les scrutins régionaux car, malgré sa spectaculaire volte-face anti-nucléaire consécutive à la catastrophe de Fukushima, les électeurs ne lui accordent plus la moindre crédibilité en la matière, et je dirais qu'ils ont raison. Elle s'est complètement grillée, Angela. Alors, plus que jamais, la théorie du chaos se vérifie : un tsunami dans le nord du Japon met brutalement fin à 58 ans de règne de la CDU en Bade-Wurtemberg, dans le sud de l'Allemagne. Même Les Simpsons en font les frais : la chaîne allemande Pro7 a décidé de censurer les épisodes où l'usine de Mr. Burns connaît quelques pépins. Oui, l'heure est grave.

Alors, comment y voir clair dans l'hystérie ambiante ? Qui croire ? Doit-on se coller un autocollant "Atomkraft? Nein Danke!" sur le front ou sur son profil Facebook parce que c'est in ? Doit-on se rabibocher avec tous les tyrans pétroliers pour s'assurer un répit de quelques décennies de tout-pétrole ? Ou doit-on plutôt écouter les arguments biaisés du lobby pro-nucléaire, qui nous promet une énergie "propre", des centrales quasi-indestructibles, des déchets faciles à balayer sous le tapis et des nuages radioactifs respectueux des frontières ?

Hélas, ce n'est pas aux Chroniques Berliniquaises qu'on obtiendra la réponse à toutes ces questions angoissantes. En revanche, je veux bien pointer du doigt un gros mensonge, encore un, du lobby du nucléaire :

Avec Vattenfall, je carbure au charbon, au nucléaire et je me shoote
aux semis-marathons
Dimanche prochain, Berlin se met à l'heure de son semi-marathon. Le géant énergétique Vattenfall, synonyme en Allemagne d'énergies "sales" (charbon, gaz ET nucléaire, belle performance), en est le principal sponsor, car l'argent n'a pas d'odeur après tout. Et que nous promet Vattenfall ici ? "21,0975 km d'exaltation", d'euphorie, de délice... C'est écrit, là. Alors, cher monsieur Vattenfall, je ne sais pas si tu as participé à beaucoup de semis-marathons dans ta vie, mais j'ai fait un sondage rapide autour de moi, et 100% des trois personnes interrogées sont catégoriques : la course à pied en ville est un passe-temps mortellement ennuyeux, et un semi-marathon, c'est 21 kilomètres de souffrance sur le bitume, deux heures de pur masochisme partagé avec 20.000 inconnus, pour quelques minutes de bonheur lorsque le cauchemar est fini. Je parle en connaissance de cause : je suis un multi-récidiviste, et mes amis aussi. Étrangement, aucun de nous n'est particulièrement "exalté" par la course, et n'arbore de larges sourires à la "Nach Paris, août 1914". Ce baratin est aussi éloigné de la vérité que de dire que le plutonium détecté autour de Fukushima ne pose pas de risque pour la santé. C'est beaucoup moins grave, certes, mais c'est faux. Et lorsque le mensonge est de mise même sur un sujet aussi trivial, on est en droit de se méfier de l'argumentaire de ces entreprises sur des questions plus délicates, dès lors que la santé de millions de personnes est en jeu.

Voilà, c'était ma maigre contribution au débat. J'ai juste dit "bouh, Vattenfall est un fieffé menteur", en quelque sorte. Vous êtes bien avancés. Et je vais maintenant me coucher, car ce n'est pas en me privant de sommeil que j'augmenterai mes chances pour les 21 kilomètres de Hochgefühl dimanche matin.

jeudi 13 janvier 2011

Télescopages


Curieux télescopages hier et aujourd'hui dans la presse allemande anglophone. L'une de mes principales sources d'informations locales, le site fort à propos nommé TheLocal.de, laissait tomber temporairement ses sujets sensationnalistes de prédilection où il est habituellement question de brutes sanguinaires turques qui égorgent leurs filles dans la baignoire pour fêter l'Aïd-el-kebir ou alors de Kurdes cruels et arriérés qui lapident leurs moutons en public pour les punir d'avoir "déshonoré" la famille (j'ai bon ?), afin d'aborder des problématiques un peu plus sérieuses, comme :

1. Le sexe,
2. Les sous-vêtements,
3. Angela Merkel et Silvio Berlusconi.

Angela Merkel dit : "No need to reluquing me comme ça Silvio, j'ai l'âge d'être la mère de ta dernière pouffe"

Voyez plutôt, en deuxième et troisième places du hit-parade des articles du jour, une enquête de fond sur la diversification en cours dans un secteur de la prostitution qui n'a aucun problème de croissance en ces temps de marasme, ainsi qu'un exposé concis sur une étrange décision de justice qui autorise les entreprises à imposer à leurs employées le port obligatoire du soutien-gorge. Heureusement qu'il s'agit uniquement des employées... Une branche qui ne devrait pas être concernée, on l'espère, par le jugement de ces Tartufes pudibonds de juges rhénans (une telle idée ne pouvait germer que dans la tête d'Allemands de l'ouest), c'est bien celle joliment désignée sous le nom de Sexualassistenz, où la tendance semble être de partir à la conquête des segments "Seniors" et "Mobilité réduite" du marché. Malheureusement, le segment "Collégiens et Lycéens" est pour l'instant hors de portée, mais gageons qu'avec un lobbying efficace, et quelques dessous de tables adroitement administrés par des professionnelles du secteur, le législateur finira par entendre raison.

