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mardi 21 janvier 2014

On a testé : «Bleigießen», dites-le avec du plomb

La date : un soir de réveillon.
Le lieu : quelque part en Teutonie, au sens très large.

C’est fou ce qu’on peut s’éclater rien qu’en faisant fondre un peu de plomb. Prenez une petite quantité de ce métal bon marché et hautement toxique, approchez une flamme, attendez que la température atteigne la température de 327,46 degrés centigrade, laissez mijoter quelques courts instants et... champagne pour tout le monde : que la fête commence ! Les Romains, ces joyeux drilles à l’art de vivre incomparable, l’avaient bien compris. Ainsi, au temps de l’empereur Dioclétien, saint Pantaléon de Nicomédie, médecin de son état, fut condamné à être plongé dans un bain de plomb fondu pour un grand décrassage final. Ouille. En l’an 306, ce fut au tour de saint Boniface, esclave d’une riche dame romaine, qui se vit contraint de boire une grande rasade fumante de ce fameux métal, si pratique, si malléable, si facile à faire fondre et à servir dans un verre à cocktail avec un petit parasol dessus (le fer, par exemple, entre en fusion à 1538°C. C’est une autre paire de manches pour l’obtenir à l’état liquide et en faire un mojito de la mort). Plus près de nous, en l’an de grâce 1610, l’assassin du roi Henri IV était supplicié à Paris au moyen de tenailles, d’huile bouillante, de résine, de soufre, et bien entendu, pour que la fête soit plus belle, de plomb fondu sur ses membres meurtris. « Monsieur Ravaillac », avait dit le sieur Achille de Harlay en rendant son verdict quelques jours plus tôt, « vous avez pété un plomb : il vous en cuyra ». À quoi l’accusé avait répondu du tac au tac : « Monsieur de Harlay ronchonne ; moy je n’ay besoing de personne ». Un échange resté dans les annales de la justice. Mais je m’égare.

Atelier de «Bleigießen» au réveillon
De nos jours, en Allemagne, faire fondre du plomb reste une activité ludique à pratiquer entre amis le soir de la Saint-Sylvestre. Il n’est plus rigoureusement nécessaire d’y occire au passage quelque malheureux hérétique ou de châtier les régicides dans dans un raffinement de supplices sadiques mais, plus benoîtement, le rituel est censé permettre de connaître son avenir pour l’année qui va commencer. Les bonnes choses se perdent, hélas. Mais c’est comme ça. J’ai donc l’honneur de vous présenter, chers Lecteurs, chères Vahinés, mes tous mes vœux de bonheur pour l’année 2014 ainsi que la tradition allemande du Bleigießen (prononcez « blaï-guiss-n»), qui veut dire, je vous le donne en mille, « faire fondre du plomb ». Faut pas chercher midi à quatorze heures. Enfin, parfois, si, mais pas cette fois.

mardi 15 octobre 2013

WTF Berlin #1 - Les cheveux au vent

Il manquait à ce blog une rubrique «WTF Berlin». J’avoue m’être effrontément inspiré du Tumblr WTF Belleville. Ça fait belle lurette que je collectionne les photos de scènes de rues passablement dingues de cette capitale qui ne semble décidément pas avoir toute sa tête. À force de ne pas savoir qu’en faire, je me suis enfin décidé à les partager avec le reste de l’humanité.

Alors voilà. Sous vos applaudissements, je déclare solennellement la rubrique WTF Berlin ouverte.

Friedrichshain, le 2 août
Kreuzberg, le 23 août
Kreuzberg, le 27 août
Ça vous a plu ? Alors votez pour les Chroniques Berliniquaises aux Golden Blog Awards ! Et n’hésitez pas à revenir voter plusieurs fois si vous le voulez bien...

dimanche 22 septembre 2013

Électorallemand vôtre : mes affiches « préférées » de la campagne 2013

Une affiche des Republikaner, parti
d'extrême droite xénophobe, le 12 septembre
Misère ! La campagne électorale est déjà pliée, et Angela la magicienne vient tout juste d’être triomphalement réélue. Bravo Angie ! C’est pas qu’on ne s’y attendait pas, mais tout de même, il n’était pas interdit d’envisager une surprise... Une conséquence importante de cette réélection, que je ne peux pas passer sous silence : le Burgeramt Frühstücksklub, mon restau de burgers préférés à Friedrichshain, ne sera pas obligé de changer la porte de ses toilettes. Et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle.

