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dimanche 20 janvier 2013

Maïeutique entre hommes à Jéricho

« Hé là, vous! Pas si vite. Z’avez payé votre billet d’entrée? 10 shekels, s’il vous plaît. »

Tiens donc. Et d’où il sort, celui-là? Je n’avais pas remarqué qu’il fallait s’acquitter d’un droit d’entrée. La petite porte sans prétention du site archéologique de Tell Es-Sultan était grande ouverte, le guichet riquiqui sur la droite semblait abandonné depuis des années, et il n’y avait pas un chat à l’horizon. Il n’en fallait pas plus pour que d’un pas assuré, happé par la curiosité, j’entrasse. Le plus naturellement du monde. Et puis surtout, je venais tout de passer une bonne demie-heure à admirer gratuitement ce même site historique, les restes de l’antique Jéricho, depuis un point d’observation privilégié, juste en face : une terrasse à moitié effondrée offrant, à quiconque ose s’y aventurer, une vue imprenable sur les ruines antédiluviennes. Lesdits vestiges, d’ailleurs, ne sont à vrai dire que d’informes monticules de terre et de gravats. Il faut un sacré effort d’imagination et d’abstraction pour se représenter, à partir de ce pitoyable terrain vague, de ces mornes vallons érodés de terre meuble aux contours indistincts, la fière Jéricho des batailles bibliques, la légendaire forteresse cananéenne des temps jadis, et ses hautes et orgueilleuses murailles se lézardant, se disloquant et s’écroulant, au terme d’un siège épique, au son martial des trompettes de Josué et de cris sauvages et virils de “This is Spartaaaaa!”. Non, décidément, les fameux vestiges de la très pompeusement auto-proclamée « plus ancienne ville du monde au point le plus bas de la Terre » n’ont rien de spectaculaire, et ne valent même pas les deux euros demandés si péremptoirement pour avoir le privilège de les admirer de plus près et de se crotter les souliers dans la boue au passage.

Le site archéologique de Tell es-Sultan, emplacement sur lequel,
il y a vachement longtemps, se dressait, paraît-il, la ville de Jéricho.

jeudi 8 mars 2012

Sales porcs phallocrates !

L’autre jour, alors que je prenais connaissance des dernières conneries infos vachement importantes publiées sur la page de discussion d’un forum de Français à Berlin dont je suis membre, voilà-t-il pas que je tombe sur un ce lien posté par un autre membre, claironnant sous les vivats de la foule en délire, le scoop suivant : «Allemagne : Une pasteure en couple avec une secrétaire d’État annonce sa grossesse [Munich And Co, Bild]». Comme si cela ne suffisait pas, une courte dépêche enfonce le clou, au cas où, comme moi, vous auriez naïvement cru à une faute de frappe multiple dans le titre :
“Eli Wolf, 46 ans, pasteure protestante à Francfort, et Marlis Bredehorst, 55 ans, secrétaire d'Etat à la Santé du Land de Rhénanie du Nord-Palatinat, du parti écologiste allemand (die Grüne), en couple depuis 1997, attendent un enfant, ont-elles annoncé à Bild. Et, expliquent-elles, cette annonce a été saluée par des félicitations jusqu'au sein de leur église. Sur Munich and Co [fr] et Bild [de].
À la vue de cette horreur contre-nature, mon sang n’a fait qu’un tour. Oui, chers gens, vous ne le saviez peut-être pas, mais j’ai, et j’assume, mon côté conservateur-tradi-old school. Je le cultive comme mon petit jardin secret, mon dark side rien qu’à moi. C’est comme ça, on ne se refait pas. Et j’ose même espérer que certains d’entre vous feront preuve d’un minimum de bon sens et partageront sans réserve mon avis : que deux femmes autour de la cinquantaine décident d’avoir un bébé ensemble, soit, parfait, très bien, rien à redire, il faut vivre avec son temps, et touça touça, mais alors oser écrire «une pasteure» !!! Aaaaarrrrrggghhhh ! Naaaaoooonnnn ! Pitié ! Assurément, implorai-je le Ciel avec la ferveur qui sied à l’intégriste aux abois, il existe un enfer pour châtier dans d’éternels tourments les coupables de péchés aussi ignobles contre la langue de Molière !

mardi 27 décembre 2011

Chronique Martiniquaise (5) : Jour de marché à Foyal

Née, selon l’état civil, un jour d’avril 1913, Mathusaline (*) est l’un de ces personnages qui, semble-t-il, ont toujours existé, tout simplement. Qui, de l’œuf ou de la poule, est arrivé en premier ?  Question idiote. Au commencement, il y avait Mathusaline, point. Depuis l’aube des temps (sans doute), coiffée de son grand chapeau de paille, elle arpente infatigablement la face du monde et surtout, y plante ses légumes avec la même industrieuse ténacité. Certaines personnes sont faites de cette trempe qui les rend complètement inusables, et Mathusaline appartient indéniablement à cette caste de quasi-immortels, au même titre qu’un Duncan MacLeod ou qu’un Gandalf le sorcier.

Mme Mathusaline, cultivatrice et doyenne du marché du Parc Floral


jeudi 15 décembre 2011

Décembre : «Bancs publics»

Comme je vous le disais lors de ma toute première participation le mois dernier, le 15ème jour de chaque mois, à midi pile heure de Kinshasa, une communauté de blogueurs francophones publie une photo sur un thème donné. En ce bon mois de décembre, un thème on ne peut plus de circonstance (ou pas, mais cest le thème après tout) a été choisi par un membre du groupe : «Bancs publics».


