jeudi 13 janvier 2011

Télescopages


Curieux télescopages hier et aujourd'hui dans la presse allemande anglophone. L'une de mes principales sources d'informations locales, le site fort à propos nommé TheLocal.de, laissait tomber temporairement ses sujets sensationnalistes de prédilection où il est habituellement question de brutes sanguinaires turques qui égorgent leurs filles dans la baignoire pour fêter l'Aïd-el-kebir ou alors de Kurdes cruels et arriérés qui lapident leurs moutons en public pour les punir d'avoir "déshonoré" la famille (j'ai bon ?), afin d'aborder des problématiques un peu plus sérieuses, comme :

1. Le sexe,
2. Les sous-vêtements,
3. Angela Merkel et Silvio Berlusconi.

Angela Merkel dit : "No need to reluquing me comme ça Silvio, j'ai l'âge d'être la mère de ta dernière pouffe"

Voyez plutôt, en deuxième et troisième places du hit-parade des articles du jour, une enquête de fond sur la diversification en cours dans un secteur de la prostitution qui n'a aucun problème de croissance en ces temps de marasme, ainsi qu'un exposé concis sur une étrange décision de justice qui autorise les entreprises à imposer à leurs employées le port obligatoire du soutien-gorge. Heureusement qu'il s'agit uniquement des employées... Une branche qui ne devrait pas être concernée, on l'espère, par le jugement de ces Tartufes pudibonds de juges rhénans (une telle idée ne pouvait germer que dans la tête d'Allemands de l'ouest), c'est bien celle joliment désignée sous le nom de Sexualassistenz, où la tendance semble être de partir à la conquête des segments "Seniors" et "Mobilité réduite" du marché. Malheureusement, le segment "Collégiens et Lycéens" est pour l'instant hors de portée, mais gageons qu'avec un lobbying efficace, et quelques dessous de tables adroitement administrés par des professionnelles du secteur, le législateur finira par entendre raison.

Ça m'amuse que tout ceci soit évoqué juste à côté d'une photo de ce septuagénaire lubrique qu'est Silvio Berlusconi, dont les frasques ne sont plus un secret pour personne et dont les médias allemands se délectent et nous régalent dès qu'ils ont encore un peu d'espace à meubler entre tous leurs sujets sur ces immigrés pas fichus de s'intégrer. Mais Angela Merkel, qu'a-t-elle donc à voir avec avec ces histoires ? Allons, allons, souvenez-vous, la chancelière s'est bien lâchée au moins une fois et il n'est pas sûr que sur la photo ci-dessous elle porte un sous-tif, bien qu'elle soit clairement en cours d'exercice de ses fonctions officielles :



Oups pardon, fausse manip'. Vous avez bien sûr tous vu qu'il s'agissait d'une satire polonaise et d'un montage photo de grande qualité... Les Polonais ont la rancune tenace et ne sont pas tendres avec les politiciens allemands. Je voulais dire, ici :



En effet, plus j'observe cette photo de Frau Merkel et plus je me dis qu'elle ne porte ni brassière, ni bustier. Je ne sais pas si vous êtes du même avis. Mais je me sens surtout défaillir à force de scruter ce décolleté en voie d'affaissement accéléré. C'est sûrement cet épisode qui a traumatisé les juges de Cologne et a motivé leur verdict de cette semaine, qui sait ? Remarquons en tout cas que lorsqu'elle rencontre Silvio Berlusconi, elle fait bien attention à ne pas dévoiler un centimètre carré de peau en trop. Pas folle la guêpe.

Et à part les seins de la chancelière, quoi de neuf sur The Local aujourd'hui ? Ma foi, il semblerait que les journaleux usent de stratagèmes de plus en plus subtils pour attirer le chaland sur leur site. Et les deux articles d'hier sont toujours numéros 2 et 3. Oui, bon, peut-être ces télescopages en série ne sont-ils pas de simples coïncidences, et peut-être tiennent-ils simplement à la ligne éditoriale de ce site, qui reste un de mes préférés. Pour les navrantes mésaventures de "Sexy Cora", infortunée starlette du X hambourgeoise qui semble-t-il a mal supporté sa sixième opération de pose d'implants mammaires, qu'elle subissait pour passer en bonnet G, c'est ici. Elle est encore en vie, rassurez-vous. Pour le bonnet G, il y a donc encore de l'espoir.

"Les opérations chirurgicales, quand il n'y en a qu'une, ça va. C'est quand il y en a beaucoup que ça pose problème !" - Brice H., repris de justice auvergnat


mardi 11 janvier 2011

Je n'ai besoin de personne avec mon bel iPhone

Nous avons tous un côté entêté, borné, obstiné, insoumis à la noix, non-conformiste au rabais, rebelle de pacotille. Ça peut ne durer qu'un temps, et se manifester seulement contre une mode passagère ou un comportement particulier, mais chacun d'entre nous a en lui ou elle le potentiel pour proclamer à la face du monde "s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là", et de s'ériger en héros ultime de combats d'arrière-garde dont le monde entier rigole, si tant est qu'il ne s'en moque pas éperdument.