En revanche, la mauvaise nouvelle, c’est que la foire aux affiches douteuses dans les rues de Berlin touche à sa fin. Et ça, c’est bien dommage. On s’y était à habitué, voire attaché, à ces rectangles de carton coloré qui ont décoré les lampadaires pendant ces quatre ou cinq dernières semaines. Quelques unes me manqueront, c’est sûr. Alors, avant de tourner une fois pour toute la page de ces élections, revoyons une dernière fois ensemble les affiches les plus «réussies» de cette campagne électorale dans les rues de Berlin.

dimanche 15 septembre 2013

Harry Potter et le portrait de la Bundeskanzlerin

Dans le monde enchanté des apprentis sorciers de Hogwarts (je n’arrive pas à me faire à «Poudlard»), des quidams perchés avec décontraction sur des balais volants fendent gaiement les airs, et les portraits magiques, en photo ou peints à l’huile, font un brin de causette à quiconque les observe d’assez près. Évidemment, grommeleront les moins fantaisistes d’entre nous, tout ceci est bien joli, mais ce n’est que de la fiction, et d’ailleurs cela le restera. Pas si sûr ! J. K. Rowling en a rêvé, et la CDU l’a fait. Certes, les balais supersoniques Made in Dschörmany ne sont pas encore prêts à quitter les lignes d’assemblage des usines Porsche, mais en revanche, les photos parlantes, c’est désormais une réalité de cette campagne électorale 2013 en Allemagne ! 

Et vous aussi, chers Lecteurs, vous pouvez désormais entendre la douce voix maternelle de la Chancelière vous susurrant à l’oreille son projet de prospérité économique et d’avenir radieux pour les ti n’enfants de la Teutonie de demain. Comment vous y prendre pour assister de visu à ce prodige surnaturel ? Pour ce faire, vous aurez besoin d’une affiche, d’un smartphone, et d’une carapace mentale blindée et/ou d’œillères pour ignorer les regards intrigués ou moqueurs des passants. C’est parti.

vendredi 30 août 2013

Élections au Bundestag : la guerre des “Plakate”

Plusil que trois semaines avant les élections législatives en Allemagne. Le suspense est à son comble. Qui l’emportera: Angie ou bien Frau Merkel? Ou alors peut-être tout simplement Angela Merkel? La CDU recueillera-t-elle 41 ou 42% des suffrages? Une petite pointe à 43% est-elle possible? À l’issue du scrutin, aura-t-on une grande coalition avec la SPD, ou alors une Große Koalition? Tous les paris sont ouverts. Les scénarios les plus fous sont envisageables. Les bookmakers sont extatiques. Youpi.

Comme c’est vendredi et qu’il fait beau, je vous fais, amis lecteurs, un petit billet un peu paresseux avec peu de mots et un maximum de photos sur la guerre des Wahlplakate qui fait rage dans les rues de Berlin, ou l’art de parodier les affiches électorales qui prolifèrent sur la voie publique. Il y a plusieurs angles d’approche.

mardi 27 août 2013

L’indigeste yaourt des libéraux et des néo-nazis en campagne

Alors que la campagne électorale la plus ennuyeuse de l’après-guerre, au dire des médias allemands unanimes, bat son plein à coup d’insipides slogans, de promesses creuses et de formules sans audace placardés en 4x3 aux quatre coins du pays, sur des affiches aux motifs aussi lisses que fadasses, alors que même les partis extrémistes, pourtant coutumiers des pires outrances, ont décidé de mettre de l’eau dans leur bière pour ratisser un plus large public, et que les Teutons s’apprêtent donc, faute de mieux, à réélire leur Chancelière préférée sans même interrompre leur sieste estivale, un petit bijou, un gros bide marketing vient de nous être révélé par la «Kreativagentur» Die Wegmeister, une petite agence publicitaire basée à Stuttgart, jusqu’ici complètement inconnue du grand public. (Oui, ceci était une phrase de huit lignes. Tu n’as qu’à bien te tenir, Marcel Proust!)

Connaissez-vous le point commun entre les ultra-libéraux de la FDP, les néo-nazis de la NPD, et une marque de yaourts finlandais ?


Roulement de tambours...

mardi 30 juillet 2013

Chronique Martiniquaise (8) : Le français ensoleillé de Martinique — Première partie

En Martinique, on parle le créole qui, comme chacun sait, est la langue maternelle d’une bonne partie de la population. Comparé à d’autres langues régionales de France comme le breton ou l’occitan, le kréyòl martiniquais se porte plutôt bien, n’ayant pas encore été expédié au purgatoire des langues moribondes par les coups de boutoir d’une République  vengeresse qui se veut centralisatrice et uniformisante et n’a eu de cesse de terroriser des générations entières d’écoliers afin d’éradiquer définitivement les «patois», dans une absurde bataille contre les cultures régionales.

