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lundi 8 novembre 2010

Bons souvenirs du Liban

Chers amis,

Alors que je passe ce qui va surement etre ma derniere nuit au Liban, et que je galere avec un clavier QWERTY arabe, une version de Windows obsolete et une connexion poussive dans un "cybercafe" glauque de Tripoli (le Tripoli libanais bien sur, dans le nord du pays), je voudrais tout de meme m'assurer que je ne laisse pas une impression trompeuse. J'ai passe beaucoup de bons moments dans ce pays et fait des experiences tres interessantes

Quelques exemples :

Une longue promenade hier sur la Corniche (route littorale) de Beyrouth, avec un autre passage au fameux cafe Al-Rawda, un endroit merveilleux et ombrage juste devant de la mer, que j'ai trouve par hasard pendant mon premier jour a Beyrouth, ou les familles libanaises viennent se rafraichir, jouer aux dominos, aux cartes, fumer le narguile sous les arbres, et ou mon amie Anna* m'a rejoint pour un delicieux dejeuner libanais. Nous avons ensuite continue notre promenade en admirant au passage les Pigeon's Rocks, joli promontoire rocheux naturel ou nous avons admire le coucher du soleil que j'avais loupe le premier jour. Et nous avons termine sur de delicieux gateaux accompagnes de the sur la terrasse luxueuse de l'hotel Movenpick. Une experience typiquement beyroutie, en quelque sorte : la mer, la dolce vita, le luxe. Le soir, Ane etait trop fatiguee pour sortir et devait se menager pour le marathon de Beyrouth, auquel elle devait participer ce matin. Mais j'avais envie de profiter de mon tout premier samedi soir a Beyrouth. Je suis donc sorti tout seul dans l'impressionnante rue Gouraud et les rues adjacentes du quartier jeune et fetard de Gemmayzeh. Cela en valait la peine. Bar sur bar, restaurant sur restaurant, boite sur boite. Des jupes plus courtes qu'a Londres, des talons plus hauts qu'a Milan, une foule scintillante de noctambules dechaines, des embouteillages monstres, des voitures immatriculees a Dubai ou au Koweit (on m'a explique que les riches princes du Golfe envoient leurs chauffeurs-esclaves originaires du sous-continent indien sur les dangereuses routes du desert avec la voiture tandis que eux, ils prennent tranquillement l'avion....).

Les fameux Pigeons' Rocks, ou Raouché
Juste après le coucher du soleil, depuis la terrasse du Mövenpick

Bref, vous avez compris, Beyrouth c'est vraiment la capitale de la fete. Etonnamment, Berlin et Belgrade le sont aussi. Alors soit les grandes villes ayant une histoire recente particulierement traumatisante se transforment en capitales de l'hedonisme une fois la paix revenue, soit les capitales dont le nom commence par "Be" sont predisposees a etre des hauts lieux de la fete. Reste a voir comment ca se passe a Berne...

Le fameux hôtel Holiday Inn détruit pendant la guerre

Pour la petite histoire je ne suis pas alle dans un de ces bars ultra-branches car j'etais seul et je ne savais pas comment aborder ces groupes de fetards satisfaits. Mais dans une rue adjacente, la fort justement nommee Rue du Liban, j'ai trouve un bar de rugby completement desert mais encore ouvert, le bar "Scrum". Je suis donc entre, ai commande une biere Almaza et ai sympathise avec le jeune patron du bar en parlant de choses et d'autres. Ouf, mon samedi soir a Beyrouth etait sauve, je ne l'ai pas passe tout seul :-)

Beyrouth et ses contradictions...

