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samedi 16 mars 2013

Cassez ce Mur que je ne saurais voir

13 juillet 2008 : lors d’un Bürgerentscheid (une sorte de référendum local) organisé après des années de polémique, les habitants du district berlinois de Friedrichshain-Kreuzberg rejetaient à 87% le projet «Mediaspree», un programme ambitieux, voire limite mégalomaniaque, de privatisation à tout crin des rives de la Spree et de bétonnage débridé des nombreuses friches urbaines qui avaient vu fleurir, après la chute du Mur de Berlin, toute une scène culturelle et festive «alternative» au fil de l’eau. L’enfilade de boîtes de nuit, de Strandbars («bars-plages»), de parcs, de promenades et de terrains vagues en bordure de rivière, le long du tracé du Mur, était devenue un élément important du cadre de vie des riverains et des Berlinois dans leur ensemble, et attirait chaque année un nombre croissant de touristes européens. Ainsi, par le vote de l’été 2008, la population locale avait clairement signifié son opposition catégorique à la poursuite de la construction de bureaux, d’hôtels, de centres commerciaux et d’appartements haut de gamme sur les quais de la Spree à Friedrichshain et à Kreuzberg.

1er mars 2013 : près de cinq ans après le vote populaire, les autorités de la capitale allemande, qui depuis la réunification n’ont de cesse de transformer Berlin, au grand dam de ses habitants, en une sorte de Dubaï clinquant et sans âme, n’ont tenu aucun compte de l’avis de la population exprimé sans ambiguïté en 2008. Après tout, les terrains avaient déjà été vendus dès les années 90, se défend la municipalité. Ainsi, malgré quelques empêcheurs de tourner en rond, le projet Mediaspree a pu continuer à se concrétiser sans encombre majeure, davantage contrarié par les lointains remous de la crise financière que par l’opposition massive de la population. Les Berlinois, impuissants, ont vu disparaître quelques uns des espaces de liberté et de création les plus emblématiques du secteur : le Bar 25, la plage du Kiki Blofeld ou le club Maria am Ostbahnhof pour ne citer qu’eux, tandis que le Yaam, sauvé de justesse, demeure sur le fil du rasoir. Mais en ce 1er mars, le coup de pioche de trop a été donné : les promoteurs immobiliers ont entrepris, avec la bénédiction des instances dirigeantes, de démolir une portion de l’East Side Gallery afin de débuter les travaux de construction d’un pont piétonnier mais surtout, et c’est là le principal point d’achoppement, d’un immeuble résidentiel de grand standing, une tour de 15 étages où des appartements somptueux seront proposés à la vente pour des prix atteignant jusqu’à 7800 euros le mètre carré ! Ce n’est jamais que trois fois le prix du marché actuel, dans un arrondissement où le revenu net médian des ménages s’élève à 1400 euros par mois.

Bientôt à la place du Mur : le Burj al-Berlin, nouveau soleil dans la capitale.
(Capture d'écran du site de Living Levels)

lundi 11 février 2013

Famille traditionnelle antillaise ou «mariage pour tous»?

Depuis quelques jours, le débat sur le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, un débat que les Antillais suivaient jusqu’ici de loin, avec peut-être un brin d’incrédulité et de dégoût, a pris en Martinique une dimension toute particulière. En effet, le 30 janvier, le député divers-gauche de la deuxième circonscription de la Martinique et maire de la commune de Sainte-Marie (19.000 habitants) a pris la parole à l’Assemblée Nationale et a proclamé haut et fort son rejet ferme de ce projet de mariage homosexuel et son intention de voter contre, bien qu’il ait jusqu’ici, souligne-t-il, «soutenu tous les projets et engagements de la Gauche». Le discours, visionné des centaines de milliers de fois sur Internet, et amplement relayé sur la plupart des médias opposés au «mariage pour tous», a fait date dans ce débat, résonnant bien au-delà des rivages ensoleillés baignés d’eau turquoise où tout ce qui a trait aux Antilles reste habituellement confiné, dans l’indifférence générale des médias et de nos compatriotes hexagonaux. Du moins est-ce le sentiment qui prévaut en Martinique et en Guadeloupe.

Le député Bruno Nestor Azérot le 30 janvier à l'Assemblée
Mais cette fois, c’est différent. Un tribun antillais a pris la parole et, ô surprise, toute la France a écouté. Dans une harangue combative, le député-maire Bruno Nestor Azérot a martelé que la quasi-totalité de la population d’Outre-Mer est «opposée à ce projet», et que «les valeurs sur lesquelles reposent les sociétés ultramarines», nos «valeurs fondamentales», étaient menacées par l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. «Ce texte ne donne pas une liberté supplémentaire, il fragilise le délicat édifice sur lequel se sont construites nos sociétés antillaises et guyanaise après l’abolition de l’esclavage», a-t-il ajouté, avant d’interpeller l’Hémicycle sur une question plus grave, plus existentielle, presque apocalyptique : «la famille, pivot de notre société [...], va-t-elle exploser au sens littéral du terme ?»

mercredi 6 février 2013

Banalité de l’absurde à Hébron

Imaginez qu’un beau jour, un investisseur fortuné se présente tout sourire au seuil de votre maison et, se dispensant des politesses d’usage, vous propose, sans passer par quatre chemins, de racheter votre logis. Son prix ? Allez, soyons généreux d’emblée, afin d’expédier l’affaire : un million de dollars pour le terrain et le bâti, cela vous conviendrait-il, cher Monsieur ? À la louche, ça fait une bonne dizaine de fois la valeur totale de votre propriété sur le marché. Affaire entendue ?

Vous déclinez l’offre, poliment mais fermement, et éconduisez l’importun.

Un Palestinien prend congé de ses visiteurs devant la porte de sa maison sur la rue Shuhada, à Hébron

Désarçonné par ce refus inattendu, l’investisseur vous quitte l’air marri, mais qu’à cela ne tienne, il ne tarde pas à revenir à la charge, quelques temps après, avec des arguments bien plus convaincants : saisissez cette chance de faire une très bonne affaire, cher ami. Est-ce que dix millions sauront vous faire changer d’avis, peut-être ?

Nan.

Allons, allons, vous êtes un dur à cuire, c’est ça ? Soit. Mais le richissime investisseur est déterminé. C’est un homme d’affaires aguerri après tout : il est venu à bout d’adversaires bien plus coriaces qu’un plouc comme vous avec votre bicoque insignifiante dans un trou paumé. Vingt millions ? Ce n’est jamais que deux-cent fois le prix normal de votre baraque, souligne-t-il avec le ton professionnellement enjoué et passablement condescendant d’un vendeur d’aspirateurs. À prendre ou à laisser, mon brave. Ne soyez donc pas têtu comme une bourrique.

Hors de question.

dimanche 6 janvier 2013

On a testé : Ben Gurion International

«Welcome to Israel!», proclame chaleureusement (“shalomeusement”, si vous me passez le jeu de mots) le grand panneau aux couleurs vives à l’attention des passagers tout juste sortis de la passerelle de débarquement.

«Ben Gurion Airport: Pride of Israel», renchérit solennellement un sobre mais imposant bas-relief couleur ocre, après une interminable enfilade de couloirs et de halls ultra-modernes, aérés, lumineux.

«Toi, tu vas grave morfler avec la sécurité de l’aéroport de Tel Aviv. Prépare-toi à subir le pire interrogatoire de ta vie.» Cette troisième proclamation, en revanche, vous ne risquez pas de la trouver fièrement placardée sur quelque mur ou façade de l’aéroport international de Tel Aviv. Ces mots, ce sont tout simplement les menaces persistantes, les inévitables avertissements, les inquiétantes vaticinations, que j’ai entendus moult fois de la bouche de maints augures, et qui bourdonnent confusément entre mes oreilles, dans quelque cavité fascinée et apeurée de mon cortex, alors que le tapis roulant m’achemine paisiblement vers Dieu sait quel agent du Mossad tapi dans un bureau poussiéreux du service de l’immigration, craquant bruyamment ses doigts avec une délectation sadique à l’idée de m’envoyer au tapis au onzième round de questions-réponses, et de jeter mon passeport au broyeur à papiers.

