mardi 22 mars 2011

Monde cruel

C'est peut-être à cela qu'on mesure le bonheur d'un peuple : quand les Libyens sont assaillis par les chars de Kadhafi et les bombes des Occidentaux, quand les Japonais ont la terre qui se dérobe sous leurs pieds, la mer qui dévore leurs villes, le froid et la neige qui transissent les survivants, et bien entendu une catastrophe nucléaire pour couronner le tout, quand les Haïtiens n'ont plus de maisons, mais ont le choléra à la place, bref, quand le monde entier ne semble être qu'une vallée de larmes et un creuset de malheurs, Berlin pleure Knut son nounours vedette, mort brutalement sur scène, devant les caméras et des centaines d'admirateurs choqués et éplorés, comme seuls y parviennent les plus grands d'entre les grands, tels Molière, Martin Luther King, John Kennedy ou encore Ayrton Senna. 



C'est sûr que c'est un bien triste événement que le décès d'un plantigrade de quatre ans à peine alors qu'il aurait pu vivre encore trente années de plus. C'est sûr que Berlin aime passionnément les ours depuis des siècles : entre les armoiries de la ville, les trophées d'or et d'argent de la Berlinale, l'équipe locale de hockey sur glace (les Berliner Eisbär), et la mascotte du zoo de Berlin, il y a une remarquable constance. C'est sûr qu'il était meugnon tout plein, bébé Knut. Mais l'ourson tellement craquant qui a éclipsé le Bouba de notre enfance était rapidement devenu un très gros animal aux pattes puissantes, aux dents acérées. Lui faire des bisous et des câlins n'était plus au programme depuis bien longtemps : ouf, Bouba, lui, est toujours aussi gentil.

Knut et son gardien
Et voilà qu'il a trépassé, comme ça, d'un coup, d'un seul, deux ans après son gardien, Thomas Dörflein, surnommé Knuts Papa par les tabloïds. Il flotte autour de Knut comme un parfum de tragédie. Les employés du zoo de Berlin, qui à l'époque ne se sont pas ménagés pour sauver le bébé Knut et ont bravé les critiques acerbes des écologistes, sont sans doute les plus sincèrement attristés. Le zoo de Berlin, lui, enterre surtout la poule aux œufs d'or, grâce à laquelle il a battu tous ses records de fréquentation en 150 ans, et la rumeur dit qu'il érigera un monument à la mémoire de sa lucrative mascotte... Les journaux, eux, devront désormais trouver autre chose pour vendre leurs feuilles de choux, et arrêter de nous faire croire que nous devrions vraiment nous intéresser aux amours orageuses de Knut et de Gianna sa "petite amie" de 300 kilos.

Alors adieu petit Knut. J'espère que tu as retrouvé ton "père adoptif" Thomas au paradis des ours, et qu'il te chantera à nouveau du Elvis pour t'endormir. Et pour nous la vraie vie continue, avec ses bons moments et ses malheurs, qui en général sont tout de même un peu plus tragiques.

Pour ceux d'entre vous qui ne peuvent pas faire leur deuil et redemandent du Knut, consolez-vous : le Berliner Morgenpost vous offre un magnifique diaporama de 144 photos !

jeudi 17 mars 2011

Semaine spéciale Allemagne dans The Guardian


L'élégance berlinoise vue par The Guardian
Cette semaine, The Guardian, grand quotidien de centre-gauche, modérément europhile (à l'échelle britannique du moins), et accessoirement un de mes sites d'informations préférés, a décidé d'éclairer son lectorat anglo-saxon un peu trop insulaire sur les réalités allemandes. Le chapitre New Europe: Germany est le premier volet d'une série plus générale consacrée à l'Europe, cette grande inconnue. Je ne saurais dire pourquoi la série commence avec une semaine consacrée à l'Allemagne plutôt qu'à notre Belle France, qui normalement aurait dû occuper la place qui lui revient, en haut du pavé : sûrement une énième manifestation de la perfidie et de la jalousie de ces félons d'Anglais, mais après tout, pourquoi pas l'Allemagne en effet. Pour les Français qui vivent chez les Teutons, ou simplement intéressés par l'Allemagne, ce regard britannique n'est pas inintéressant, loin s'en faut. Il y a déjà un bon paquet d'articles publiés depuis dimanche, sur des thèmes très variés, et vu le rythme infernal auquel de nouveaux articles sont publiés chaque jour, on risque l'indigestion d'ici à la fin de la semaine. Voici, en vrac :

- un article assez humoristique qui présente le pays pour l'observateur insulaire, qui comportait tout de même quelques clichés et autres grossières erreurs ; elles ont été corrigées depuis, les clichés sont restés ;
- les quelques tartes à la crème habituelles qui subsisteront tant qu'il existera une Allemagne : la Stasi, le sens de l'humour, l'inévitable mention de la guerre, et quelques autres ;
- une diatribe venimeuse contre deux aberrations dangeureuses pour l'Allemagne, écrite par un représentant du patronat germanique : l'Euro et les écoles maternelles gratuites (ah bon) ;
- un résumé de la question de l'intégration des allemands d'origine immigrée et un énième résumé de l'affaire Sarrazin ;
- une colonne du chef des Verts, un Cem Özdemir confiant et conquérant ;
- un grand nombre d'articles qui vantent le renouveau économique et industriel germanique, après deux décennies de stagnation post-réunification, et une analogie entre la Bavière et la "silicon valley" ;
- un constat sur l'invasion hallucinante de vrais et faux anglicismes dans la langue allemande ;
- un article et un diaporama consacrés au "Berlin Street Style" ;
- toute une batterie d'articles évoquant, de manière inégale, à peu près tous les thèmes du moment, de la désindustrialisation dans les villes moyennes d'ex-RDA à la "problématique" de l'abolition des frais de scolarité à l'université, des éoliennes aux politiques natalistes de la dernière chance pour inciter les Teutons à enfin procréer un peu, de la fin du service militaire au FC St Pauli de Hambourg, du phénomène Schlager aux prouesses du contructeur BMW...

Petit film sur le FC St Pauli

- la culture n'est bien sûr pas laissée pour compte, avec un passage en revue des livres les plus vendus, des méditations intriguées sur le théâtre, un article assez paresseux sur le cinéma allemand, un survol rapide des artistes en vue, histoire de vous assurer de mourir moins bête en l'espace de cinq minutes.
- il y a même une recette pour préparer "the perfect apple strudel" !

Perfect apple strudel


Une véritable mine d'informations en anglais. Bonne lecture en attendant la française à partir de lundi !


mercredi 16 mars 2011

Mauerpark : Vous chantiez ? Eh bien dansez maintenant !