Oui, le charme "traditionnel" de Beyrouth se perd, lentement mais sûrement


Aujourd'hui, je suis a Tripoli (Trablous, en arabe), ou j'ai prevu de faire escale avant de continuer vers la Syrie a partir de demain. Tripoli, ca rime avec joli. Mais c'est une pure coincidence sans rapport avec la realite, helas. Arrive a la gare routiere en provenance de Beyrouth, je me suis fait arnaquer une fois de plus par un chauffeur de taxi, qui a profite de mon absence totale de reperes. Ici au Liban un moment de baisse de vigilance, ca ne pardonne pas et ca se paye cher (5 euros). Je me suis trouve une auberge familiale tres sympathique, tenu par des gens qui parlent un bon francais, l'hotel El-Koura. Ensuite je suis sorti explorer la ville. Alors que j'etais debout sur la place Sahat Et-Tall, au coeur de la vieille ville, desoriente avec mon fidele Lonely Planet, a me demander par quel bout commencer et a avoir un debut de regret de m'etre fourre ici, un inconnu m'aborde et me dit en anglais : "Eh toi le touriste perdu, laisse ton livre et laisse-moi te montrer la ville !" Je crois que cette rencontre a eu lieu vers 14 heures, juste avant la troisieme priere du jour a la mosquee. Ce monsieur m'a fait visiter toute la ville, m'a paye une crepe a la boulangerie tenue par une de ses amies, m'a offert un Pepsi, m'a montre tous les recoins des souks de la ville, m'a mis en garde contre les differentes arnaques possibles et imaginables dans sa ville qu'il adore, m'a guide jusqu'a la mer (a 3 km du centre), m'a raconte des anecdotes sur la ville et beaucoup de ses immeubles, monuments, souks, caravanserails, etc, m'a negocie un voyage pour la Syrie pour demain, m'a explique plein de bonnes astuces pour visiter les villes arabes (par exemple : il y a toujours des toilettes dans les mosquees) et on s'est quitte vers 18 heures. Il ne voulait pas d'argent, juste passer un moment agreable et montrer a un visiteur etranger sa ville, qui serait belle si les nombreux batiments historiques etaient un minimum entretenus. En tout cas, la ville que je trouvais pauvre, bruyante et laide aujourd'hui a 14 heures me semble maintenant beaucoup plus interessante. Tant de gentillesse, ca compense d'un coup toutes les arnaques dont j'ai ete victime depuis mon arrivee ici.


Tripoli : l'horloge de la place Et-Tall

Des gens très pauvres habitent les immeubles historiques abandonnés
(ici, le Caravansérail d'El-Mina) du vieux Tripoli

Et une derniere chose, pour mes lecteurs antillais : ici au Liban, je vous disais deja qu'ils ont des bananes. Eh bien ils ont aussi des mangues et des papayes (j'ai vu les arbres mais pas les fruits). Les fruits que j'ai goutes ici : des mandarines et des pommes-cannelle aussi bonnes qu'en Martinique. Mmmmh !

Ouf, j'ai reussi a me mettre a jour dans mes articles. La encore, je mettrai les photos (et les accents) des que possible !
On a trouvé le créateur de l'Univers ! Il réside à Tripoli...

* Le nom a ete modifie

dimanche 7 novembre 2010

Liban : Jours 3 et 4 - Les Fiefs chiites

Petit à petit, on commence à se plaire au Liban. On commence à connaître les prix des courses en taxi ou en bus et on se fait de moins en moins souvent arnaquer. On se prend au jeu des négociations incessantes, de l'incertitude permanente liée à l'absence de règles claires, des caprices des chauffeurs de taxi qui souvent nous plantent là si la destination annoncée n'a pas l'heur de leur plaire, du frisson d'adrénaline avant de traverser chaque rue, on apprend l'art de rire au nez des commerçants malhonnêtes (en imitant le rire narquois des chauffeurs de taxi) et celui de ne pas trop faire attention à ces gens qui veulent absolument nous vendre quelque chose. Et puis on se dit qu'on a de la chance de se promener tranquillement sur une chouette avenue ensoleillée en bord de mer, par un bel après-midi d'automne, qui pourrait être un beau jour d'été si la nuit ne tombait pas si soudainement à 17h. Et bien sûr on continue à explorer ce pays à l'histoire si riche et si tourmentée.