Comme le dit l’adage bien connu, un homme averti 36 fois en vaut 72.

Bienvenue à l'aéroport international Ben Gourion de Tel Aviv

D’ailleurs, à peine ai-je laissé derrière moi le panneau «Bienvenue en Israël» qu’un avant-goût de cet accueil musclé se présente, sous les traits d’une jeune femme blonde au visage sévère, si menue au milieu d’un quatuor d’observateurs en uniforme scrutant attentivement les débarqués de frais en Terre Promise, que je ne l’aurais probablement pas remarquée si elle n’était pas venue, d’un pas agile quoique déterminé, se planter devant moi avec autorité, barrant ma progression au sein du peloton des arrivés, et ne m’avait pas intimé, sur un ton martial, toute une série d’ordres ne souffrant nulle contestation. «Halte. Votre passeport s’il vous plaît. Ouvrez votre sac et déshabillez-vous. Intégralement. Il n’y a pas de mais».

lundi 23 juillet 2012

GEMA(L) à ma musique

En ce beau lundi de juillet, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer, ô nobles lecteurs. Par laquelle préférez-vous que je commence ?

Bon, vu que ça risque d’être compliqué d’attendre que les centaines de milliers de lecteurs assidus les quelques fidèles donnent leur réponse, et d’écouter l’avis de la majorité, alors je vais commencer par la mauvaise.

Eh bien voilà : j’arrête les Chroniques Berliniquaises.

Héhé, comme je vous ai bien eus ! Pouet-pouet !

jeudi 8 mars 2012

Sales porcs phallocrates !

L’autre jour, alors que je prenais connaissance des dernières conneries infos vachement importantes publiées sur la page de discussion d’un forum de Français à Berlin dont je suis membre, voilà-t-il pas que je tombe sur un ce lien posté par un autre membre, claironnant sous les vivats de la foule en délire, le scoop suivant : «Allemagne : Une pasteure en couple avec une secrétaire d’État annonce sa grossesse [Munich And Co, Bild]». Comme si cela ne suffisait pas, une courte dépêche enfonce le clou, au cas où, comme moi, vous auriez naïvement cru à une faute de frappe multiple dans le titre :
“Eli Wolf, 46 ans, pasteure protestante à Francfort, et Marlis Bredehorst, 55 ans, secrétaire d'Etat à la Santé du Land de Rhénanie du Nord-Palatinat, du parti écologiste allemand (die Grüne), en couple depuis 1997, attendent un enfant, ont-elles annoncé à Bild. Et, expliquent-elles, cette annonce a été saluée par des félicitations jusqu'au sein de leur église. Sur Munich and Co [fr] et Bild [de].
À la vue de cette horreur contre-nature, mon sang n’a fait qu’un tour. Oui, chers gens, vous ne le saviez peut-être pas, mais j’ai, et j’assume, mon côté conservateur-tradi-old school. Je le cultive comme mon petit jardin secret, mon dark side rien qu’à moi. C’est comme ça, on ne se refait pas. Et j’ose même espérer que certains d’entre vous feront preuve d’un minimum de bon sens et partageront sans réserve mon avis : que deux femmes autour de la cinquantaine décident d’avoir un bébé ensemble, soit, parfait, très bien, rien à redire, il faut vivre avec son temps, et touça touça, mais alors oser écrire «une pasteure» !!! Aaaaarrrrrggghhhh ! Naaaaoooonnnn ! Pitié ! Assurément, implorai-je le Ciel avec la ferveur qui sied à l’intégriste aux abois, il existe un enfer pour châtier dans d’éternels tourments les coupables de péchés aussi ignobles contre la langue de Molière !

vendredi 24 février 2012

Arbeit. Familie. Heimat.

À tort ou à raison, les Français sont connus pour être de beaux parleurs, à tous les sens du terme : ils affectionnent les belles idées et les concepts généraux, ils raffolent de grands débats, surtout s’ils donnent lieu à de belles joutes verbales à la rhétorique affûtée, agrémentées de quelques bons mots assenés à l’adversaire comme des banderilles. Ils glosent volontiers, à l’infini, sur l’idée en vogue du moment, si abstraite soit-elle, uniquement parce que la réflexion est passionnante, et le débat bien plus captivant que les questions bassement terre-à-terre dont la sphère politique devrait avant tout se préoccuper. Vient ensuite un moment où le public finit par se lasser de la discussion, et se passionne pour un nouveau débat, tout aussi philosophique que le précédent. 

À tort ou à raison, les Allemands, eux, sont perçus comme un peuple qui goûte moins les grands mots et préfère l’action. Les grands idéaux, les dissertations enflammées et les débats stériles, ça va cinq minutes, pour cette nation industrieuse, plus portée sur le résultat que sur la longue palabre. Au bout d’un moment, il faut bien siffler la fin de la récré, s’efforcer à prendre une décision, la plus pragmatique possible bien entendu, puis mettre les mains dans le cambouis afin de résoudre le problème identifié. On reconnaît bien là la redoutable efficacité teutonne.

vendredi 17 février 2012

Breaking news: Wulff jette l’éponge

Voilà, c’est fait. Après deux mois d’incroyable psychodrame, Christian Wulff, l’actuel président de la République Fédérale d’Allemagne, en poste depuis la démission du Bundespräsident Horst Köhler en mai 2010, démissionne à son tour.

"Le faux Président" - une des nombreuses couvertures très critiques
consacrées au Bundespräsident Wulff ces dernières semaines.
Deux démissions du chef de l’État allemand en moins de deux ans : la république de Weimar est-elle de retour ? On espère que non, même si forcément vu de loin cela fait désordre... Ces deux abdications ont néanmoins très peu de choses en commun : le président Köhler, figure populaire très respectée, avait pris de court la nation et la classe politique en renonçant à ses fonctions sur fond de désaccord à propos de l’intervention de l’armée allemande en Afghanistan. En revanche, pour l’ex-président Wulff, cela sentait le roussi depuis Noël.

dimanche 29 janvier 2012

Dernier samedi soir à Prenzlauer Berg (la fermeture du KDR)

Samedi soir sur la Pappelallee. Le Klub der Republik, icône des nuits de Prenzlauer Berg, célèbre, entre autres mais pas que, pour ses soirées «Girls Republik», où votre dévoué chroniqueur n’était pas forcément le bienvenu organise en cette fin janvier dix soirées consécutives d’Abrissparty, ou encore de «soirées de démolition», pour un grand feu d’artifice final. Et pour cause : le 1er février, après deux ans de lutte contre le nouveau propriétaire des lieux, l’établissement fermera définitivement ses portes, et sa boule à facettes sera délogée de son poste sans cérémonie, dans un grand fracas pas vraiment musical, par une autre boule, nettement plus massive celle-là : la boule de la grue de démolition. La guerre des boules, en quelque sorte. Boule de verre contre boule de fer, allez savoir pourquoi, c’est presque toujours la même qui gagne.