Mais, bien entendu, les Martiniquais parlent aussi le français, langue de l’éducation, des médias, du commerce et de la République. Comme dans d’autres régions de France et dans les autres territoires de la Francophonie, le français parlé (et écrit) en Martinique compte un certain nombre de savoureux particularismes locaux que les autochtones emploient fréquemment, sans se douter un instant que ces régionalismes sont souvent inconnus au-delà des rivages ensoleillés de leur île. Jusqu’au jour funeste où l’étudiant martiniquais à Paris ou à Bordeaux demande le plus naturellement du monde un «sachet» ou une «timbale» à un commerçant, et ne reçoit pour toute réponse que des yeux de merlan frit (puis une «gentille» remarque sur son accent). Hein? Comment? On cause pas pareil? Eh bien non, pas tout à fait.

jeudi 18 juillet 2013

Un mois à Berlin : juin 2013

Aïe bon Dieu Seigneur la Vierge Marie, juillet est déjà presque terminé et je n’ai toujours pas achevé mon billet sur les temps forts en images de mon mois de juin à Berlin. Alors pressons, zack zack.

3 juin - Au cinéma des Hackesche Höfe, à Mitte, c’est la première en Allemagne du film sénégalais La Pirogue. Le réalisateur, Moussa Touré, est dans la salle et répond aux questions d’un public avide de réponses sur ces jeunes prêts à tout risquer pour s’embarquer dans de frêles embarcations pour assouvir leurs rêves d’Europe. Aidé par son interprète et ami, le réalisateur livre aux spectateurs franco-allemands sa vision d’artiste, d’Africain et de citoyen du monde sur les problèmes soulevés par son film.

mercredi 3 juillet 2013

Un mois à Berlin : mai 2013

Le nombre riquiqui de commentaires à mon grand article signalant le come-back en fanfare des Chroniques Berliniquaises tend à prouver qu’il est plus facile de maintenir en vie un héros africain nonagénaire à l’article de la mort que de redonner vie à un blog fait de zéros et de uns après seulement 6 mois d’agonie... Mais qu’à cela ne tienne, je ne compte pas me laisser abattre pour si peu. Vos chroniques préférées reprendront d’ici peu la place qui leur revient de droit dans la blogosphère mondiale. N’est-ce pas ? Hein, n’est-ce pas ? Vous allez revenir, hein, dites, chères Vahinés ? Allez quoi siouplééééé. Bref, voici donc, après quelques mois d’absence, le retour de nos rétrospectives « Un mois à Berlin ». Je vous prépare mai et juin 2013 d’un coup, et laisse tomber tout l’automne et l’hiver... tant pis pour cette fois, mais ce n’est que partie remise ! J’espère que les puristes de la photographie parmi vous me pardonneront l’irruption de photos instagrammées dans la rubrique. Toutes vos protestations et vos fatwas contre ces applis pour hipsters sans talent sont les bienvenues.

1er mai - Le festival MyFest est de retour à Kreuzberg, avec la même mission que chaque année : bannir la violence des rues de ce quartier lassé de cette curieuse «tradition» d’émeutes de groupes extrémistes de gauche, qui ont gâché la fête du 1er mai pendant plus de vingt ans. Dans les rues, les mamas turques coiffés de fichus en satin côtoient la jeunesse berlinoise avide de beats et les étudiants Erasmousse en quête de frisson teuton, l’électro en plein air joue des coudes avec le reggae... On a beau dire que le Multikulti est mort, il suffit de passer quelques heures dans les rues voisines de Kottbusser Tor un premier mai pour se convaincre du contraire.

samedi 29 juin 2013

Petites phrases mythiques en politique allemande (2)

Chers amis lecteurs, chères Vahinés orphelines de vos chroniques autrefois préférées, contrairement aux apparences, contrairement à Nelson Mandela, ce blog n’est pas encore mouru. Ah, on me souffle dans l’oreillette que Mandela non plus n’a pas encore cassé sa pipe. Vous en êtes sûr cher Monsieur? Pourtant j’aurais juré que... Bon, si vous le dites. Bref. Pour fêter le retour des Chroniques Berliniquaises en fanfare dans la blogosphère mondiale, et pour faire écho à la remise du grand prix de l’humour politique décerné cette semaine à Gérard Longuet, voici la suite de ma sélection de petites phrases mythiques de la politique allemande, que je vous avais promise en novembre dernier, il y a seulement sept (!) mois. Car, comme dit le proverbe de chez moi : Two présé pa ka fè jou ouvè. Mais trêve de bavardages. Voici sans plus tarder la suite du palmarès.
 