Ce jeudi, je suis allé visiter Baalbek, le site de l'antique Héliopolis, l'un des sites archéologiques les plus impressionnants de la région. M'y rendre n'a pas été facile. Après avoir provoqué l'hilarité de moult chauffeurs de taxi, j'ai fini par atteindre, n'ayons pas peur des mots, la "gare routière" de Sayed (pas celle de Cola, hein mon fièle Lonely Planet, cette fois tu n'as pas assuré), emmené par un gentil chauffeur, qui non seulement ne m'a pas ri au nez, mais en plus m'a gratifié de ses commentaires en arabe et dans un anglais basique sur la beauté des femmes qui traversaient devant nous: "Good!" avec un air enjoué, "Not good!", avec une mine de dégoût profond. "And in Fransa, women are good too?". Le coquin avait une nette préférence pour les citadines fashion en tenue légère et pas voilées. Soulagé d'arriver à Sayed, j'ai commis une grave erreur : j'ai baissé la garde et du coup je me suis carrément fait avoir pour le prix du minibus pour Baalbek, mais au moins j'y suis arrivé sain et sauf. Baalbek, c'est un bastion chiite au nord de la vallée de la Bekaa, une zone à problèmes en statut "orange" selon le Ministère français des Affaires Étrangères, où la prudence est recommandée. Mais arrivé sur place, rien de tout ceci ne transparaît. Certes, on sent que nous sommes dans une zone plus conservatrice sur le plan des mœurs, les femmes sont bien plus couvertes qu'à Beyrouth, on voit des affiches à connotation politique vraiment partout dans la région, notamment un grand nombre d'effigies du président Ahmadinejad qui était en visite il y a 3 semaines. Et comme l'avait annoncé le site Wikitravel, on y trouve beaucoup de souvenirs estampillés Hezbollah. Mais rien de bien méchant somme toute. Et on y cultive la vigne et le haschich. La vigne est omniprésente. Le haschich l'est en théorie, mais on ne le voit pas depuis la route. Le site historique d'Héliopolis est absolument époustouflant. Les ruines du temple de Jupiter et du temple de Bacchus sont impressionnantes (vivement les photos), le temple de Vénus un peu moins mais pas mal non plus. La construction de ce sanctuaire massif, selon mon Lonely Planet qui se trompe parfois, a coûté la vie à plus de 100.000 esclaves pendant trois siècles. Ces sacrés Romains tout de même. Il n'y a pas beaucoup plus à dire, dès que je pourrai mettre les photos tout ceci vous parlera beaucoup plus. J'ai sympathisé avec des touristes australiens mais nous nous sommes perdus de vue à la sortie du site. Dommage car je commencerais bien à me faire des amis pendant ce voyage. Le retour à Beyrouth s'est passé sans histoire. Pour la première fois j'ai bien négocié le prix du transport et j'ai payé le tarif normal. Une belle victoire pour bien finir la journée !

Un vestige du temple de Jupiter


L'appel du muezzin à Baalbek

Vendredi, mon objectif c'était Tyr, au sud du pays, en plein dans la "zone rouge" formellement déconseillée par le Ministère des Affaires Étrangères, car trop dangereuse. Mais la mythique cité phénicienne au passé illustre méritait bien une petite visite malgré tout. Pour aller à Tyr, devenue Sour la rebelle aujourd'hui, bien sûr là encore c'est l'expédition : se rendre à la fameuse gare routière de Cola, cette fois c'était bien elle, puis de là prendre un bus pour Saïda (la Sidon de l'Antiquité), et de Saïda, un autre bus pour Sour/Tyr. Coût total de tout ce voyage : 4.000 livres libanaises, soit 2€. J'avais décidé de négliger Saïda mais alors que je quittais la ville en minibus, je me suis rendu compte qu'elle était très agréable et qu'il y avait pas mal de choses à voir, et un pressentiment m'a envahi : ai-je pris la bonne décision d'aller à Sour ?

J'ai obtenu la réponse dès mon arrivée : pas vraiment, en fait. Bien sûr, c'est intéressant. Tyr la Phénicienne était située sur une petite île, et est devenue une presqu'île depuis qu'Alexandre le Grand a comblé le bras de mer pour envahir la ville, au cours d'une épique bataille qui a duré des mois dans les années 330 av. J-C. C'est ça la grande classe, être un conquérant mythique et même modifier la géographie d'une région. La presqu'île est très agréable, entourée par une mer bleu turquoise, bercée par une brise vivifiante... Le jour où la situation politique se stabilisera, on peut imaginer que Sour deviendra un haut lieu du kite-surf et de la planche à voile. Dès lors que les montagnes d'immondices auront été nettoyées et que les plages seront à nouveau visibles sous les déchets, bien entendu. Pour ce qui est des ruines, bon évidemment elles sont intéressantes mais ce n'était peut-être pas une très bonne idée d'y aller le lendemain de ma visite à Baalbek, car la Tyr fait pâle figure en comparaison. Il faut dire que le patrimoine historique a énormément souffert pendant les guerres récentes, en particulier lors des bombardements israéliens en 2006. Mais bon, les ruines de Tyr, ça c'est fait. Alors que j'étais en train de me promener le long du bord de mer en direction d'un autre site archéologique, en contournant le camp de réfugiés palestiniens d'Al-Bass et en m'éloignant prudemment d'une manifestation politico-religieuse où l'ambiance devenait de plus en plus électrique, tout en prenant des photos du littoral, un quidam dans la trentaine m'aborde et me demande sur un ton franchement hostile de quel droit je prends des photos, d'où je viens, où je vais, etc. Quand je réponds "Fransa", un mot magique au Liban, il se radoucit un peu et m'adresse un "Ah, OK welcome" pas franchement convaincant. Derrière nous, d'autres énervés chiites grossissent les ranges de la manif' qui gagne encore en fébrilité, en décibels et en appels au meurtre (sans doute). Un minibus passe et, conformément à l'usage, klaxonne et ralentit. Ma planche de salut. Je crie : "Saïda ?", et sans demander mon reste, j'embarque et me laisse emmener loin de Sour, de sa saleté et de ses excités religieux. Dommage pour l'hippodrome romain mais l'ambiance était vraiment trop mauvaise dans cette dangereuse zone de Tyr. Je n'ai pas l'âme d'un martyr. Alors j'me tire.