Ma cause, juste mais désespérée, c'était jusqu'ici un refus assez inexplicable de céder à l'engouement général pour les smartphones. Au printemps dernier, j'ai eu la possibilité d'essayer un "HTC Android" gratuitement (ou, au bout du compte, pas tout à fait) pendant 14 jours, et le quatorzième jour je l'ai gentiment rendu au magasin, pas franchement convaincu par le bidule et surtout assez soulagé de me réapproprier des moments sans connexion à internet dans ma poche, car j'étais en passe de devenir un vrai junkie de la Toile. Le vendeur n'en croyait pas ses oreilles. Il s'est discrètement enquis de ma santé mentale. Mais les iPhones et tous ces jolis joujoux, c'est très bien pour ceux qui aiment, et savent se contrôler. Je suis passé de l'indifférence au rejet. À la question "Ah bon, tu n'as pas d'iPhone ?", il m'est arrivé tout récemment de répondre du tac au tac : "Non, en revanche j'ai une personnalité". J'avoue que c'était inutilement excessif, car je connais bien deux ou trois utilisateurs d'iPhone qui ont leur propre individualité ! Ne mettons donc pas tous les iPhoneux dans le même enclos que toutes les autres iBrebis bêlantes d'iPanurge.

Mais depuis cette semaine, je suis guéri de mon mal et je compte bien m'acheter le premier smartphone sur lequel mon regard se posera. J'ai eu l'illumination aujourd'hui même, en tombant par hasard sur cet article rédempteur : «Dioxine : une application de smartphone pour détecter les œufs contaminés». Tel saint Paul sur le chemin de Damas, je me suis alors converti, instantanément. Enfin, enfin, enfin ! Une application permet au pauvre consommateur allemand déboussolé par le scandale des œufs à la dioxine, et probablement déjà empoisonné à son insu (oui, chers lecteurs français, ne le saviez-vous pas ? "Ils" nous assassinent, nous empoisonnent, égorgent nos fils et nos compagnes, les méchants capitalistes, encore eux), de séparer le bon grain de l'ivraie par simple lecture de code-barre : Alléluia ! C'est vraiment l'argument massue auquel nul ne peut résister. Bien sûr, il y avait toujours la parade qui consiste à acheter des œufs bio, mais, pffff, anstrengend, trop d'effort, et puis surtout, trop ruineux ces œufs bio pondus par des poules même pas torturées tout au long de leur misérable existence galline. L'ovophile fauché et peu scrupuleux est donc sauvé, et moi, avec mon banal téléphone tout droit sorti du néolithique, je suis damné. J'enrage. Même le logo de mon Sony Walkman obsolète m'évoque désormais une silhouette de mammouth mal dégrossi de la grotte de Lascaux. Beurk.



Imaginez-vous un instant comme le cours de l'histoire eût été changé si nos ancêtres eussent possédé des smartphones ? L'application "Lecture de codes-barres et grand déballage" aurait pu sauver la mise à un sinistre personnage prénommé Adolf, non, pas celui à qui vous pensez, un autre Adolf, car c'était un prénom très à la mode à une certaine époque. Étrange que cette mode soit passée si soudainement d'ailleurs. Bref, Adolf Eichmann aurait pu détecter les codes-barres tatoués sur les bras des agents secrets israéliens qui l'ont capturé en Argentine, et peut-être aurait-il pris la tangente à temps. Je pense à lui parce que je viens de lire cette nouvelle controverse selon laquelle les renseignements allemands savaient où il était en cavale et n'ont rien entrepris pour l'arrêter pendant des années. Ô divine surprise. Les bras m'en tombent.

Une application similaire aurait sûrement évité à Bruce Lee de mourir d'une réaction allergique foudroyante, tandis que grâce à la "Mushroom app", gratuite sur iTunes, l'empereur romain germanique Charles VI aurait pu avoir la vie sauve au lieu de s'empoisonner bêtement, un jour d'automne en 1740, avec un plat d'amanites phalloïdes sautées, ce qui aurait très certainement épargné à l'Europe huit ans de guerre de succession d'Autriche. Voltaire aurait alors perdu une occasion d'écrire un bon mot dans ses Mémoires : "Ce plat de champignons changea la destinée de l’Europe". À quelque chose, malheur est bon.

L'application "Objection, votre honneur !" aurait peut-être permis, moyennant paiement de 0,99 dollar US, à Jeanne la Pucelle de gagner son procès contre le vil évêque Cauchon, la sauvant du supplice du bûcher à 19 ans. D'ailleurs, avec un peu d'argent de poche, cette ado mal dans sa peau aurait sûrement eu les moyens de se payer la technologie dernier cri et aurait trouvé des divertissements plus sains que d'aller jouer aux dures en armure et de se mêler des affaires des grandes personnes, ce qui lui aurait tout simplement évité de se trouver sur le banc des accusés.


