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lundi 26 août 2013

Le défi tomates à Friedrichshain

Des Balkontomaten à Friedrichshain, le 2 août 2013
“When life gives you lemons, préconise sans ambages un dicton étatsunien que j’affectionne, make lemonade”.
Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il suffisait d’y penser. Ils sont vraiment trop forts ces Ricains. Et puis, quel inimitable sens de la formule. Une phrase brève, incisive même, simple et merveilleusement imagée : j’adore. Cette courte maxime frappée de bon sens révèle d’ailleurs des vertus ma foi typiquement américaines : un brin de pragmatisme 100% anglo-saxon, un soupçon d’opportunisme definitely yankee, un chouïa d’ingéniosité, une touche de volontarisme gringo, et pour finir, une exhortation façon “just do it”... ce n’est pas un hasard si une nation d’un tel calibre en est arrivée à dominer le monde. Pas seulement dominer le monde, d’ailleurs, mais plutôt le conquérir par l’épée, l’arroser de déluges de napalm, noyer des peuples entiers dans un bain de sang pour assouvir son instinct impérialiste, sacrifier la planète entière sur l’autel du dollar, accabler l’humanité de souffrances sous son joug tyrannique, massacrer, torturer, piller, asservir... DEATHHHH TO AMERICAAAA!!!!!!

mercredi 3 juillet 2013

Un mois à Berlin : mai 2013

Le nombre riquiqui de commentaires à mon grand article signalant le come-back en fanfare des Chroniques Berliniquaises tend à prouver qu’il est plus facile de maintenir en vie un héros africain nonagénaire à l’article de la mort que de redonner vie à un blog fait de zéros et de uns après seulement 6 mois d’agonie... Mais qu’à cela ne tienne, je ne compte pas me laisser abattre pour si peu. Vos chroniques préférées reprendront d’ici peu la place qui leur revient de droit dans la blogosphère mondiale. N’est-ce pas ? Hein, n’est-ce pas ? Vous allez revenir, hein, dites, chères Vahinés ? Allez quoi siouplééééé. Bref, voici donc, après quelques mois d’absence, le retour de nos rétrospectives « Un mois à Berlin ». Je vous prépare mai et juin 2013 d’un coup, et laisse tomber tout l’automne et l’hiver... tant pis pour cette fois, mais ce n’est que partie remise ! J’espère que les puristes de la photographie parmi vous me pardonneront l’irruption de photos instagrammées dans la rubrique. Toutes vos protestations et vos fatwas contre ces applis pour hipsters sans talent sont les bienvenues.

1er mai - Le festival MyFest est de retour à Kreuzberg, avec la même mission que chaque année : bannir la violence des rues de ce quartier lassé de cette curieuse «tradition» d’émeutes de groupes extrémistes de gauche, qui ont gâché la fête du 1er mai pendant plus de vingt ans. Dans les rues, les mamas turques coiffés de fichus en satin côtoient la jeunesse berlinoise avide de beats et les étudiants Erasmousse en quête de frisson teuton, l’électro en plein air joue des coudes avec le reggae... On a beau dire que le Multikulti est mort, il suffit de passer quelques heures dans les rues voisines de Kottbusser Tor un premier mai pour se convaincre du contraire.

lundi 25 juin 2012

Klotür & Kanzlerin : Burgeramt Frühstücksklub

Si vous, Berlineuses et Berlineux d’adoption (et aussi de pure souche teutonico-slavo-huguenote, bien sûr), avez le privilège d’habiter dans un quartier hype et branché de la capitale, un secteur trendy et belebt où la fête ne semble jamais s’arrêter, un de ces Szenebezirke réputés pour leur übergeile nightlife que le monde entier, engoncé dans son mode de vie bourgeois, empêtré dans son quotidien terne et sans relief, fossilisé dans ses nuits passées au chaud devant la télé, ne peut que nous envier, vous avez peut-être remarqué ce curieux phénomène de prolifération des «Burgerläden» dans votre environnement familier, qui croissent et se multiplient sur le pavé de la capitale au même rythme que les flaques de régurgitations laissées sur le trottoir par ces fêtards juvéniles ayant abusé de shots de Jägermeister lors de leurs nuits de bringue sur les rives de la Spree. Les «Burgerläden»: ainsi nomme-t-on, dans la métropole prussienne, ces friteries, grandes ou petites, spécialisées dans la préparation et la vente de sandwichs garnis à base de steak haché servi entre deux tranches de pain rond aux graines de sésame, et dont le nom habituel évoque fortement la deuxième ville de la Bundesrepublik Deutschland.

Un restaurant gastronomique à Friedrichshain
Ouvrons une petite parenthèse historique: Installez-vous confortablement dans votre fauteuil, fermez les yeux, et imaginez. Imaginez un peu que la ville libre et hanséatique de Hambourg (selon sa dénomination officielle), à l’issue de la deuxième Guerre mondiale, ait subi le même sort que Berlin: divisée par les Alliés en plusieurs secteurs d’occupation, avant d’être déchirée en son milieu par un Mur infranchissable et meurtrier, œuvre diabolique des socialo-communistes. Imaginez un Président Kennedy y professant, depuis le balcon de l’Hôtel de Ville de la grande cité portuaire, sa solidarité indéfectible avec la population emmurée par les Bolcheviques, et proclamant pour l’éternité “Ich bin ein Hamburger!”. Ah, comme c’eut été émouvant, sans pour autant perdre en solennité. Fermons la parenthèse historique, et revenons à nos «Burgerläden».

mercredi 11 avril 2012

Les gnous du Capitole (2)

Chose promise, chose due : voici enfin la suite du récit de ma transhumance printanière au milieu d’un petit million de gnous en goguette dans la Cité aux sept collines. Petit résumé de l’épisode précédent: je débarque à Rome avec un petit groupe d’amis pour un weekend de quatre jours, et nous passons les deux premières journées (le jeudi et le vendredi) à arpenter courageusement les ruelles surpeuplées aux trottoirs quasiment inexistants, avec la persévérance grégaire d’un troupeau d’ongulés sauvages migrant dans le delta de l’Okavango à la fin de la saison des pluies.

Pour le samedi, nous avions prévu de visiter les musées du Vatican et la Basilique St-Pierre, puisque la météo avait annoncé un temps frais et maussade. Pourtant, à 9 heures tapantes, lorsque nous émergeons de la station de métro Ottaviano San Pietro - Musei Vaticani et retrouvons le reste du groupe, un grand soleil, tiède et printanier, darde ses rayons matinaux tout droit sur nos pupilles encore ensommeillées après l’obscurité des galeries du métro. Promptement revigorés par cet intermède lumineux, nous nous mettons gaiement en route vers l’État pontifical.

Les gnous au musée du Vatican, dans la Galerie des Candélabres

mercredi 4 avril 2012

Jamais sans ma Wurst

Vous n’avez pas manqué de faire cette observation, à moins que vous ne viviez en Musulmanie, en Bouddhie ou même ailleurs en Païennie, dans quelque contrée lointaine peuplée majoritairement de cannibales hirsutes mangeurs de missionnaires jésuites et de blogueurs blancs, auquel cas je me ferais un peu de souci pour vous (cela me chagrine toujours de perdre un lecteur) : Pâques est déjà à nos portes, même si cette année nous aurons droit, semble-t-il, à une version «Pâques au tison». Tout ce chocolat qui déborde des étalages, tous ces œufs peints, tous ces crabes (ça c’est le particularisme martiniquais), sont des signes qui ne trompent pas. Chic, on va pouvoir se goinfrer !