Désolé :-)

Après une heure d'un voyage cahotant à travers de magnifiques bananeraies le long de la côte (un paysage qui serait idyllique sans cette quantité invraisemblable de déchets partout), ponctuée de passages aux nombreux check-points de l'armée libanaise aux soldats patibulaires, et même à quelques check-points de l'ONU, nous sommes arrivés à Sidon/Saïda la belle, que je me suis promis de visiter un jour pour de bon. Le soleil venait juste de se coucher et les monuments étaient déjà fermés. Je me suis contenté d'une promenade en bord de mer dans la lumière du crépuscule, près du "Château de la Mer" construit par les Croisés, et d'un bon thé en terrasse. Et de parler à des gens souriants et amicaux.


Le Château de la Mer, à Saïda

jeudi 4 novembre 2010

Vroum-Vroum

Petit abrégé du code de la route au Liban, en quelques mots-clés :

Allah
Dieu est grand et il veille sur les usagers de la route libanais (automobilistes, piétons, motards, passagers de bus, etc). Sinon, ils seraient déjà tous morts. Le moindre acte sur une route libanaise est le témoignage d'une foi inébranlable dans le Créateur. Traverser une rue, monter dans un bus ou un taxi, entreprendre un dépassement sans visibilité dans un virage en épingle à cheveu sur une route de montagne dans la région de la Bekaa, s'est s'en remettre entièrement à Allah. Et Dieu nous le rend bien, la preuve c'est que nous sommes en vie. Dieu est tellement occupé à veiller sur le bon peuple libanais (et sur les inconscients assez fous pour venir en visite dans ce pays) qu'il n'a pas le temps de s'intéresser au reste du monde. Alors, Palestiniens, Haïtiens, femmes congolaises et autres damné(e)s de la terre, prenez votre mal en patience. Un jour, les Libanais apprendront à conduire et Dieu pourra enfin se pencher sur vos misères. Inch'Allah.

Clignotant
Cette petite lampe qui brille de manière intermittente est a un pouvoir fortement irritant et peut provoquer des crises d'épilepsie. C'est pourquoi le chauffeur libanais, par égard pour la santé des autres, en fait usage le moins possible. Son utilisation est facultative quand on veut tourner à droite par exemple, ou s'arrêter, ou faire demi-tour en pleine voie. L'usage du clignotant est réservé (et encore) aux manœuvres les plus délicates sur la chaussée, comme par exemple se déporter subitement de deux voies ou trois vers la droite ou la gauche pour prendre la prochaine intersection, en plein trafic et sans s'arrêter.

Feu de signalisation
Élément décoratif situé à certaines intersections. Ses couleurs - vert, jaune, rouge - évoquent le drapeau de pays amis tels que le Sénégal, le Mali ou la Guinée, afin de rappeler aux Libanais les liens d'amitié qui les unissent à leurs frères africains. Le feu de signalisation ne joue qu'un rôle mineur dans la régulation de la circulation automobile.

Un feu rouge à Beyrouth (rues Gouraud et Bechara El Khoury)

Klaxon
Contrairement au clignotant, accessoire futile par excellence, le chauffeur libanais fait grand usage du klaxon. Il sert à tout : pour le chauffeur de taxi ou de bus, à interpeller les piétons et les inciter à monter à bord, pour le chauffeur en général, à signaler qu'on va faire une manœuvre sans provoquer de crise d'épilepsie (voir "Clignotant"), à se faire remarquer des autres véhicules, à manifester son mécontentement, à saluer des amis, à tromper l'ennui, à faire du bruit en général car le silence c'est morne et triste... Bref, ôtez à un chauffeur libanais son klaxon et c'est comme si vous lui enleviez son véhicule, voire sa raison de vivre en fait.

Passage piéton
Pour le confort des piétons, il n'y a pas de zone délimitée pour traverser la rue. La rue leur appartient et ils peuvent traverser où bon leur semble. Bien sûr, la prudence leur est recommandée puisqu'ils doivent se faufiler entre des véhicules divers fonçant à 80 km/h. Mais en général, ça marche ! En général...