"Tu as vu papa, si tu m'avais acheté le nouvel iPhone 4, j'en serais pas là !"
Beethoven aurait probablement composé une œuvre intitulée "MMS vidéo à Élise" (le titre allemand serait "@ Elise :-D"), Nino Ferrer aurait chanté "Gaston y'a ton smartphon qui son", Brigitte Bardot n'aurait eu besoin de personne avec son bel iPhone (elle aurait sûrement dit "iPhone" avec un i comme "ici"), pour ne citer qu'eux. Et je ne vous raconte même pas comment les contes de Perrault, et de ces scandaleux plagiaires qu'étaient les frères Grimm, auraient été vite pliés si Blanche-Neige, Cendrillon, le Petit Poucet, le petit Chaperon Rouge ou sœur Anne, ma bonne sœur Anne avaient eu des smartphones et quelques applications basiques. Ça donne le tournis.

Et moi pendant ce temps : deux heures que pousse des grognements primitifs et que je frotte, hagard, mon fichu Sony Walkman contre une pierre de silex, et aucune étincelle ne jaillit. Pire que la préhistoire je vous dis. Vite, un iPhone ! Viiiiite !

samedi 8 janvier 2011

On a testé : Les Méchantes libidineuses du Klub der Republik

Le Klub der Republik, ou tout simplement "KdR", sur Pappelallee ("allée des Peupliers", comme c'est mignon), c'est ce bar-boîte mythique du quartier le plus bobo de la ville, l'un de ces ultimes vestiges d'une époque révolue où Prenzlauer Berg était un quartier intéressant pour sortir à Berlin le soir, et pas encore une silencieuse colonie de familles CSP+ ouest-allemandes, où chaque mois une crèche ouvre et un bar ferme, chassé par la hausse des loyers et l'hostilité grandissante des nouveaux habitants qui ont bien vite oublié que l'une des raisons pour lesquelles ils ont choisi de s'installer dans ce quartier, c'est précisément parce qu'il était  branché, animé et peuplé d'individus créatifs qui sortent dans des bars qui font du bruit après 21h le samedi soir. 

Comme dans tout bar berlinois qui se respecte, la sélection musicale y est dominée par l'électro, les lumières sont tamisées, le mobilier, vieillot et dépareillé, les fenêtres poisseuses, l'air enfumé, la visibilité réduite et la bière, fraîche et abondante. Une fois que l'on y est entré et que l'on a habitué ses poumons à une atmosphère enrichie en substances et particules hautement cancérigènes, on se laisse gagner par l'ambiance relax et la bonne musique. Par ailleurs, un dernier élément important du cahier des charges des bars berlinois auxquels le KdR ne déroge pas, c'est d'organiser de temps à autre des soirées gay-friendly. Ainsi, c'est au Klub der Republik qu'ont lieu certaines des soirées lesbiennes les plus appréciées de ces dames. En fait, je ne sais rien de l'appréciation de ces dames et de la réputation du KdR dans le milieu, c'est juste le seul endroit à Berlin où je suis allé en soirée "Ladies' Night" selon le doux euphémisme employé par le videur, visiblement soucieux de m'éviter de mauvaises surprises et un trop grand nombre de râteaux. Merci mon gars, t'es un frère pour moi.

Ainsi, avec quelques collègues nous avons dignement fêté le 61ème anniversaire de la création d'une autre République, la RDA (le 7 octobre 1949) à l'automne dernier à la soirée "Girl's Republic". En bon anglais j'aurais plutôt écrit "Girls' Republic", si on me permet de ramener ma science, mais je ne vais pas leur tenir rigueur pour cette petite coquille. Rien à dire de particulier, une soirée normale et bien sympa, féminine à 90%, tous âges et tous types confondus. Bien évidemment les mecs célibataires parmi nous sont rentrés bredouilles ce soir-là. Le 7 octobre 2010 était un jeudi, et le vendredi au bureau fut difficile pour beaucoup d'entre nous. Mais l'expérience était largement positive et c'est pourquoi nous y sommes retournés hier soir, déjà bien égayés par un excellent début de soirée et notre fameux dîner français au foie gras, car ce vendredi il y avait encore une soirée Girl's Republic au KdR. Et là, c'est le drame.

"Vous êtes combien ?
– Six.
– Ça ne va pas, il y a trop d'hommes. C'est Ladies' Night ce soir.
– Mais on est gentil et on est là pour s'amuser, tout simplement.
– Et vos deux amies, là, elles sont lesbiennes ?
– Bah oui, et comment qu'elles sont lesbiennes ! La vérité, plus lesbienne, tu meurs !!
– Allez les filles, soyez pas timides, chopez-vous pour prouver au monsieur que vous l'êtes.
Ohne Scheiss ("Sans déconner")? Je ne vous crois pas. C'est une soirée pour que les femmes puissent se rencontrer et s'amuser entre elles. Là c'est trop. Désolé."


Le KdR depuis Papelallee, un soir calme sans doute
Le videur, gay comme un pinson, nous a donc mis un "Je crois que ça va pas être possible" dans les dents. Très gentil, visiblement navré pour nous, mais ferme et définitif. Tant pis, il était déjà bien tard et nous sommes donc rentrés nous coucher, défaits. Chères Ladies du KdR, n'avez vous pas l'impression qu'il s'agissait de discrimination ? Je n'aime pas beaucoup ce mot mais il faut appeler un chat un chat... Que diriez-vous si l'on vous refusait l'entrée d'un bar ouvert à tous en invoquant votre sexualité ? Là ça ferait désordre et vous auriez raison de ne pas apprécier ce genre de traitement. Or, vu le tour de vis réac et intolérant qui risque de se produire ces prochaines années dans un bon nombre de pays européens, une telle situation n'est plus à exclure.