L’ennui, c’est qu’avant l’orgie ovo-crabo-chocolatière de la fête pascale, une longue période de jeûne et de pénitence, connue sous le nom de Carême, s’impose à la plupart des chrétiens, pendant laquelle ceux qui veulent sauver leur âme sont fortement invités (entre autres choses) à manger maigre, et à moins s’empiffrer d’une manière générale, pendant une quarantaine de jours. Même dans un désert spirituel comme Berlin, où la voix chevrotante des évêques, étouffée dans les basses assourdissantes de la musique électro, peine à se faire entendre, la question se pose chaque année en «une» des pires feuilles de choux gratuites qui encombrent nos boîtes aux lettres plus prestigieux quotidiens régionaux: «Faut-il vraiment renoncer à la Currywurst pendant quarante jours ?»

Berlin, le 29 février 2012. Le temps des vaches maigres commence. "JAMAIS SANS MA SAUCISSE"
"C'est le Carême, et nombreux sont ceux qui tirent parti de la période s'étirant jusqu'à Pâques, non seulement pour se recueillir, mais aussi pour perdre quelques kilos. Cinq semaines sans Currywurst ? Inenvisageable pour Nicky et Andreas, qui ne comptent pas y renoncer."


samedi 31 mars 2012

Les gnous du Capitole (1)

Autrefois, il y a fort longtemps, une époque si reculée que même la vénérable Mathusaline était encore trop jeune pour vendre des légumes au marché du Parc Floral, une faune sauvage, particulièrement massive et intimidante parcourait en toute liberté les forêts, les montagnes et les vallées de notre bonne vieille Europe, au péril des voyageurs aventureux qui s’y hasardaient imprudemment. Il suffit de lire les grands classiques (ou juste une page Wikipédia parce que bon, faut pas charrier non plus) pour s’en assurer. Ainsi, Tite-Live et Pline l’Ancien narrent avec force détails l’épopée d’Hannibal franchissant les Alpes à la tête de sa redoutable armée carthaginoise montée à dos d’éléphant, et Hérodote, lui, pimente ses récits des guerres médiques en y incluant des anecdotes cocasses où des meutes de lions, alors communs dans tous les Balkans, se mêlent de la partie, semant la confusion parmi les belligérants et terrorisant tout autant les guerriers grecs que les armées perses. Ambiance slapstick garantie. Et parmi nos classiques, n’oublions pas, bien évidemment, l’invention involontaire de la corrida par Astérix aux arènes d’Hispalis, où l’impitoyable gouverneur romain l’avait condamné à se faire encorner et piétiner à mort par un aurochs furieux, un énorme taureau sauvage alors très répandu sur tout le continent. Bref, à l’époque, on ne rigolait pas avec les grosses bêtes.

Depuis, les choses ont bien changé. Les fauves cruels du temps jadis, pourchassés sans merci par des populations peu soucieuses de préservation de la biodiversité, ont lentement disparu du paysage, et laissé la place à une faune nombreuse, grégaire et considérablement moins agressive (encore que sur ce dernier point, il y ait débat) : de vastes troupeaux de gnous. Et les gnous, c’est nous. La semaine dernière, à l’occasion d’un court séjour à Rome, j’ai pris conscience, que dis-je, j’ai été abasourdi, et presque asphyxié, par la nature essentiellement gnouesque de l’humanité.

mardi 27 décembre 2011

Chronique Martiniquaise (5) : Jour de marché à Foyal

Née, selon l’état civil, un jour d’avril 1913, Mathusaline (*) est l’un de ces personnages qui, semble-t-il, ont toujours existé, tout simplement. Qui, de l’œuf ou de la poule, est arrivé en premier ?  Question idiote. Au commencement, il y avait Mathusaline, point. Depuis l’aube des temps (sans doute), coiffée de son grand chapeau de paille, elle arpente infatigablement la face du monde et surtout, y plante ses légumes avec la même industrieuse ténacité. Certaines personnes sont faites de cette trempe qui les rend complètement inusables, et Mathusaline appartient indéniablement à cette caste de quasi-immortels, au même titre qu’un Duncan MacLeod ou qu’un Gandalf le sorcier.

Mme Mathusaline, cultivatrice et doyenne du marché du Parc Floral


lundi 12 décembre 2011

Conversation innocente entre collègues (reloaded)

Vendredi soir au restaurant sri-lankais :

«Non mais tu sais, Sabine, avec cette bague que tu portes, il y a moyen que les gens pensent que tu es mariée.
– Mais pas du tout ! Déjà, pour commencer, elle ne ressemble carrément pas à une alliance ! Et en plus, je la porte à la main droite. Faudrait vraiment être un boulet pour en conclure que je suis mariée !.
– Bah justement, tu n’as pas remarqué que les gens ici portent leur alliance à droite ? 
– Non c’est vrai ? J’avais pas remarqué. En Belgique en tout cas, tout le monde la porte à la main gauche.
– Oui, en France aussi. C’est vraiment inhabituel de la porter à droite
– En Italie, pareil.
– Allez, arrêtez les gens. OK, normalement c’est à droite pour nous en Allemagne, mais tout de même il y a de plus en plus de gens qui portent leur alliance à gauche ici aussi.
– C’est vrai que Wolfgang la porte à la main gauche, mais j’ai toujours pensé que c’est parce qu’il est marié à une Chilienne, donc il a dû adopter la coutume de là-bas.
– Bah je ne connais pas ses raisons, donc je ne saurai pas t’en dire plus, mais en général les gens choisissent de porter leur alliance à la main gauche pour ainsi l’avoir “plus près du cœur”.
– Ooooh, que c’est romantique !
– Il me semblait avoir entendu ça aussi : en France on porte l’alliance à la main gauche car depuis l’époque romaine, une légende dit que l’annulaire gauche est relié directement au cœur par une veine, ou quelque chose comme ça...
– Mmmh, mouais, de nos jours, ça ne devrait pas être trop difficile à prouver, si cette fameuse veine existe ou pas, non ?
– Oui, c’est clair, mais entre-temps la tradition s’est installée, alors veine ou pas veine, on la porte à gauche et pis c’est tout...
– Mais je ne comprends pas : si on veut porter l’alliance au plus près du cœur et pousser le raisonnement à fond, pourquoi on ne la porte pas comme piercing au nez ? Le bout du nez est tout de même plus proche du cœur que l’annulaire gauche, non ?
– Eh, c’est pas faux du tout ce que tu dis là, Sabine. Mais en fait, le plus romantique serait de se faire un piercing au téton gauche et d’y porter son alliance : là elle serait vraiment slap bang dans le mille !
– Ha ! Ha ! Ha !
– Ho ! Ho ! Ho !
– Hu ! Hu ! Hu !
– Mais attends, ta proposition est marrante, mais foireuse, Jason-Isidore. Réfléchis 5 minutes : si on se mettait à porter les alliances au téton, comment les autres feraient-ils pour savoir si une femme est mariée ? Ça sert aussi à ça, de porter une alliance.
– Bah, rien de plus simple, franchement Britta : si une femme mariée est importunée par un type qui la drague, elle se découvre alors le téton pour montrer son alliance, et ainsi tout rentre dans l’ordre dans la seconde !»