Joe Hatchiban, sémillant coursier irlandais de 37 ans, du moins si l'on en croit son profil sur Youtube, tient le haut du pavé depuis deux ans à Mauerpark avec son Bearpit Karaoke. Mais force est de constater que la grand-messe dominicale de la Fosse aux ours est avant tout une attraction touristique, où les Berlinois de souche (au nombre desquels j'ai la présomption de me compter, mais oui mais oui) sont en minorité face à la marée d'envahisseurs étrangers, une situation déplorable qui préfigure clairement les scénarios apocalyptiques du best-seller Deutschland schafft sich ab, dans lequel un visionnaire nommé Thilo Sarrazin décrit une Allemagne humiliée et soumise à des corps étrangers au génome corrompu. Mais le pire reste encore à venir : le stade Friedrich-Ludwig Jahn attenant au parc serait sur le point d'être transformé en mosquée, ses hauts pylônes d'éclairage, en minarets. La charia à Mauerpark (prochainement "Moscheepark"), c'est pour après-demain. Karaokeuses du dimanche, toutes à vos burqas !

Mais je m'égare. Bien sûr, les Berlinois tiennent à leur Mauerpark et s'y précipitent tout autant que les touristes honnis, dès que la température le permet. Et ils utilisent à fond les potentialités de cette cour de récréation pour adultes, géante et arborée. Lorsque ma voisine, Janne, et moi avons fini par nous lasser du karaoké, nous avons décidé de récupérer nos vélos laissés à l'entrée du parc et de regagner sagement nos pénates, à Friedrichshain. Mauerpark en a décidé autrement. En descendant la colline, nous avons aperçu un attroupement et, curieux, sommes allés voir ce qui se passait. C'était la fête, tout simplement ! Deux DJs avaient improvisé une table de mixage, installé deux platines pour vinyles, une déco des plus rudimentaires (et déjà des œufs de Pâques), une boule à facettes suspendue à une canne, tout à fait superflue puisque le soleil de l'après-midi brillait encore largement, et nous étions comme en soirée électro, mais en plein jour !



Bien entendu, quand on vit à Berlin, ce genre de surprise n'est plus une nouveauté, et j'avais déjà vu des "open-air discos" à deux ou trois reprises à Mauerpark. Néanmoins, on ne s'y attend pas forcément dès la mi-mars, alors que nous sommes tout juste en train de sortir de notre longue hibernation. Quoi qu'il en soit, cet avant-goût de printemps nous a fait un bien fou ! La chose peut-être la plus étonnante de cet épisode inattendu, c'était de voir à quel point tous ces gens souriaient. Des Berlinois qui sourient en dansant, qui sourient aux inconnus autour d'eux ! Rien que pour vivre cela, nous avons bien fait d'oublier nos vélos, de poser nos vestes en boule sous la table et de nous mettre à danser avec les autres. J'espère ne pas être trop naïf en ne mettant pas ces sourires et cette bonne humeur générale uniquement sur le compte des drogues à l'odeur aisément reconnaissable qui embaumaient l'atmosphère.



Un parc, de l'électro, de la bière, de la drogue, et des fêtards pourtant de tels accoutrements qu'on les croirait déguisés (mais on sait bien sûr qu'il n'en est rien : en bons Berlinois, ils sont habillés de manière "décalée" et "créative" ) : les ingrédients d'un été réussi à Berlin étaient déjà réunis au Mauerpark. Le plus plaisant était l'élément de surprise. D'ailleurs, ayant bien cherché sur internet, je n'ai trouvé aucune mention de cette fête. Je ne pourrai donc pas dire si elle était entièrement improvisée, mais s'il y a eu un mot d'ordre, il n'a pas été lancé sur internet.



La nuit a fini par tomber ; dans le ciel, le Fernsehturm et la lune se sont illuminés ; plus près de nos têtes, une modeste lampe de bureau Ikea s'est vu confier la délicate mission de donner à la boule à facettes tout son éclat. Le résultat n'était pas des plus convaincants, mais ce n'était pas bien important. La fête ne faisait en réalité que commencer, et l'euphorie grandissait encore de manière perceptible. "On reste ?? On reste !!" Janne et moi décidons de profiter au maximum de cette fête aux allures de flash-mob. 

Mais soudain, tout s'arrête ! Il est 18h30, et la police s'invite, fait arrêter immédiatement la musique malgré les protestations générales, contrôle longuement les papiers des DJs (je n'ai pas vus les policiers dégainer leurs scanners magiques comme en Bavière). On  a beau scander "Musik! Musik!", l'affaire est entendue. Quel genre d'individu appelle la police parce que "des jeunes" jouent de la musique à 300 mètres de leurs fenêtres, un dimanche à 18 heures, je ne saurais pas le dire. Des gens qui écoutent de la musique, dansent et surtout sourient, quelle horreur !


Ma voisine et moi décidons que cette fois il est temps de rentrer, plutôt que de nous éterniser sur place à attendre l'issue des négociations. De toute façon, Mauerpark nous avait déjà offert un dimanche plein de surprises, qui a largement dépassé nos attentes. Le printemps arrive : chouette ! nous allons enfin pouvoir arrêter d'être des adultes et recommencer à vivre comme des adolescents attardés pendant les six mois à venir !

lundi 14 mars 2011

Mauerpark : Chassez le Bobo, il revient au galop


Attention, ce billet va débuter sur une révélation absolument fracassante : Berlin a été autrefois divisé par un mur, ou encore une "barrière de protection anti-fasciste", en terminologie officielle socialiste. Je vais me faire un café le temps de vous laisser digérer cette nouvelle renversante et je reviens... Me revoici, bien requinqué. Ah, ça fait du bien ! En réalité, ce n'était pas un mur qui entourait Berlin-Ouest et isolait entièrement le secteur allié de la RDA environnante et de Berlin-Est, mais deux murs parallèles, séparés d'un no-man's land de quelques centaines de mètres de large, un territoire hostile, dégagé de tout obstacle visible, surveillé en permanence par des garde-frontière postés sur leurs miradors, qui tiraient sans sommation sur toute silhouette furtive hâtant le pas sur la terre meuble et fraîchement ratissée pour révéler toute trace de pas ; ce corridor inhospitalier a donc très vite été surnommé, à juste titre, der Todesstreifen, la "piste de la mort".