3. Les nominés dans la catégorie «Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent»

Ach, l’Allemagne, paradis de l’intégrité dans la fonction publique, parangon de vertu et de bonne gouvernance où les ministres démissionnent comme un seul homme  en moins de temps qu’il ne faut pour dire «plagiat», où les présidents en exercice sont impitoyablement démis de leurs fonctions juste parce qu’ils ont oublié de signaler aux juges qu’ils ont des amis riches... Droiture, honnêteté et vérité sont les trois mamelles de la nation teutonne, nous jurent, la main sur le cœur, les hommes politiques. Oui, trois mamelles, et alors? La preuve par quatre.

„Putin ist ein lupenreiner Demokrat.“  

 

« Poutine est un impeccable démocrate. »

Gerhard et Vladimir, les «impeccables cyniques»
selon le magazine Focus, en mars 2012
La vie est cruelle. En réalité, le 23 novembre 2004, en direct sur la chaîne ARD, le chancelier Gerhard Schröder, dont les malicieuses saillies ont déjà alimenté le premier volet de cette petite compilation maison, n’a pas réellement prononcé ces mots qui lui sont attribués, cette formule désormais gravée ad vitam aeternam dans le marbre de la psyché teutonne. Ses mots à lui sont en réalité : «Je le crois, et je suis convaincu qu’il l’est», en réponse au présentateur télé Reinhold Beckmann qui lui demandait s’il considérait Vladimir Poutine comme un lupenreiner Demokrat (un «impeccable démocrate»).

Après ce rare éclair de sincérité en prime-time, l’habile politicien a bien sûr tenté de nuancer son propos et de noyer le poisson pendant encore une bonne minute de considérations alambiquées sur les progrès considérables de la démocratie en Russie après des décennies de dictature communiste. Mais le mal était déjà fait : ce qui avait été dit ne pouvait plus être dédit, et l’ancien chancelier D’ailleurs, les excellentes relations personnelles que Schröder et Poutine ont continué à entretenir jusqu’à présent, bien trop cordiales et vénales aux yeux de la majorité des commentateurs politiques allemands, ne sont pas de nature à faire oublier cette citation de l’ancien chancelier. D’ailleurs, à l’issue de l’élection présidentielle russe de mars 2012 qui vit le retour de Poutine à la tête de l’État dans des circonstances controversées, Schröder était le premier à manifester son soutien à son ami Vladimir Vladimirovitch, et n’a eu de cesse de répéter à qui voulait l’entendre, contre les vents du scepticisme et les marées de ricaneries que oui, Poutine était bel et bien un vrai démocrate. Sacré Gégé, on ne l’en fera pas démordre.

vendredi 12 avril 2013

Dakar : du sable et des couleurs (et d’autres trucs aussi)

Amis Lecteurs, chères Vahinés, on vous ment, on vous trompe, on vous roule dans la farine. En ces temps où les révélations fracassantes et les désillusions profondes se succèdent, même votre blogueur préféré doit vous avouer qu'il vous a lui aussi caché la vérité. Le salaud, l'ordure.

L'heure est donc venue de faire tomber les masques : depuis octobre dernier, je tiens, en cachette de vous, furtivement, dupliciteusement, cahuzaquement, un deuxième blog. À la fin de l'été dernier, l'idée m'est venue de participer à la deuxième édition du concours Mondoblog, une plateforme de blogs francophones du monde entier, en forme de compétition, organisée et encadrée par Radio France Internationale, imitant ainsi Manon de Génération Berlin. Après quelques hésitations, j'ai donc ouvert et commencé à écrire un deuxième blog, que j'ai nommé, foudroyé par un rare éclair d'inspiration, « Ich bin ein Berlinoir » (ha, ha, ha). D'ailleurs, c'est un peu exagéré de dire que « j'écris » un deuxième blog, puisque jusqu'ici j'ai un peu triché (furtivement, dupliciteusement, etc., etc.) et me suis contenté de recycler paresseusement des billets déjà publiés dans les Chroniques Berliniquaises. Cela explique d'ailleurs pourquoi je n'ai même pas jugé nécessaire de vous parler de mon blog clandestin, que visitent jusqu'ici principalement les autres blogueurs du réseau Mondoblog.

vendredi 15 mars 2013

Mars : «Le savoir est une arme»

15 mars, midi pile à Neauphle-le-Château, c’est le grand retour de La Photo du Mois ! Je me suis laissé recruter par Dr. CaSo pour participer en ce mois d’hiver tardif, puisque c’est à elle que revenait le privilège de choisir le thème de mars. Et que ne refuse-t-on pas à la grande, l’illustre Dr. CaSo, n’est-ce pas ? En bon professeur universitaire, incorrigible intello, elle n’a pas pu s’empêcher de poser une colle à la communauté de blogueurs : «Savoir». J’ai bien vite regretté de m’être laissé embarquer dans cette galère, ayant toutes les peines du monde à trouver l’inspiration pour ce qui me paraît bien plus être un sujet à traiter par une volumineuse dissertation que par une simple photo.