J’adore ces conversations qui volent à des hauteurs stratosphériques. Merci les amis.

Pour plus de discussions hautement philosophiques de cet acabit en vous désaltérant de délicieux lassis de mangue ou de bière Cobra, ou en vous gavant d’«Appes» végétariens ou de succulents currys de mouton, une seule adresse : le meilleur sri-lankais de tout Friedrichshain est le restaurant «Sigiriya», Grünberger Straße 666. Ce sont mes amis indiens qui le disent, alors ça doit être vrai. La carte est variée, tout est délicieux, et comme au Sri Lanka, certains plats sont extrêmement relevés, mais ne vous inquiétez pas : les serveurs vous mettront gentiment en garde si vous choisissez par inadvertance un plat particulièrement corsé et s’ils estiment que vous ne ferez pas le poids, selon des critères d’appréciation hautement subjectifs. Je n’ai jamais droit à ce genre d’avertissements, car ma peau foncée laisse entendre que je supporte bien les épices. Après tout la science est formelle là-dessus : la capacité de résister au piment est liée à la quantité de mélanine dans l’épiderme, évidemment...

Les gens normaux et équilibrés amateurs de viande peuvent se faire plaisir sans états d’âme : toute la viande servie chez Sigiriya est d’origine bio certifiée par le fameux label «Neuland», qui garantit que la vache que vous mangez a été heureuse et bien traitée tout au long de son existence, et que le fermier l’a emmenée dans les meilleurs pâturages et lui a fait tout plein de câlins et de mamours juste avant de l’emmener à l’abattoir, et toussa toussa. Une très bonne adresse dans mon quartier, plus réputé pour ses fast-food que pour ses tables de cuisine du monde.

Je n'ai pas de photo du Sigiriya, et j'ai dû prendre l'unique photo existante sur internet, sur ce site "Vegan". Elle est toute nulle. Vivement que je prenne une meilleure photo pour remplacer cette horreur.

mercredi 30 novembre 2011

Américanisation : Thanksgiving m’a tuer

C’est promis, ceci est le dernier volet de cette série automnale impromptue sur mes récents déboires alimentaires, du moins pour l’instant. Après, après j’arrête et je passe à autre chose, juré, craché, croix de bois, croix de fer (oh l’affreux nazi !)...

Mais laissons là ce vain bavardage et entrons sans plus attendre dans le vif du sujet, si vous le voulez bien.

Cela me pendait au nez depuis bien longtemps déjà. Après toutes ces années de cette vie d’Érasmus attardé, je ne pouvais que m’attendre à recevoir tôt ou tard une invitation à fêter un Thanksgiving à l’américaine ; ce n’était plus qu’une question de temps. Et cette année, comme pour rattraper le temps perdu, ce n’est pas une, mais deux soirées de l’Action de Grâce qui ont été organisées dans mon entourage, et auxquelles j’ai été gentiment convié par les plus canado-américanophiles de mes amis. J’ai prudemment choisi de décliner la deuxième invitation reçue au lieu de tenter d’honorer les deux et de faire plaisir à tout le monde comme j’ai tendance à faire habituellement. Avec le recul, ce fut une décision extrêmement judicieuse, car un seul repas de Thanksgiving par an suffit amplement à tout individu normal. Un mois avant les fêtes de fin d’année, je m’acheminais, sans le savoir, vers une soirée de blindage de bide infernal, comme je n’en avais jamais connu auparavant.

En fait, c’est quoi Thanksgiving, au juste ? Pour moi, cette fête a toujours rimé avec ces épisodes de séries télé américaines au scénario cousu de fil blanc : la maîtresse de maison, mère dévouée et épouse parfaite, enfilait comme il se doit son plus beau tailleur beige, se parait de son collier de perles favori et des boucles d’oreilles assorties, se laquait la chevelure en un brushing de dimensions colossales et, un infatigable sourire sur son visage impeccablement maquillé, passait aux fourneaux une journée entière de dur labeur qui, après moult péripéties ébouriffantes, se terminait invariablement dans une ambiance gnan-gnan autour d’une dinde farcie encore plus volumineuse que la coiffure en béton de maman. Un peu comme ça :

"Mon Dieu, faites que Maman change de coiffeur, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît"

Dans la vraie vie, ce n’est pas tellement différent, en fait. Bien sûr, comme pour toute tradition séculaire, les origines de cette célébration sont obscures et s’expliquent de diverses manières : expression de la gratitude des colons après de longues et périlleuses traversées maritimes, fête des récoltes, gage de leur survie aux hivers rigoureux du Nouveau-Monde, célébration de la bonne entente des Européens avec les Indiens et du rapide anéantissement de ces derniers, les racines de cette tradition sont multiples. Il y a le Thanksgiving purement canadien, qui en VF (ou plutôt en VQ) s’appelle «jour de l’Action de grâce», et le vrai Thanksgiving, l’américain évidemment, celui de la télé. Que c’est compliqué, tout ça ! Le plus simple est de retenir qu’en gros, l’intérêt de la fête est de se retrouver en famille ou entre amis pour une curieuse cérémonie d’adoration rituelle d’une grosse volaille rôtie au four avant de s’empiffrer à en perdre connaissance. Ils sont fous ces Ricains.

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Revenons à notre petit Dankgebung berlinois, après toutes ces digressions. Forcément, une soirée aussi mémorâââble se prépare fort longtemps à l’avance : vous recevez votre invitation trois bonnes semaines avant le jour J (prévoir un dîner trois semaines à l’avance chez les gros cools de Berlin, c’est dans le même ordre de prévoyance que 7 mois d’anticipation à Paris, grosso modo) et êtes prié de donner votre réponse au moins une semaine avant la date prévue. Dans les jours qui précèdent le grand moment, la tension monte : vous recevez des e-mails de plus en plus directifs de la part de vos hôtes manifestement stressés. On vous précise votre contribution exacte pour que le dîner soit «parfait» : trois bouteilles de vin rouge pour untel, 2 kg de patates douces et 1 kg de citrouille pour tel autre, etc. Et ne vous avisez surtout pas à faire le malin, hein. Rien n’est laissé au hasard. L’attitude relax et à la bonne franquette des soirées berlinoises auxquelles vous êtes habitués, vous pouvez oublier. Au moment où vous vous rendez compte du traquenard dans lequel vous vous êtes fourrés, il est trop tard pour décommander. Vous êtes donc attendu de pied ferme le samedi soir à 18 heures.

Il est vrai que Thanksgiving tombe habituellement un lundi d’octobre au Canada, et un jeudi de novembre aux States. Mais à Berlin, pour des raisons pratiques, on fête Dankgebung le samedi, parce que le jeudi, on bosse et par conséquent on n’a pas le temps de se permanenter la chevelure, de se glisser dans un tailleur beige et de passer la journée aux cuisines.