Le Klub der Republik : on a testé et on a aimé (nos poumons, un peu moins).
La soirée "Girl's Republic" : on aurait sûrement aimé si on avait pu la tester une deuxième fois.

jeudi 6 janvier 2011

Bataille sur les rives de la Spree

Je vais encore faire un emprunt à la rhétorique néoconservatrice Bushienne (ou, pour les poètes parmi vous, au générique de Dragon Ball Z chanté par Ariane), mais la ville de Berlin est l'un des champs de bataille cruciaux dans la lutte millénaire du Bien contre les forces du Mal. Les habitants de la métropole prussienne, de souche comme d'adoption, le savent bien et le vivent au quotidien, et pas qu'en simples spectateurs : le Mal absolu, c'est la gentrification (ou en français, l'embourgeoisement) rampante des quartiers ouvriers ou populaires ou de mixité sociale, l'éviction progressive des petites gens aux revenus modestes de secteurs entiers de la ville, en raison d'une combinaison de facteurs économiques et sociaux complexes, à la racine desquels se trouve presque toujours l'argent, le pognon, das Gelddie Kohle, et donc bien sûr les méchants Kapitalistes gras et lippus qui occupent leur temps libre, affalés sur des monticules de pièces d'or, à fumer des cigares et à caresser avidement leur hideux chat persan blanc sur les genoux.

Street-Art anti gentrification à la Theaterkapelle, à Friedrichshain

Le Bien, vous l'aurez compris, c'est tout ce qui s'y oppose, activement ou passivement. Des boîtes underground aux petits bars cosy au mobilier usé et dépareillé, des squats politico-artistiques aux döner kebab où tous les agents du Bien se retrouvent régulièrement, des Berlinois ordinaires qui ne conçoivent comment les Parisiens, d'habitude si prompts à la manif et à l'émeute, peuvent accepter sans sourciller de payer 10€ pour une bière ou 1000€ pour louer un placard à balais en guise de logement, où le sol vibre à chaque métro qui passe, aux "créatifs" tendance et fauchés pour qui "travailler" consiste principalement à traîner leur savates au café toute la journée. En bref, le Bien, c'est l'essence même de Berlin, ce côté "arm aber sexy", qui préfère puer des aisselles dans le métro à 7h30 du matin plutôt que de puer le fric. D'ailleurs, si on permute astucieusement les lettres de l'expression "Le Bien", on obtient "Beelin", ce qui ne saurait être une simple coïncidence.

"N'ayez crainte, c'est seulement la gentrification",
nous dit-on d'un ton rassurant sur la Boxhagener Straße

Paris, Londres, New-York, Munich et tant autres ont perdu la guerre et sont passées à l'ennemi depuis des lustres. Alors, à Berlin, dernier bastion du Bien, il n'y a pas de neutralité possible, pas de demi-mesure, pas de compromis. Vous êtes pour ou contre, gentil ou méchant, pauvre (ou à la rigueur pauvre-friendly) ou le dernier des salauds, un de ces vendus qui ne raisonnent qu'en termes de coûts-bénéfices et qui ne verraient pas d'un mauvais œil la transformation de Berlin en une capitale proprette et stérile, un énième paradis chic pour jeunes (et moins jeunes) cadres dynamiques arrivés tout droit de Bavière, du Bade-Wurtemberg ou de Minneapolis, avec leurs épouses parfaites et leurs enfants blonds et surdoués.


La bataille des rives de la Spree : l'idée c'est d'empêcher le bétonnage
des quais, la destruction des bars et boîtes branchés au fil de l'eau
et la poursuite du projet "MediaSpree", bête noire de tout Berlinois
qui se veut "cool"

Tout comme la bataille de Berlin d'avril 1945, la lutte du Bien contre le Mal se jour quartier par quartier, rue par rue, immeuble par immeuble. Chaque camp remporte des victoires, même si celles du Mal semblent être bien plus nombreuses, plus durables, plus décisives. Derniers coups durs en date pour les forces du Bien : la fermeture annoncée pour mars 2011 de la galerie C/O sur Oranienburger Straße, celle de l'expo Peter Lindbergh, et, à l'époque où je n'écrivais pas de blog mais avait une vie tout de même, celles de Richard Avedon, Annie Leibovitz et beaucoup d'autres, qui laissera la place, dans les locaux du vieux Postfuhramt, à un hôtel de luxe. Ou encore l'évacuation traumatisante du squat "Brunnen 183" à Mitte à l'automne 2009. Sans parler des petites victoires des suppôts des ténèbres, moins spectaculaires mais toujours aussi démoralisantes, comme par exemple la hausse des loyers et la précarité permanente de la situation de beaucoup de lieux de vie et de culture, au nombre desquels le Kunsthaus Tacheles ou le café SO36 à Kreuzberg, voire la fermeture de l'ancienne vidéothèque préférée de votre chroniqueur, la regrettée FilmKunst délicieusement désuète où l'on pouvait aussi prendre son café, qui a dû quitter ses locaux de la Revaler Straße à Friedrichshain l'été dernier à cause de la hausse vertigineuse du bail locatif.