Traversée d'un carrefour à Alep, en Syrie.
Au Liban, ca se corse car les voitures vont bien plus vite.

Priorité
Les priorités de circulation se définissent au cas par cas, à chaque intersection. Soit le plus pressé, ou celui qui a le plus gros véhicule, fonce droit devant et s'impose sans état d'âme, soit les deux automobilistes s'observent un bref instant, et l'un d'entre eux décide alors avec magnanimité de laisser passer l'autre en premier. Oui, un Libanais au volant est parfois capable de se montrer courtois. Piétons, attention : quoi qu'il arrive, vous n'avez jamais la priorité.

Sens de circulation
Le chauffeur libanais est malin : lorsque sa voie est embouteillée, il n'hésite pas à emprunter la voie libre de l'autre côté de la chaussée. Il se peut qu'elle soit réservée à la circulation dans l'autre sens, mais ce serait bien dommage de la laisser libre ! La nature a horreur du vide, et au Liban cela se vérifie toutes les heures sur les routes.

Taxi
Véhicule privé, généralement une Mercedes Benz des années 1970-80, destiné au transport des particuliers en ville. Le protocole pour prendre un taxi est assez complexe : soit on embarque, on annonce sa destination, et on paye à l'arrivée le triple du prix normal, parfois bien plus, soit un hèle un taxi (ou on se fait klaxonner par le chauffeur), on annonce la destination ainsi que le prix qu'on veut payer avant d'embarquer. Là, selon son humeur, le chauffeur peut décider de passer son chemin sans rien répondre (donc ça veut dire non...), soit il nous rit au nez et s'en va en pétaradant, laissant là le voyageur penaud dans un nuage de particules de plomb, soit il accepte, éventuellement en négociant un peu. Il n'y a pas que le prix qui compte en fait : le chauffeur refuse souvent du monde juste parce qu'il a la flemme d'aller dans tel ou tel quartier, car c'est loin ou embouteillé ou autres. Eh oui, chauffeur de taxi mais pas trop.

"Safe Taxi" dans les rues de Beyrouth ! Héhé :-)

mercredi 3 novembre 2010

Liban : jours 1 et 2 - Beyrouth et Byblos

Me voici au Liban. Le voyage s'est très bien passé. Mon vol Czech Airlines en provenance de Prague a atterri à l'heure à Beyrouth vers 2h30 du matin. C'est une heure un peu étrange pour arriver à l'aéroport, mais ce n'est pas inhabituel ici. La vue sur Beyrouth pendant l'atterrissage était vraiment superbe et j'aurais fait un film s'il n'y avait pas une jeune femme avec son bébé entre le hublot et moi. Si on est assis du bon côté de l'avion, on peut admirer la côte syrienne puis libanaise pendant la dernière demi-heure de vol. Même de nuit c'est franchement joli. Puis on voit tous les immeubles de Beyrouth défiler devant nous, et alors qu'on finit par croire que l'avion va tomber dans la mer, en fin de compte on finit par se poser sur une langue de terre surgie à la toute dernière seconde sous les trains d'atterrissage comme par enchantement.

Le quartier d'Achrafiyeh

Les formalités d'entrée au Liban ont été vite expédiées à l'aéroport, ce qui m'a agréablement changé des formalités pour la Syrie. J'ai eu droit à un "Bienvenue au Liban" du policier, qui m'a fait chaud au cœur. Mon hôte à Beyrouth, Anna*, une amie danoise installée de fraîche date, m'avait commandé un taxi pour m'éviter toute déconvenue. Après une courte nuit dans son appartement du quartier branché (et plutôt chrétien) d'Achrafiyeh, j'ai exploré la ville principalement à pied hier. Ah, Beyrouth, ce n'est pas vraiment reposant. Une agitation incessante règne. Mais la ville est très intéressante à découvrir et ce n'est pas très compliqué à parcourir à pied, juste un peu long. Il n'y a pas de métros, mais il y a des bus et diverses catégories de taxis. Les temps forts de la journée hier ont été ma visite du centre-ville reconstruit à neuf (et qui a un côté un peu "Disneyland" tant tout est flambant neuf), et très beau. J'ai pu visiter gratuitement la mosquée Al-Omari juste avant la prière. J'ai tenté vainement de visiter et de photographier un immense et mystérieux palais appelé "Grand Sérail", mais il n'y avait rien à faire : dès que je sortais mon appareil photo, un policier surgissait du néant pour m'interdire de prendre une photo. C'est à ce moment-là que j'ai remarqué qu'il y a vraiment beaucoup de policiers à Beyrouth. Ils sont généralement installés aux angles de rues, assis, et occupés à admirer les jolies passantes. J'ai vu un certain nombre de ruines romaines (le Cardo Maximus et les Bains), et j'ai pressé le pas pour atteindre la Corniche avant le coucher du soleil (à 16h45, ah oui c'est l'hiver même s'il fait 25°C). Malheureusement je suis arrivé trop tard pour admirer un rare coucher de soleil sur la Méditerranée, mais j'ai profité du Luna Park déserté et surtout de son café Al-Rawda quasiment les pieds dans l'eau. Ça sentait bon la marée et surtout le narguilé. Rentré à la maison, je suis allé à un restau français avec Anna. On nous a servi du magret de canard au lieu du confit que nous avions commandé. Mais tant pis, un magret c'est pas mal non plus alors nous n'avons pas fait d'histoires. Au Liban il faut apprendre à ne pas se formaliser pour ces petites choses.