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Purée de patates douces au beurre 
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Habillage

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Laura n'a pas ménagé sa peine

À 18 h 28 tapantes, je franchis le seuil de l’appartement de Daniel (*) mon collègue canadien, et commence illico à débiter un flot d’excuses pour justifier mon retard et implorer sa clémence. Mais ce n’est pas du tout nécessaire : l’ambiance est électrique. Dans le rôle de la housewife modèle, Laura (*) la Germano-américaine, et Britta (*), son assistante dévouée et quelque peu terrorisée, sont bien trop occupées à se dépêtrer avec les quatorze plats à divers stades de préparation pour remarquer mon petit écart aux règles d’or de la ponctualité allemande. L’entreprise est tellement gigantesque que la cuisine de Daniel ne suffit pas du tout : il nous faut un deuxième four. Du coup, nous avons également annexé la cuisine de Basil (*), notre collègue russe qui habite l’immeuble d’en face et a gentiment accepté de prêter son appart’ pour l’occasion, alors qu’il n’est même pas à Berlin du weekend. Cette situation cocasse m’inspire immédiatement une blagounette que je ne peux m’empêcher de partager avec la communauté : «C’est marrant, à chaque fois que les Allemands manquent d’espace vital, il faut toujours qu’ils annexent des territoires russes». Daniel et Laura, magnanimes, me font une grimace condescendante, les autres préfèrent jouer à ceux qui n’ont rien entendu. Un flop aussi splendide, ça s’arrose : je m’offre une rasade de chablis pour me donner du cœur à l’ouvrage.

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Et ce n’est pas le boulot qui manque. Certes, la dinde, que nous avons affectueusement baptisée «Charlie», est déjà en train de dorer au four et les desserts sont déjà prêts depuis la veille, mais nous sommes loin d’en avoir terminé. Il nous faut encore préparer le gratin de «macaroni and cheese», la purée de patates douces, les rutabagas, les sauces, le corn bread, la douzaine d’accompagnements. Laura jongle avec ses multiples recettes de chez Cook.com, trois minuteurs, de mystérieux ustensiles chromés, et distribue des instructions à sa petite troupe d’assistants maladroits mais pleins de bonne volonté. On multiplie les allers-retours diligents entre la cuisine de Basil et celle de Daniel, des plats fumants dans les mains. Malgré la pression, l’ambiance reste excellente. Le vin blanc a peut-être un peu aidé. Peu de temps avant la touche finale, un trio de retardataires canadiens arrive enfin, pouffant de rire, un tourbillon de fraîcheur dans cet univers de labeur. L’un d’entre eux est vêtu de jaune de la tête aux pieds. «Aaah, je comprends mieux pourquoi on grille des pépins de citrouille depuis tout à l’heure : c’est pour nourrir le canari», chuchoté-je, moqueur, à l’oreille de Nikolaus (*), le mari de Laura. Deuxième bide de la soirée. Allez hop, un autre verre de vinasse pour faire passer la pilule !

Charlie juste avant la découpe
La table est dressée, une fois, une deuxième, et allez, une troisième fois tiens, jusqu’à ce que l’alignement soit parfait. Enfin, il est temps de s’attabler. Sans nous en apercevoir, nous commettons un péché capital : au lieu de nous recueillir tous ensemble devant la silhouette monumentale de la dinde au centre la table en disant God Bless America, nous découpons Charlie sans cérémonie dans la cuisine et la servons, en lambeaux, dans un grand plat, pour faciliter le service. Erreur fatale : le Dieu de la Dinde de Thanksgiving nous fera payer ce manque d’observation des rites canoniques. Les ennuis commencent immédiatement. Laura, après avoir passé environ six heures à cuisiner et à se démener pour LE soir, se sent soudain très mal avant même d’avoir commencé à dîner. Rien de gravissime ni de complètement inhabituel : il lui arrive de souffrir de migraines qui la poussent au bord de l’évanouissement. Elle passera toute la soirée allongée dans la chambre d’amis et ne mangera quasiment rien du festin qu’elle a organisé. Aïe.


Au salon, les plats font maintes fois le tour de la table : purée de patates douces, «squash» (une variété de courges), rutabagas, «Serviettenknödel» pour la touche germanique, cranberry sauce, corn bread (un pain de maïs maison) et de prodigieuses quantités de dinde, bien sûr. Après tout, Charlie pesait 7 kg tout de même... C’est délicieux, mais finalement assez lourd, et les mélanges de saveurs, franchement inhabituels.

Peu à peu, certains convives commencent à se sentir mal. Difficile de dire ce qui nous arrive ainsi, mais à l’exception des Canadiens, nous sommes tous en proie à une indigestion fulgurante et carabinée. La dévouée Britta et un autre invité allemand ne parviennent même pas à garder leur repas dans l’estomac. Pendant le dîner, on les voit se lever à tour de rôle, partir aux toilettes, squattent la salle de bain pendant un long moment, et ils ne reviennent plus. Le dessert (apple pie et pecan pie) finit par être servi à un comité fortement réduit de survivants. Je n’ai plus faim, mais ces tartes ont l’air tellement appétissant, ce serait un crime de ne pas y toucher, me dis-je... J’avale une bouchée de pecan pie, et tout à coup, c’est la fin : pris d’une forte nausée, je quitte aussitôt ma place pour m’écrouler sur le canapé. Pour moi aussi, c’est game over. Je passerai le reste du dîner dans un état de torpeur semi-consciente, réveillé par des gargouillis de mauvais augure dans mon estomac et des nausées vertigineuses. À la fin de la ripaille, seuls les Canadiens se portent bien, ils se régalent des desserts. «Il y a même des muffins au chocolat tiens. Tu en veux, Canari ? Oh oui, avec plaisir, Colibri. Oh c’est vraiment délicieux ce dessert !» Tous les autres sont KO. Thanksgiving, c’est trop sympa dites donc, pourvu que l’on soit doté de l’appareil digestif adéquat.

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Vers 23 h 30, je me rends enfin à l’évidence : je ne serai pas du tout en état de sortir faire la fête à l’issue de ce fabuleux banquet. En deux SMS laconiques, je capitule et préviens les amis que j’avais prévu de retrouver au bar après le repas. Le dîner se termine vraiment en eau de boudin.

À minuit, les «Européens» (et assimilés) du lot, déconfits et penauds, prennent congé de Daniel, le pas lourd, une main sur le ventre et l’autre devant la bouche, tandis que le Canari et les autres invités canadiens, repus, heureux, en pleine forme, le plumage brillant, piaillent de satisfaction et prennent leur envol dans la nuit berlinoise pour une mémorable tournée des boîtes de nuit, sans doute. Je m’affale dans un taxi à destination de Friedrichshain avec Britta ma voisine de Kiez, et, arrivé enfin à destination, m’écroule au lit pour une nuit nauséeuse et particulièrement difficile. Contrairement à l’infortunée Britta et à cet autre Allemand dont le nom me passe, j’ai réussi à digérer le repas sans reflux majeur, mais j’ai eu l’estomac barbouillé et des hauts-le-cœur récurrents pendant deux jours, jusqu’à lundi soir.

Que de souvenirs impérissables pour mon premier Thanksgiving ! Je retiendrai tout de même que les mets étaient délicieux, et que Laura et Britta se sont donné beaucoup de mal pour nous faire plaisir. La prochaine fois peut-être ? On verra bien... Britta a déjà annoncé qu’elle ne se sent pas prête à remettre le couvert pour l’an prochain. Laura n’est pas emballée non plus. Quant à mon estomac, il est encore aux abonnés absents.

Verdict : Thanksgiving, on a testé et... on a raté le test, mais alors complètement !