Il règne toujours une certaine moiteur à l'intérieur du KdR... Merci à Hélène pour l'idée de photo !


mardi 20 décembre 2011

Chronique Martiniquaise (2) : VodaFAIL.de

Vodafone est mon seul ami. Il me suit partout, partoutpartout, jusqu’au bout du monde. Ce n’est pas la moindre des choses, et vous le savez bien, chers Vahineux et Vahinés, depuis tout ce temps : j’ai diablement la bougeotte. Pas un mois ne passe sans que clic clac ziiip je boucle ma valise et va-va-vroum je saute dans un taxi ou alors tchouk tchouk einsteigen bitte je cahote gaiement à bord du S-Bahn en direction de l’aéroport afin de uuuuuiiiiiiiiissssssshhhh-grrrrmm m’envoler vers des cieux fort lointains (c’est bien comme onomatopée pour un avion à réaction qui décolle, «uuuuuiiiiiiiiissssssshhhh-grrrmm» ?). Je vis à Berlin en pointillé, et dans les aéroports à plein temps. La semaine dernière, à l’instar du Canada, j’ai dû me retirer piteusement du protocole de Kyoto pour cause de flingage massif de mon bilan carbone. Les réfugiés climatiques : c’est largement de ma faute. La montée des océans ? Ne cherchez plus le coupable.

Unique bonne nouvelle dans ce fatras de tableaux des départs, de valises à roulettes et de réacteurs qui tournent à plein régime au sommet de la troposphère, c’est que quel que soit l’endroit où j’atterris après avoir brûlé quelques hectolitres de kérosène, et donc fatalement, fait fondre moult kilomètres carrés de banquise polaire, et par conséquent virtuellement occis de mes propres mains de gentils petits oursons blancs à la truffe noire et humide, je retrouve mon loyal ami Vodafone, fidèle au poste, qui m’accueille toujours sur le même ton jovial. «Willkommen!», me dit-il, soulageant ainsi quelque peu les tourments qui aiguillonnent ma conscience écolo.

lundi 31 octobre 2011

Le vol noir des corbeaux sur nos plaines - 2ème partie : un tour d’horizon

“POUR le premier ministre Charest, l’initiative concernant les étudiants étrangers est «un geste audacieux pour garder cette jeunesse et son potentiel chez nous»
Actuellement, un étudiant sur dix demeure au Québec une fois ses études complétées. «Nous nous fixons comme objectif de tripler le nombre d’étudiants étrangers qui font le choix de demeurer au Québec» a dit M. Charest. 
«Le Québec accueille chaque année quelque 22 000 étudiants étrangers. Ils sont jeunes. Ils sont brillants. Ils sont talentueux. Le monde entier se les arrache» a souligné le premier ministre. «Je veux que pour eux, le Québec ne soit pas qu’un heureux souvenir, mais qu’il soit un projet d’avenir», a renchéri M. Charest.
Québec, le 10 mars 2009. Le message est on ne peut plus clair : le Québec annonce sa volonté de se mettre en quatre pour retenir une partie des étudiants étrangers qui y ont suivi une partie de leur cursus, plutôt que de les voir faire leurs valises et quitter le pays une fois leur diplôme en poche. Pourtant, avec 8% de sans emploi en 2010 (un chiffre plutôt en hausse), le chômage est loin d’être un phénomène inconnu dans la «Belle-Province». Le gouvernement provincial aurait-il l’intuition que permettre l’accès au marché du travail à quelques milliers d’étrangers hautement qualifiés n’empêche pas de lutter efficacement contre le chômage ?  Voyons un peu le détail des mesures appliquées :
Si vous voulez travailler au Canada après avoir obtenu votre diplôme, vous devez demander un permis de travail au titre du «Programme de travail postdiplôme». 
Programme de travail postdiplôme
Le Programme de travail postdiplôme permet aux étudiants ayant obtenu un diplôme dans un établissement postsecondaire canadien participant d’acquérir une expérience professionnelle précieuse au Canada. 
Il vous est possible de vous voir délivrer un permis de travail au titre du Programme de travail postdiplôme valide pour la durée de votre programme d’études, soit pour une période maximale de trois ans. La période de validité du permis de travail postdiplôme ne peut dépasser la durée du programme d’études de l’étudiant, laquelle doit être d’au moins huit mois. Par exemple, si vous avez eu votre diplôme après quatre ans d’études, vous pourriez être admissible à un permis de travail de trois ans pour autant que vous remplissiez les critères, mais pour un certificat obtenu après huit mois d’études, vous seriez admissible à un permis de travail valable au maximum huit mois.
Pour se voir délivrer un permis de travail et de manger le pain des Canadiens après l’obtention de son diplôme, l’immigré potentiel remplir un certain nombre de conditions, notamment : avoir étudié à temps plein au Canada pendant huit mois au minimum, avoir terminé le programme d’études avec succès et entamer ses démarches dans les délais impartis.

C’est tout ? Pas d’humiliations dans les sous-préfectures ? Pas de «circulaires» félonnes tapies dans les tiroirs ? Pas de douches obligatoires à l’eau de Javel pour désinfecter ces masses grouillantes de crève-la-faim enguenillés et malodorants, tout qualifiés qu’ils se prétendent ? Pas de carrières prometteuses détruites d’un coup de tampon désinvolte, par une armada de gratte-papier au teint blafard et aux cheveux gras, s’essuyant un filet de morve sur la joue du revers de la main en même temps qu’ils condamnent des promotions entières d’indésirables diplômés à une «déportation» (selon la terminologie locale) certaine et imminente ? Non, rien de tout ceci. Sainte Mère, quelle inconscience, quelle grave erreur ! Le Canada court à sa perte, et sera incessamment submergé de vagues d’immigration incontrôlée, et les Canadiens ne tarderont pas à ne plus «se sentir chez eux» ! On devrait leur envoyer Guéant en mai 2012, lorsqu’il se retrouvera au chômage chez nous : il remettrait de l’ordre vite fait dans cette maison ! OK, j’ai donc choisi un mauvais exemple avec le Québec : sans aucun doute, plein d’autres pays, dans le monde, ont une politique aussi restrictive (et de bon sens bien sûr) que la nôtre pour limiter l’emploi des anciens étudiants étrangers ?

EN ALLEMAGNE

C’est bien connu, l’Allemagne n’aime pas beaucoup les étrangers. Après tout, c’est ce pays qui a tout bonnement inventé le concept de xénophobie, pas vrai ? Jusqu’au début des années 2000, il était presque impossible pour les étrangers d’obtenir la nationalité allemande, sauf pour ceux ayant des origines allemandes, si lointaines soient-elles. Droit du sang, interdiction stricte de la double nationalité jusqu’en 2003 (de plus en plus grignotée par différentes dispositions) : il y a encore seulement quelques années, les politiques allemandes vis-à-vis de l’immigration et de l’intégration n’avaient rien à envier aux propositions les plus délirantes conservatrices du conglomérat politique français qu’il convient d’appeler UMFN, actuellement au pouvoir. Aussi peut-on supputer légitimement que les étudiants étrangers, une fois diplômés des facultés allemandes, sont chassés sans cérémonie et priés d’aller se faire pendre ailleurs, que ce soit dans leur pays d’origine où ils ont «vocation» à travailler (dixit Le Guéandertal), ou ailleurs s’ils le désirent, mais surtout pas en Allemagne, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ?

Eh bien en fait pas du tout. Schock und Konsternation ! Depuis septembre 2007, les étrangers non-européens ayant terminé leurs études dans une université allemande disposent d’un délai d’un an pendant lequel il peuvent rester sur le territoire en toute légalité (et donc en toute sérénité) pour y trouver un emploi en rapport avec leur qualification. Ils bénéficient même d’un «examen prioritaire» de leur dossier pour obtenir le précieux Arbeitserlaubnis, le permis de travail. N’est-ce pas tout bonnement révoltant, ces masses crasseuses et enturbannées se ruant sur les emplois qui devraient revenir au bon peuple allemand ? Le chômage a dû partir en flèche, certainement ? On aimerait pouvoir dire cela pour donner raison à notre gouvernement, mais en fait le taux de chômeurs a fortement diminué, passant de 11,4 à 6% de la population active entre le printemps 2005 et le mois dernier... Et encore, pour la Bavière, fière et prospère, il faut diviser ces chiffres par deux. Késako ? Tous ces ingénieurs indiens ou mexicains, ces comptables égyptiens ou brésiliens, ces chercheurs canadiens ou australiens n’ont pas transformé le pays en tiers-monde invivable ? On en perd son latin. Le Chancelier à la moustache doit faire des bonds, dans sa fosse commune anonyme quelque part autour de Berlin... Quant à nos ministres, on aimerait bien avoir leur opinion sur ces faits. Je me demande ce que font les journalistes.