vendredi 25 janvier 2013

La blanche Jérusalem

Hé ! Pssst. Vous êtes au courant de la l’incroyable nouvelle ? Il a neigé à Paris ! Complètement dingue ça non ? De la neige à Paris quoi ! De surcroît, en plein mois de janvier ! Le truc de foooouuuuu. J’ai loupé le phénomène météorologique de l’année, mais heureusement, grâce à Facebook et aux médias théoriquement «français» mais en réalité «intra-murossiens» avant tout, je n’en ai pas loupé le moindre floconnet, et ai pu m’extasier comme chacun devant une douzaine de photos du Canal St-Martin sous la neige, dix-sept angles de vue différents de la Place de la Concorde sous un manteau blanc, et environ vingt-trois clichés époustouflants du Sacré-Cœur de Montmartre se détachant à peine dans le blizzard. 

Allez, j’admets que je persifle un peu pour le plaisir de râler. Paris est sublime sous la neige, et c'est vrai qu’on ne se lasse pas d'admirer notre belle capitale délicatement nappée de blanc virginal. Merveille d’entre les merveilles, même les cohortes homophobes, omniprésentes ces derniers temps, subitement, ont disparu, se sont tues, comme emportées par une avalanche de candeur et de bons sentiments. Bonheur. Cela ne durera qu'un temps, mais quand même, savourons. 

Mais il fallait tout de même que je réagisse à cette débauche de photos enneigées sur les réseaux sociaux. Voici donc la réponse du Berliniquais à la bergère : quelques photos de la grande tempête de neige de janvier 2013 à Jérusalem, la plus spectaculaire qu’ait connu la ville depuis vingt ans. Et toc.

Le Dôme du Rocher, le Mont des Oliviers et les toits de Jérusalem enneigés
Si trois flocons à Paris constituent un événement sensationnel, que dire du sentiment qui prédomine lorsque 15 centimètres de neige tombent sur une ville située à la même latitude qu’Agadir ou que San Diego?

dimanche 20 janvier 2013

Maïeutique entre hommes à Jéricho

« Hé là, vous! Pas si vite. Z’avez payé votre billet d’entrée? 10 shekels, s’il vous plaît. »

Tiens donc. Et d’où il sort, celui-là? Je n’avais pas remarqué qu’il fallait s’acquitter d’un droit d’entrée. La petite porte sans prétention du site archéologique de Tell Es-Sultan était grande ouverte, le guichet riquiqui sur la droite semblait abandonné depuis des années, et il n’y avait pas un chat à l’horizon. Il n’en fallait pas plus pour que d’un pas assuré, happé par la curiosité, j’entrasse. Le plus naturellement du monde. Et puis surtout, je venais tout de passer une bonne demie-heure à admirer gratuitement ce même site historique, les restes de l’antique Jéricho, depuis un point d’observation privilégié, juste en face : une terrasse à moitié effondrée offrant, à quiconque ose s’y aventurer, une vue imprenable sur les ruines antédiluviennes. Lesdits vestiges, d’ailleurs, ne sont à vrai dire que d’informes monticules de terre et de gravats. Il faut un sacré effort d’imagination et d’abstraction pour se représenter, à partir de ce pitoyable terrain vague, de ces mornes vallons érodés de terre meuble aux contours indistincts, la fière Jéricho des batailles bibliques, la légendaire forteresse cananéenne des temps jadis, et ses hautes et orgueilleuses murailles se lézardant, se disloquant et s’écroulant, au terme d’un siège épique, au son martial des trompettes de Josué et de cris sauvages et virils de “This is Spartaaaaa!”. Non, décidément, les fameux vestiges de la très pompeusement auto-proclamée « plus ancienne ville du monde au point le plus bas de la Terre » n’ont rien de spectaculaire, et ne valent même pas les deux euros demandés si péremptoirement pour avoir le privilège de les admirer de plus près et de se crotter les souliers dans la boue au passage.

Le site archéologique de Tell es-Sultan, emplacement sur lequel,
il y a vachement longtemps, se dressait, paraît-il, la ville de Jéricho.