(*) Les prénoms ont été modifiés

Les dernières minutes de bonheur et d'insouciance avant que tout parte en live

dimanche 27 novembre 2011

T’as de beaux œufs tu sais ?

Vous en aviez rêvé (ou pas), les Allemands l’ont fait. Avec leur manie de tout prendre au pied de la lettre, il fallait bien que cela arrive un jour. C’est donc chose faite : désormais, quand vous choisissez des œufs bios dits «verts» au supermarché bio du coin, pour la modique somme de 1,99€ la boîte de quatre, vous achetez réellement des œufs... bah verts, tiens. Je suis peut-être naïf mais je ne connaissais pas cette nouveauté.

Grüne EierOeufs verts


Passé un premier moment d’incrédulité, pendant lequel je me suis demandé si mon épicerie habituelle ne célébrait pas Pâques un peu avant l’heure, la curiosité a été la plus forte. Ne voulant pas mourir idiot, j’ai bien évidemment décidé de tester ces produits révolutionnaires certifiés aus ökologischem Landbau («issus de l’agriculture biologique») et pondus, dixit l’emballage, par quelque race de poule méridionale exotique. Je me suis donc délesté de deux euros, soit encore 13,12 francs français, ou plus exactement 1.311,91 anciens francs, pour quatre œufs verts en boîte. À ce prix-là, ils ont été sûrement pondus par la demi-sœur par alliance de la Poule aux œufs d’or herself, pensai-je alors, considérablement appauvri en capital, certes, mais satisfait de mon acquisition de prestige.

Pendant les jours qui ont suivi, j’étais en proie à un grand trouble, ne sachant que faire de ces quatre ellipsoïdes à la couleur de jade qui me dévisageaient avec le dédain qui sied à la noblesse et à leur rang à chaque fois que j’ouvrais mon frigo : allais-je vraiment me risquer à les consommer ? Ne serait-il pas plus sage de m’en servir comme projectiles lors de la prochaine manif’ contre les abus des banques par exemple ? Mais tout de même, à 327,98 anciens francs le missile, il faudrait que je bombarde le président de Goldman Sachs en personne, et sans me louper hein... J’ai abandonné l’idée, et me suis renseigné fébrilement sur le Net : non, les œufs verts ne viennent pas de la région de Tchernobyl, non il n’y a pas de nouvelle épidémie d’œufs contaminés à la dioxine comme en début d’année. En fait, les œufs verts semblent avoir été pondus le plus naturellement du monde par une race de poule toute bête mais peu connue, l’«Araucana» chilienne, qui a donc cette particularité de laisser échapper de son derrière des œufs verts ou bleus. Rassuré, je suis donc passé à l’action, un samedi matin, pour mon brunch maison du weekend.

La fameuse recette des œufs verts au plat à la mode berliniquaise

Vous l’attendiez tous, la voilà enfin. Ingrédients pour une personne :

- un oignon bio frais ;
- un petit poivron jaune bio frais ;
- une tomate bio bien rouge ;
- trois ou quatre abricots secs bios ;
- trois à cinq champignons de Paris bios, selon la taille ;
- deux tranches de bacon, bio évidemment ;
- quelques cl d’huile d’olive bio ;
- du poivre et du sel d’Ibiza (¡Atención! si vous achetez votre sel directement à Ibiza, assurez-vous que c’est bien du sel. Un indice : le sel ne se vend pas en boîte de nuit en règle générale) ;
- de la coriandre, du piment de Cayenne moulu ;
- des herbes et épices fraîches récoltées avec soin sur votre balcon : thym, romarin, basilic, ciboulette, selon saison, sinon, les condiments séchés feront l’affaire.

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Et bien entendu, deux ou trois œufs verts !


Il vous faut deux poêles : une pour les champignons, et l’autre pour les œufs. Chauffez un mince filet d’huile d’olive bio dans les deux poêles à feu doux, faites-y revenir, dans chacune, un demi oignon bio coupé en petits dés.

Les champignons : coupez-les en fines lamelles transversales, et versez le tout dans la poêle lorsque les oignons ont commencé à changer de couleur. Assaisonnez avec du poivre, du sel d’Ibiza, un soupçon de coriandre moulue et une pincée de persil. Laissez dorer le tout en remuant de temps en temps.

Les œufs : lorsque les oignons ont commencé à s’opacifier sous l’action de la chaleur, mettez dans la poêle quelques feuilles de romarin frais que vous aurez coupées ou déchirées avec vos doigts. Si vous n’avez pas de romarin sur votre balcon, sautez cette étape, mais sachez que c’est bien dommage, car vous vous éloignez de la recette originale. Puis cassez les œufs et laissez-les cuire à feu doux, non sans avoir rapidement ajouté le sel d’Ibiza (attention hein...), le poivre, la ciboulette fraîche si vous en avez (à défaut, le bouquet d’herbes de Provence) et une pincée de piment de Cayenne.

Coupez le poivron. Au bout de plus ou moins cinq minutes (selon votre préférence, si vous le préférez encore craquant ou plutôt cuit), ajoutez-le, soit dans la poêle aux champignons, soit à côté des œufs, s’il y a de la place. À ce moment-là, vous pouvez rajouter les abricots secs, pour donner une délicieuse saveur sucrée-salée.

Pendant les deux dernières minutes de cuisson, coupez la tomate et mettez les morceaux dans la poêle de votre choix. L’idée est qu’elle soit chaude et très légèrement cuite, mais pas complètement. Juste au moment où vous pensez avoir fini, c’est alors que vous vous apercevez que vous avez oublié le bacon. Pas de panique : vous pouvez d’ores et déjà enlever du feu les champignons bien dorés, et dans la poêle ainsi libérée, griller le bacon à feu vif pendant deux minutes.

Ta-daaa ! Et voilà ! Bon appétit bien sûr.

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Fin de l’atelier cuisine pour aujourd’hui.

Vous avez réussi magistralement à préparer votre brunch d’œufs verts au plat, façon berliniquaise. Et le goût alors ? Bah c’est pas mauvais, mais franchement la différence avec nos bons vieux œufs au plat tout banals, bruns ou blancs, ne saute pas vraiment aux papilles. Sérieux, Roxana la poule chilienne aurait pu se fouler l’anus un peu plus et nous pondre des œufs verts, carrés et au goût de fraise tagada ou de hareng saur, là on en aurait pris plein la bouche. Mais non, juste une coquille verte, et c’est tout ; à part ça, tout est pareil : un œuf au goût d’œuf lambda. Scandaleux. C’est vraiment nous prendre pour des niaiseux, et je pèse mes mots. Dans ces conditions, il est bien difficile de justifier la différence de prix. Floué, indigné, révulsé, j’étais à deux doigts de peindre une banderole rageuse et d’aller occuper mon supermarché bio, puisque c’est la mode. Mais je me suis ravisé in extremis, me consolant à l’idée de me venger dans un billet de blog assassin.

Verdict : Les œufs verts, on a testé mais on ne recommande pas forcément, sauf pour le délire rigolo, haha, hihi, héhé, huhu, hoho, voilà c’est fait on a bien ri.