Ça m'amuse que tout ceci soit évoqué juste à côté d'une photo de ce septuagénaire lubrique qu'est Silvio Berlusconi, dont les frasques ne sont plus un secret pour personne et dont les médias allemands se délectent et nous régalent dès qu'ils ont encore un peu d'espace à meubler entre tous leurs sujets sur ces immigrés pas fichus de s'intégrer. Mais Angela Merkel, qu'a-t-elle donc à voir avec avec ces histoires ? Allons, allons, souvenez-vous, la chancelière s'est bien lâchée au moins une fois et il n'est pas sûr que sur la photo ci-dessous elle porte un sous-tif, bien qu'elle soit clairement en cours d'exercice de ses fonctions officielles :



Oups pardon, fausse manip'. Vous avez bien sûr tous vu qu'il s'agissait d'une satire polonaise et d'un montage photo de grande qualité... Les Polonais ont la rancune tenace et ne sont pas tendres avec les politiciens allemands. Je voulais dire, ici :



En effet, plus j'observe cette photo de Frau Merkel et plus je me dis qu'elle ne porte ni brassière, ni bustier. Je ne sais pas si vous êtes du même avis. Mais je me sens surtout défaillir à force de scruter ce décolleté en voie d'affaissement accéléré. C'est sûrement cet épisode qui a traumatisé les juges de Cologne et a motivé leur verdict de cette semaine, qui sait ? Remarquons en tout cas que lorsqu'elle rencontre Silvio Berlusconi, elle fait bien attention à ne pas dévoiler un centimètre carré de peau en trop. Pas folle la guêpe.

Et à part les seins de la chancelière, quoi de neuf sur The Local aujourd'hui ? Ma foi, il semblerait que les journaleux usent de stratagèmes de plus en plus subtils pour attirer le chaland sur leur site. Et les deux articles d'hier sont toujours numéros 2 et 3. Oui, bon, peut-être ces télescopages en série ne sont-ils pas de simples coïncidences, et peut-être tiennent-ils simplement à la ligne éditoriale de ce site, qui reste un de mes préférés. Pour les navrantes mésaventures de "Sexy Cora", infortunée starlette du X hambourgeoise qui semble-t-il a mal supporté sa sixième opération de pose d'implants mammaires, qu'elle subissait pour passer en bonnet G, c'est ici. Elle est encore en vie, rassurez-vous. Pour le bonnet G, il y a donc encore de l'espoir.

"Les opérations chirurgicales, quand il n'y en a qu'une, ça va. C'est quand il y en a beaucoup que ça pose problème !" - Brice H., repris de justice auvergnat


dimanche 12 décembre 2010

Mon Präsident, ce héros

On l'oublie souvent, mais l'Allemagne n'est pas encore tout à fait un matriarcat dirigé par des femmes à poigne, valkyries castratrices et ménopausées, même si elle est en bonne voie de le devenir. L'observateur peu avisé pourrait s'y laisser prendre, remarquant avec raison que la chancelière, Mme Merkel, préside impérieusement aux destinées de la grande nation germanique et a même été sacrée "femme la plus puissante du monde" quatre années d'affilée par le magazine Forbes, tandis que la génération d'étoiles montantes, de Renate Künast et Halina Wawzyniak à gauche, à Vera Lengsfeld et Ursula von der Leyen à droite et à Erika Steinbach encore plus à droite (et plus à l'est aussi), est principalement féminine, les dents longues certes, mais la féminité et la sensualité à fleur de peau.



Malheureusement, l'observateur distrait pourrait manquer la pièce maîtresse de l'échiquier politique allemand : au-dessus de cette basse-cour de politiciennes jacassantes et caquetantes trône discrètement, et à l'insu de beaucoup hors des frontières allemandes, UN président de la République Fédérale. Bien évidemment, ce n'est pas un Sarközy à la teutonne, braillard et agité du bocal, puisque c'est la chancelière qui porte la culotte, tandis que Christian Wulff, le nouveau Bundespräsident intronisé après la démission surprise du président Horst Köhler au printemps et le long psychodrame de l'élection de son successeur, remplit avec dignité, dans l'ombre, le rôle purement honorifique et protocolaire que lui confère la Constitution allemande. Le président fédéral est prié de ne pas trop faire parler de lui, de ne pas trop tremper dans le cambouis, de faire quelques gaffes amusantes de temps en temps pour faire rire (comme le "Mesdames, Messieurs, chers Nègres" de feu Heinrich Lübke au Liberia en janvier 1962), et de prononcer de temps à autre des discours lénifiants sur un ton placide lors des manifestations importantes. Tout ceci lui assure en général le statut enviable de personnalité politique la plus populaire et respectée de la nation.