samedi 29 décembre 2012

L’austérité en Europe expliquée à un gamin de 7 ans

«S’il vous plaît, Madame la Conseillère, dessine-moi... la politique d’austérité dans les pays du Sud de la zone Euro.
— Chanzelière. Che zuis la Chanzelière, mon petit... euh... Ach, z’est quoi ton nom, déchà ?
— Jean-Gonzague, Madame la Chansonnière.
— Chanzelière, Schan-Gonzack, che suis Chan-ze-liè-reu. Mais tu peux m’appeler Tata Angela, si tu feux.
— D’accord Madame Tata Engueula. De toute façon  j’ai rien compris à ton histoire de Gentillière. Alors c’est bon, tu veux bien me dessiner l’austérité en Europe, hein ? Allez s’il vous plaît !
— Mais buisque z’est zi chentiment demandé, afec blaisir mon petit Schan-Gonzack.
— Youpi ! T’es super gentille Madame Tata Engueula !
— Mais oui, z’est frai que che zuis très chentille. Z’est exactement ce que dit Papandréou à chaque fois que che lui lâche un ou teux milliards. Mais remarque, ch’ai une meilleure idée. Au lieu de te faire un dessin, che t’expliquerai comment marche l’austérité de manière toute zimple. Avec des billes. Un cheu de billes. Ça te fa comme ça, Schan-Gonzack ?
— Des billes ? Trop cool ! T’es trop forte Madame Tata Engueula !»

Et la Chansonnière Tata Engueula, de sa besace en skaï assortie à son sobre tailleur lilas, extrait une petite boîte cylindrique, gaiement colorée et harmonieusement proportionnée. Pédagogue hors pair, elle débuta alors son exposé, simple, concis, ludique et parfaitement accessible à un élève de cours élémentaire. Car il n’est jamais trop tôt pour endoctriner éveiller le citoyen européen qui sommeille en chacun de nos petites têtes blondes.

vendredi 9 novembre 2012

Petites phrases mythiques en politique allemande (1)

«Vous n’avez pas le monopole du cœur»
«Casse toi, pauv’ con!»
«Do you want me to go back to my plane and go back to France?»
«Qui vient sur la Grande Muraille conquiert la bravitude»
«Responsable mais pas coupable»

Si vous êtes français (une tare congénitale que je soupçonne d’être encore plus répandue, parmi les assidus de ces pages, que l’intolérance au lactose. Ou que les allergies aux acariens. Ou même l’herpès. Hum, euh, bon, oui voilà quoi. Bref, nous sommes plus ou moins entre froggies ici, c’est évident) il y a de fortes chances, chers amis grenouilles, que vous ayez immédiatement reconnu ces petites phrases que nous devons à des politiciens pris au dépourvu, des mots d’esprit improvisés qui ont gagné leur place dans la mémoire collective de la «Grande Nation», pour employer le vocable préféré et passablement agaçant de la presse allemande lorsqu’elle évoque notre illustre pays. Dans de nombreux cas, lesdites petites phrases à la spontanéité désarmante, ont carrément détrôné moult slogans et maintes formules soigneusement écrites et prononcées avec pompe et solennité lors de cérémonies officielles, et se sont immiscées à divers degrés dans le langage quotidien.

Eh bien voyez-vous, à ce petit jeu les politiciens allemands ne sont pas en reste, et eux aussi ont su, tour à tour, amuser la galerie à leurs dépens, ou alors semer le trouble et la consternation parmi leurs contemporains (ou leurs descendants) par des formules lapidaires qui ont frappé les esprits pour longtemps. Je me sens d’humeur à rédiger un billet façon «Karambolage» cette semaine. Alors voici donc, sans plus tarder, un court florilège des petites phrases restées dans la légende de la politique teutonne, avec un petit «p».

Frappons fort pour ouvrir comme il sied cette compilation de citations mémorables que nous ont légué les plus éminentes huiles teutonnes. Nous sommes en 1962, en république du Liberia, devant un parterre de dignitaires endimanchés, un bel aréopage ; le Président fédéral allemand d’alors, Heinrich Lübke, sur son pupitre perché, leur tint à peu près ce langage :

„Sehr geehrte Damen und Herren, liebe Neger!“  

« Chères Mesdames, chers Messieurs, chers Nègres »

lundi 15 octobre 2012

Octobre : «Bienvenue chez moi»

15 octobre, 12 heures pétantes à Mailhac-sur-Benaize. Pour la douzième fois consécutive, et sans doute la dernière, je participe à La Photo du Mois. Le thème de ce mois d’octobre, choisi par Gilsoub, est «Bienvenue chez moi».

Bienvenue, donc, sur Les Chroniques Berliniquaises, un blog en friche, hélas. À l’abandon. Un peu comme l’Hôtel Amilcar de Sidi Bou Saïd, grande bâtisse autrefois luxueuse en bord de mer, un Éden déchu de sérénité maritime, dans une banlieue chic de Tunis. 