Drôle de prestation... Wes, exhibitionniste originaire de New-York
Près de 50 ans après la construction du Mur, et deux décennies après sa destruction et la réunification de la ville, plus rien ne subsiste du no-man's land, qui a complètement disparu sous le béton de la reconstruction et a laissé la place à des rues, des places et des maisons, en fait, tout ce qui constitue une ville normale. Complètement disparu ? Hé là, pas si vite : aux confins du quartier est-berlinois de Prenzlauer Berg et de son voisin ouest-berlinois de Wedding, le Todesstreifen a laissé la place à un parc, une étroite bande de verdure qui, chaque dimanche ensoleillé depuis les années 1990, grouille de vie comme aucun autre endroit dans la capitale. Pour trouver quel nom donner à ce modeste rectangle vert de quelques hectares, on n'est pas allé chercher midi à quatorze heures : vous êtes au "parc du Mur", le Mauerpark. À l'est, une portion de Mur, longue de trente mètres, attire les curieux et surtout quelques dizaines de passionnés de graffitis, Sisyphes modernes qui taguent sans relâche leurs créations à la bombe, recouvrant en quelques heures les fresques réalisées quelques jours plus tôt à peine par d'autres tagueurs, et sachant que les leurs subiront le même sort dans les jours qui suivent. À l'ouest, un grand marché aux puces bien achalandé est l'occasion de faire se promener en observant, mi amusé, mi incrédule, l'extravagant bric-à-brac des brocanteurs du cru et parfois de faire de bonnes affaires. Entre les deux, de vastes pelouses à l'herbe ratatinée permettent à chacun de se détendre comme il l'entend, et de laisser libre cours à ses passions : on y croise des jongleurs, des musiciens, des danseurs, des basketteurs, des coiffeurs qui vous coupent les cheveux en public, des joueurs de frisbee, des Berlinois et des touristes, et toutes sortes de badauds.

Les tags du Mauerpark : c'est un peu le rocher de Sisyphe.
Mais l'une des attractions phares du Mauerpark, c'est le "Bearpit Karaoke". Chaque dimanche depuis le printemps 2009, un Irlandais passionné et un peu fou, et dont le nom pourrait être japonais, mais en fait non, j'ai nommé Joe Hatchiban, assure le spectacle à Mauerpark. Le principe est fort simple : une scène en plein air, des gradins en forme d'amphithéâtre, un vélo, un ordinateur portable, des enceintes, et quelques centaines de fichiers musicaux en format mp3, version karaoké, et bien sûr des chanteurs amateurs de talent très divers. La mayonnaise a très vite pris, et le show aux très modestes débuts est vite devenu l'un des symboles de la douceur de vivre à Berlin à la belle saison, et attire des centaines de visiteurs qui viennent encourager (et parfois, se moquer gentiment) des quelques dizaines d'intrépides qui se dévouent courageusement pour pousser la chansonnette en public.

Mur et balançoire à Mauerpark
Il y a malheureusement une période de l'année où Joe et ses amateurs de karaoké sont bien obligés de se taire: l'hiver bien sûr. De novembre à mars, même les crooners les plus fanatiques, qu'ils viennent d'Irlande, d'Allemagne ou du Groenland, n'ont plus envie de passer quatre heures assis dehors à écouter des quadragénaires imiter Barbra Streisand d'une voix éraillée, même si c'est gratuit. Au cours de l'hiver 2009-2010, la question était sur toutes les lèvres : le Bearpit Karaoke reviendra-t-il à Mauerpark au printemps prochain ? La chose n'était pas assurée d'avance, dans cette capitale du temporaire, où rien ne semble devoir durer plus de quelques mois, quelques années tout au plus. L'existence même du Mauerpark est menacée, d'ailleurs : ah les investisseurs, la gentrification, toujours la même rengaine ! Cette fois-ci pour changer, la réponse a été positive : les jours se sont allongés, la glace a fondu, les jonquilles sont sorties de terre, et l'hirondelle Hatchiban est revenue faire son nid, avec son cortège de gazouilleurs, à la "fosse aux ours". Le Bearpit Karaoke entamait sa deuxième saison en fanfare !




Dimanche 13 mars 2011 : il semblerait qu'une tradition soit en train de naître. Pour la troisième année, Berlin dit adieu à l'hiver et salue l'arrivée du printemps en chanson à Mauerpark. Et par chance, j'étais là, revenant par hasard d'un café à proximité et ayant décidé d'y humer l'air printanier. L'herbe est encore brune et rabougrie, les arbres sont encore dénudés, squelettiques, mais le printemps est bien là, dans l'air, dans le ciel, sur nos vestes que nous portons au bras, et sur nos visages. Et surtout, sur le podium de Joe Hatchiban. Au passage, pendant l'hiver, le susmentionné podium a été décoré ; des Berlinois désœuvrés y ont peint le message suivant, très certainement à l'attention du public : Yuppies Jagen, que l'on pourrait traduire par "La chasse aux Bobos est ouverte". Eh bien les bobos berlinois et étrangers présents n'ont pas eu l'air de s'en formaliser !


Deux prestations diamétralement opposées dans cette vidéo :
"Amazing Grace" a cappella puis du break dance. Tout ceci est
tout à fait inhabituel au Bearpit Karaoke.

J'aime bien le Bearpit Karaoke, comme la plupart des Berlinois et des visiteurs du Mauerpark. L'ambiance est détendue. Les gradins bondés font face au soleil de l'après-midi. De courageux individus se succèdent devant Joe-Nikos Aliagas et interprètent leur chanson préférée. Quelques uns sont vraiment doués d'une voix exceptionnelle, beaucoup chantent juste et assurent le minimum, certains se lâchent sur le podium et misent tout sur le jeu de scène pour pallier les limitations de leur talent pour le chant, et quelques uns sont franchement mauvais : ils sont gentiment moqués, mais largement encouragés par un public complaisant et peu exigeant. Ouf, ce n'est pas Deutschland sucht den Superstar, la version locale de La Nouvelle Star ! Il y a absolument de tout. Selon le jour, la fournée peut être plutôt ratée, ou particulièrement réussie, et quand je viens avec mes amis, je me lasse habituellement au bout d'une demi-heure. Mais pas aujourd'hui.