PS : oui, je suis un cuisinier hors pair. La prochaine fois, nous verrons ensemble ma recette de Penne Rigate bios au parmesan bio, avec des morceaux de tomate bio. C’est un plat bio et végétarien de haute volée.

jeudi 24 novembre 2011

La cantine vs. die Kantine

Ô Lecteurs dévoués, ô fidèles Vahinés, voilà que je vous néglige à nouveau. Je vous fais donc un petit coucou affamé et congelé de Berlin, où je suis revenu après une absence prolongée : j’ai eu le bonheur de passer quelques heureuses journées automnales outre-Rhin, dans notre glorieuse Patrie où les politiciens puent du fondement certes, mais où l’on mange toujours aussi divinement. 


Mon vénéré employeur est présent dans tout plein de contrées, dont la France. Dans notre pays, le plus bel au monde, le repas du midi est une fête. La pause déjeuner dure facilement de 60 à 90 minutes, et à la cantine on nous sert ce genre de festin :

Magret de canard, haricots verts et pommes de terre au romarin, sauce au miel.
Yaourt Activia, bouteille de Cristalline 50 cl, clémentine. Prix total : 5,13€


Retour au bureau de Berlin, on perd 10°C, la nuit tombe à 16 heures, et à la pause déjeuner (vers 11h45), qui dure 30 minutes bien sonnées, on se fait servir le... les...euh, la chose suivante :


La pâte à modeler blanche est censée être du riz, les cubes jaunes, des morceaux d’ananas, le morceau de chair rose, une tentative de poulet tandoori, et la sauce blanchâtre maculée de grumeaux verts, je ne sais pas trop. Du vomi sans doute. Tout ça pour 5€. Miam. En fait j’ai pris la photo, non pas pour le blog, mais comme pièce à conviction en cas d’intoxication alimentaire, des fois que.


Ou alors ces messieurs-dames nous proposent d’insipides spécialités allemandes quand ils ont pitié de nous... Au bout d’une demi-heure de supplice, nous regagnons nos bureaux, écœurés et aigris. Après une merveilleuse semaine gourmande dans l’Hexagone, le retour à la réalité est difficile. Je veux bien accepter qu’il y ait de douloureuses contreparties à vivre à Berlin, mais ces derniers jours nos cuistots berlinois se sont surpassés dans la médiocrité pour fêter dignement mon retour.

Allez, la phase de réacclimatation est bientôt terminée et je me suis remis dans le bain teutonique. Alors à très bientôt pour des billets un peu plus bavards !

mardi 11 octobre 2011

Jingle Bells (Déjà ? Mais ça va pas la tête ???)

Cela semble déjà à peine croyable et à moitié irréel, mais il y a six jours à peine, c’était encore l’été indien à Berlin : l’on s’abîmait gaiement les ligaments des doigts et se meurtrissait gaillardement les poignets au beach-volley, l’on déambulait nonchalamment en sandales de Strandbar en Flohmarkt, une glace de chez les Eispiraten à la main (celle où l’on n’avait pas trop bobo après le sport), l’on s’offrait insolemment une dernière baignade au Müggelsee, quelque peu intimidé au milieu d’une majorité de baigneurs ainsi vêtus qu’au jour de leur naissance, ou encore l’on s’affalait paresseusement sur les terrasses ensoleillées, Wayfarer bien calés sur le nez pour observer discrètement les passantes qui sûrement ne porteraient plus jamais de jupe cette année. 

Comme c’est déjà loin, tout ceci ! Il y a bien sûr la météo, qui a changé plus que radicalement en seulement quelques jours. Comme si cela ne suffisait pas, ces maudits journaux se sont mis à en faire des tonnes, remplissant à tire-larigot leurs colonnes de nouvelles alarmistes où il est question de chutes de neige record et de froid sibérien sur les modestes collines du nord de l’Allemagne ou sur quelque sommet reculé ailleurs en Teutonie, illustrant leurs articles de moult photos qui donnent envie d’aller se barricader dans le hammam le plus proche pour les six prochains mois. Mais ce n’est pas ça le pire. «Le pire, c’est la guerre Monsieur», avait déclaré, implacable, un médecin devenu ministre des Affaires Étrangères qui laissa un souvenir impérissable à ce poste. Non Bernard, tu n’y es pas. Le pire, ce n’est pas la guerre contre l’Iran. Le pire, vraiment, c’est ÇA :

Une station de métro de la ligne U1, le 10 octobre
Et ÇA :

Ikea Berlin Tempelhof, le jeudi 7 octobre, soit 2 jours exactement après la fin de l'été indien
Ou encore, ÇA :


Un supermarché bio à Friedrichshain, le 10 octobre

Passe encore que les salles de spectacle comme le Friedrichstadt Palast couvrent les panneaux d’affichage de leur réclame festive et de leurs thèmes enneigés : il faut bien qu’elles s’y prennent un minimum à l’avance pour convaincre le chaland qui portait encore un short la semaine dernière qu’il devrait enfiler ses moufles et réserver illico sa place pour le grand show de Noël. Mais vraiment, avec ces commerçants qui remplissent déjà leurs rayons de calendriers de l’Avent et d’autres gâteaux de fête, la coupe est pleine ! Une chanson anglaise de Noël (assez mauvaise, mais populaire outre-Manche) dit “I wish it could be Christmas every day”. Bon la chanson n’est peut-être pas si mauvaise que ça, mais elle est complètement inécoutable un 11 octobre, même avec la meilleure volonté au monde, quand il pleut des cordes au-dehors. Car en fait, ce n’est pas pour de vrai, Messieurs les Commerçants allemands : Noël, c’est vraiment chouette quand, euh... quand c’est vraiment Noël. On chante «Si c’était Noël chaque jour», mais c’est pour de faux : lancer Noël dès la première semaine d’octobre, pour les trois mois à venir, c’est proprement infernal en fait ! Oui, c’est bien cela : oubliez les marmites où bouillent les damnés jusqu’à la fin des temps, oubliez les fournaises où rôtissent les pécheurs pour l’éternité, perpétuellement embrochés par des diablotins sadiques éclatant d’un rire de hyène à chaque coup de trident. Oubliez Sartre. L’enfer, le vrai, c’est 365 jours de merchandising «Noël» par an (ou peut-être «seulement» 6 mois de sapins et de Lebkuchen par an ; je crois que cela suffirait largement à produire des effets comparables).

Et comble de l’ignominie : il «manque» déjà sur le présentoir trois boîtes de «thé de l’Avent». Des... des... des gens... des consommateurs aisément influençables, de pauvres âmes en perdition, je n’ose l’imaginer... en auraient donc déjà acheté ? À Friedrichshain ? Dans ce quartier où le virus de l’anti-consumérisme et de l’anti-pub s’attrape rien qu’en humant l’air de la rue ? Je n’en reviens pas. Passé le premier moment de choc, je décide de passer à l’action. Un plan machiavélique naît dans mon cerveau fécond. Une lueur rouge vacille dans mon regard. Un rictus diabolique courbe mes lèvres ; de satisfaction je me frotte les mains, osseuses et griffues. Je parcours les rayons du regard, cherchant ma victime. Ça y est, je l’ai trouvée : elle est derrière le rayon des fromages, Antje, la jeune vendeuse grassouillette, et ne se doute pas du piège qui va se refermer sur elle dans un instant. J’approche d’un pas sûr et lent, formant ma réplique dans ma tête, préparant mes déclinaisons et me concentrant sur la position du verbe, bien à la fin de la phrase. Une seule erreur de grammaire, et tout peut échouer !