Mais Herr Wulff, ce jeunot de 51 printemps à peine, soit seulement 7 ans de plus que l'âge médian d'une population allemande vieillissante, et avocat de profession (tiens, tiens), a trouvé une stratégie sacrément novatrice pour créer le buzz et ne pas croupir plus longtemps dans l'oubli exquis où le cantonne sa fonction : avoir l'audace qui sied à sa jeunesse, et susciter la controverse.

Der Bundespräsident - Photo : SpiegelOnline

Ainsi, le 3 octobre dernier, à l'occasion des festivités officielles célébrant la fête nationale et les vingt ans de la réunification, le Präsident, que personne n'attendait au tournant, en a étonné plus d'un en affirmant que l'islam "fait désormais partie de l'Allemagne", au même titre que le christianisme et le judaïsme. L'Allemagne était alors en proie à un débat empoisonné sur "l'immigration" et "l'intégration", comme d'ailleurs beaucoup d'autres pays d'Europe, et cette petite phrase gentillette et bien intentionnée, loin de passer inaperçue comme tout ce que dit ou fait le président d'habitude, loin de calmer les esprits et de ramener chacun à la raison, a contribué à alimenter l'hystérie. Les diatribes xénophobes ont redoublé d'intensité, les tabloïds à grand tirage en ont fait leurs choux gras et attisé les instincts les moins nobles de leur lectorat ventru en Lederhosen, et l'onde de choc de cette déclaration bienveillante s'est propagée très loin des rives tranquilles de la Spree, causant l'indignation des uns, tel ce site néo-zélandais haineux qui l'a qualifié de "traître" et de "dhimmi", rien de moins (eh oui, les Néo-Zélandais s'en mêlent ! "WTF" est la réaction qui vient instantanément à l'esprit), mais aussi l'admiration de beaucoup d'autres, bien sûr. Même le presque respectable Figaro y a apporté son grain de sel, avec cet article au titre choc : "Berlin réunifié fête ses vingt ans en saluant le rôle de l'islam". On imagine le nombre de lecteurs en chemise vichy et de lectrices en collier de perles qui ont recraché leur café du matin sur leur nappe Marquise de Laborde immaculée à la lecture de cette manchette. Outre le fait qu'il s'agissait des vingt ans de la réunification de l'Allemagne, pas de Berlin, Le Figaro a fait l'impasse sur les nombreux débats, plus raisonnables, qui entouraient cette commémoration forte en symboles : le coût de cette réunification, la difficile convergence entre l'Est et l'Ouest, le désenchantement pour beaucoup, etc. Non, l'essentiel des problématiques de ce Tag der deutschen Einheit millésime 2010 était une petite phrase inoffensive de Wulff superstar.

Quelques mois ont passé, les Allemands n'aiment toujours pas beaucoup les musulmans mais le soufflé a fini par retomber. L'hystérie s'est calmée, on peut passer presque une journée entière sans entendre le nom de Thilo Sarrazin, ni de jérémiades de Schmidt, Schulz et Schneider sur ces maudits Turcs-qui-ne-veulent-pas-s'intégrer, et les tabloïds, ayant remporté la bataille de l'opinion, ont magnanimement pardonné au président ce moment de folie passagère. Est-il pour autant retombé dans l'oubli dans lequel tout le monde voudrait qu'il reste ?

Que nenni.

Le X-Men Wulfferine a encore frappé. Cette fois, c'est une tout autre frange de la population, mais qui comme les immigrés est loin de faire l'unanimité, qui est à l'origine de ses déboires. En effet, le Präsident devient automatiquement le parrain du septième enfant de chaque famille allemande, en conformité avec une loi votée en RFA en 1949. Mais que faire lorsque la famille en question est très connue dans sa région pour son engagement au sein de l'extrême-droite néo-nazie ? Rien du tout, a décidé le bureau du président, puisque c'est l'enfant qui est à l'honneur lorsqu'il devient le filleul du Bundespräsident, pas sa famille et encore moins les convictions politiques de celle-ci, quelles qu'elles soient. Donc on fait comme d'habitude et l'enfant a droit à son parrain VIP prévu par la loi. Une telle décision n'a pas été du goût des politiciens locaux, dans le Land du Mecklenburg-Vorpommern (ou "Mec-Pomme" pour les intimes), une région rurale déshéritée de l'Est qui tente de contenir tant bien que mal la poussée de fièvre xénophobe et nationaliste du NPD. La polémique a enflé, des personnalités de gauche indignées ont reçu des menaces de mort, et le président a botté en touche, s'abstenant, comme l'a noté la presse, de faire un petit détour par Lalendorf pour rendre visite à son nouveau filleul alors qu'il était en déplacement dans la région cette semaine.