Le "banc aux baisers" de Randers !
J’ai pris cette photo un soir d’été à Randers, une localité neurasthénique du nord du Danemark, un peu dans le même esprit que Västerås en Suède, que j’ai explorée pour vous l’an dernier (les deux villes sont même jumelées, c’est dire !). Si vous voulez briller en société et épater la galerie grâce à votre savoir encyclopédique, il y a trois-quatre choses que vous devriez ab-so-lu-ment savoir sur Randers. Vous me remercierez lorsque Anne-Mette, la collègue danoise du service Marketing qui vous fait fantasmer avec ses tresses blondes, ses pommettes saillantes (j’ai dit les pommettes hein) et son accent à la Eva Joly, éblouie par la puissance de votre intellect, vous invitera à passer prendre l’apéro à la maison... Oui, il est possible de conclure grâce à Randers, qu’on se le dise. Alors c’est parti, et prenez des notes :

1. Le nom danois de la ville se prononce en fait «Rannerss», le «d» étant en réalité purement décoratif. Ha, vous êtes bien bluffés ;

2. Il y fait encore grand jour à 22h30 en été, Scandinavie oblige (cf. photo), mais il n’y a pas âme qui vive dans les rues à une heure si avancée ;

3. Le site Wikipédia français consacre à Randers, sixième plus grande ville de tout le royaume du Danemark avec ses 56.000 habitants, un article très approfondi et extrêmement détaillé d’UNE ligne, soit deux phrases, ou encore vingt-huit mots en tout. Et illustré d’une seule photo avec pour toute légende «Rue de Randers». Priceless ;

4. Les bancs publics de Randers ont une fonction particulière : le kyssebænk est littéralement le «banc des baisers». D’ailleurs, il y en a d’autres dans la ville. Ainsi, imaginez que, hors d’haleine après avoir parcouru sur toute sa longueur la rue principale de Randers (qui mesure 158 mètres de bout en bout, croyez-moi sur parole) pendant une folle demi-heure journée de shopping dans les onze boutiques de la ville, vous voulez faire une pause et reprendre votre souffle un instant, alors vous feriez mieux de choisir votre banc avec la plus grande prudence. Si vous élisez de vous asseoir sur un kyssebænk, vous signalez implicitement à la populace que n’importe quel(le) passant(e) blond(e) à fort(e) poitrin(e) peut vous empoigner la tête et vous rouler une galoche sur-le-champ si tel est son bon plaisir. Il/elle n’est pas obligé(e) de vous kysser, mais si elle le fait, alors vous devez vous soumettre docilement à sa volonté. Il n’y a pas de «si», pas de «mais». C’est ça le principe du kyssebænk. Une bien jolie tradition 100% scandinave à mon humble avis, même si pour les touristes, c’est un peu surprenant la première fois. Ou peut-être est-ce moi qui ai seulement rêvé de cette scène ? Je ne suis plus sûr, sûr...

En conclusion de tout ceci, pour que vous soyez convaincus par les bons côtés de cette petite tradition spécifique à Randers vous aussi, et histoire de relever le niveau car vous lisez mine de rien blog vachement sérieux et intello, je vous mets une photo de Helle Thorning-Schmidt, l’actuel premier ministre social-démocrate du Danemark, élue en septembre 2011 et qui a soufflé ses 45 bougies hier («Tillykke med fødselsdagen! Hurra, hurra, hurra!»). Le premier qui dit «milf» n’est qu’un satyre priapique, un vulgaire Berlusconi lubrique à l’œil torve. Toutefois, reconnaissons, à la décharge du Cavaliere, qu’Helle a les yeux revolver, Helle a le regard qui tue, Helle a tiré la première...

L'Orealpolitik : Helle Thorning-Schmidt
Fin de la conclusion intello.

Envie d’un petit tour du monde des bancs publics ? Allez donc vous prélasser sur les photos de :

Le-Chroniqueur, Viviane, La Flaneuse, Frankonorsk, Manola, Hugo, Mérantaise, Surfanna, Aparça , L'azimutée, Céline in Paris, La Madame, Frédéric, Cherrybee, Vanilla, Carnets d'Images, Stephane08, La Godiche, Un jour-Montreal, Thib, Dorydee, Kyn, Shandara, Urbamedia, Karrijini, M, A&G, Mamysoren, Laurabreizh, Aurélie, Dr.CaSo, Onee-Chan, Boopalicious, Une niçoise, Clem et Chat, Titem, Le Mag à lire, Laure, Lhise, Belbe, Tam, Florian, Jen et dam, hibiscus, floflo, Alice, Guillaume, Isabelle, Cekoline, Ines meralda, Marion, Le Loutron Glouton, Anne, Noon, Anne Laure T, Doréus en Alberta, The Mouse, Stéphie & les Cacahuètes, Françoise Notfar, Bestofava, Ava, Gilsoub, Muni57, Fabienne, Sébastien, Nora, Alex, La Parigina, Ori, Filamots, Les voyages de Seth et Lise, Caro, Agnès, Niwatori, Céline, Alexanne, M'dameJo, Celiano, lesegarten, Xavier Mohr, magda627, Cathy Brocard, Jean WILMOTTE, Clara, Caroline, blogoth67, Cindy Chou, Lauriane, Lucile et Rod, Galinette, Olivier, Glose, Marie, 4 petits suisses dans un bol de riz, Emma, M.C.O, Claude, Nathalie, Meyilo, La Papote, Sephiraph, Rene paul henry, Cynthia, Sprout©h, LE BOA BLEU , Carole In England, Terhi, Sinuaisons, Nomade57, Doremi, Gizeh, Edegan, E, Calamity Scrap, François, Tambour Major, El, Aude, le via carmina, Maureen, La Fille de l'Air, Babou, Où trouver à Montréal? , Champagne, Mandy, Krn, florianL, 100driiine, et prenez garde aux baisers volés !