«Hallo!
– Guten Abend.»

Elle me reconnaît et me sourit. C’est que ça fait bien trois ans que je fais mes courses au même endroit. Mais mon rythme cardiaque s’accélère. Car ça y est, j’ai passé le point de non retour. Je suis venu à elle et l’ai saluée, et elle m’a même fait un sourire. Il n’y a donc plus que deux issues possibles : mener le plan à exécution, ou alors empoigner un couteau à fromage et la prendre en otage pour me tirer de cet embarras avec panache faire semblant de vouloir acheter la livre de parmesan qu’elle tient de ses doigts potelés, et qui doit bien aller chercher dans les 40€. Je n’ai aucune envie d’acheter pour 40€ de parmesan ce soir. Je prends donc mon courage à deux mains. Allez, ce n’en sera que plus vite fini.

«Ich suche Ostereier. Ich möchte welche kaufen.
– Ääääh...»

(Je cherche des œufs de Pâques. Je voudrais en acheter
– Euuuuuh...)

Son visage change immédiatement d’expression. Derrière ses lunettes, ses petits yeux bleus trahissent la plus grande perplexité. Mais, après une seconde d’hésitation...

«Ach, wir haben leider keine Eier mehr. Sorry» (Nous n’avons plus d’œufs, désolée).

Sa réponse est clairement trop normale. La blague est déjà presque fichue. J’ai fait attention à bien soigner ma grammaire, mais mon accent est en train de tout gâcher : elle croit m’avoir mal compris parce que je n’ai pas prononcé assez bien Ostereier («austère-ailleurs»), et se raccroche aux branches comme elle le peut, refusant de croire que ce type à l’apparence normale cherche vraiment des œufs de Pâques (ou peut-être des «yeux de Pâpes», si mon accent est vraiment si mauvais que cela). C’est trop invraisemblable.

En effet, il n'y avait plus d'oeufs
«Nee, nee, ich suche OSTER-Eier. In Schokolade [*]. Ich kann keine finden.
– Ach.... Äääh?»

(Nan mais je cherche des œufs de PÂQUES. En chocolat. Je n’arrive pas à en trouver.
– Aah... coâââ ?)

Elle comprend qu’elle n’avait donc pas eu d’hallucination auditive. Visiblement, elle est rassurée, mais toujours aussi perplexe. Cas si elle n’est pas dure d’oreille, la scène n’en est pas moins surréaliste.

«J’ai déjà tout ce qu’il me faut pour Noël, voyez-vous, alors du coup je voudrais prendre un peu d’avance et commencer à préparer ma fête de Pâques. Malheureusement, il n’y a pas un seul œuf en chocolat à la ronde.
– C’est parce qu’on ne vend pas encore d’articles pour Pâques. Mais revenez peut-être en janvier !»

Hélas, je n’ai pas réussi à garder mon sérieux pendant cette petite conversation. À mon sourire de plus en plus large, elle a compris que c’était une blague, quoique pas très drôle. Et je n’ai même pas pu conclure ce gag pitoyable en lui montrant où se trouvait la caméra, mais, magnanime, elle a quand même joué le jeu... Ah, mais n’est pas Marcel Béliveut qui veau.

«OK, merci alors. Au revoir.
– Tschüß!»

Tiens, c’est vachement bien joué ça. Pour couronner le tout, je suis maintenant fiché à vie dans le supermarché juste à côté de chez moi : je suis le noir, français (il n’y en a pas 36 dans le quartier), qui parle comme une vache espagnole et cherchait des œufs de Pâques début octobre – ou peut-être des yeux de Pape ? Ou comment réduire à néant sa propre crédibilité en moins de 2 minutes chez son commerçant habituel...

[*] Et en plus je dis des horreurs comme «in Schokolade»...

vendredi 12 août 2011

Gastronomie teutonne à la Kantine : les “Klöße”

Cette semaine, pour la première fois en Allemagne et après trois années passées à éviter obstinément ce plat à l’aspect pas très catholique, trois années pendant lesquelles je me résignais systématiquement à sauter le déjeuner où à me contenter d’un dessert lorsque ledit plat était au menu à la Kantine, j’ai fini par manger des «Klöße». Les «Thüringer Klöße» sont ces grosses boules blanchâtres que les Allemands dévorent goulûment avec leurs viandes en sauce, et dont l’apparence laisse imaginer une consistance bourrative à souhait et une saveur affreusement fadasse, des préjugés qui suffisent à tenir à distance pendant longtemps l’immigré français moyen au palais réputé délicat. Je ne sais pas comment cela se passe pour vous, chères Lectrices affamées en terre prussienne, mais pour ma part, quelques mauvaises expériences initiales m’ont très vite forcé à redoubler de vigilance à l’égard des spécialités teutonnes pur jus et pure sauce, et le bilan après trois années berlinoises (j’ai franchi le cap cette semaine sans le crier sur les toits), c’est que l’Allemagne ne m’a pas conquis par le ventre!

Rinderbraten (rôti de boeuf) et Thüringer Klöße

Mais revenons à nos Klöße. Pour les non germanistes, Klöße est le pluriel de Kloß, et comme cette espèce de lettre «bêta» toute chelou est en fait un -SS- stylisé, ça se prononce «kloooss», et au pluriel «kleuuusseu», et ce nom veut dire, aha, je vous le donne en mille, «boulette», dit de manière archaïque. Fin de la petite leçon.

Dans votre assiette, les Klöße s’apparentent à deux lourdes boules de mie de pain roulées à la main, qui surnagent, miracle de la poussée d’Archimède, dans le demi-litre de sauce dans lequel elles sont habituellement servies. Si elles parviennent à flotter, c’est parce que la sauce elle-même n’est pas des plus légères... rappelez-vous vos cours de physique sur la densité des liquides, et tout ça. Vous attaquez un Kloß au couteau et à la fourchette: bien évidemment, il faut les couper en petits morceaux, vous n’allez tout de même pas vous en fourrer un tout entier dans le gosier et mourir, là, bêtement, étouffé par une indigeste boulette allemande alors que vous aviez toute la vie devant vous et encore des articles de blog à finir? Donc, disais-je: vous l’attaquez au couteau et à la fourchette, et le Kloß résiste, bien entendu. Il n’allait pas se laisser faire comme une vulgaire huître sans défense, le bougre. Le Kloß meurt, mais ne se rend pas. Sa consistance de pâte gluante et élastique vous oblige à redoubler d’efforts. Prenez garde, malheureux! Vous avez failli déverser 38 centilitres de sauce brune et fumante sur votre chemise et votre pantalon retirés du pressing ce matin-même! Au bout de quelques secondes de lutte silencieuse mais acharnée, vous avez créé une brèche, puis finalement, découpé l’aliment retors. Vous l’immergez alors dans la sauce (prenez garde à ne pas perdre votre fourchette dans la profondeur de jus) pour lui donner du goût, vous portez à vos lèvres... Attention! La sauce dégouline abondamment de votre fourchette. Vite, dans la bouche... Gloup! 