Crépuscule vu depuis la terrasse du Mövenpick

Aujourd'hui, j'avais prévu une excursion à Byblos. Là c'est vraiment dommage de ne pas pouvoir mettre de photos car j'en ai pris beaucoup et la ville et les ruines sont magnifiques. Avec 8.000 ans d'histoire, Byblos se vante d'être le plus ancien site habité en continu dans le monde. J'ai comme l'impression qu'ils ne sont pas les seuls à revendiquer ce titre dans la région, mais on y reviendra. Mon arrivée à Byblos (Jbail ou Jbeil en idiome local) a été le résultat d'une lutte de tous les instants : trouver la gare routière Charles-Hélou, qui n'est pas indiquée et que personne ne semble connaître, même mes amis les policiers, puis une fois à la gare, trouver le bon minibus, puis une fois dans le bon minibus, s'assurer que je vais bien à Jbeil, pour me rendre compte que le minibus dépose les gens sur l'autoroute... Là je commence à m'inquiéter car je ne saurai pas reconnaître mon arrêt. Rien ne ressemble davantage à un échangeur qu'un autre échangeur. À un moment je demande "Jbeil ?" et j'ai été bien inspiré, car on venait de dépasser la sortie. Qu'à cela ne tienne, notre chauffeur de minibus s'arrête immédiatement (sur l'autoroute) et m'explique que Jbeil est de l'autre côté et qu'il va falloir traverser... D'accord, en 36 heures au Liban j'ai appris l'art de traverser des voies rapides 2x3 voies au milieu du trafic, mais je ne me sentais pas chaud pour l'autoroute. J'ai donc marché jusqu'à l'échangeur qu'on avait dépassé et j'ai rallié Byblos au milieu d'un trafic infernal. Arrivé à Byblos passablement épuisé, je me suis accordé un délicieux déjeuner au restaurant Feniqia, avant d'attaquer les superbes ruines. C'était la meilleure heure pour le faire et j'y ai passé tout le reste de l'après-midi, jusqu'au coucher du soleil que j'ai copieusement photographié au milieu des ruines descendant jusqu'à la mer. Je commençais à apprécier particulièrement ce pays. J'ai visité le souk pendant le crépuscule et me suis acheté "L'arabe pour les nuls", qui je crois va vraiment me servir beaucoup.



Le château des Croisés à Byblos

Le retour à Beyrouth a été passablement stressant, car il fallait chopper un minibus dans le noir sur ce fameux échangeur où une partie de la circulation se fait à gauche : je l'ai découvert quand j'ai failli me faire renverser par une voiture arrivant du "mauvais" côté. C'est la troisième fois en deux jours que je manque de me faire renverser, mais je crois que je commence à piger le truc. Pour survivre, il suffit d'oublier toutes les règles qu'on connaît et de repartir de zéro en étant vigilant  en permanence. C'est donc très simple. Pas très reposant mais simple. Avec cette règle de base plus mon nouveau manuel d'arabe, je devrais bientôt être comme un poisson dans l'eau ici au Liban.

Je suis en train de bâcler ce post dans un bar où c'est la grosse fête. On célèbre un anniversaire, et pas qu'à moitié. Je vais donc arrêter de faire mon geek, fermer tout ça et profiter un peu de la vie.

À bientôt !