EN GRANDE-BRETAGNE

Comme d’habitude chez nos Rosbifs adorés, rien n’est simple. Le gouvernement conservateur de David Cameron, arrivé au pouvoir en mai 2010 dans un contexte de grande morosité économique, de crise financière et de chômage galopant, a été élu sur un programme où il était question de réduire fortement l’immigration de travail. Ah, enfin des politiciens raisonnables qui s’inspirent des lumières de notre UMP Nationale, direz-vous. Mais en fait, petit à petit, les contours des nouvelles mesures se sont précisés, et bien que l’on puisse parler de quotas très restrictifs, on est encore très loin de la politique aveugle que poursuit notre gouvernement. Les mesures entrées en vigueur en avril 2011 donnent les critères suivants : limitation du nombre global de permis de permis de travail à 21.700 par an, dont 1000 visas pour les exceptionally talented people, détenteurs de Ph.D ou de MBA, certains chercheurs et autre big brains ou big money bags (chefs d’entreprises & investisseurs) et 20.700 “Tier 2 Visas” pour les gens qui ont un diplôme, savent parler anglais et peuvent satisfaire des critères extrêmement détaillés et rébarbatifs à souhait. Chaque critère rempli attribue au candidat un certain nombre de «points» qui s’additionnent. De même, l’employeur potentiel doit satisfaire quelques requirements spécifiques et objectifs. Les jeunes diplômés ayant étudié au Royaume-Uni sont en concurrence avec les candidats qui postulent depuis l’étranger, mais les premiers ont l’avantage de recevoir des «points» supplémentaires dans leur dossier de candidature du fait d’avoir suivi leur cursus dans une université britannique, et peuvent, dans une certaine mesure, demeurer sur le territoire pendant leurs démarches, ce qui est un autre atout non négligeable.

Bref, tout ceci est très complexe et fortement indigeste, mais en définitive les règles sont transparentes, bien définies si on prend vraiment la peine de s’y plonger, et s’appliquent à tous d’après des critères plus ou moins objectifs. 

EN SUISSE

Disons-le franchement : en Suisse, les racistes et xénophobes de tout poil ont pignon sur rue et ne s’embarrassent pas de subtilités pour faire passer leur message. Quand ce ne sont pas les affiches électorales qui représentent les étrangers indésirables en brebis galeuses, ignominieusement jetées hors du pré carré helvétique à coup de sabots, ce sont les frontaliers italiens, français ou allemands qui se voient comparés à des corbeaux, à des rats ou alors désignés sous le sobriquet affectueux de «racaille d’Annemasse». À cette aune, les quelques courageux qui bravent un climat si hostile pour aller étudier dans la petite république alpine sont sûrement boutés hors de Suisse comme le mouton noir de l’affiche UDC dès l’obtention de leur diplôme ?

Non, non, non, et non. Sur le site de l’Office fédéral des migrations, un court article publié en juin 2010 et intitulé Admission facilitée pour les ressortissants d’États tiers diplômés d’une haute école suisse annonce la couleur : 
Le 18 juin 2010, le Parlement a accepté l’initiative parlementaire Neirynck qui prévoit une modification de l’art. 21 de la loi fédérale sur les étrangers (LEtr). Cette décision implique que les étrangers diplômés d’une haute école suisse pourront être admis sans tenir compte de l’ordre de priorité défini à l’art. 21 LEtr. Le séjour leur sera provisoirement accordé pendant les six mois suivant la fin de leur formation ou de leur perfectionnement en Suisse pour leur permettre de trouver un emploi en adéquation avec leur diplôme. Seuls les diplômés aspirant à des postes importants du point de vue économique ou scientifique bénéficieront d’une autorisation de travail. La modification de loi entrera en vigueur le 1er janvier 2011.
Tout est dit en quelques courtes lignes. En Suisse, les racistes glapissent, et les populistes gémissent, mais des lois sensées entrent malgré tout en vigueur, en fonction de l’intérêt du pays, et pas pour séduire un électorat de beaufs incultes qui mettent tous les étrangers dans le même sac et les rendent responsables de tous les maux du pays.

Je crois que cela suffit : j’ai fait ma démonstration. Les règles applicables aux États-Unis étaient trop compliquées à trouver, donc je ferai sans. Mais vous voyez où je veux en venir : il n’y a donc qu’en France que la situation est aussi défavorable aux diplômés étrangers, et ce au mépris des lois existantes. Il n’est pas farfelu d’imaginer les conséquences désastreuses pour l’attractivité internationale de nos universités, si cette situation devait perdurer. À terme, comme l’a dit un de mes amis marocains (et récemment naturalisé français, heureusement pour lui), on en arriverait presque à souhaiter que les anciennes colonies françaises se détournent de la francophonie et adoptent l’anglais comme langue d’enseignement et de travail, pour réagir à ce mépris avec lequel leurs ressortissants sont traités en permanence : ainsi, il y aurait bien moins de candidats à l’immigration en France. Notre pays n’aurait peut-être plus que le rayonnement culturel de la Pologne ou de la Finlande à l’échelle mondiale, mais nos beaufs de Vitrolles ou d’Orange voteraient alors peut-être, oui peut-être, UMP plutôt que FN, et bien sûr ne seraient plus embêtés par personne pour organiser leurs apéros préférés...

C’était donc ça la «France d’après» ?
Ma foi, je ne suis pas mécontent d’être parti alors.
Le dernier qui sort pensera à éteindre la lumière ?

mercredi 26 octobre 2011

Le vol noir des corbeaux sur nos plaines - 1ère Partie : la circulaire Guéant

Dites, les gens, ça pue en France en ce moment, ne trouvez-vous pas ? Ça sent tellement mauvais que même chez nous à Berlin, par jour de grand vent, un remugle nauséabond venu de l’ouest empeste l’atmosphère. Même qu’aujourd’hui, alors qu’il n’y a pas un souffle de vent dans la pièce où j’écris ces lignes, ça fouette à la limite du supportable. Wait a minute, je checke mes semelles au cas z’où, parce que j’ai soudainement un doute : cette puanteur fétide ne saurait être l’arôme de notre doulce France tout de même... Semelle gauche OK, semelle droite... Ach, verdammte Kacke! Non mais vraiment, un instant de distraction sur les trottoirs de Friedrichshain, ça ne pardonne pas.

Pardonnez-moi cette brève interruption... Je disais plutôt : la pestilence gauloise n’a rien à voir avec l’odeur putride qui émane de mes souliers, ni avec les odieuses calomnies proférées par ces peuplades semi-barbares jalouses de notre prestigieuse industrie des parfums de luxe, et qui par dépit et dérision ont inventé des expressions peu flatteuses telles que französisch duschen (se laver à la française) ou to have a French shower chez les Rosbifs : par là, ils désignent le fait de faire sa toilette avec du parfum et/ou du déodorant plutôt qu’avec de l’eau et du savon. Le fait même que ces peuples de rustres mal lavés au teint couperosé et aux dents jaunes aient inventé une expression toute faite pour décrire ce genre de pratiques en dit long sur eux-mêmes, quand bien même ils accusent injustement les Français d’avoir ces habitudes peu hygiéniques trop peu répandues chez nous pour qu’on songe à leur donner un nom.