Vue dégagée depuis les gradins
Pour le premier spectacle de la saison, la promotion de chanteurs était excellente. Il y a bien eu quelques couacs, c'est inévitable, mais il semblerait que les bons chanteurs de la ville, impatients de donner à nouveau de la voix à Mauerpark après la longue interruption hivernale, se soient donné rendez-vous pour ouvrir la troisième saison en beauté. J'ai appris qu'après les galères de l'hiver dernier, Joe a trouvé un logis pour hiberner : un bar de Mitte. Mais je doute fort que l'ambiance ait pu y être comparable. Le Bearpit Karaoke sans Mauerpark, c'est aussi crédible et authentique que la tour Eiffel à Las Vegas. Hatchiban-san, ce drôle de loulou qui se consacre sans faille à son sacerdoce, chaque dimanche, malgré les questions évidentes que tout le monde se pose à propos des coûts et bénéfices (oui, c'est gratuit), a ponctué, comme à son habitude, les prestations des chanteurs de gentils encouragements ou de moqueries sarcastiques. La seule chose que je ne l'ai pas encore vu faire, c'est de dire "c'est horrible, vous chantez mal", même si parfois il doit le penser très fort. Mais il a besoin de chanteurs, bons ou mauvais, alors ce serait une mauvaise idée de les humilier en public ! Au contraire, il salue toujours les stars éphémères, et n'oublie jamais de les remercier. Et trouve toujours une ou deux plaisanteries moqueuses, car il reste un perfide Anglo-saxon, ne l'oublions pas. L'objet de ses moqueries d'aujourd'hui était un groupe de jeunes Espagnoles, qu'il a rangées dans la catégorie de ces participants typiques qu'il nomme "giggling schoolgirls", "les collégiennes qui rient bêtement", une véritable plaie au Bearpit Karaoke, semble-t-il. Il faut dire que celles qui sont passées aujourd'hui correspondaient bien au profil, et Hatchiban, féroce, répétait à l'envi, raillant leur accent, from "Espain". Qu'à cela ne tienne, les écolières espagnoles nous ont interprété une Macarena calamiteuse, mais ont réussi à enflammer le public malgré tout, après tout de même deux minutes et trente secondes durant lesquelles elles ont dû se sentir très seules au monde...

Regardez à partir de 2'30 pour voir quelque chose d'intéressant...

Les prestations mémorables de ce premier karaoké de la saison ont inclus le strip-tease d'un New-Yorkais prénommé Wes tandis qu'il interprétait une chanson dont j'ai oublié le nom (je corrigerai cette section si le nom me revient). C'était la meilleure prestation du jour, et bien sûr, celle que je n'ai pas filmée ! Peu après, son amie Laureen nous a chanté un I Will Survive de fort belle tenue, tandis que Wes filmait et faisait le pitre autour. Diana de Serbie nous a fredonné un I Will Always Love You de Whitney Houston, ma foi sans y laisser trop de plumes, sauf peut-être sur les aigus les plus haut perchés.

À 2'20, on voit Joe qui vient faire la quête, et récolter quelques piécettes.

Wes l'exhibitionniste est chaleureusement applaudi par le public

Rikke, une Danoise replète, aurait mieux fait de rester au lit ce matin plutôt que de s'improviser chanteuse, et Tina, la Hollandaise si rousse que Joe était sûr d'avoir rencontré une compatriote, et a insisté aussi lourdement que certains Arabes me prenant pour un des leurs (pour ne rien arranger, elle était habillée de vert, ce qui lui a permis de nous rappeler que c'est la St-Patrick cette semaine), a trébuché sur du Tina Turner justement. Mais la rousse Tina était vraiment à fond, chantant à tue-tête et sautillant comme sous sa douche, et son plaisir de chanter sa chanson préférée était vraiment communicatif, malgré les nombreuses fausses notes que nous lui avons pardonnées de bonne grâce...

Du Tina Turner comme sous la douche !

Il y a eu Ignazio le Sicilien, que Joe s'entêtait à appeler "Nacho", il y a eu Cristóbal le Chilien qui a chanté "New York, New York"... à Berlin. Il y a eu les Anglaises imitant particulièrement le Foundation de Kate Nash, aidées par l'accent londonien. Et bien entendu, il y a eu Detlev, l'une des grandes stars du Bearpit Karaoke : ce vieil Allemand aux airs de Père Noël est là chaque dimanche, aussi assidu que Joe Hatchiban lui-même, et interprète avec virtuosité, toujours le même titre, "Mein Leben", la version allemande du My Way de Sinatra. Ceux qui assistent au spectacle pour la toute première fois ne peuvent pas s'empêcher de rire à la vue de ce barbu sorti tout droit d'un film, qui commence à fredonner, quelque peu maladroitement, le premier couplet de cet air archi-connu. Mais très vite, il fait taire les railleries.


Sinatra I : Cristóbal le Chilien


Sinatra II : Detlev chante Mein Leben, comme chaque dimanche.


Le Bearpit Karaoke, c'est vraiment un morceau de comédie humaine, et c'est l'assurance de passer un bien beau dimanche après-midi de printemps, même si les fleurs ne sont pas encore écloses. Mais mon récit n'est pas encore terminé. Car si vous avez bien suivi, vous m'avez entendu parler d'Irlandais, de Siciliens, de Hollandaises, d'Anglaises, d'Espagnoles, de Serbes, de Chiliens, de Danoises, et très peu d'Allemands, à l'exception notable de Detlev Sinatra. Est-ce à dire que les Berlinois ont déserté leur Mauerpark et abandonné aux touristes ce morceau du Todesstreifen qui les a tant fait souffrir ? Ce serait une lourde erreur de le croire, mais je vais d'abord faire dodo. La suite cette semaine, dans Mauerpark : Vous chantiez ? Eh bien dansez maintenant !

Allez, pour finir, offrons-nous une dernière vue de Mauerpark au soleil de cet après-midi de début de printemps.

mardi 8 mars 2011

Girl Power : Quelle deutsche Frau es-tu ?

Faites l'aumône d'une fleur à ces dames !

Chère lectrice, à l'occasion de la 100ème Journée de la Femme, les Chroniques Berliniquaises t'aident à découvrir quelle femme allemande sommeille en toi. Toi aussi, cher lecteur, car en chaque homme aussi sommeille une deutsche Frau, qu'on se le dise !

Tes souvenirs d'enfance, ce serait plutôt :
1. Beaucoup de sport, la vie au grand air, et avoir tenté d'imiter l'Icare de la mythologie grecque en te construisant des ailes avec des plumes de poulet à la ferme de tes parents. (Y)
2. Une famille désunie, une mère qui fricote avec des fachos, un internat chez les bonnes sœurs dont tu t'échappes pour tourner des films débiles qui te colleront à la peau toute ta vie durant. (J)
3. Les brimades réservées à une minorité opprimée par un régime totalitaire. (b)
4. Un père violent, la drogue et la prostitution dans une grande gare ferroviaire. (&)
5. Une vie affreusement normale dans un pavillon de taille moyenne dans une petite ville sans histoire, jusqu'à une rencontre en boîte de nuit qui changea ton destin. (Z)
6. La guerre, l'épuration ethnique, la pauvreté, l'exil et l'asile politique. (O)
7. Le ghetto, la lutte des classes. (^)
8. Les voyages à travers l'Europe avec maman cantatrice. (-)
9. L'opulence bruxelloise. (/)