Ça y est, vous avez ingéré le premier morceau de Thüringer Kloß de votre vie! C’est une étape très importante dans votre lent processus d’intégration en terre teutonne. Vous en êtes tout à fait conscient, et visiblement, l’émotion vous noue la gorge. Ou alors, ou alors... un affreux doute vous assaille. Est-ce l’émotion, ou un gros grumeau mal dégrossi qui menace de vous obstruer la trachée pour de bon et de vous expédier zackzack dans l’au-delà? Avant de suffoquer et de tomber en syncope, la langue pendante, devant tous vos collègues, vous déglutissez d’urgence une demi-douzaine de fois en vous massant la pomme d’Adam. Ouf, l’alerte est passée, et oui, cette fois c’est la bonne: vous l’avez fait! Alors, impressions à chaud, monsieur l’athlète de l’œsophage? Eh bien ça a la saveur de mie de pain, et la consistance de mie de pain mélangée à de la pâte à modeler... Pas terrible, mais dans le fond il y a pire (sans doute). 

Mon ami Wicky Pedia, qui est incollable sur tout, me dit qu’en fait, il n’y a pas de pain dans les Klöße, rien que de la pomme de terre râpée: deux tiers de pomme de terre crue et un tiers de pomme de terre bouillie à mort. Puis on triture le tout et on fait tout plein de trucs que je n’ai pas vraiment compris, et à la fin on fait bouillir tout ça à l’eau. Alors je ne sais pas si les Klöße de la cantine étaient de moins bonne qualité et moins savoureuses que les boulettes thuringeoises authentiques, mais au goût, c’était vraiment de la mie de pain et du sel (et beaucoup de sauce), en plus lourd.

Les Allemands, pour dire «C’est clair comme de l’eau de roche», disent «C’est clair comme du bouillon de Klöße», et c’est le plat traditionnel du dimanche, paraît-il, comme la blanquette de veau en France ou le blaff de poisson aux Antilles. Bref, le truc aussi typiquement allemand que les Birkenstock. Mais pour que je m’inflige ça chaque dimanche, il va falloir me passer sur le corps!

Allez, pour être un minimum honnête, il faudrait que je vous parle, un de ces quatre, des plats typiquement allemands que j’aime. Il y en a bien quelques uns tout de même! Déjà, le Rinderbraten qu’accompagnaient les Klöße était tout à fait correct...


Autre constante des cantines berlinoises: le Currywurst du vendredi bien sûr!

Une folle rumeur qui court en ce moment prétend qu’on aura du beau temps ce weekend à Berlin! Du beau temps en plein mois d’août?? Vraiment, on aura tout vu: le climat déconne de plus en plus!

dimanche 31 juillet 2011

Das große Kompliment – ou pas

Bäckerin: “Hallöchen.”
Ich: “Hallo, ich möchte bitte ein Weltmeisterbrötchen und ein Kürbiskernbrötchen.”
Bäckerin: “Das war aber sehr schön gesagt!”
Ich: “Echt? Danke!”
Bäckerin: “Bitteschön.”

Weltmeisterbrötchen et Kurbiskernbrötchen
Traduction de ce petit dialogue, au bénéfice de mes Lectrices qui luttent encore avec la langue de Goethe, malgré leur QI que je sais phénoménal.

La Boulangère: «Bonjour.»
Moi: «Bonjour, je voudrais s’il vous plaît un Weltmeisterbrötchen et un Kürbiskernbrötchen.»
La Boulangère: «Mais c’était très bien prononcé tout ça!»
Moi: «Vraiment? Merci alors.»
La Boulangère: «Mais je vous en prie.»

Et un service avec le sourire, en prime.

YES!!! Trois ans, il a fallu trois ans pour que ce moment béni arrive. Entre-temps, que d’échecs et de moments de solitude et de découragement, de moqueries sadiques et de malentendus débiles. Et il est vrai que la tâche n’est pas aisée à la boulangerie, les redoutables Bäckerinnen étant d’expérience les commerçantes les plus enclines à se gausser méchamment de ma chancelante diction. Il faut dire que, vu les noms tordus qu’elles donnent en général à leur marchandise, il y a de quoi suer à grosses gouttes avant de se risquer à prononcer ces vocables torturés qui s’écrivent toujours en quatorze lettres minimum. Et là, ne voilà-t-il pas que je me présente tranquillement, complètement enrhubé à cause de ce temps pourri qui sévit sans trêve depuis des semaines, et je me fais encenser...


Affreuses contrefaçons de bière - l'Allemand est formel:
en Belgique, on ne boit que du jus de houblon.
En fait, c’est un précepte tout particulier auquel obéit la confrérie des Boulangers Teutons: «À ton pain un nom à coucher dehors tu donneras, et le client français impitoyablement tu humilieras», une règle d’or que respectent scrupuleusement des générations de Bäcker. Le commandement est tout aussi imprescriptible que le fameux «Édit de Pureté de la race bière», ce Reinheitsgebot avec lequel les Allemands nous rebattent copieusement les oreilles depuis 1516 et qui a gravé dans le marbre les règles invariables de la brasserie germanique. Pour les Teutons, en-dehors du Reinheitsgebot, point de salut. Ainsi, la bière belge, par exemple, ne mérite même pas ce nom, car elle contient des trucs interdits comme, juste Ciel... du blé ou du sucre, ou de la levure ajoutée. Bah! La petite histoire continue ainsi: un an après la promulgation de ce fameux Édit de pureté de la race, un “indignado” du nom de Martin Luther, courroucé contre la bière de contrebande et contre la mauvaise gouvernance (pour causer moderne) dans l’Église catholique, lançait la Réforme protestante. Un petit détail méconnu de ce grand chamboulement politico-religieux est que le fourbe hérétique, emporté dans son zèle, est allé rajouter en douce une ligne à la prière de Notre Père dans la nouvelle version traduite par ses soins dans la langue du peuple. La manœuvre fut fort subtile, et personne n’y a vu que du feu pendant un long moment. Ainsi, depuis près d’un demi-millénaire, les Allemands protestants prient ainsi:


«Notre Père, qui es aux Cieux
[...]
Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Et aux papistes, donne-leur des pains dans la gueule,
[...]
Amen.»

Les boulangers prussiens ont donc toujours été en première ligne pour démoraliser les ouailles papistes subversives, et en particulier parmi celles-ci, les blogueurs français. Voilà tout le contexte historique et culturel de l’histoire. Fin de la petite digression historique.

Sitôt rentré, je suis allé mander mon voisin Marco (*) pour lui conter, triomphal, l’heureuse nouvelle qui me transportait véritablement d’allégresse.

«Elle ne t’a pas dit “très bien prononcé”, elle a dit “très joliment prononcé”! rétorque-t-il d’un ton neutre, l’air de dire cut the crap, man.
– Comment ça?
– Oui, très joli, très mignon, elle a trouvé que ton accent français est très süß, normal quoi.
– Non, tu rigoles?
– Tu crois vraiment que la boulangère t’a félicité pour ta prononciation correcte de Weltmeisterbrötchen? Non mais n’importe quoi. Tu fumes un peu, non?
– Mais, mais... [trémolos] elle a dit... elle a dit... sehr schön, c’est pas rien!
– Attends, redis Weltmeisterbrötchen et Kürbiskernbrötchen pour voir?
– Ich möchte bitte ein Weltmeisterbrötchen und ein Kürbiskernbrötchen.
– LOL! Non, t’inquiète, t’es encore très mauvais.
– Cette langue de marde, diantrefoutre!!!»

Bon, au moins j’y aurai cru pendant une petite heure...

(*) Prénom modifié
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