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lundi 15 août 2011

Schlampenmarsch! (Berlin SlutWalk)

Vous connaissez sûrement l’histoire, chères Lectrices, curieuses de tout et informées comme vous l’êtes. Par une froide journée de janvier, au plus fort de l’hiver canadien, un commissaire de police de Toronto (allez, un peu de name-dropping que diable: il s’appelait Michael Sanguinetti) apprenait la vie à un groupe d’étudiant(e)s en fac de droit et leur prodiguait bienveillamment quelques conseils de bon aloi pour les aider à veiller à leur sécurité personnelle dans un monde hostile et plein de dangers.
“Écoutez, on ne va pas tourner autour du pot pendant 107 ans, pérora le chef-poulet avec sagacité devant un parterre acquis à son autorité. Je ne suis pas censé m’exprimer ainsi, à ce qu’on m’a déjà dit, mais franchement, les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes afin de ne pas s’attirer d’ennuis.”
L’histoire ne nous dit pas combien d’étudiantes étaient fringuées comme des pioutes dans l’assistance, mais on peut subodorer, sans trop prendre de risques, qu’en plein mois de janvier en Ontario, l’étudiante moyenne se pointe en amphi, chastement vêtue d’un string léopard et avec deux petits triangles de tissu qui cachent pudiquement ses tétons pris de roideur dans le frimas hivernal. Normal quoi... Sans oublier bien sûr un bonnet, des moufles et des Moonboots tout de même, pour les grandes frileuses, les jours où le mercure s’effondre pour de bon. Quoi qu’il en soit, le commissaire Sanguinetti, magnifique spécimen de «violeur compréhensif» (tout compte fait, ça n’a rien de nouveau et ça ne vient pas de sortir), passera donc à la postérité pour avoir déclenché un torrent de protestations que personne n’avait vu venir, et pour être à l’origine, bien contre son gré, d’un nouveau sport qui fait fureur dans toutes les capitales à travers le monde. Ainsi, après la randoboue des rivages venteux de la Mer du Nord, voici la randopouffe, dernière lubie à la mode dans nos impitoyables jungles urbaines. Et aussi sûrement que le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas, un aphorisme plein de sagesse prononcé devant trois pèlerins au Canada a déclenché, ce samedi, un défilé de bas résilles et de seins nus dans les rues de Berlin.

Un petit groupe de SlutWalkeuses, en route vers le défilé, croise bruyamment le chemin de votre dévoué chroniqueur médusé, samedi midi, dans les rues de Friedrichshain.

Bref, en un mot comme en cent, la «marche des Salopes», la SlutWalk comme on l’appelle désormais dans le monde entier, a déferlé massivement sur les rives de la Spree ce samedi! Enfin, «déferlé massivement» est peut-être une légère exagération, n’allez pas vous imaginer une marée de blondes Walkyries en petite tenue envahissant la capitale d’un pas conquérant et toisant furieusement chaque mâle qu’elles rencontraient sur leur passage: «elles» n’étaient, selon la presse, pas plus de 1.800 à arpenter le pavé, dans des tenues souvent délibérément provocantes. Une paille, quand on mesure cela aux centaines de milliers de gens qui se réunissent pour assister au «CSD» (la Gay Pride version allemande, un spectacle que l’on vient admirer en famille à Berlin) ou au Karneval der Kulturen à la Pentecôte. Le succès a donc été en demi-teinte pour les Sluts berlinoises en si l’on se contente de regarder les chiffres, mais l’opération fut en fait une réussite éclatante pour le mouvement au vu de la couverture médiatique, intense et globalement favorable, dont les manifestantes ont bénéficié, alors qu’il y avait tout de même un concurrent de taille pour occuper l’espace médiatique en ce samedi 13 août, avec la commémoration de la construction du Mur de Berlin, débutée exactement 50 ans plus tôt. Et elle s’est bien régalée, la presse, il n’y a pas à dire! Je décerne ma palme perso au tabloïd Berliner Kurier pour son diaporama tout en nuances intitulé Schlampenalarm in Berlin, soit dans notre belle langue, «Alerte aux salopes à Berlin». Gloups! Allez, je leur pique une photo de leur article, histoire de donner le ton: Berlin restera toujours Berlin!

Une participante berlinoise présente
en exclusivité la première robe de
mariée complètement invisible
Made in Hogwarts
Je n’ai pas eu la chance de faire partie des quelques hommes qui sont allés se rincer l’œil pépère à la manif’ soutenir les revendications légitimes de la gent féminine, n’ayant appris que bien trop tard que la manifestation allait avoir lieu: je suis tombé nez à nez avec un petit groupe de Berlinoises samedi midi; elles étaient habillées tout à fait «normalement» (au sens friedrichshainien du terme, c’est-à-dire avec un goût bien particulier, caractérisé par... son absence), et ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont les pancartes qu’elles portaient, plutôt que leur accoutrement tout sauf remarquable dans le Kiez ou je vis. Évidemment, c’est bien ma chance, ça: les seules «salopes» que je croise sur mon chemin portent des bottes, des bas noirs, une veste, et, comble de l’horreur, un pantalon!!! Même pas un talon aiguille à se mettre sous la dent, pas même une ch’tite jupe... M’est avis qu’il y en a à qui on a mal expliqué le concept de slut, non mais j’vous jure.