La partie de ton propre corps que tu préfères, c'est :
1. Tes sourcils, ou plutôt, ton absence de sourcils. Tes cheveux blonds aussi. Oui tu es blonde. Et tes seins, ils ne sont pas mal non plus, tes seins, non ? (*)
2. Ton opulente poitrine de quinquagénaire sans enfants. ($)
3. Ton joli minois. (J)(Z)
4. Ton joli minois, qui rappelle étrangement celui de la cultissime Romy Schneider. (8)
5. Tes jambes musclées et puissantes. (O)
6. Ton vagin. Et alors ?!? (Y)

La maternité, les enfants... :
1. Peu importe, mais les gens qui veulent faire des bébés, c'est bon pour le business, car ça veut dire plus de sexe. (Y)
2. Six capsules de cyanure dans six petites bouches, et hop ! Le problème est réglé. (/)
3. Le prétexte pour affubler de pauvres bébés innocents de longues séries de prénoms d'un goût douteux : Henry Gunther Ademola Dashtu, Johan Riley Fyodor Taiwo et Lou Sulola, lorsque tu n'es pas occupée à avilir des adolescentes semi-anorexiques devant les caméras d'une émission de télé réalité. (()
4. Beaucoup de chagrin... (J)
5. C'est pas mal mais tu as choisi de faire carrière. ($)
6. Vivement la beauté plastique héréditaire grâce aux progrès de la chirurgie esthétique ! (*)

Gros coup de blues ! Pour te remonter le moral, tu :
1. Inventes un nouveau sex-toy (Y)
2. Penses à Sarkozy. Mieux, tu lui passes un coup de fil. ($)
3. Penses au Führer. (,)
4. Penses à Romy Schneider. (8)
5. Te fais inviter à une émission de télé pour parler de tes soucis et de tes sourcils. (*)
6. Traites de "grosse vache" chaque adolescente qui s'habille en taille 36 et qui a la malchance de croiser ton chemin. (()
7. Te shootes à l'héro. Quelle question débile ! (&)
8. Écrases une capsule de cyanure dans le biberon de ta petite dernière. Ces convulsions, cette écume qui lui monte au coin de ses petites lèvres, cette agonie, c'est fascinant, jouissif même. (/)
9. Tapes dans un ballon. (O)
10. Fais un film avec de beaux blonds tout en muscles. (I)
11. Accordes une interview en allemand et reçois une brassée de compliments. (-)
12. Kidnappes un sale porc capitaliste. (M)
13. Te regardes dans un miroir. Tu y vois un visage d'ange. Blues, quel blues ? (Z)
14. Te consoles en te faisant passer pour une "Autrichienne". Et te ressers une bonne rasade. (J)
15. Écris une chanson intitulée fort justement "Gros coup de blues" (b)

Vous habitez chez vos parents ?
1. Bah oui banane ! À Berlin ($)(Y)(/) (,)(b)(I)
2. Presque, mais j'ai feinté : À Mallorca. (*)
4. Je vis en Allemagne, mais ce n'est pas "chez mes parents", justement. (O)(^)(b)
5. Ça dépend (J)
6. Oh que non. (Z)(()
7. NSP

Si tu étais française, tu serais :
1. Édith Cresson, mais en plus pro (et comment dire, avec un meilleur coiffeur-visagiste). ($)
2. Brigitte Bardot. (Z)
3. Loana de Loft Story (*)
4. Arlette Laguillier. Ou peut-être Louise Michel. (^)
5. Jeanne Mas, ou Catherine Ringer. Peut-être les deux à la fois : Jeanne-Catherine Ringermas. (:)
6. La petite sœur d'Alizée (b)
7. Toi-même, en fait. (J)
7. À la DDASS. (&)
8. Véronique Courjault. (/)
9. Coco Chanel peut-être, mais en beaucoup plus zinzin. Ou alors Carla Bruni, mais en mois rital. (,)
10. Eunice Barber, en moins noire. (O)
11. Absolument inclassable ! Une Hélène Boucher qui aurait réussi, et après moult péripéties, se muerait en Liliane Bettencourt. La Française qui te ressemble n'est pas encore née. (Y)

Horreur ! Thilo Sarrazin s'allie au NPD, prend le pouvoir et instaure un 4ème Reich national-populiste après avoir incendié le Reichstag.
1. Tu fuis la patrie vers les cieux plus cléments de Hollywood, malgré les appels du pied pressants du pouvoir. (V)
2. Tu t'attires les ennuis de la milice : chômeuse depuis trois ans, tu entres dans la catégorie peu enviable des asociaux. (Y)
3. Tu te laisses repousser les sourcils afin de mieux te conformer aux idéaux esthétiques en vigueur. (*)
4. Tu composes une chanson pacifiste avec plein d'accords de synthé, intitulée "99 Zeppelins Hindenburg" qui fait un tabac. (:)
5. C'est ballot ! Tu viens tour juste d'obtenir le droit de vote et voilà que le pays bascule une fois de plus dans la dictature fasciste ! Écœurée, tu écris une chanson intitulée "Zut, zut, zut, j'ai jamais voté de ma vie et c'est pas demain la veille". (b)
6. Tu es dans la première charrette pour Dachau, ça c'est sûr ! (M)
7. Aïe ! Pour toi, les carottes sont cuites : c'est carrément un aller simple pour Auschwitz. (^)
8. Tu produis une série de films étrangement homo-érotiques dans le but de glorifier l'idéal racial teuton. (I)
9. Intrépide aviatrice, tu rejoins la Luftwaffe et deviens pilote de chasse et dégommes quelques Untermenschen, mais tu le fais par amour pour ton homme et pour la grandeur de la nation. (Y)
10. Pas de chance, avec Sarrazin ce sont les musulmans qui vont trinquer. Pour la deuxième fois de ta vie, tu prends tes clics et tes claques et te réfugies là où on n'en veut pas à ta vie. (O)
11. Tu produis une tripotée de gamins avec ton mari, un dignitaire du nouveau régime. Les bambins portent tous un nom commençant par la lettre H. (/)
12. Tu fuis la patrie vers les États-Unis et épouses un non-Aryen dont le nom signifie "phoque", en anglais. Oups, c'est déjà fait. Bon bah t'es tranquille alors. (()