Deux penseurs dans le vent : Carlos Marx et Fred Engels
Les  forces du Mal ont subi quelques revers, tels le sauvetage in extremis de la boîte électro Icon à Prenzlauer Berg, qui était sous le coup d'un arrêté municipal de fermeture pour cause de nuisances sonores. Mais cela reste encore trop maigre comme succès. Les forces du Bien organisent donc la riposte de manière plus systématique, comme elles le peuvent. Que faire contre l'augmentation incontrôlée des loyers, dans une ville peuplée essentiellement de locataires ? Hedonist International, groupe d'action qui s'est inspiré de Jeudi Noir à Paris, a un élément de réponse auquel personne n'avait pensé jusqu'ici : saboter les visites d'appartements en s'y présentant en grand groupe, et protester, nus. La technique n'a pas encore démontré son efficacité mais au moins la presse s'est enfin penchée sur ce problème trop longtemps ignoré. Ah, on me dit qu'elle l'avait déjà fait. Euh... eh bien l'avenir nous dira si cette méthode donnera un quelconque résultat.

D'autres bataillons des forces du Bien envisagent d'adopter en 2011 une stratégie beaucoup plus radicale que jamais : recourir à la violence et s'en prendre aux complices du Mal que sont les millions de touristes qui visitent Berlin ! L'idée est "d'attaquer les hôtels, les bus et les visiteurs, d'incendier des voitures", pour que l'industrie touristique périclite et cesse de contribuer à cet afflux massif de richesses vers la capitale fédérale, qui reste néanmoins exsangue et surendettée. En voilà une idée lumineuse : ruiner l'économie de la ville pour mettre fin à son insoutenable embourgeoisement. Il est vrai que le taux de chômage de 12,8% peut paraître élevé aux outsiders, mais c'est en fait une très nette amélioration pour Berlin par rapport à ces dix dernières années. Il est donc grand temps de casser cette dynamique et faire en sorte que tous ces fichus ex-chômeurs retrouvent au plus vite le chemin des allocs. Car dans "pauvre mais sexy", il y a "pauvre", nom d'une pipe !

Messieurs les anarchistes, je suis de tout cœur avec vous mais pourriez-vous éviter de lancer des pierres sur mes amis quand ils viendront me voir à Berlin cette année ? Ce serait vachement sympa de votre part... Vous dites ? "La cause" ? "Pas d'exception" ? OK, si vous le dites, alors tant pis pour mes amis...

Leftist riots are common in Berlin on May Day. Photo: DPA

Leftists called upon to attack tourism

dimanche 2 janvier 2011

Berlin brûle-t-il ?

Frohes neues Jahr! Bienvenue en 2011. Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas cette expérience, voici à quoi ressemble Silvester, la Saint-Sylvestre made in Germany. C'est très simple et ça se résume en quelques mots : alcool et feux d'artifice. Ah, nos amis les Teutons sont parfois d'une émouvante simplicité. Ainsi, là où les Romains se contentaient de panem et circenses, pour les Allemands le must c'est böllern und trinken.

Laissons de côté la boisson : ce n'est un scoop pour personne que les Allemands aiment boire de grandes quantités de bière, et pour les jours de fête tels que le réveillon, de Rotkäppchen ("Petit Chaperon Rouge"), cette marque de "Sekt", des vins mousseux généralement bon marché, connue de tous ici et que certains ont l'insolence de comparer à du champagne, une telle remarque en présence de Français, incrédules et consternés, étant généralement le prélude à une discussion enflammée qui dégénère inévitablement en échange d'invectives, d'épithètes monosyllabiques et d'accusations graves sur les actions des aïeuls des uns et des autres entre 1933 et 1945. Le point Godwin est alors vite atteint et des amitiés sont sur le point d'être détruites à jamais, mais plutôt que d'en venir aux mains, l'on se rabiboche cahin-caha, les coupes de Sekt aidant, avant de la jouer de Gaulle / Adenauer puis enfin Mitterrand et Kohl à Verdun, reconstituant ainsi en accéléré des décennies de relations franco-allemandes en l'espace de dix minutes. Passons donc.

Ainsi, à Berlin comme dans le reste de l'Allemagne (je suppose), et d'ailleurs comme en Martinique mais à l'inverse de la France, un réveillon se fête dignement dans un maximum de bruit et une explosion de feux d'artifice d'amateurs. Il y a comme ça des points communs tout à fait inattendus entre l'Allemagne et mon île ensoleillée. Qu'il est beau de se sentir comme chez soi au plus profond de l'exil, au moment où l'on s'y attendait le moins.

