Au petit matin à Friedrichshain... Le ciel nous gratifie d’un temps typiquement berlinois : gris et venteux à souhait. Beurk. De noires corneilles et des pies insolentes croassent sur les branches dénudées d’un grand marronnier majestueux. Un faible crachin s’ajoute à l’équation météorologique du jour. Beurk et re-beurk. Un coup d’œil par la fenêtre suffit à me passer l’envie d’aller au bureau à vélo ce matin. Trente minutes à pédaler plein ouest, à m’escrimer contre ce satané vent de face, à éponger la bruine de mon visage ? Nein, danke. Je quitte mon appartement, descends quatre étages avec l’enthousiasme d’un Thésée s’engouffrant dans les enfers. Au rez-de-chaussée, j’évite ostensiblement le regard lourd de reproches de ma bicyclette qui m’attendait comme chaque matin.
Il fallait bien s’y attendre : mon fidèle destrier ne comptait pas s’avouer vaincu si facilement. C’est un battant, mon Holland-Rad, il n’est pas né de la dernière pluie. Et il a son côté possessif parfois. «Minute, papillon, me tance-t-il vertement en me barrant le passage. Qu’est-ce que tu fais ? Tu t’apprêtais à partir sans moi ?» Penaud, je sors mon joker : un abonnement deux zones au réseau de la BVG (dites “Béfaougué”), la RATP de la Hauptstadt.