Youpi ! Le Mur de Berlin vient juste de tomber !
1. Tu fêtes l'événement en boîte à Paris. En réalité tu étais déjà en boîte en train de sniffer de la coke avec ta copine Kate Moss ; lorsque vous avez appris la nouvelle, c'était double rail pour tout le monde ! (Z)
2. Tu perds ton boulot, pointes au chomdu, et prends 20 kilos, comme beaucoup d'Ossis. (Y)
3. Tu gardes la tête froide et persuades tes copines de rester tranquillement au sauna : "s'ils ont vraiment ouvert le Mur, alors ils ne le refermeront pas de si tôt". ($)
4. Tu entames ta quatrième désintoxication et as accès aux cliniques de l'Est pour te faire avorter. Les réseaux de trafic de drogue et de prostitution sont tout chamboulés par la nouvelle donne. (&)
5. Ça te fait une belle jambe ! La race des seigneurs, trahie et vaincue par la juiverie internationale, n'est plus que l'ombre d'elle-même, Mur ou pas Mur ! Vite, qu'on t'apporte six doses de cyanure ! Zackzack!(/)
6. Mais non, copine, justement, c'est le début du renouveau de la race aryenne, qui se relève de ses cendres telle un phénix ! Ce peuple allemand qui jubile, qui dit "Wir sind ein Volk!" Ah ! Si mon Führerounet d'amour pouvait voir ça... (,)
7. Chic, des parts de marché à conquérir ! Il paraît que les Ossis sont diablement cochons, avec leur FreiKörperKultur et tout le toutim. (Y)
8. C'est cool mais tu n'es pas encore née ! (b)
9. Youpi ! Tu vas enfin pouvoir émigrer à l'Est ! (M)

Certes, c'est la Journée de la Femme, mais tout de même, l'homme de ta vie, ou ton homme idéal, c'est :
1. Le Führer. (I)
2. Le Führer. (,)
3. Le meilleur pote du Führer. (/)
4. Justin Bieber, Zac Efron, Robert Pattinson, enfin, vous voyez le genre. (b)
5. Alain Delon. (J)
6. Andreas Baader. (M)
7. Guillaume Canet. (S)
8. "Detlev", ton maque et dealer. (&)
9. Un pilote de la Luftwaffe. (Y)
10. Seal. (()
11. Karl Marx, ou alors Karl Liebknecht. Tu es très portée sur les Karl en fait. (^)

Tu es :
1. Vivante. (&S-m:Ob$Z)
2. Morte. (/YJM,I^)
3. Vivante dehors, morte dedans (ou l'inverse). ((*)




Réponses. Si tu as une majorité de :

(,) Eva Braun
Trop facile ! Nymphette adolescente tombée amoureuse d'un psychotique xénophobe de vingt-trois ans ton aîné, et qui n'était à l'époque que le chef d'un obscur parti nationaliste parmi d'autres, tu as plutôt mal démarré dans la vie ! Mourir dans un bunker à 33 ans pour le Führer, c'est tout de même ballot. Si tu as obtenu une majorité de (,), "deviens" lesbienne si tu ne veux pas mal finir.

(-) Sandra Bullock
Ça en surprend plus d'un, mais oui, ta mère est allemande et tu as passé dans son pays une partie de ton enfance : cela suffit amplement à te couronner du titre envié de deutsche Frau. D'ailleurs, j'espère que je ne parlerai jamais l'allemand aussi bien que toi : ce serait vraiment dommage de perdre mon accent !

(Y) Beate Uhse-Köstlin
Alors là, chapeau ! Si toutes les femmes étaient aussi fortes que toi, le 8 mars serait sûrement la Journée Mondiale de l'Homme ! Pionnière de l'aviation, pilote de chasse dans une Luftwaffe presque exclusivement masculine, tu te retrouves veuve avec un bébé sur les bras après la guerre et, pour survivre, commences à vendre des préservatifs par correspondance... quelques décennies plus tard, ton entreprise, Beate Uhse AG, est cotée en Bourse, et leader incontesté sur le marché de l'érotisme ! Bref, ma grande, si tu as une majorité de (Y), tu sais ce qu'il te reste à faire : passer ton brevet de pilote et aller guerroyer en Afghanistan ! Le reste suivra le plus naturellement du monde.

(/) Magda Goebbels
Épouser des hommes riches, divorcer, épouser d'autres hommes riches, faire plein de petits enfants pour mieux les assassiner dans un bunker... beurk ! Si tu as une majorité de (/), je te conseille d'adopter un chihuahua, oui mieux, une tarentule comme substitut de bébé, au cas où tu succomberais à une impulsion subite de leur mettre du cyanure dans le biberon ou la gamelle. La maternité, la vraie, laisse ça plutôt aux femmes qui ont une parcelle d'humanité en elles !

(&) Christiane Felscherinow
La Christiane de Moi, Christiane F., treize ans, droguée, prostituée, ce roman cultissime des années 1980 dont le titre original est Wir Kinder vom Bahnhof Zoo ("Nous les enfants de la Gare du Zoo") n'est pas un personnage de fiction, et nous montre un visage de Berlin Ouest, d'avant la réunification et la "gentrification", qui n'a pas que des mauvais côtés, heureusement. Si tu as une majorité de (&), bon courage dans la vie ! Pour commencer, évite l'alcool comme la peste, assomme le premier homme qui te proposera un joint (n'hésite pas à le poignarder si c'est une seringue qu'il te tend), et fais-toi poser une ceinture de chasteté en acier Krupp. Pars. Loin de Berlin. Te faire bonne sœur dans les bidonvilles de Calcutta chez Mère Teresa, ce ne serait pas une mauvaise idée. On t'aura prévenue...

(Y) Cindy aus Marzahn
Des coups, tu en as reçus toi aussi. Plutôt de l'autre côté du mur que cette infortunée Christiane F. Tu as connu le chômage, la galère, mais tu as rebondi (grâce à ton physique en forme de boule). Si tu as une majorité de (Y), tu as plus d'une corde à ton arc et tu sais te sortir, comme la comédienne-ex-chômeuse Ilka Bessin aka Cindy aus Marzahn, des situations les plus désespérées.

(O) Fatmire Bajramaj
Toi aussi, tu as eu droit à ton lot de difficultés dès la plus tendre enfance. Réfugiée kosovare ayant fui les exactions de Milošević, tu t'intègres à ton pays d'accueil en devenant l'une des footballeuses les plus talentueuses de la sélection nationale. Si tu as une majorité de (O), félicitations, tu n'es pas une mauviette !

(I) Leni Riefenstahl
Réalisatrice de génie, tu as succombé à la rhétorique nationaliste et mis ton talent au service de la mauvaise cause. Si tu as coché une majorité de (I), évite de devenir trop copine avec des politiciens d'extrême droite, et fais attention à tes fréquentations en général !

($) Angela Merkel
Il fallait bien qu'elle soit dans la liste ! Désolé pour toi si tu as une majorité de ($), elle est gentille et intelligente la chancelière, mais elle ne vend pas du rêve, c'est sûr.