Ne croyez pas que cela va de soi, dans un pays où l'ordre et la discipline sont les deux mamelles de la nation. Le législateur y a bien sûr mis son nez crochu et a très strictement défini le cadre dans lequel les manants peuvent faire mumuse avec le feufeu :
- avoir 18 ans révolus ou plus,
- interdiction de vendre des feux d'artifice avant le 27 décembre,
- interdiction absolue d'utiliser des feux d'artifice toute l'année du 2 janvier au 30 décembre,
- feux d'artifice autorisés du 31 décembre à 18h au 1er janvier à 1h dans certains secteurs, sinon, les deux jours entiers,
- limitation aux pyrotechnische Gegenstände der Klasse II, c'est-à-dire concrètement aux articles d'une énergie cinétique inférieure à 7,5 Joules (et qu'on ne vous y prenne pas à faire joujou avec du 8 Joules ou plus, si vous ne voulez pas avoir maille à partir avec la redoutable Feuerwerkspolizei).

Il est fort possible que la liste soit plus longue mais ces articles de droit en allemand sont des lectures assez arides. Et puis, vous avez compris l'idée. Dura lex sed lex. Mais alors, une fois que le bon peuple a le feu vert (haha) des autorités, il ne fait pas les choses à moitié. La ville devient une poudrière géante. Les vitrines des magasins disparaissent derrière des affiches et des bannières passablement répétitives dans le paysage urbain. La tension monte.

Hé ! Pssst ! On vend des Feuerwerk. Attention c'est un secret.

"Bonjour, je voudrais un croissant, deux Mehrkornbrötchen et deux Kürbiskernbrötchen s'il vous plaît.
– Nous n'avons pas de pain aujourd'hui, mais nous avons des FEUERWERK !
– Euh, pardon ? C'est plus la boulangerie ici ? Hier encore...
– Si, si mais aujourd'hui et demain nous vendons uniquement des FEUERWERK !
– J'ai faim...
– Des FEUERWERK !!!
– OK merci quand même.
– Vous ne voulez pas de FEUERWERK ?
– Non j'aime pas le goût de la poudre. Au revoir.
– Dommage. Tschüß und guten Rutsch!"

Arrive le grand moment de la fête. L'on boit et l'on mange, l'on boit et l'on danse, l'on boit et l'on s'amuse (c'est une sorte de pléonasme), l'on boit et l'on boit. Les Français supportent comme ils peuvent l'absence de foie gras, de saumon, d'huîtres et de champagne. Même pas un petit blini tartiné au tarama à se mettre sous la dent. À la place, un vrai festin gastronomique : saucisses, Pringles, guacamole, bonbons Haribo, bière et bien sûr le Rotkäppchen. Nous autres les Français de Berlin, privés des vraies bonnes choses dont nos compatriotes font une indigestion chaque fin d'année, avons prévu un dîner de rattrapage spécial foie gras : nous n'en avons toujours pas eu !




À minuit, des centaines de milliers de Berlinois armés jusqu'aux dents sortent dans les rues, bravant le froid et la neige, pour faire en quelques heures tout le bruit qu'ils ne pourront pas faire pendant le reste de l'année. J'ai bien observé et je suis formel : les fêtards lançaient leurs pétards avec ordre et discipline, avaient tous 18 ans révolus et aucun explosif ne dépassait le seuil énergétique légal de 7,5 Joules... ou pas. En fait c'était plutôt un grand défoulement collectif. Quand les Allemands se lâchent, ils y vont à fond et il n'y a pas Ordnung qui tienne. Ça y va toute la nuit. Des pétards étaient parfois lancés directement sur les façades des immeubles ou vers les voitures, et on a eu à déplorer quelques cheveux brûlés et quelques manteaux partiellement carbonisés. Mais en général l'ambiance reste tout de même bon enfant.

Expérience qui prouve que la neige berlinoise, c'est du solide :



Explosion de joie dans une rue de Friedrichshain :



Le 1er janvier, c'est l'heure du bilan. La ville se réveille avec une gueule de bois effroyable. Les rues sont incroyablement sales, presque comme à Tyr. Les restes de pétards et de feux d'artifice de toutes tailles jonchent les trottoirs, éparpillés dans la neige, et mêlés à d'autres débris : bouteilles entières ou cassées, gants ou bonnets perdus, allumettes et briquets, sans parler des crottes de chien (qui n'ont rien à voir avec le réveillon mais qui restent là, cryogénisées sur les trottoirs de décembre à mars), et des couches d'immondices divers destinés à sédimenter sur la voie publique jusqu'à la fonte des neiges et à la reprise du nettoyage des rues. C'est cher payé pour une nuit d'ivresse. Allez hop, vite une bonne tempête de neige et que tout ça "disparaisse" de notre vue !

Bonne année 2011 à toutes et à tous !