Bienvenue à l'Hôtel Amilcar! Réservez dès maintenant vos chambres.
Spacieuses, lumineuses, très aérées, vue dégagée sur la Grande Bleue.
Des travaux de rénovation étaient en cours afin de moderniser cet ancien fleuron de l’hôtellerie tunisienne, devenu, après plusieurs décennies de glamour et de volupté, quelque peu vieillot et démodé. Las! Une révolution est passée par là, puis quelques ennuis judiciaires entre l’ancien et le nouveau propriétaire, et puis, plus rien. Les bétonneuses se sont figées, les marteaux se sont tus, et les ouvriers sont partis. Le chantier n’avance plus. Depuis deux ans, un majestueux squelette de béton fait face à la mer.

dimanche 23 septembre 2012

Un été à Berlin : Juin 2012

Ah, le beau mois de juin à Berlin! Ses courtes nuits d’été, son soleil qui brille généreusement (ou pas) au-dessus des têtes des bonnes gens de la Hauptstadt avant d’embraser l’horizon lors de crépuscules chatoyeux et majestuants, ses terrasses chaleureuses où les convives communient dans un même amour du foot et de la bière, ses parcs à l’herbe grasse et tendre, où il fait bon griller des saucisses non moins grasses, sa vie en plein air, ses Berlinois ravis à l’épiderme saturé de mélanine et de vitamine D... Si j’étais un dictateur romain, comme ces deux mégalomanes coiffés de laurier qui nous légué des mois d’été portant le nom de leur auguste personne, je m’approprierais presto juin, je le renommerais Berlinicus, et je l’allongerais d’au moins deux semaines supplémentaires, histoire de prolonger en conséquence le Hochsommer berlinois. 45 jours, rien de moins, ce serait la durée optimale du sixième mois de l’année à Berlin. Surtout que de toute façon, année après année, le mois de juillet est toujours invariablement décevant. Voici donc quelques clichés pris dans la métropole teutonne pendant ce mois de juin (le vrai, qui ne dure pour l’instant que 30 jours), ou du moins, parmi ces quelques jours où j’étais effectivement présent dans la Hauptstadt, entre deux vols pour la Suède ou ailleurs.

1er juin. Sur l’Oberbaumbrücke, un hurluberlu fait son jogging vespéral, affublé d’un costume de prisonnier à rayures noires et blanches, le poignet lesté d’un boulet de bagnard, encordé au niveau du torse à une poupée gonflable qui rebondit pitoyablement dans son dos à chacune de ses enjambées... Dans ce singulier accoutrement, en réalité, un futur jeune marié subissait, malgré le vent et la fraîcheur pas vraiment de saison, une «épreuve» top délire lors de son enterrement de vie de garçon, à en croire la banderole que déployaient, à quelques mètres de là, ses amis/geôliers/tortionnaires  à chaque fois que le feu passait au rouge: «Vive les mariés! On organise une collecte pour préparer le divorce» pouvaient lire les badauds tandis que le pauvre futur marié futur divorcé était forcé de faire la quête de véhicule en véhicule dans les gaz d’échappement, avant que la Verkehrsampel ne repasse au vert... Dans son malheur, le fiancé ridiculisé avec un tel acharnement peut malgré tout s’estimer heureux de ne pas avoir été contraint de se pavaner en string-épaule façon Borat !



10 juin. «OH-OH-OH-Obrigado» ! Plaît-il ? Ah mais oui bien sûr. À Lviv, la ville ukrainienne que les Allemands nomment encore «Lemberg», la Nationalmannschaft a poussivement défait la sélection portugaise 1-0 lors de son premier match de l’Euro 2012, lançant sur les chapeaux de roues la saison de l’indigestion de foot. Cette affiche placardée sur la Rosa-Luxemburg-Straße, à Mitte, n’est qu’une manifestation parmi d’autres de la fièvre sportivo-patriotique qui s’est emparée de tout le pays pendant des semaines.

mercredi 15 août 2012

Août : «O mein Gott!»

15 août, midi pile, le soleil à son zénith darde ses rayons brûlants sur les fervents pèlerins de la Grotte de Massabielle. Et c’est l’heure de notre rendez-vous mensuel de La Photo du Mois! Le thème de ce mois d’«oû» (comme disent mes amis Ch’tis), proposé par Cynthia, ou plutôt, imposé à Cynthia par le reste de la communauté à l’issue d’une sanglante mutinerie virtuelle, un débat enragé comme on en a plus vu depuis l’affaire Dreyfus, est «Oh my God!».

Je m’efforce de sortir de ma pause estivale pas vraiment officielle et encore moins annoncée sur ces pages pour vous proposer une photo prise par une chaude après-midi de juillet au Badeschiff, la célèbre piscine turquoise qui surnage langoureusement sur les placides flots noirs de la Spree à proximité du grand parc de Treptow.