Ayant un programme bien rempli pour ce samedi où le soleil brillait enfin généreusement, je ne les ai pas suivies et les ai laissées s’éloigner, le cœur lourd. Il paraît que c’était sympa. Mais maintenant, alors que j’écris ces lignes, une question me turlupine: pourquoi ces SlutWalks simultanées à Berlin, à Munich et Hambourg? Certes, le viol est un problème universel et doit être combattu partout. Mais au pays où le naturisme, désigné sous le vocable apaisant de Freikörperkultur («la culture du corps libre»), a pignon sur rue, et où chacune semble avoir la liberté de se fringuer (ou pas) absolument bon lui semble et de bronzer nue au parc en pleine ville si cela lui chante, je ne suis pas sûr que les Allemandes soient vraiment concernées au premier chef par cette saillie malavisée du commissaire Sanguinetti, qui a mis involontairement le feu aux poudres et n’a cessé par la suite de battre sa coulpe et d’implorer pardon aux femmes, en se flagellant, pieds nus dans la crotte, chemise de crin sur les épaules.

Qui a dit que la Berlinoise n'était pas sexy, hein?
À la rigueur, elle n'a pas assez vu le soleil cet été...
En fait, en Allemagne, nombre de femmes étrangères, et parmi elles les Françaises, se plaignent du manque d’audace des hommes, du cru trop indifférents pour les regarder, trop distants pour les aborder, trop réservés pour les draguer. Parfois, même les Allemandes se joignent à ce concert de lamentations des amantes délaissées. Je me rappelle ce dîner avec deux amies israéliennes qui, après seulement quelques mois à Berlin, se languissaient, non pas du chaud soleil méditerranéen, mais avant tout de la drague permanente à laquelle elles étaient soumises, là-bas au pays, dès qu’elles mettaient le nez dehors, et qui leur manquait cruellement dans cet environnement teuton où la séduction se fait rare sur le pavé. Et il n’y a tout simplement pas assez de mâles français, de lovers israéliens ou de ténébreux Ritals enamourés pour satisfaire la demande... Pourtant, nous faisons de notre mieux! Avis aux candidats à l’émigration? Allez, il se fait tard, et je ne dis pas qu’il y a davantage de viols dans les pays où les hommes sont plus entreprenants, cependant j’ai comme l’impression que les femmes berlinoises ne souffrent pas d’un excès d’attention de la part des hommes, mais principalement du problème inverse.

Peut-être certaines me contrediront-elles sur ce point, mais quoi qu’il en soit, remercions encore Michael Sanguinetti: jamais jusqu’ici la parole d’un seul homme n’avait précipité des milliers de femmes en colère, et à moitié nues, dans les rues du monde entier. Total respect, monsieur le commissaire!

mardi 5 juillet 2011

À catin, catin et demi.

Il y a quelques jours à peine, je raillais une fois de plus les «habitudes sexistes allemandes» en évoquant les clichés olé-olé de quelques footballeuses de la Frauen-Nationalmannschaft publiées dans Playboy pour faire le buzz autour de la FIFA Frauen-WM. Ce que jignorais encore, ce samedi, cest que les Allemandes s’étaient contentées, si l’on peut dire, de plagier (ça devient pathologique dans ce pays on dirait) une idée de génie que d’autres avaient eue bien avant elles. En effet, force est de constater qu’elles avaient été devancées dans la nudité par... les Bleues elles-mêmes! Qui a dit que le génie français était mort? En mars 2009, les joueuses de léquipe de France avaient lancé une campagne de comm complètement inédite en faveur du football féminin. Gaétane Thiney, Élodie Thomis (de parents martiniquais), Corine Franco et Sarah Bouhaddi tombèrent alors courageusement le maillot et nous interrogèrent, nous regardant droit dans les yeux: «Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer?» Des femmes jeunes et pas trop mal fichues qui se dénudent pour attirer l’attention, il fallait vraiment y penser...

Nadia Bouhaddi, Corine Franco et Gaétane Thiney
Vu que je ne vivais pas en France à lépoque, je ne saurais me prononcer sur le résultat de l’opération, mais je ne prends pas un gros risque en disant qu’elle n’a pas vraiment mis la scène médiatique en émoi dans notre pays.  Silence assourdissant à part sur quelques blogs. Le concept de la sportive nue était peut-être un peu trop avant-gardiste en 2009? Pour que Le Monde se fende enfin d’un article, il a fallu patienter dix-huit mois après les faits et attendre l’intervention dun Deus ex Machina en la personne d’Adriana Karembeu dans une nouvelle campagne de comm’ qui a misé cette fois sur les pipoles plutôt que sur la nudité d’athlète inconnues. Pari gagné cette fois.

Et voilà que Bild, modèle d’impartialité, d’intégrité et de déontologie journalistique, se saisit de l’affaire: le quotidien le plus lu d’Allemagne publie un article (intitulé «Un torride trio français», pour ajouter au choc des photos, le poids des mots) ce samedi et diffuse les photos comme si elles venaient juste d’être prises, sans jamais préciser qu’elles remontent à une campagne vieille de deux ans déjà. Je suis tombé dans le panneau, comme beaucoup dautres lecteurs sûrement. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille était de ne pas du tout entendre parler de cette campagne dans les médias français. Je me suis également demandé quelle mouche a piqué les Bleues pour qu’elles aillent ainsi se déshabiller pour un journal qui n’est lu qu’en Allemagne et qui ne changera rien à la perception du public français. Après un peu de recherches, j’ai fini par comprendre: l’affaire n’était plus de toute première fraîcheur

Élodie Thomis
Mais cela n’est pas un souci pour un journal à l’éthique exemplaire comme Bild. Tout est bon pour administrer au lectorat sa dose quotidienne de tétons, de commentaires émoustillés et de rires gras. Pari gagné pour Bild également, et l’histoire est même reprise par d'autres médias allemands, accordant ainsi une improbable deuxième vie outre-Rhin à l’opération communication qui avait fait un demi-flop en France en 2009.