La bouteille, c'est du Rotkäppchen bien entendu

mardi 28 décembre 2010

Conversation innocente entre collègues

– Ça le fait de boire du Sekt pendant la pause déjeuner ? On n'a pas le droit de boire de l'alcool pendant les heures de bureau il me semble ?
– Bah si aucun de nous ne va le répéter, y'a pas de raison pour que les RH ne l'apprennent.
– Pourvu que personne de la boîte ne nous capte au restaurant... on ne s'est pas beaucoup éloigné du bureau, dites.
– Eh oh, c'est fini oui, le rabat-joie ! C'est pas tous les jours qu'on fête Noël, une promotion de Tanja et la mutation de Paola en Thaïlande tout de même ! Et puis de toute façon c'est pas une malheureuse bouteille pour six qui va plomber notre productivité déjà proche de zéro... Les gens ils n'ont plus que leurs courses de Noël en tête.
– Heureusement pour nous qu'on n'est pas des Asiatiques. Enfin, je vais vous dire un truc qui a l'air un peu raciste mais en France il y a cette croyance tenace selon laquelle les Asiatiques tiennent beaucoup moins bien l'alcool que les gens normaux, pardon, je veux dire, que les non-Asiatiques. Sûrement un truc lié à leur constitution physique, euh, vous savez, quoi, allez, dites quelque chose siouplé...
– Il n'y a pas qu'en France que vous pensez cela et d'ailleurs ça n'a rien de particulièrement raciste : toute une série d'études scientifiques ont prouvé que les Chinois et les Japonais ont une particularité qui les rend capables de supporter de moins grandes quantités d'alcool. Je crois avoir lu qu'il y a un truc qui leur manque, je sais plus exactement, une hormon...
– Ils n'ont pas de foie ???

Eh oui parfois ça vole drôlement haut dans les cercles d'expats privilégiés de Berlin.


jeudi 23 décembre 2010

Introspection à la fête foraine

Il y a quelques semaines, à une époque lointaine où l'on pouvait encore se permettre de superposer moins de quatre couches de vêtements pour une expédition kamikaze au "Viv Bio-Markt" au coin de la rue, et où j'étais bien loin d'imaginer qu'un jour j'envisagerais le port de bottes plateaux façon drag-queen comme ultime recours pour ne plus m'enfoncer jusqu'à mi-mollet dans la neige là où auparavant se trouvaient des trottoirs (au fait, pour mémoire, c'est l'hiver depuis avant-hier seulement), je vous gratifiais d'une liste non exhaustive, et non définitive, des principes que j'ai reniés, bien à mon corps défendant, au cours de ces deux années presque et demi en ma qualité d'immigré / expat dans la métropole prussienne. Tiens, il faudra d'ailleurs qu'on m'explique un jour la différence entre immigré et expat, sur des critères un peu plus scientifiques qu'une peau basanée (oups), un accent turc, ainsi qu'une moustache ou un voile, ou le tout à la fois. Si j'ai bien compris, "immigré", c'est bon pour ces satanés Turcs qui parlent fort et ne-veulent-pas-s'intégrer. Expat, c'est pour ces Américains ou ces Australiens trop sympas qui parlent fort (car ils sont trop sympas) et ne voudraient surtout pas apprendre un mot d'allemand à part "zwei Bier bitte", enfin, ils voudraient bien mais ça demande un effort. Puisqu'on vous dit que ça n'a rien à voir.

Eh bien voilà, depuis cette époque mythologique où les pelouses étaient vertes, j'ai rechuté : j'ai encore renié un autre principe. Pas plus tard que cette semaine. En bon immigré modèle soucieux de s'intégrer dans son pays d'accueil et de ne pas s'attirer les foudres de Horst Seehofer (le ministre-président de Bavière, grand défenseur d'une certaine idée de l'Allemagne), je me suis rendu à la fête foraine. Un soir de décembre. Par -13°C. De mon plein gré de surcroît. J'ai trouvé le concept de fête foraine de Noël assez intéressant: il y a bien sûr un marché de Noël tout à fait normal, avec ses huttes en bois, ses Thüringer Bratwurst, son Glühwein, ses friandises, et juste à côté, des montagnes russes et tout plein d'autres manèges pour les petits et les grands. Grâce à ces derniers, ce marché de Noël attenant à l'hideux centre commercial Alexa est le seul à Berlin où on a, en guise de fond sonore, non pas l'omniprésente musique de Noël avec force cloches et grelots, mais des hurlements à la mort et des cris de goret. Ambiance.




Ah, en plus dans la vidéo ci-dessus, si vous faites bien attention vous verrez qu'il s'y passe un incident, peu avant la fin : un pickpocket est poursuivi par sa victime qui essaye de courir mais n'arrête pas de se vautrer piteusement dans la neige, tandis qu'une femme dit "Haltet ihn!" ("Arrêtez-le !"). Malheureusement, avec le vacarme ambiant, les badauds, y compris moi, se rendent compte bien trop tard de ce qui se passe pour pouvoir faire quoi que ce soit d'utile et tenter de rattraper l'agile malfaiteur, déjà bien loin, sur un sol particulièrement traître. Tragique. Noël à Alexa, c'est des poussées d'adrénaline non-stop.