Il est facile de comprendre pourquoi il a préféré éviter cette visite, ce fringant Beowulff : cela pourrait faire désordre. On imagine la honte pour lui d'être accueilli à cris stridents de "Heil mein Präsident!", bras droit tendu en avant dans un claquement de bottes, par les parents du petiot.

mercredi 20 octobre 2010

Au Pays des Poètes, des Penseurs et des Politiciens sans Pudeur – Chapitre II

Si vous croyez qu'en Allemagne, ce pays de poètes et de penseurs distingués, les partis des franges extrêmes de l'échiquier politique ont le monopole de la provoc' et de l'impertinence d'un goût douteux en matière de communication, vous vous fourrez méchamment le doigt dans l'œil.

Toujours dans la même circonscription électorale de Friedrichshain-Kreuzberg-Prenzlauer Berg Ost, et pour la même élection de 2009, quand la candidate de l'extrême gauche la joue comme Braveheart, la candidate du centre-droit réplique du tac au tac en adoptant la stratégie dite "Sophie Marceau à Cannes" ou "Janet Jackson au Super Bowl".

Vera Lengsfeld a davantage à offrir

Vera Lengsfeld, candidate de la CDU d'Angela Merkel, a bien du mal à faire entendre sa voix de droite dans cette circonscription rebelle, où le parti au pouvoir est devancé localement par pas moins de trois partis de gauche. Alors que faire quand on en a marre de prêcher dans le désert et qu'on n'a plus rien à perdre ? Tenter le tout pour le tout : comme par exemple exhiber de respectables quinquagénaires en décolleté pigeonnant. La photo de la chancelière datait d'une soirée de gala en 2008 et sa tenue affriolante avait déjà beaucoup fait jaser à l'époque. Un an plus tard, la candidate berlinoise à court d'arguments a donc décidé de recycler cette image célèbre et de jouer à fond la carte de la féminité débridée pour convaincre un électorat sceptique. Le tout souligné d'un slogan mystérieux : "Nous avons davantage à offrir", nous dit-on. Ah bon.

Le verdict : pari en partie gagné, puisque ce racolage électoral éhonté a permis à Frau Lengsfeld de sortir de l'anonymat abject auquel elle était confinée et de faire parler d'elle jusque dans la presse étrangère. Malheureusement, ce coup de strip-poker n'a pas véritablement incité le public à prêter l'oreille à son argumentaire proprement dit. Les journalistes goguenards se sont empressés de railler cette bataille électorale peu banale que livraient les candidates de cette circonscription, luttant sans merci "à coups de seins et de fesses". Il ne manquait plus que le combat de catch dans la boue et le tableau serait complet. Peut-être à la prochaine campagne électorale ? C'est moche tout de même : en quelques semaines, deux candidates ont donc réussi à effacer trente ans de progrès de la cause des femmes en Allemagne.

Tout ceci pour atteindre une médiocre quatrième place et recueillir seulement 12% des suffrages. Les électeurs de Friedrichshain-Kreuzberg-Prenzlauer Berg Ost ont été clairement insensibles aux généreux appas de la candidate chrétienne-démocrate et ont voté massivement pour les candidats des partis de gauche, avec ou sans bonnet D.

En plus, une conséquence logique et quelque peu regrettable (pour la CDU) de cette campagne d'affichage olé-olé a été le déchaînement de parodies qui s'est ensuivi. Mais avouons qu'ils l'ont bien cherché. 


Nous avons encore plus à offrir !

Le sens m'échappe un peu là... si quelqu'un veut bien
éclairer ma lanterne je suis preneur !
Un élément de réconfort tout de même, c'est que le monde entier a pu enfin se rendre à l'évidence: que l'Allemagne a un nouveau sex-symbol de classe mondiale, un digne successeur de Claudia Schiffer, Diane Kruger et autre Heidi Klum, en l'occurrence la chancelière Angela Merkel en personne. Et pour ceux qui ne sont pas convaincus et qui trouvent que j'exagère, souvenez-vous de ce morceau que le groupe Saïan Supa Crew avait chanté quelques années plutôt, un hommage viril et galant à la beauté de Frau Merkel et à celle, non pas de sa poitrine mais d'une autre partie non moins avantageuse de son anatomie. Qu'est-ce qu'ils disaient, déjà ? Ah oui, quelque chose avec "pandan papa'w pa la"...

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