Alors, si quelqu’un de Bild me lit (on ne sait jamais, hein, ils ont peut-être un très bon service veille internet pour dénicher le cliché hot du jour), voici quelques idées d’articles potentiellement riches en photos olé-olé pour les journées creuses, et des faits approximatifs et dont la date limite d’utilisation est déjà dépassée, sauf quand on s’appelle Bild Zeitung

«Le président français Félix Faure meurt dans les bras d’une prostituée Tous nos clichés de la scène déjà culte de la «pompe funèbre». Ach, chez ces satanés Français, même la mort est une partie de plaisir-euh!

«Je suis vraiment pucelle, non mais!» Jeanne d’Arc tombe la cotte de mailles pour convaincre les incrédules qui l’accusent de sorcellerie. 20 clichés exclusifs et un supplément spécial pour tout savoir sur les tendances épilation ceinture de chasteté de votre été 1430.

«Cléopâtre trompe César avec Marc Antoine!»  Des bas-reliefs hard-core en granit, découverts à Alexandrie, disent toute la vérité dans les moindres détails et montrent même son Arschgeweih (*) royal en forme de serpent.


Gaétane Thiney bis.
«Le “philtre d’amour de Tristan et Iseut: c’était du Viagra!»  La version intégrale de la grande tragédie romantique médiévale non censurée! Toutes les enluminures coquines et tous les Director’s Cuts libertins qu’on ne vous a pas montrés à l’école!

Sacré journalistes de Bild tout de même. Ils ont la déontologie de Pernaut, l’obsession pour les seins en plus. Mais au moins, quand ils montrent des Françaises nues, et salivent sur des clichés de Französinnen même pas blanches, ils arrêtent d’être xénophobes le temps d’un article. C’est déjà cela de pris...


Ce soir, à 20h45, l’Allemagne et la France s’affrontent, habillées (cela les changera), à Mönchengladbach, dans la Coupe du monde féminine. Allez les Bleues !

(*) “Arschgeweih”, cest le petit nom poétique que les Allemands donnent aux tatouages portés en bas du dos.  Arsch se traduit par “cul” et Geweih, “les bois” comme des bois de cerf ou de renne ou ce genre de bêtes qui ont des branches sur la tête. Une belle métaphore comme les Allemands en ont le secret.

samedi 2 juillet 2011

Des filles et du foot

I have a dream that one day, a French football club will win the Champions’ league again. I have a dream that the Olympique Lyonnais is European champion!

Parler de Martin Luther-King à côté d'une couverture
de Playboy? Ce blog c'est vraiment du n'importe quoi!
Les rêves du pasteur Martin Luther King ont une fâcheuse tendance à se réaliser, et ce n’est pas celui-ci qui fera exception à la règle. Et comme de juste, c’est déjà chose faite: l’OL est champion d’Europe 2011, mais bien entendu, comme cest chez les femmes, donc cest pour de faux. Pour le vrai titre, on patientera encore jusqu’en 2012, ou alors 2048... Pourtant, depuis une semaine, en Allemagne, le foot est devenu un sport de filles. Je serais tenté de dire qu’il l’a toujours été mais là n’est pas le propos. Un an après que les vuvuzelas bourdonnants se sont tus dans les rues de Johannesburg et de Berlin, et que les cafés berlinois ont rangé leurs centaines décrans plasmas installés en terrasse, une nouvelle Coupe du monde de football se joue; mais dans ce cas précis, les athlètes font au moins aussi souvent la une de Playboy que celle des journaux sportifs. Ah les bonnes vieilles habitudes sexistes à l’allemande, est-il possible de sen étonner encore davantage... Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les sportives effeuillées, fines communicantes, ont fait mouche et créé le buzz, bien plus efficacement que la campagne d’affichage gentillette, où les chaînes de télé allemandes prêtaient à la Frauenmannschaft des propos un brin provocateurs, aux accents martiaux comme «Les gars, on vous vengera» ou encore «Les troisièmes places, c’est bon pour les mecs», allusions caustiques au résultat de l’équipe masculine lors des deux dernières compétitions, notamment à domicile en 2006. Assurer sa promotion en rouvrant des blessures narcissiques mal cicatrisées, ça déchaîne donc moins les foules que la stratégie qui consiste à exhiber du téton pour flatter les hormones mâles. Le scoop de l’année quoi. En tout cas, à lire le ton du court article de Bild, les journalistes de la feuille de chou la plus lue du pays, émoustillés comme des collégiens devant le Journal du Hard, en ont souillé leur clavier...

Une semaine avant le début de la compétition, à Friedrichshain: "Les troisièmes places, c'est un truc pour les mecs!"

Pourtant, il y a sans doute un fond de vérité à ces affirmations. Les Allemandes sont après tout doubles championnes du monde en titre et, évoluant à domicile pour cette compétition, sont archi-favorites pour un troisième sacre consécutif, tandis que la Nationalmannschaft court piteusement après un titre qui lui échappe depuis 1990. Même Wile E. Coyote arrive à chopper le Bip-Bip plus souvent que ça, c’est dire. Je me venge, je me venge. C’est de bonne guerre après les couleuvres que j’ai dû avaler suite à la piètre performance des Bleus l’an dernier. Croyez-vous que l’Allemand fait preuve de compassion lorsque votre équipe nationale se ridiculise et vous plonge dans la détresse ? Eh bien non: il vous prend dans ses bras, non pas pour une accolade fraternelle mais pour mieux vous donner le baiser de Judas, il en rajoute des tonnes et amplifie avec une délectation sadique votre désarroi. Mais passons au lieu de ressasser ces douloureux souvenirs. Salauds de Boches!! Oups. Vous n'avez rien vu j'espère.