Un sujet de réflexion intéressant est la dynamique du principe renié : en gros, comment cela se produit-il ? Ce n'est pas si simple quand on y pense. D'abord, il y a le moment où l'on prend conscience d'avoir un principe. Bien entendu, je n'ai pas grandi au soleil de Martinique en jurant "Jamais de la vie je n'irai à la fête foraine par -10°C, c'est promis Maman" ou bien "Dieu me garde de me promener un jour dans la rue avec une bière à la main". Ce sont des choses qu'on ne peut même pas concevoir avant de découvrir qu'il existe des lieux de perdition où ces pratiques décadentes ou saugrenues sont monnaie courante. Il y a donc le moment de découverte, puis vient l'incrédulité, et ensuite le rejet massif teinté de condescendance : "Quoi ? il font ça ? Ils sont complètement mabouls ces gens. Franchement, jamais je ne ferai un truc pareil". Mais à force de voir la bizarrerie en question, par exemple la fête foraine de l'Avent à Alexanderplatz qui ne désemplit pas, hiver après hiver, à force de ne lire dans les journaux aucune histoire de vague de décès tragiques sur la grande roue, imputables à l'hypothermie, on finit par s'y habituer et à ne plus y voir une hérésie. Et un jour arrive le moment fatidique où l'on propose (oui, l'idée venait de moi) à ses amis : 

– Tiens, et si on allait faire un tour de manège à Alexanderplatz ? 
– Oui mais il fait un peu froid quand même non ? 
– Ouais bien sûr mais s'il fait trop froid on ira se réfugier dans un café après avoir bu un bon Glühwein ou quatre sur place. De toute façon on porte tous six épaisseurs de vêtements donc on pourra survivre au moins 15 minutes dehors non ? 
– OK, super idée !

Et le tour est joué.

L'expérience de la fête foraine en elle-même n'a rien de si traumatisant malgré la température. Comme pour toute activité pour laquelle il est nécessaire de passer plus de deux minutes à l'extérieur, on n'a qu'à porter tous ses habits à la fois et tout se passe bien. En fait, on s'y est bien amusé, et ce n'est pas le froid qui nous en a chassés mais un concert imminent au Festsaal Kreuzberg. Et puis il y a bien sûr la satisfaction d'avoir fait quelque chose de nouveau et d'un peu fou quand même. High five, Janne !




JOYEUX NOËL À TOUS ! Et à très bientôt sur les Chroniques !

mardi 21 décembre 2010

Oncle Ben, tu nous Soul

Au risque, tout à fait assumé, de décevoir les nombreux inconditionnels du basmati parmi vous, il ne sera pas question d'une célèbre marque de riz made in USA aujourd'hui. Une autre fois peut-être ?



Une fois de plus, nous parlerons musique (j'entends d'ici les "Ooooooh !" de déception de ceux qui espéraient quand même un exposé savant sur le riz, sa culture, sa production, sa commercialisation). Ce weekend encore, pour les Berlinois amateurs de musique soul, the place to be c'était le Festsaal Kreuzberg. Samedi soir s'y déroulait la soirée Soul Explosion, comme le mois dernier. Il semblerait qu'elle ait déserté le Pavillon im Friedrichshain et établi ses quartiers d'hiver au Festsaal. Cependant, ce mois-ci j'ai fait l'impasse sur Soul Explosion, ayant préféré saisir une occasion unique d'aller à un mariage allemand. Tout compte fait, c'est comme un mariage français, la bière en plus, les rocks versaillais en moins et une bonne quinzaine de degrés en-dessous de zéro à l'extérieur, ce qui avait une incidence très nette sur la tenue des convives ("Moonboots ou talons aiguilles ?" "Chaussettes Quechua en laine ou Burlington ?" "Chapka en poil de castor ou élégante toque à fleurs ?"), mais toujours cette flopée de discours et de projections de photos et de vidéos d'enfance les moins flatteuses qui soient pour les pauvres mariés. Et en matière de photos peu flatteuses, les Allemands y connaissent un rayon. Mais passons.

Dimanche, c'était encore soirée soul au Festsaal Kreuzberg, avec cette fois un grand concert de l'étoile montante Ben L'Oncle Soul, jeune chanteur tourangeau de 26 ans. Il n'a sorti qu'un seul disque, mais c'est déjà une petite célébrité en France mais aussi en Allemagne, puisque c'était son deuxième concert à Berlin. Et les raisons ne manquent pas pour expliquer leur succès :




Une voix convaincante et vraiment soul, un groupe très pro, aussi bien les musiciens que les choristes / danseurs, un jeu de scène très drôle et une très grande interaction avec le public : à ce concert, on s'amuse vraiment et on vibre à la fois. Cette fois, j'en étais. Ici, une reprise étonnante pour ceux comme moi qui n'avaient pas écouté tout le CD avant de venir.




Nous avons donc eu surtout droit aux reprises de chansons célèbres qui ont propulsé Ben et son groupe sur les devants de la nouvelle scène soul, agrémentée d'un très grand nombre d'improvisations. Le concert n'a pas été bien long, mais il a sacrément donné la pêche. Et puis, après tout, nous étions dimanche soir et il fallait bien rentrer à la maison, de préférence pas trop tard.




Comme d'habitude, le concert s'est terminé par le gros hit le plus connu du groupe. Mais nous étions déjà tellement satisfaits que pour ma part je ne l'attendais même plus. Et puis il faut dire qu'au bout du sixième rappel, on commence à se faire une raison et à se préparer à partir.



Après le concert, le retour à la réalité fut un choc : passer des 35°C dans le Festsaal au comble du bonheur aux -10°C dehors... Allez, encore vingt minutes à vélo sous la neige et j'étais enfin rentré !



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