Imaginez qu’un beau jour, un investisseur fortuné se présente tout sourire au seuil de votre maison et, se dispensant des politesses d’usage, vous propose, sans passer par quatre chemins, de racheter votre logis. Son prix ? Allez, soyons généreux d’emblée, afin d’expédier l’affaire : un million de dollars pour le terrain et le bâti, cela vous conviendrait-il, cher Monsieur ? À la louche, ça fait une bonne dizaine de fois la valeur totale de votre propriété sur le marché. Affaire entendue ?
Vous déclinez l’offre, poliment mais fermement, et éconduisez l’importun.
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| Un Palestinien prend congé de ses visiteurs devant la porte de sa maison sur la rue Shuhada, à Hébron |
Désarçonné par ce refus inattendu, l’investisseur vous quitte l’air marri, mais qu’à cela ne tienne, il ne tarde pas à revenir à la charge, quelques temps après, avec des arguments bien plus convaincants : saisissez cette chance de faire une très bonne affaire, cher ami. Est-ce que dix millions sauront vous faire changer d’avis, peut-être ?
Nan.
Allons, allons, vous êtes un dur à cuire, c’est ça ? Soit. Mais le richissime investisseur est déterminé. C’est un homme d’affaires aguerri après tout : il est venu à bout d’adversaires bien plus coriaces qu’un plouc comme vous avec votre bicoque insignifiante dans un trou paumé. Vingt millions ? Ce n’est jamais que deux-cent fois le prix normal de votre baraque, souligne-t-il avec le ton professionnellement enjoué et passablement condescendant d’un vendeur d’aspirateurs. À prendre ou à laisser, mon brave. Ne soyez donc pas têtu comme une bourrique.
Hors de question.