Café "Hundertwasser" à Friedrichshain. Pour le foot, c'est ici.
On sentait comme une certaine fébrilité dans l’air dans les semaines qui ont précédé le début de la compétition: se déroulera-t-elle dans l’indifférence générale ou le public sera-t-il au rendez-vous ? Les matches seront-ils à la limite du regardable ou mourra-t-on d’ennui (ou de rire) du match d’ouverture à la remise du trophée ? Les joueuses, ayant évacué sans ménagement le mythe de l’athlète peu féminine et pas très jolie en minaudant devant les photographes du magazine au lapin, sauront-elles intéresser le spectateur par leur technique de jeu autant que par leur physique avantageux ? La presse a laborieusement fait son boulot, démontrant par A + B qu’il faut regarder le foot féminin, car c’est un vrai sport de passionnées qui gagnent en un an ce que les Cristiano Ronaldo et autres Rooney gagnent en une mi-temps, voire en quatre foulées paresseuses, qu’elles sont belles, fair-play, intelligentes, ont le feu sacré, commettent moins de fautes et n’ont même pas plagié leur thèse de doctorat. Bref, tout était bon pour nous vendre la soupe, mais on sentait que le cœur n’y était pas vraiment. Un sport, on l’apprécie parce qu’il fait plaisir à regarder, pas pour tous les motifs les plus rationnels du monde, et cela est impossible à mettre en équation. Sinon, un sport propre et intègre tel que le curling serait tout aussi suivi que le foot.

Des buveurs de bière attablés à cette terrasse de la Simon-Dach-Str.
voient la star allemande Fatmire "Lira" Bajramaj entrer en jeu à la
60ème minute du match Allemagne-Canada.
Mais dimanche dernier, la mayonnaise a bien vite pris. Le premier match de la sélection nationale (qui n’était pas le match d’ouverture, une affiche France-Nigeria) a été largement diffusé et suivi dans les bars, tandis qu’à l’Olympiastation de Berlin, pas moins de 73.500 personnes étaient présentes pour voir l’Allemagne dominer les Canadiennes et les battre sur un petit 2-1, bien loin des 11 buts à zéro sur lesquels s’est soldé l’Allemagne-Argentine en ouverture de la coupe de 2007, signe, selon les commentateurs avisés, que la qualité du jeu est en nette augmentation, car des 7-0 ou 11-0 en pagaille, ça ne fait pas très pro. Pour avoir suivi la partie et profité de l’ambiance depuis les terrasses des cafés de Friedrichshain, j’ai trouvé le jeu tout à fait plaisant à regarder, et le public allemand toujours aussi passionné dès lors qu’une équipe, n’importe laquelle, endosse les couleurs nationales. Certes, on était encore très loin de la ferveur avec laquelle le public a suivi le match Allemagne-Australie l’an dernier depuis les mêmes terrasses, et à des années-lumières de l’explosion de joie populaire qui a suivi la victoire 4-0 de la Mannschaft pour sa première partie dans la compétition, mais indéniablement, le public était présent et intéressé. Le jeu que j’ai vu n’était pas particulièrement rapide (un peu comme les Bleus fatigués en 2002), mais d’un niveau technique tout à fait correct et pas mal d’actions. Alors que j’écris cet article, j’ai pu admirer deux magnifiques buts des Américaines contre des Colombiennes qui prenaient l’eau de toutes parts.

Une coupe du monde de foot, c'est bon pour le
business. On trouve même des vuvuzelas!
Quoi qu’il en soit, après une deuxième victoire, un petit 1-0 contre le Nigeria, l’Allemagne a, comme la France, déjà décroché son billet pour les quarts de finale. Grâce à une différence de buts nettement en sa faveur (les Bleues ont tout de même battu les Canadiennes 4-0, cela mérite d'être souligné), la France est pour l’instant première du groupe A, et pourra conserver cette place en cas de nul dans le match qui opposera les deux équipes mardi. À Berlin, il n’est plus possible d’ignorer que l’honneur du Vaterland (la patrie) est en jeu et qu’une compétition de football est en train de se dérouler. Comme j’ai pu le voir à l’Euro 2008 (j’étais alors en cours d’installation ici) ou lors de la coupe du monde l’an dernier, les drapeaux ont recommencé à fleurir un peu partout, et de préférence sur les balcons ou les toits des voitures. Même dans un quartier à très forte population immigrée comme Neukölln, les citoyens allemands, qu’ils soient d’origine turque, égyptienne ou libanaise, affichent bruyamment leur patriotisme teuton et ne lésinent pas sur les drapeaux Schwarz-Rot-Gold.

Cette partie entre deux équipes dores et déjà qualifiées sera loin d’être anodine, au moins pour une joueuse en particulier: l’Allemande Célia Okoyino da Mbabi, qui a marqué le premier but de la sélection nationale dans cette compétition, dans le match contre le Canada, est née... française, d’une mère française et d’un père camerounais, à Bonn. Elle n’a acquis la nationalité allemande qu’à 16 ans, après avoir été remarquée par la Fédé allemande, qui lui a suggéré qu’elle aurait toutes ses chances de jouer en équipe nationale si elle reniait le pays de sa mère. Moi j’en dis qu’il y a des déchéances de nationalité qui se perdent... enfin, c’est ce que je dirais si j’étais idéologiquement proche de nos ministres adorés et de leurs âmes damnées.


Célia Okoyino da Mbabi. Notons que ni elle, ni Lira
Bajramaj n'ont pris part à l'effeuillage collectif sur Playboy
Nous avons donc perdu une joueuse de talent, mais avouons que jusqu’ici, les Bleues, classées 7èmes mondiales par la FIFA, se sont très bien passées de la renégate scélérate, et espérons qu’elles continuent ainsi, malgré l’indifférence du public français.