Nom modifié

dimanche 17 octobre 2010

Les Ambassades Levantines - Première Partie

Le titre de ce message peut prêter à confusion, mais au risque d'en décevoir beaucoup, je précise d'emblée qu'il ne va pas être question de la Pâtisserie des Ambassades, ce café sénégalais sur la 8ème Avenue à South Harlem, même s'il le mériterait largement. J'en ai gardé un souvenir ému de mes nombreux petits-déjeuners dans cet établissement incontournable de la "Little Africa" de Manhattan, de ses pains au chocolat, ses gâteaux et ses serveurs et serveuses bien sympathiques en plus d'être francophones.

Je vais plutôt parler des préparatifs pour mon prochain voyage, en Syrie et au Liban dans quelques semaines, car c'est l'heure de s'occuper des formalités de départ.

Pour le Liban, le visa semble être une affaire assez simple, pour l'instant en tout cas. Aussi bien l'ambassade du Liban à Paris que celle à Berlin indiquent que les citoyens des pays de la "CEE" peuvent obtenir un visa à l'aéroport ou à la frontière. La "CEE"... ils sont calés en matière de relations internationales, ces fonctionnaires des ambassades libanaises. Mais passons. Espérons qu'il n'y aura pas de mauvaises surprises à l'aéroport.

Là où les choses se gâtent, c'est qu'après m'être longuement abreuvé d'informations séduisantes sur la culture du Liban et tout ce qu'il y a à voir dans le pays, je découvre enfin, et un peu tard, les avertissements du site du Ministère des Affaires Étrangères, qui sont assez peu encourageants, pour ne pas dire flippants. Oups, j'ai déjà mon billet d'avion et il n'a pas coûté grand chose. Peut-être n'était-ce pas un pur hasard que les vols soient à prix maxi-discount ? Morceaux choisis :

Image et carte du pays Liban 

Les régions où les voyages sont formellement déconseillés sont indiquées en rouge.
Les zones en orange sont à éviter sauf raisons professionnelles impératives


"Les déplacements sont déconseillés (...) dans la Bekaa Nord, à l’exception du site historique de Baalbeck. Pour se rendre à Baalbeck, il convient d’emprunter la route principale, les axes secondaires étant formellement déconseillés. Dans la Bekaa Nord, des accrochages armés entre groupes rivaux peuvent affecter la sécurité des déplacements."

Voilà qui tombe bien : j'avais justement inclus comme priorités dans mon programme Tyr (en plein dans la grande zone rouge), Baalbek et leurs sites classés au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il va falloir y réfléchir à deux fois. Quant à Tripoli, partie facultative de mon programme, on va sûrement laisser tomber. Pourquoi aucun des sites de voyages que j'ai lus avidement sur internet ne mentionne ces petites difficultés ? La palme revient au site wikitravel.org, qui recommande même d'acheter un t-shirt du Hezbollah à Baalbek : "they are an interesting souvenir" nous dit-on sur un ton badin. Le principal risque encouru dans la région selon eux ? De se faire avoir sur le prix et que le t-shirt déteigne au lavage. L'horreur absolue. Loin de ces considérations frivoles, ce rabat-joie de Ministère poursuit sa litanie de nouvelles nettement moins réjouissantes :

"Dernière mise à jour : 25 août 2010. Des affrontements armés se sont déroulés dans plusieurs quartiers de Beyrouth Ouest dans la soirée du 24 août, faisant plusieurs morts et des blessés."

"Les graves incidents sécuritaires survenus ces dernières années (notamment attentats et manifestations violentes) ont montré que la situation sécuritaire pouvait se détériorer rapidement".

"Dans le Sud du pays, la présence de très nombreux engins explosifs (mines ou sous-munitions) constitue un grave danger. Des accidents dont sont victimes des civils sont régulièrement déplorés."

"Des étrangers qui utilisaient des taxis collectifs ont été victimes de vols à main armée dans certains quartiers de la capitale. Il est recommandé d’éviter de recourir aux "taxis services" collectifs et, notamment à l’aéroport international de Beyrouth, aux personnes qui proposent leurs services avec un véhicule privé". Je peux me rassurer : l'arrivée de mon vol à Beyrouth est prévue à 3 heures du matin, une heure où les bandits armés dorment tranquillement chez eux, bien entendu.

Pauvre Liban. Je ne connais que des Libanais géniaux et ces mises en garde semblent tout simplement surréalistes. Pourquoi les gens font ça à leur propre pays ? Les puissances occidentales sont nettement plus pragmatiques : quand l'envie les prend de guerroyer, de bombarder et de massacrer, elles s'en prennent plutôt à des pays situés à des milliers de kilomètres. C'est beaucoup moins incommodant ainsi. Après tout, cela nous échappe le plus souvent, mais la France est actuellement en guerre, alors que le Liban est officiellement en paix... Prions pour qu'il le reste, même si le président iranien vient en ce moment même y ajouter son grain de sel.