Non, ce ne sont pas les aisselles des 65 millions de Français qui sentent mauvais par-delà les frontières hexagonales, mais plutôt les éructations d’un trop grand nombre de nos dirigeants qui ne savent plus quoi inventer pour courtiser frénétiquement la frange la plus frileuse et frontiste de l’électorat français, fracturant froidement notre idéal de fraternité. Et malheureusement, des hectolitres de bains de bouche Eludril ou des tonnes de bonbons Fisherman’s Friend ne risquent pas de régler ce problème qui n’est pas d’ordre strictement hygiénique.

Mais trêve de bavardage. Après quatre ans de sarkozysme, ou devrions-nous dire, de hortefisme, de bessonisme, de guéantisme et plus clairement de désignation systématique des étrangers comme responsables de tous nos problèmes, la France pue, bien plus que si elle était tout en Roquefort. Le racisme repart à la hausse et est à nouveau accepté et valorisé car «iconoclaste», «anti-conformiste». L’une des toutes dernières excrétions méphitiques de l’équipe gouvernementale, c’est cette «circulaire» de Claude Guéant, l’actuel ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer (aïe !), des Collectivités territoriales et de l’Immigration, un de ces politiciens visionnaires que le monde entier nous envie et qui, comme souvent en Sarkozie, n’a jamais été un élu du peuple. De préfecture en préfecture, de secrétariat général en ministère, c’est à un flic-technocrate sans la moindre légitimité populaire que nous devons ce dernier oukase en vertu duquel les étudiants étrangers, à l’issue de leur cursus dans des établissements français, se heurtent à des difficultés gigantesques et jusqu’ici insoupçonnées pour obtenir les documents les autorisant à rester en France afin d’y chercher un emploi, voire, dans les cas les plus ahurissants, pour rester légalement en France pour commencer à exercer une activité professionnelle alors qu’ils ont déjà été embauchés.

OUI NIDE IOU, beutte onnely if iou are Frêneche or
atte ze rigueur fromme zi Iouropillane Iounionne.
Ozeurouailze, djeuste feuque euffe tou iour caountry
foulle ove Bougnoules or Blaque pipeule or ouatéveur.
La «circulaire Guéant», vous en avez sûrement déjà entendu parler. Vous avez certainement vu ces extraits édifiants qui décrivent par le menu les situations absurdes créées par l’application de cette circulaire.

Certains au gouvernement voudraient rassurer l’opinion et faire taire les critiques en soulignant que la circulaire n’est qu’un simple «rappel de la loi». On ne demande qu’à les croire, mais la circulaire, que j’ai lue dans sont intégralité, dit très exactement ceci dans son introduction et la même chose en substance en conclusion :
“Le Gouvernement s'est fixé pour objectif d'adapter l'immigration légale aux besoins comme aux capacités d'accueil et d'intégration de la société française. [...] cet objectif implique une diminution du flux. [...] En effet, la priorité doit être donnée à l'insertion professionnelle des demandeurs d'emploi aujourd'hui présents, qu'ils soient de nationalité française ou étrangère, résidant régulièrement en France. La procédure de changement de statut (étudiants demandant un titre de séjour professionnel) devra faire l'objet d'un contrôle approfondi. L'exception prévue pour les étudiants qui sollicitent une autorisation provisoire de séjour dans le cadre d'une recherche d'emploi doit rester rigoureusement limitée. Le fait d'avoir séjourné régulièrement en France en tant qu'étudiant [...] ne donne droit à aucune facilité particulière dans [...] la délivrance d'une autorisation de travail.”
De plus, la circulaire stipule, dans au moins deux passages différents, que «les étudiants étrangers ont prioritairement vocation, à l’issue de leur séjour d’études en France, à regagner leur pays». On va tout de même bien plus loin qu'un simple et salutaire rappel de la loi, puisque la loi ne demande nullement aux préfets de «diminuer» quelque flux que ce soit, ni de renvoyer chez eux les jeunes diplômés venus de pays étrangers dans le premier avion à destination de la Bougnoulie une fois leur cursus achevé. Elle ne préconise pas non plus d’appliquer la préférence nationale chère au FN depuis 1985. En fait, la loi dit plutôt ceci :
 “L'étudiant étranger, qui vient d'obtenir en France un diplôme au moins équivalent au master et qui souhaite, en vue d'un retour dans son pays, compléter sa formation par une première expérience professionnelle en France, peut demander une autorisation provisoire de séjour, sous certaines conditions (diplôme, salaire...).
Cette autorisation provisoire lui permet de travailler et, à son échéance, éventuellement de poursuivre son expérience professionnelle en France.
Certaines nationalités bénéficient de conditions plus favorables de délivrance.
[...]De plus, l'étudiant doit présenter un diplôme figurant sur une liste fixée par arrêté. Cette liste mentionne notamment  :
  • le diplôme de master,
  • le diplôme d'études approfondies (DEA) ou d'études supérieures spécialisées (DESS),
  • le diplôme d'ingénieur délivré par un établissement habilité,
  • le diplôme de recherche technologique, le doctorat et l'habilitation à diriger des recherches,
  • le diplôme d'État de docteur en médecine, chirurgie dentaire, pharmacie,
  • [...]
Il n’est dit nulle part que c’est une «exception» que de se voir accorder une autorisation provisoire de séjour, mais plutôt un droit dont jouit chaque diplômé étranger qui remplit les conditions clairement définies. Un simple «rappel de la loi», vraiment ?

Par ailleurs, le législateur demande aux entreprises et aux employeurs de se conformer à un certain nombre d’obligations essentielles relatives au versement des cotisations sociales, aux normes de sécurité, à la formation professionnelle, à l’emploi des travailleurs handicapés ou des «seniors». Jusqu’ici, rien que de très normal. Mais la circulaire Guéant poursuit son rappel de la loi de manière pour le moins innovante et créative, en suggérant explicitement aux préfectures d’opposer un «avis défavorable» aux sociétés qui, par le passé, se seraient fait pincer sur un manquement aux obligations précitées, et empêcher ainsi lesdites entreprises de recruter des diplômés étrangers. Ces derniers n’ont évidemment rien à voir la faute en question, si minime ou si énorme soit-elle, mais ce sont eux qui vont payer les pots cassés et les erreurs de leurs employeurs potentiels. En gros, l’idée ici c’est : «Non, désolé, en mars 2009 il vous manquait un quinquagénaire unijambiste pour que vous remplissiez votre quota de travailleurs handicapés, par conséquent vous n'allez pas pouvoir recruter cette doctorante mexicaine, qui d'ailleurs va devoir gicler fissa, tiens d'ailleurs casse-toi Conchita, t'as assez traîné tes guêtres chez nous. Allez, ouste, retourne boire de la tequila et danser la cucaracha avec Speedy Gonzalez, hop, hop, hop !».

Dans un tel climat, après quatre années de vomissage permanent sur tout ce qui n’est pas assez français (cinq ans si on compte la dernière campagne présidentielle), on comprend presque que les Préfectures aient fait l’impasse sur l’absurde batterie de vérifications tatillonnes à effectuer avant d’accorder les précieuses autorisations, dans un contexte de réduction du nombre de fonctionnaires, et choisi d’appliquer la consigne avec un zèle systématique, au mépris des lois dont la circulaire n’est pourtant qu’un simple «rappel» (n’est-ce pas), plongeant dans le désarroi des centaines de jeunes âgés de 20 à 30 ans, Africains, Maghrébins, Nord-Américains, Asiatiques ou autres, qui n’avaient pas la moindre idée du piège qui se refermait sur eux alors qu’ils validaient leurs derniers crédits au printemps dernier, ou qui ne s’imaginaient pas de telles difficultés lorsqu’ils décidèrent de s’inscrire dans telle ou telle grande école ou université française il y a 3 ans ou plus.