Mardi, la France et l’Allemagne s’affronteront pour la première place du groupe A. Et moi, je compte bien... ne pas voir le match, puisque je serai en France, et qu’en France, tout le monde s’en foot éperdument de cette coupe du monde, non ? C’est bien dommage. Souhaitons quand même bonne chance aux Bleues, et suggérons-leur de s’inspirer des stratagèmes payants quont adoptés les Allemandes pour créer le buzz en France... Héhé.

J’aime bien voir et photographier les preuves de la ferveur populaire qui accompagne ces compétitions sportives, dans tous les quartiers de Berlin, à l’est comme à l’ouest, chez les Allemands de souche comme chez les immigrés. Laissez-moi, en guise de conclusion, vous montrer quelques photos qui témoignent de l’ambiance.

Le 29 juin près d'Alexanderplatz, à Mitte


Le 30 juin sur la Boxhagener Straße, à Friedrichshain

Rafales de vent le 1er juillet sur l'Urbanstraße, à Kreuzberg
Grande démonstration de patriotisme, le 1er juillet devant le café arabe El-Salam, sur la Sonnenallee, à Neukölln. Je me suis fait proprement recevoir pour avoir eu l'audace de prendre une photo... Ah là là.
Le 1er juillet du côté du Hallesches Tor, à Kreuzberg. Là c'est plus original tout de même sur ce taxi: les drapeaux des 4 pays du groupe B. Le Japon a démoli les Mexicaines 4-0 !

samedi 18 juin 2011

Mauvaise passe pour les cucurbitacées


L’épidémie de ce que les Allemands nomment “EHEC” (rien à voir avec une école de commerce pourtant) se poursuit, mais les premiers suspects, les concombres, après avoir été injustement accusés dêtre des assassins, après avoir couverts d’opprobre et semé la panique, sont désormais entièrement hors de cause et ont retrouvé leurs lettres de noblesse. Et Dieu sait si cest noble, un concombre.


Lena, 8 ans, peut à nouveau se mettre tout
plein de rondelles de concombre sur le
visage et faire comme Maman.
Ravis, les Teutonnes et les Teutons peuvent à nouveau sen donner à cœur joie, se goinfrer de Gurken et sen étaler plein la figure si bon leur semble. De mon côté, je suis fort marri, car je préparais un recueil de proverbes rigolos en hommage au légume serial killer, comme par exemple : «Qui croque un concombre monte au ciel sans encombre». Le recueil est désormais condamné à ramasser de la poussière virtuelle dans les tiroirs non moins virtuels des Chroniques Berliniquaises, jusquau jour où les cucurbitacées seront à nouveau prises de folie meurtrière. Patience donc.

Pourtant, alors que les cucumis sativus se sont refait une virginité en terre allemande, non sans avoir ruiné les pauvres agriculteurs espagnols au passage, la réputation des cucurbitacées en général  pâtit considérablement dune autre affaire, un scandale de faux diplômes qui éclabousse moult courges et cornichons, en particulier dans le monde de la politique. Vous ne voyez pas à quoi riment ces élucubrations? C’est pourtant clair et net : alors quen France, de sordides affaires de viol ou de harcèlement font tomber les politiciens les uns après les autres, en Allemagne, les grosses légumes (hé-hé) sont salies en masse par des accusations de plagiat de leur thèse de doctorat, et les Universités, furieuses davoir été ainsi roulées dans la farine, sévissent sans pitié et retirent à tour de bras les titres de docteur mal acquis. (Ouf! Jai réussi à faire le lien entre les deux... La première qui dit capillotracté, je lui offre un abonnement dun an à Playboy et un recueil des meilleures pubs Axe de la décennie). 


Ainsi, après le psychodrame Guttenberg en février dernier, la machine à faire tomber les faux doctorats sest emballée et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

M. Pröfrock
Cornichon diplômé ET tête à
claques : Matthias Pröfrock,
tout juste... 34 ans (gloups !)
Côté cornichons, le baron contrit a été rejoint dans l’infamie par l’eurodéputé Jorgo Chatzimarkakis et le député au Bundestag Bijan Djir-Sarai, FDP tous les deux, sur lesquels pèsent de lourds soupçons qui ont poussé les universités de Bonn et de Cologne à enquêter. L’enquête est encore en cours. Reste donc à voir si les cornichons conserveront leurs titres. Rien n’est moins sûr, en particulier pour Dr Chatzimarkakis, dont plus de 70% de la thèse semblent être du copié collé, selon les dernières accusations. Matthias Pröfrock, le (plus ou moins) jeune député CDU au parlement régional de Bade-Württemberg, a fait un pas vers l’irrémédiable capitulation : il a “temporairement” renoncé à utiliser son titre de docteur, mais sûrement pas celui de cornichon, en attendant que l’université de Tübingen fasse la lumière sur les accusations de plagiat affectant plus de la moitié de sa thèse sur la “Sécurité des approvisionnements énergétiques en droit européen”. Avant même que le verdict ne tombe, Pröfrock a donc choisi de baisser son froc plutôt que de faire de la provoc’, serait-on tenté d’en conclure.