(() Heidi Klum
Sublime greluche passablement antipathique originaire de la banlieue de Cologne, tu deviens mannequin par hasard et depuis, sembles déterminée à démolir psychologiquement chaque adolescente aspirant à suivre tes pas, dans ton émission phare, Germany's Next Top Model. Épouse dévouée et quatre fois mère, tu n'as pas encore donné un seul prénom normal à ta progéniture. Allez, c'est tout de même bien mieux que l'autre cinglée et ses capsules de cyanure ! Si tu as une majorité de ((), laisse tes parents choisir le nom de tes futurs enfants.


(*) Daniela Katzenberger
Il fallait bien qu'une personne se dévoue pour prouver à la face du monde que Thilo Sarrazin a eu tort en disant que les Turcs "abrutissent l'Allemagne", et tu es cette personne. C'est là ta seule utilité. Ou alors de prouver que l'on peut parler de sourcils pendant trente minutes à la télévision publique financée par notre redevance ? Si tu as obtenu une majorité de (*), sérieux, remets-toi en question. 

(Z) Claudia Schiffer
Total respect !


(^) Rosa Luxemburg
La grande Rosa n'est devenue allemande que par mariage, mais cette juive polonaise d'origine, née Rozalia Luksemburg, a changé la destinée de son pays d'accueil en quelques années. Elle a aussi payé le prix fort. Si tu as coché une majorité de (^), souviens-toi que nul n'est prophète en son pays !

(b) Lena Meyer-Landrut
Lolita à peine connue du public, tu redonnes à l'Allemagne confiance en elle en remportant l'Eurovision, à 19 ans à peine, après trois décennies de vaches maigres. Aux âmes bien nées... comme disait l'autre. L'ennui c'est qu'il te faudra aussi apprendre à connaître l'échec : avant-dernière au prochain Eurovision, à domicile ? Bonne chance quand même... Si tu as coché un maximum de (b), vas-y au culot, surtout si tu as la frimousse qui va avec.

Ceci n'est pas
Romy Schneider
(8) Yvonne Catterfeld
Chanteuse lambda, tu as un physique qui rappelle l'inoubliable Romy Schneider, ce qui n'est pas le moindre des coups de pouce pour une carrière plutôt terne dans le show-business. Si tu as un maximum de (8), la chance t'a souri !

(J) Romy Schneider
Icône glamour et tragique franco-allemande, Romy Schneider a sûrement œuvré davantage pour unir les deux rives du Rhin que 50 ans de construction européenne, sans le vouloir. Si tu as répondu un maximum de (J), fais bien attention à tes erreurs de jeunesse : elles risquent de te suivre toute ta vie, et même encore après ! La pauvre Romy a eu toutes les peines du monde à se débarrasser de l'image de "Sissi", qui lui colle à la peau jusqu'à aujourd'hui.

mercredi 2 mars 2011

On a testé : Ski low-cost et humour gras en Tchéquie

Le printemps arrive ! Ma vaillante ciboulette, dont je ne suis pas peu fier, a survécu à la grosse offensive hivernale de ces dernières semaines, une agression météorologique qui pourtant n'était pas loin d'égaler en traîtrise et en cruauté l'opération Barbarossa de 1941. De frêles tiges vert tendre sont donc les vainqueurs incontestés de cette confrontation épique face aux forces mortifères du gel, malgré ma décision de les laisser faire face à leur destin, dehors, par -10°C voire moins. Je n'ai pas eu à regretter d'avoir laissé la jardinière à l'extérieur. Comme aiment à dire les Allemands, was uns nicht umbringt, macht uns stärker, un dicton aux étranges accents proto-fascistoïdes selon moi (et qui d'ailleurs est le résultat de la déformation d'une citation de Nietzsche, ceci explique cela), que l'on peut traduire par "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". Mais passons, ma ciboulette meurtrie et rabougrie est donc plus forte. Mais bel et bien victorieuse, et c'est toute la ville qui se met lentement au diapason : les jours se sont considérablement allongés, le soleil règne sans partage dans un ciel d'un bleu pur, la glace grinçante, qui avait vite très vite repris ses droits sur la Spree et les canaux, disparaît du paysage, et vers midi, oui, on ose à peine le dire, on se le chuchote furtivement, il fait une douceur quasiment printanière, c'est-à-dire environ 4°C si on se penche par la fenêtre juste au-dessus du radiateur.

Et comment mieux dire adieu à l'hiver qu'en allant le titiller, le narguer une dernière fois, sur les terres où il s'est retranché et fait encore régner sa terreur blanche ? Il ne faut pas laisser mourir le tyran déchu qui nous a maltraités sans le moquer une dernière fois, mais prudemment, car il inspire encore la crainte et a peut-être quelque ultime pouvoir de nuisance, le despote retors. C'est donc chose faite depuis ce weekend, une fois de plus avec mes inséparables collègues. Malheureusement, nous n'avons pas pu partir avec la tribu "Erasmus" au complet cette fois-ci, Steven le Sino-Canadien étant retenu dans un pays (encore calme) du Golfe et Diana l'Espagnole recevant la visite de ses parents à Berlin. Les absents ont été remplacés par des Français, ce qui présentait toutefois au moins deux avantages : moins de complications en cas de contrôle d'identité (mais il n'y en a pas eu, malheureusement, cela n'aurait pas été déplaisant de se voir réclamer nos "Moultipass" par une fliquette tchèque façon Milla Jovovich dans Le Cinquième Élément), et, pour une fois, la possibilité de bavarder et de plaisanter dans notre langue maternelle pendant deux jours entiers ! C'est donc entre Français que nous sommes partis défier la poudreuse, ou ce qu'il en reste, et cette fois, non pas dans la lointaine Autriche, mais en République Tchèque toute proche. Le trajet deux fois plus court depuis Berlin était en définitive un argument sacrément persuasif.

Direction : le massif de Krkonoše, les "Monts des Géants", une région reculée, à cheval sur la frontière polonaise, entre la ville tchèque de Liberec et Jelenia Góra en Pologne (ça c'est pour que vous puissiez situer la région sur une carte sans difficulté). Nous sommes au cœur du Sudetenland, ces confins montagneux autrefois germanophones qu'Hitler a arrachés à la Tchécoslovaquie d'alors, rapprochant inéluctablement l'Europe de la guerre. Aujourd'hui, ces montagnes sont pacifiées, tchèques bon teint comme la Staropramen, et les très nombreux visiteurs allemands, envahisseurs voyants, n'ont aucune intention belliqueuse. Quant au nom des "Monts des Géants", il tient de l'hyperbole assumée sans complexe, vu qu'il désigne quelques collines culminant à 1300 mètres d'altitude, soit moins que les Vosges ou que la Montagne Pelée. Ceux qui s'attendent à l'Himalaya risquent d'être déçus.