Merci aux Inrocks pour ce chouette cliché de notre ministre préféré
J’ai eu la chance de fréquenter un établissement supérieur jouissant d’une bonne réputation hors de nos frontières, où de nombreux étudiants non européens choisissaient d’effectuer une partie ou la totalité de leur cursus. En même temps que je me suis lié d’amitié avec nombre d’entre eux, je les ai vu s’attacher à la France et choisir d’y rester, pour la plupart d’entre eux, une fois leur diplôme obtenu, se trouver de bons jobs, payer leurs impôts, bref, enrichir la France, matériellement mais sans doute à tous les sens du terme, tout en y construisant leur vie. C’était la moindre des choses de leur donner la possibilité de rester, plutôt que de les chasser ignominieusement en raison d’une quelconque «vocation à retourner dans leur pays». Fatalement, je trouve cette directive complètement absurde, tout comme cette mise à hystérie grandissante contre l’ensemble des étrangers en France.

Beaucoup de choses ont déjà été dites, écrites et diffusées sur les ondes, depuis que cette circulaire a atterri dans les préfectures, avec la discrétion furtive d’un fax, plutôt que par le biais d’un bruyant débat parlementaire (le suffrage universel et les débats démocratiques n’étant pas le fort de notre ministre-flic). Je vous propose de lire cet excellent article de Slate.fr, qui exprime en mieux une bonne partie des pensées que cette circulaire m’inspire. Au lieu de répéter et paraphraser tous ces arguments, plutôt que de me joindre au chœur des indignés, je vais, dans un deuxième volet, démonter cette illusion (ou ce mensonge) selon laquelle «c’est pareil ailleurs». Car enfin, non ce n’est pas pareil. Les faits sont là et ne demandent qu’à être exposés. Voilà.

Au fait, pourquoi parlé-je de corbeaux noirs dans le titre de ce billet ? Parce que nos trois derniers ministres de l’Intérieur, par leurs discours de rejet et leur «idées» de génie, me font penser à l’affiche suivante :

Des corbeaux (forcément étrangers) dépècent la Suisse. Oh qu’ils sont vilains !

Notre gouvernement n’emploie peut-être pas la terminologie crue de l’extrême-droite suisse (enfin, pas toujours), mais les idées sont les mêmes à 100%. Cependant, pour moi, ces trois corbeaux ne symbolisent pas les étrangers prédateurs qui viennent jusque dans nos bras, égorger nos fils et nos compagnes, mais plutôt la malveillance hypocrite de ce gouvernement, en particulier les trois ministres de l’Intérieur qui se sont succédé ces quatre dernières années : Riri, Hortefifi et Cloclo. À très bientôt pour le 2ème volet.

Affiche électorale d’extrême droite suisse.
La symétrie avec les propos de l’UMP est plus que frappante.

vendredi 14 octobre 2011

Péril rouge : Quand l’extrême-gauche déraille

Pour ce billet, contrairement à mon expérience habituelle au bout de 139 articles, j’ai hésité entre une flopée de titres possibles, qui me paraissaient tous aussi bons les uns que les autres : «Berlin c’est littéralement de la bombe» (haha), «Berlin brûle-t-il ? Acte II» (pour mémoire, l’acte I, cest par ici), «La Terreur rouge», «Coup d’Hekla des énervés de gauche», «Berlin, ses bars, ses cocktails Molotov», «Lextrême-gauche a le feu sacré», etc, etc. Bref, il n’y avait que l’embarras du choix. Mais en fin de compte, j’ai choisi la sobriété, ne me sentant ni particulièrement «terrorisé», pour l’instant du moins, ni d’humeur à aller défier L’Équipe sur son terrain favori qu’est celui des jeux de mots pourris.

Engels, Marx et Lénine, «Conseillers de crise» de la
Deutsche Kommunistische Partei (en 2011).
Ciel ! Les Bolcheviks ont débarqué ! 
Le Péril rouge, ce n’est peut-être pas une formule très originale, mais cette expression un peu vieillotte pose d’emblée le sujet sans aucune ambiguïté, et a le mérite d’être également en phase avec l’actualité française, puisqu’elle fait écho aux dernières déclarations alarmistes de notre impayable Jean-François, qui devait être franchement à Copé de ses pompes, à agiter ainsi la peur des «Bolcheviks», ces épouvantails d’il y a 94 ans qui ont dû traumatiser son enfance, à force d’entendre les radotages de grand-papa qui pestait sans cesse, de sa voix éraillée, contre ces affreux satanistes bolcheviques lors des déjeuners dominicaux en famille, toussant dans son verre de vermouth. Non mais vraiment, hein. J’en dis que ses Meaux ont dépassé ses pensées... ou alors il était UMPeu soûl ? Mais passons.

S’il est un pays qui a un vrai problème d’extrême-gauche, ce serait plutôt l’Allemagne, qui a subi cette semaine une énième recrudescence d’actes de vandalisme et d’attaques incendiaires revendiquées par des groupuscules extrémistes, une spécialité de la maison. Étrangement, la nouvelle est passée quasiment inaperçue dans les médias français, donc pour ceux et celles d’entre vous qui ne seraient pas au courant, je résume en quelques mots : lundi, une explosion a endommagé l’infrastructure de la ligne à grande vitesse Berlin-Hambourg et provoqué des retards considérables. Une formation jusqu’ici inconnue, se faisant appeler «Hekla», comme un volcan islandais du même nom (un choix des plus judicieux, quand on se souvient de l’incroyable boxon causé par l’Eyjafjallajökull l’an dernier) a alors immédiatement revendiqué l’attaque et exigé dans la foulée le retrait des troupes allemandes d’Afghanistan, la libération du soldat américain Bradley Manning, ce jeune héros de Wikileaks embastillé par l’armée américaine, la fin des guerres, la semaine des quatre jeudis, cent balles et un Mars. Depuis cet Hekla de colère, ce ne sont pas moins de 17 engins explosifs qui ont été retrouvés par la police cette semaine, à la gare centrale de Berlin ou à proximité immédiate des rails des lignes de S-Bahn un peu partout dans la ville, avant ou après détonation, semant ainsi la confusion sur les lignes ferroviaires berlinoises qui commençaient à peine à se remettre de deux ans de chaos et d’incidents en chaîne, et à regagner la confiance des usagers.

Il n’y a pas lieu de céder à la panique : la bande à Baader n’est pas de retour parmi nous, mais je trouve nos sympathiques Genossen, d’habitude doux comme des agneaux, particulièrement virulents cette année. Il y a eu l’épidémie de voitures incendiées à Berlin-Ouest en août, des attaques jamais revendiquées mais «peut-être proches des mouvements de gauche» selon la police. Il y a eu le sabotage incendiaire, et clairement revendiqué, à la gare d’Ostkreuz (une gare importante à Friedrichshain) en mai, qui a mis le S-Bahn KO pendant deux jours et privé des milliers d’habitants du quartier, y compris votre dévoué chroniqueur, de téléphone et d’internet durant cette même période, des câbles optiques ayant également été endommagés... Il y a eu les menaces proférées en début d’année, pour protester contre la hausse des loyers ou «venger» les expulsé de la communauté «Liebig 14», dont on attend encore la mise à exécution. Et la liste continue...
La contribution communiste aux
50 ans du mur a fait des vagues