Côté courges, laffaire est déjà pliée. Il y a eu Veronica Sass (ou plus exactement, Saß), une Bavaroise de 33 ans qui n’intéresserait probablement personne si elle n’était pas la fille du très influent et controversé Edmund Stoiber, ancien Ministerpräsident de Bavière et lun des mentors du baron von und zu Guttenberg (CSU donc). À la mi-mai, luniversité de Constance a annulé son titre de docteur, après avoir identifié au moins 40 pages copiées mot pour mot et non attribuées dans sa thèse, soit entre un quart et la moitié du contenu. La courge Sass nie encore avec véhémence le crime odieux dont on laccuse, mais plus personne ne prête désormais attention à ses dénégations indignées. Et cette semaine, cest au tour de la nettement plus célèbre Silvana Koch-Mehrin (FDP) de perdre son diplôme, après deux mois de suspense, denquête minutieuse et de révélations calamiteuses, aussi ignominieusement quun Dreyfus perdant ses galons dans la cour de lÉcole militaire, sauf que dans ce cas, elle la tout de même bien cherché. La prestigieuse université d’Heidelberg est formelle: plus du tiers du contenu de la thèse de Mme Koch-Mehrin, portant sur l’Union Monétaire Latine du XIXème siècle, a froidement été pillé ailleurs. Et si elle continue de nier les faits, elle a malgré tout démissionné de toutes ses fonctions sauf de son mandat d’eurodéputée. C’est que la courge est menteuse, et du moins, nettement plus combative que le cornichon, c’est indéniable. 


Ange déchu : Silvana Koch-Mehrin
Quoi ? Vous ne connaissez pas Silvana Koch-Mehrin ? Cest pourtant une députée européenne depuis 2004, et elle a même été vice-présidente du Parlement européen de 2009 jusqu’à sa démission il y a quelques semaines. Et puis, sérieux, si rien de tout ceci ne vous intéresse, alors sachez tout de même que c’est surtout l’un des plus jolis minois de la politique allemande, quoi! Cela mérite d'être souligné. Si la France chouchoute sa “NKM”, eh bien l’Allemagne avait jusqu’ici sa “SKM”. Quelle tristesse! Une seule conclusion simpose: la belle princesse courge a perdu son diadème, et son carrosse s’est transformé en... citrouille.

Mais comment expliquer une telle vague de révélations, ces dominos politiques qui tombent les uns après les autres ? C’est très simple: au plus fort de l’affaire Guttenberg, des centaines d’internautes anonymes avaient uni leurs efforts pour faire éclater la vérité au grand jour, et avaient créé un wiki spécialement dédié afin d’identifier les sources non citées dans sa dissertation, le fort justement nommé GuttenPlag Wiki. L’ennui, c’est qu’une fois l’objectif atteint, ces petits Robespierre du Net se sont sentis quelque peu désœuvrés et en mal de têtes à faire tomber. L’odeur du sang, c’est indéniablement grisant. Ainsi, au lieu d’utiliser leur temps à des activités saines et intelligentes, comme par exemple, je sais pas moi, trouver un boulot, écrire un blog, ou peut-être les deux, ils ont décidé de poursuivre leur mission sacrée et de passer au peigne fin les thèses de doctorat récentes des politiciens (principalement de droite). Le VroniPlag Wiki était né, les accusations ont commencé à fuser dans tous les sens, semant la panique dans les Parlements. Les libéraux du FDP sont les plus durement touchés, puis la CDU-CSU de Merkel. La droite paye donc, pour l’instant, le plus lourd tribut à cette initiative populaire, qui est peut-être quelque peu biaisée. Soit dit en passant, peut-être les internautes français devrait-ils en prendre de la graine et prendre les choses en main pour collectionner les preuves contre nos divers politiciens qui échappent si souvent aux condamnations... quelques wikis ne seraient pas de trop chez nous, comme par exemple un PasquaAngola Wiki ou un BalladurPakiWiki. Mais passons.

Le FDP, c’est sûr, n’est pas un parti politique qui me fait rêver. Mais s’attaquer ainsi à SKM? Pourquoi tant de haine? Sa carrière est maintenant brisée. Alors, avant qu’elle ne disparaisse entièrement des feux de la rampe et ne sombre dans l’anonymat abject où nous autres gueux croupissons, rendons-lui un dernier hommage et souhaitons-lui une bonne reconversion. À 40 ans passés, il est peut-être trop tard pour tenter de repartir de zéro dans Germany’s Next Top Model, et puis franchement, ce serait cruel de l’obliger à se coltiner les vociférations humiliantes de cette gorgone de Heidi Klum après une telle épreuve. Une suggestion pour son nouvel emploi un peu plus reposant: planter des légumes bio en Basse-Saxe. L’agriculture allemande, dont la crédibilité sombre encore plus vite que celle des politiciens du FDP, a bien besoin d’un renfort de courges et de cornichons diplômés pour repartir sur des bases saines.

SKM a grandi en Allemagne, au Maroc
et au Soudan.
À bientôt 41 ans, elle vit avec un avocat
irlandais...
... avec qui elle a eu trois filles (que nous avons hâte de connaître, d'ailleurs).
Elle rejoint donc Heidi Klum dans la catégorie des "MILF" les plus en vue du pays.

Des jours heureux aujourd'hui bien lointains pour le FDP : Silvana Koch-Mehrin et Guido Westerwelle, l'ancien président du parti et actuel  ministre des Affaires étrangères, lui aussi en proie à pas mal d'ennuis (mais au moins, aucun soupçon de plagiat... c'est déjà ça).


Le libéralisme économique du FDP n'a jamais été au goût du jour,
dans une Allemagne nourrie de traditions sociales-démocrates,
n'est-ce pas, Docteur Koch-Mehrin ?
Lorsque Silvana Koch-Mehrin veut se changer les idées et faire autre chose que de la politique, elle se pare de ses pendentifs favoris et fait tourner les platines jusqu'au petit matin dans les grandes discothèques berlinoises en tant que "DJ SKM", ici au Tresor, le temple de la techno qui te fait mal à tes oreilles.


Sinon, elle se vêt de ses robes de princesse et reçoit des trophées en forme de Bambi.
C'est le prix des plus beaux yeux de biche en politique.
Dame Silvana, il est bientôt minuit : prenez garde à votre carrosse !
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