J'ai été victime de la croyance naïve selon laquelle un pays qui ne fait pas les titres de l'actualité en permanence est un pays où tout va relativement bien. Et dire que, quand mon chef a ouvert de grands yeux et m'a dit que j'étais imprudent d'y aller, j'ai ricané intérieurement et l'ai pris pour un gros ringard, du genre de ces Allemands sans imagination qui passent leurs vacances dans un trois étoiles avec vue sur les plages bétonnées de Mallorca ou de "Teneriffa". À la lecture de tout ceci, il n'avait pas entièrement tort. Reste à espérer que tout se passera bien sur place et que les Libanais sauront se retenir de se taper dessus pendant encore un certain temps.

En revanche, malgré quelques détails alarmistes, le Ministère des Affaires Étrangères semble heureusement considérer la Syrie comme un pays relativement sûr. Aucune mention n'est faite du contexte politique intérieur et du comportement à adopter. Faire profil bas devrait suffire.

"Les principaux lieux fréquentés par les touristes sont en revanche accessibles dans des conditions normales. Il convient d’adopter toutefois une attitude prudente, des cas de pickpockets ayant été récemment signalés." Ouh là là, des pickpockets ? Quel scandale ! Tout est remis en question.

"Compte tenu des incidents multiples rapportés par les autorités officielles de Damas, il est également recommandé de ne pas s’aventurer dans la zone frontière entre le Liban et la Syrie." Il va bien falloir que je la traverse, cette frontière, et apparemment cela se fait tous les jours sans problème. J'espère que par "s'aventurer" ils parlent de partir en randonnée ou à la cueillette aux champignons avec des copains du Hezbollah.

"D’une manière générale et compte tenu de certains incidents survenus depuis 2004 (fusillade, tentative d’attentat à la voiture piégée à Damas, incidents dans certaines zones rurales à l’été 2005, tentative d’attaque de l’ambassade des États-Unis en 2006, attentat dans la capitale le 27 septembre 2008), il est recommandé aux voyageurs de se tenir régulièrement informés et, à cette fin, de consulter ce site." Imaginons un peu la situation inverse : en cherchant bien, quelles mises en gardes les autorités syriennes peuvent-elles adresser à leurs ressortissants qui seraient assez imprudents pour se rendre en France ? À supposer, bien sûr, que le site du Ministère syrien des Affaires étrangères soit plus à jour que ceux des ambassades : "D'une manière générale et compte tenu de certains incidents survenus depuis 2003 (meurtre d'une actrice célèbre, émeutes urbaines périodiques dans les banlieues, voitures incendiées par centaines le 31 décembre de chaque année, multiples découvertes de bébés congelés, élection de Nicolas Sarkozy et annonce par les autorités de plusieurs attentats en cours de préparation), il est recommandé aux voyageurs de se tenir informés, d'éviter les banlieues, les centre-ville les soirs de fête, les maternités, le métro, la tour Eiffel, les bureaux de vote, TF1 et les concerts de Noir Désir." Bref, c'est louable d'informer le public, mais ils jouent un peu à nous faire peur. Et puis c'est sympa de leur par de recommander aux voyageurs de "consulter ce site"... précisément sur le site en question.

Bref, tout cela promet des vacances riches en émotions.

Ah, le mot de la fin : si l'on en croit le Ministère, ce n'est pas dans cette région que ma carrière de trafiquant de drogue va décoller. Trois fois hélas !

"En Syrie, les crimes et délits liés aux stupéfiants sont très sévèrement réprimés. Les personnes accusées de contrebande, fabrication ou culture de stupéfiants encourent la peine de mort, la réclusion à perpétuité ou, une peine d’emprisonnement d’au moins 20 ans. Les personnes accusées de trafic de stupéfiants risquent la réclusion à perpétuité et une amende de 25.000 à 100.000 euros."

"Avertissement concernant la drogue [au Liban] : La législation est très sévère et strictement appliquée. La simple possession ou consommation de drogue, même en quantité limitée à quelques grammes, est punie comme le trafic lui-même. Les peines d’emprisonnement applicables vont de 3 mois à perpétuité et sont assorties d’une amende importante (...) . Les conditions de détention au Liban, même pour une courte période, sont éprouvantes en raison de la surpopulation et de la vétusté des locaux pénitentiaires. (...) Les interventions sur dénonciation, y compris chez les particuliers, ne sont pas rares."
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