Le Badeschiff, souvenez-vous, je vous en parlais avec un enthousiasme débordant il y a quelques semaines seulement, après y avoir passé une folle et courte nuit d’été, sous les étoiles, seul sur le sable, les yeux dans l’eau, mon rêve était trop beau...

dimanche 15 juillet 2012

Juillet: «Ma vie en vert, mes tragédies aviaires»

15 juillet, midi pile sur la Grande Boucle, de La Planche-des-Belles-Filles à Porc-en-Truie Porrentruy. J’ai choisi, pour illustrer le tout dernier thème de La Photo du Mois («La vie en vert», choisi par Dorydee), de vous narrer les détails navrants d’une petite mésaventure qui a traumatisé et laissé de lourdes séquelles psychologiques à l’amoureux de la nature que je suis, il y a trois ans presque jour pour jour.

Alors voilà. Les plus assidu(e)s d’entre vous sur ces pages le savent depuis bien longtemps: outre la tenue de ce blog, ma grande passion, dans la vie, c’est mon balcon fleuri. Il m’arrive parfois, sans exagération, de passer des heures entières à y contempler la fine dentelure des feuilles des dahlias, à y humer le parfum de mes fleurs, à y bichonner mes épices, à éliminer mauvaises herbes et brindilles sèches, où juste à m’y poser, satisfait, en compagnie d’un bon bouquin et de quelques bourdons chafouins et gourmands qui vonvonnent d’allégresse de pistil en pistil. Un vrai papy. Alors que je n’ai même pas encore fêté mes 32 29 25 21 ans! Heureusement que mon balcon est trop petit pour que je puisse y dormir, sinon j’y planterais assurément ma tente Quechua de temps à autre pour y passer une nuit à la belle étoile. En plus de mon balcon, j’ai également fleuri les quatre fenêtres de mon appartement berlinois, de sorte que je ne peux regarder au-dehors sans admirer mes jardinières où pousse une végétation aussi dense et luxuriante que dans l’enclos horticole de ma mère-grand aux Antilles. Cinq mois par an, je suis le roi Nabuchodonosor, furetant avec contentement dans ses jardins suspendus au-dessus de Friedrichshain, Babylone des temps modernes.

Votre dévoué chroniqueur lit son journal préféré
et savoure un moment de bonheur sur son balcon
Ah ! Qu’elle est belle, ma vie en vert !

Malheureusement, une vie de jardinier amateur n’est pas une sinécure. Les plantes, il faut les protéger et trouver le temps de s’en occuper. Et souvent, lorsque je rentre après quelques jours d’absence, ce qui m’arrive fréquemment, une mauvaise surprise m’attend. C’est ce qui s’est produit un jour de juillet 2009. J’étais installé dans la métropole teutonne depuis moins d’un an et, ayant emménagé deux mois plus tôt dans l’appartement que j’occupe encore aujourd’hui, je m’étais improvisé jardinier et apprenais sur le tas les rudiments du métier.

Un vendredi soir, je regagnais mes pénates au terme de quatre petits jours de voyage. Depuis quelques jours, les pies, et surtout les pigeons qui peuplent la cour intérieure de mon immeuble, avaient pris l’habitude, pour une raison que j’ignorais, de faire la nouba dans mes jardinières, les saccageant sans aucun égard pour mes efforts floraux. Le lundi précédent, au petit matin, juste avant mon départ, j’avais installé des défenses provisoires et bien précaires, une dérisoire ligne Maginot faite de baguettes japonaises, en attendant, pensais-je, régler la question une bonne fois pour toutes à mon retour de voyage. Aussi, en ce vendredi fatidique, ouvris-je la porte avec fébrilité et me précipitai-je dans ma cuisine, impatient de constater l’étendue des dégâts causés en mon absence, et de reprendre ma bataille contre les fâcheux colombidés. Je ne sais plus vraiment à quoi je m’attendais, ce soir-là, mais je suis sûr et certain que je ne m’attendais pas à trouver une palombe en train de «lounger» peinard sur ma menthe et mon basilic! Mon petit potager portatif, transformé en Club Med pour pigeons! Incroyable! Inacceptable!

Notez la présence des trois baguettes devant la ciboulette...
Oui c’était mon système de défense anti-pigeons à l'époque. Très efficace!
*** Note importante: Si vous êtes un amoureux des pigeons, je vous conseille très vivement de vous arrêter de lire tout de suite, car je crains fort que cette petite histoire ne s’achève pas sur un happy end. (Si c’était le cas, ce billet ne serait pas une «Tragédie aviaire». Ben voyons). Après avoir refermé votre navigateur internet, vous feriez mieux de vous rendre hic et nunc à l’hôpital psychiatrique le plus proche de chez vous, car franchement, quiconque a un minimum de sympathie pour les pigeons, ces volatiles gris, sales, puants, et complètement inutiles, devrait consulter un spécialiste au plus vite. Beuark. Vous étiez prévenus. ***
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