Si encore ces actions déplorables n’étaient que le fait d’une poignée d’illuminés mal lavés ou de groupuscules isolés, ce ne serait pas si grave. Mais ce n’est malheureusement pas le cas : l’idéologie délétère de cette extrême-gauche «décomplexée» contamine lentement mais sûrement certains médias et partis politiques, à la faveur des multiples rebondissements de la crise financière mondiale, et du temps qui passe, efface lentement la mémoire des crimes de la Stasi et les douleurs de l’oppression, et remet l’Ostalgie de plus en plus au goût du jour. Le 13 août dernier, à l’occasion de la commémoration de l’édification du Mur de Berlin, le journal marxiste et fier de l’être Junge Welt avait publié une édition spéciale où il «remerciait» en couverture les politiciens de la RDA pour «28 ans de paix en Europe, 28 ans sans soupes populaires ni SDF, 28 ans sans hedge-funds, 28 ans d’éducation pour tous et de Freikörperkultur», qui ont donc été rendus possibles par... autant d’années de division physique de la capitale allemande par cette «barrière de protection anti-fasciste», et par l’assassinat de 136 fugitifs, dont beaucoup d’enfants. Ah bah c’est sûr que laisser mourir des enfants dans la Spree en restant les bras croisés, cela en vaut bien la peine s’il est question de défendre le sacro-saint FKK, car enfin, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, c’est bien connu... Qui a dit que le révisionisme était forcément une tare qui affectait les sympathisants de l’extrême droite ? L’indignation a atteint des sommets à l’échelle nationale. Mais deux mois après, qu’en est-il ? Fichtre rien. Junge Welt continue de paraître quotidiennement à vingt mille exemplaires, et le monde ne s’est pas arrêté de tourner.

Camarade Latschoum, la Rouge
à la veste en skai
Le jour de la commémoration, le parti politique Die Linke (j’en parlais de manière un peu moins critique l’an dernier), qui a passé les 10 dernières années à prendre part à la coalition «rouge-rouge» qui gouvernait l’État de Berlin, s’est lui aussi retrouvé au centre d’une polémique hallucinante, certains de ses membres qui participaient à une convention publique ce 13 août ayant refusé de prendre part à une minute de silence à la mémoire des victimes de cette répression criminelle et aveugle. Même pas à la mémoire des enfants. La controverse a duré des semaines avant de retomber, mais à ma connaissance, les petits Robespierre Ossis, droits dans leurs bottes et experts en pas de l’oie, n’ont toujours pas été exclus de ce parti, qui a ainsi démontré son manque d’attachement à la démocratie allemande et à des principes qui ne devraient pas être négociables une seule seconde. Gesine Lötzsch, présidente du Parti et seule figure politique allemande qui peut articuler son nom en plein milieu d’un éternuement (un privilège que beaucoup lui envient), a tenté maladroitement de minimiser l’incident en récitant le point de doctrine de Die Linke, le parti héritier de la SED est-allemande, sur cette question gênante : «Le Mur était une conséquence, certes tragique, mais inévitable, de la guerre froide, donc de la 2ème Guerre mondiale». Et le reste n’est qu’inutiles palabres de réactionnaires et de calomnies des suppôts du capitalisme. Comme les masques tombent. Il suffit juste de gratter un peu et le mince vernis de respectabilité démocratique de Die Linke s’effrite encore plus vite que les façades des Stalinbauten de la Karl-Marx-Allee. Et comme de juste, quelques semaines plus tard, un mémorial du Mur de Berlin était vandalisé par des inconnus à Pankow. Mais puisque l’exemple vient d’en haut, d’un parti qui participe au gouvernement de plusieurs régions allemandes et d’un quotidien bien établi, alors il n’y a rien d’étonnant à ce que des jeunes désœuvrés prennent le taureau par les cornes et s’attaquent aux monuments à la mémoire des victimes et aux symboles de la réunification.

Sur une note plus humoristique, pendant la toute dernière campagne électorale, j’ai repéré des affiches de Die Linke qui, telles qu’elles étaient situées, laissaient suggérer que le Parti a vraiment du mal à se détacher du passé de certains de ses membres à la tête de la RDA. Pur hasard ou message subliminal laissé par les colleurs d’affiches ? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais la sagesse martiniquaise a une réponse toute faite à ce genre de question : Ich tig pa ka fèt san zong. (Traduction fournie sur demande).

Pour aller tout droit dans «Le Mur», suivez Die Linke (Hallesches Ufer, août 2011)

Pour renouer avec la Stasi, faites un grand virage à Gauche (Hedemannstraße, août 2011)
Quant à nos énervés de l’Hekla, pour revenir à eux, ils ont rejeté en bloc les accusations de terrorisme en se fendant d’un communiqué où ils disent en substance ceci : «Méééé-euh ! C’est même pas vrai qu’on est des terrorisses puisqu’on s’attaque pas aux gens. Nous on est des gentils pacifisses non-violents, alors arrêtez de nous embêtéééé-euh». Un argumentaire aussi convainquant que les sophismes de Frau Lötchoum plus haut. En attendant, on dirait qu’ils n’ont pas laissé traîner de cocktails Molotov sur les voies ferrées ce vendredi. Pourtant, aucune de leurs revendications n’a été satisfaite : l’armée allemande continue de pourfendre des Infidèles en Afghanistan, le soldat Manning croupit toujours dans les geôles américaines, et un vendredi a succédé à un jeudi. C’est vraiment bête ça : pendant un moment, on avait vraiment cru qu’ils avaient une bonne chance de faire plier la Défense américaine, comme ça, à eux tout seuls, en persécutant des banlieusards berlinois avec des bidons d’essence. Mais peut-être une âme charitable leur a-t-elle payé la rançon de cent balles et un mars, et cela a dû leur suffire, au moins pour cette fois. En attendant, je suis bien content de me déplacer principalement à vélo, même dans le froid qui s’installe déjà : mon Holland-Rad est peut-être plus facile à voler qu’une Audi ou qu’une rame de S-Bahn, mais il reste le seul moyen de locomotion qui ne fasse pas encore les frais du juste courroux des gentils terroristes pacifistes non violents d’extrême gauche.

mercredi 15 juin 2011

Papy fait de la résistance (à la justice)

Les lectrices informées que vous êtes, en plus d'avoir une taille de guêpe, n'ont pas manqué d'entendre parler de l'arrestation d'un dangereux criminel présumé après des années de cavale, un certain Ратко Младић (je trouve ça rigolo le cyrillique mais en vrai il s'appelle Ratko Mladić), sur qui pèsent des soupçons de massacres de civils innocents lors du siège sanglant et sadique de Sarajevo, et qui est accusé d'avoir ordonné la mise à mort de plusieurs milliers d'hommes désarmés, jeunes et vieux, valides comme infirmes, à Srebrenica. L'über-salaud en quelque sorte (la fine gâchette qui a tué la mère de Bambi, c'était encore lui!), une espèce de Ben Laden mais sans le sens du style vestimentaire, sans ce côté Iznogoud, la barbe rebelle au menton et le turban loufoque sur la tête. Un sinistre assassin qui n'a même pas un look perso immédiatement identifiable, ça fait passablement amateur, car tout le monde sait que les vrais serial-killers psychopathes se doivent de cultiver un look original, surtout lorsqu'ils se mêlent de politique, pour faciliter le culte de la personnalité. Malgré cet amateurisme évident, je suis sûr qu'encore aujourd'hui, et peut-être pour très longtemps encore, les mamans bosniaques, lorsqu'elles sont à cours de moyens pour discipliner leurs marmots turbulents, dégainent l'artillerie lourde et des «Si tu ne finis pas ta soupe de ćevapčići, Goran, on t'envoie demain en vacances chez Ratko Mladić!», une menace qui doit suffire à apprendre l'obéissance aux plus roués des garnements dans tous les Balkans.