L'arrivée à la station de Rokytnice nad Jizerou, deuxième plus grande station de sports d'hiver du pays, a été bien plus compliquée que prévu : nous nous sommes retrouvés à un col fermé, le fameux Bílý Potok, à seulement 10 km du but. Cette déconvenue nous a forcé à faire un détour de près de deux heures sur des routes de montagne sinueuses et enneigées, anéantissant l'argument ultra-vendeur de la proximité géographique depuis Berlin et nos espoirs de coucher pas trop tardif.

Mais découvrir Rokytnice valait bien ce menu contretemps. Le domaine skiable de la station porte un nom sibyllin, Horní Domky, que nous avons traduit librement par "Horny Donkey", ou encore L'Âne en Rut, ce qui, avouons-le, est autrement plus décalé que "Les Portes du Soleil" ou "Espace Killy". Ce curieux vocable est fièrement placardé dans toute la station, souvent accompagné de l'image d'un vieillard barbu espiègle, une sorte de Gandalf du Seigneur des Anneaux, mais lubrique et confusément inquiétant, si l'on en croit le texte qui l'accompagne. Mais Rokytnice est pourtant une station familiale, et propose aux skieurs pas moins de dix pistes, dont cinq bleues et deux noires, toutes sur le versant sud de la montagne, en plein soleil. Deux télésièges acheminent les amateurs de glisse vers les sommets vertigineux du massif : les risques de perdre vos amis pendant la journée sont donc assez faibles. Les sites web alléchaient le chaland en annonçant un enneigement de 80 cm, mais il fallait comprendre : 75 cm de glace recouverts de 5 cm de neige. Cependant, les pistes étaient malgré tout très agréables à descendre, ensoleillées, et procuraient de bonnes sensations. Une caractéristique amusante des télésièges, c'est qu'ils étaient acheminés par des câbles qui les faisaient passer parfois juste au-dessus des chalets ou au ras des pâquerettes (ou plutôt des edelweiss).


Sur place, à Rokytnice, les employés tchèques des hôtels, restaurants et autres, parlent bien plus volontiers l'allemand que l'anglais. Une fois de plus, la langue de Goethe nous a ouvert beaucoup de portes. Toutefois, ce court séjour dans ce beau pays nous a donné l'envie de nous initier à la langue locale. Les employées (toutes des employées) de l'hôtel Harrachovka nous ont enseigné de bonne grâce les quelques rudiments les moins hermétiques de leur langue, comme Ahoj pour "Salut", Dobrý den pour "Bonjour", ou encore, très important, Vy máte krásné modré oči pour dire "Vous avez de beaux yeux", très utile dans pour amorcer une conversation avec une Tchèque. Mais le mot du weekend, c'était incontestablement "Merci", qui se dit en tchèque Děkuji, et se prononce approximativement "Dékouille" (pour rester poli). Amis étrangers, ayez le bon réflexe : pour marquer des points auprès de vos interlocuteurs tchèques, n'hésitez pas ponctuer la conversation avec "des couilles", et entendez-vous répondre Prosim par des Tchèques conquis(es) ! Par exemple, une conversation dans un sabir anglo-germano-tchèque avec la réceptionniste de votre hôtel, qui n'est autre que la petite sœur d'Eva Herzigová :


– Ahoj !
– Ahoj !
– On voudrait aller à L'Âne en Rut, si on a bien compris, c'est bien le meilleur domaine de la région n'est-ce pas ?
– C'est clair.
– Quel est le meilleur chemin ?
– Eh bien vous tournez à droite en sortant de l'hôtel, continuez tout droit jusqu'au croisement, là vous tournerez à gauche en direction de Vrchlabí et de Špindlerův Mlýn, vous traversez le centre de Rokytnice en suivant la route principale. Vous trouverez un grand panneau qui indique l'entrée de L'Âne en Rut, avec un vieillard lubrique.
– Super le renseignement. Des couilles !
– Prosim !
– Et au fait, c'est quoi les horaires d'ouverture du sauna ?
– De huit heures à vingt heures.
– Des couilles.
– Prosim !



Pour résumer en quelques bullet-points, pour les nombreux cadres dynamiques parmi mes lecteurs, quels sont les avantages et inconvénients du ski en République Tchèque ? Commençons par les inconvénients :

  • La langue : si vous ne parlez ni tchèque, ni allemand, vous allez au-devant de quelques difficultés.
  • La petite taille des stations et des domaines skiables : pour un weekend, c'est parfait, mais pour une semaine de ski, vous deviendriez chèvre à force de parcourir les dix mêmes pistes de Rokytnice. La plus grande station du pays, Špindlerův Mlýn, offre quinze pistes, ce qui est à peine mieux.
  • La longue attente aux télésièges, modernes mais de capacité insuffisante. Ce sont des télésièges à quatre places. Le jour où ils en mettrons six, voire huit comme en Autriche, on piaffera moins d'impatience aux remontées et on pourra parcourir encore plus souvent les dix petites pistes.
  • La monnaie : argh, mais qu'attendent-ils pour passer à l'euro comme tout le monde ? Si les Slovaques l'ont fait, pourquoi pas les Tchèques ?
  • Ah oui, nous avons aussi loué du matériel de qualité inégale...

La "Bernard Pivo" est une bière tchèque très prisée des connaisseurs
et des fortiches en dictée !

Je ne vois pas d'autres inconvénients. Le reste, ce ne sont que des avantages :

  • Le coût très bas de l'hôtel, des restaurants, des prestations en général. La location des skis et chaussures ne coûtait que 10€ par jour (la qualité suivait le prix, malheureusement) ! Au restaurant, on mange une truite ou une entrecôte pour 7€ !
  • Les pistes au soleil, et suffisamment enneigées, malgré la basse altitude.
  • Des paysages "habités", avec des villages, des arbres, des oiseaux, car c'est la moyenne montagne.
  • Une vraie vie de "village" dans les stations de ski.
  • De jolies skieuses qui semblent toutes être de proches parentes d'Eva Herzigová ou d'Adriana Karembeu.
  • Les quatre heures de route depuis Berlin, pour peu qu'on prenne le bon chemin.
  • La bonne bière tchèque.
  • À ce qu'on nous a dit, les pistes sont aussi ouvertes le soir, en semaine. Le weekend, elles ferment à 16h.

Le ski en République Tchèque : on a testé et on a aimé.

Bonus : le restaurant ("Restaurace" en idiome local) tchèque et sa décoration inimitable.



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