Mladic superstar (photo: justice.blog.lemonde.fr)
Je ne dirai rien sur le fait que cet homme ait pu vivre en Serbie pendant plus de quinze ans avant d'être capturé dans un village paisible de 3000 âmes, à 80 km de Belgrade, je n'ai pas suivi la traque. Ce qui est remarquable, c'est que cinq jours après son arrestation, le croque-mitaine du peuple bosniaque était promptement envoyé aux Pays-Bas pour être jugé au Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, malgré ses véhémentes protestations, que l'on peut résumer ainsi : «C'est pas nous qu'on les a tués, ces enfoirés de muslims, ils se sont eux-mêmes jetés sur nos balles pour saboter nos exercices de tir à proximité de leur bled qui pue, et ils sont morts, ces cons ; et puis pour la mère de Bambi, j'ai mon permis de chasse en règle monsieur le Juge». On verra comment le tribunal jugera de la recevabilité de ces arguments. Ah, je ne vous avais pas dit? Aujourd'hui, c'est mercredi prise de tête sur ce blog...

Une famille heureuse avant sa rencontre fatale avec Mladic...
Donc, si on ne sait pas comment diable la Serbie a mis si longtemps à mettre la main au collet au criminel de guerre (présumé - respectons sa présomption d'innocence!) le plus recherché en Europe depuis des décennies, on ne peut néanmoins que se réjouir de la diligence avec laquelle il a été extradé pour répondre de ses crimes (présumés). Il faut dire qu'elle n'a pas vraiment le choix, la pauvre Serbie : démembrée et exsangue, bombardée et marginalisée, elle a compris qu'elle a tout intérêt à obéir aux sommations de ses puissants voisins si elle veut un jour retrouver sa place parmi les nations européennes fréquentables, et peut-être, peut-être, un jour devenir membre de l'UE, même si la route est longue.

Pourtant, dans la même UE, il est une nation tout à fait fréquentable, un membre fondateur de la CEE en réalité, qui s'en fiche royalement d'extrader ses criminels de guerre et de les livrer à la justice : l'Allemagne. Il est vrai que les affreux jojos qu'elle protège des foudres de la loi ne sont pas accusés de crimes aussi monstrueux que l'assassinat de la mère de Bambi, mais quand même... Il y a quelques mois, je faisais dans un billet une très courte allusion au SS Martin Sandberger, qui s'est paisiblement éteint à Stuttgart l'an dernier, à 98 ans, après cinquante ans d'une vie bien tranquille qui n'a guère été troublée par les ouvertures des archives détaillant ses crimes en Estonie, comme le résume fort bien cet article. Soit, soit, alors comment disais-je, déjà, à l'époque?
Ces derniers affreux d'un autre âge, qui n'ont pas eu le bon goût de trépasser pendant toutes ces décennies de bonheur amnésique, sont devenus des symboles un tantinet encombrants d'une époque révolue, et expient enfin leurs fautes et celles de feu leurs compagnons tortionnaires. Ha! C'est bien fait pour leur sale gueule. Z'avaient qu'à être plus futés et passer l'arme à gauche dignement et surtout discrètement, avant que le vent ne tourne (...)
Mon voisin le tueur, dans une
rue tranquille d'Ingolstadt,
en Bavière
Beaucoup blabla, comme à mon habitude, pour dire, en substance, que les Allemands sont devenus sympas et jugent et condamnent enfin les vieillards séniles qui furent nazis il y a 70 ans de cela. Eh bien, je me trompais grossièrement. L'histoire qui m'a fait bondir de mon confortable fauteuil vintage DDR dans mon salon de bobo, c'est l'affaire Faber. Klaas Carel Faber est un sacré loulou à peine connu des médias français à part L'Express. Pourtant, l'affaire n'est pas nouvelle : un nazi condamné à la perpétuité s'échappe d'une prison hollandaise en 1952, se réfugie en RFA et fait son trou en Bavière, dans la ville d'Ingolstadt. Il est assez vite localisé, et les Pays-Bas demandent dès 1954 à la RFA de bien vouloir livrer Herr Faber à la justice hollandaise afin qu'il purge sa peine de prison. L'Allemagne décline, arguant que le sieur Faber est un citoyen allemand et qu'elle n'extrade pas ses citoyens. Soit, soit. C'est moche, mais c'est comme ça, et l'Allemagne n'est pas le seul pays dans ce cas, loin s'en faut. Mais alors, là où le bas blesse, oui, j'ai bien dit le bas, car je porte des leggings abrasifs en laine de verre et ils me blessent parfois, en revanche, je ne porte pas de bât car je ne suis pas un âne ; là où le bas blesse, disais-je, c'est qu'un vif esprit tel que le vôtre, chers Lectrices, ne pourra s'empêcher de remarquer que Klaas Carel, ça ne fait pas très allemand, non? Eh oui, dans le mille! Klaas Carel Faber, 89 ans, est hollandais et a commis des crimes aux Pays-Bas, comme entre autres, fusiller par dizaines des prisonniers au camp de Westerbork, par lequel la famille d'Anne Frank a transité dans son voyage sans retour vers Bergen-Belsen, Theresienstadt et Auschwitz. Il a été reconnu coupable de ces crimes par la justice de son pays après la guerre, et condamné à mort, puis à la prison à perpétuité, toujours aux Pays-Bas. Ce n'est qu'après s'être échappé de prison et enfui en RFA, que M. Faber a obtenu la nationalité allemande... en vertu d'un décret sympatoche d'Hitler de 1943 qui accordait la nationalité allemande aux étrangers ayant servi chez les SS, et qui n'était pas encore abrogé plusieurs années après la guerre. C'est tellement beau ces petites clauses méconnues du droit du sang à l'allemande. Avis aux amateurs qui galèrent pour se faire naturaliser : un uniforme, une arme, un meurtre (ou cinquante, ou mille), et l'affaire est jouée! Notons au passage que les États-Unis, l'un des nombreux pays qui n'extradent pas leurs ressortissants, n'ont pas hésité, sans que l'idée ne leur soit suggérée par Hortefeux ou quelque autre membre de l'UMP, à déchoir John Demjanjuk de sa nationalité américaine, afin qu'il soit extradé... vers Munich et y être jugé, sur la foi de preuves bien plus minces. When there's a will, there's a way, n'est-ce pas. Mais peut-être est-ce précisément la volonté, ce qui manque à la justice bavaroise.

Nazi un jour, nazi toujours, Herr Faber.
J'avais vaguement envie de parler de cette histoire lorsque les médias ont timidement évoqué, il y a un mois, l'ultime fin de non recevoir que la Bavière a opposée aux Pays-Bas après trois demandes infructueuses dont un mandat d'arrêt, sur le cas Faber, qui restera libre et mourra tranquillement en Allemagne, sans être inquiété davantage. Ce sont l'arrestation et l'extradition éclair de Mladić par la Serbie qui m'ont décidé. On a d'un côté un petit pays qui était encore une dictature semi-fasciste en guerre il y a dix ans à peine, et qui donne des gages au monde pour que justice soit rendue. On imagine pourtant l'humiliation que cela doit représenter pour une grande partie de la population serbe, au nationalisme encore exacerbé, et chez qui les rancœurs de la défaite sont encore à vif. Et de l'autre côté, on a la Bavière qui protège sans vergogne des nazis étrangers ayant acquis la nationalité allemande pour services rendus aux SS, et roule tranquillement sur les corps des victimes de ce régime totalitaire.


Je trouve cette histoire monstrueuse, c'est une vraie honte pour l'Allemagne. Il était temps que je parle de cette tragédie qui me donne des hauts-le-cœur depuis des semaines. Qui sait, peut-être que le ministre bavarois de la Justice et de la Réhabilitation du Nazisme lit Les Chroniques Berliniquaises. Et il se décidera dans la foulée à cesser d'être complice de la barbarie fasciste. Ou pas.


Papy facho: dîner élégant chez un juge bavarois
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